TASIEMKA ADOLPHE

1929 - 1944 | Miejsce urodzenia: | Miejsce aresztowania: | Miejsce zamieszkania: , , , ,

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Adolphe TASIEMKA, 1929 – 1944

 

Cette biographie d’Adolphe Tasiemka est un extrait du webdocumentaire : « Convoi 77 : Sur les traces de la famille Tasiemka ».

 

INTRODUCTION :

Le projet Convoi 77 réunit trois classes de Troisième à savoir les 3èmes A, B et G du collège Eugène Fromentin de la Rochelle. Cela représente donc 17 élèves âgés entre 14 et 15 ans.

Nous avons été informés de la création du projet Convoi 77 via le site du collège et ce dès le mois de juin 2020.

Il y était stipulé la possibilité d’intégrer ce groupe de travail en répondant à quelques questions visant à mesurer l’intérêt de l’élève.

Ce qui nous a séduit est la période ciblée ainsi que le travail de documentation et de recherche d’une famille ayant réellement existé.

L’objectif du projet est de rechercher toutes les allées et venues de la famille Tasiemka. De ce fait, nous sommes en partenariat avec le FAR, Fonds Audiovisuel de Recherche de La Rochelle, avec qui nous avons réalisé un webdocumentaire.

L’ambition commune étant de reconstituer l’histoire de la famille Tasiemka plongée dans la tourmente de la Shoah.

 

 

1. LE TEMPS DE l’ENQUETE

Lors de notre première séance de travail, le mardi 22 septembre 2020, nous avons pris connaissance du projet Convoi 77, de sa genèse.

A l’origine de ce projet, l’initiative revient à Georges Mayer, dont le père a été déporté dans ce convoi avec un peu plus de 1300 hommes, femmes et enfants de Drancy jusqu’à Auschwitz, où la majorité ont été assassinés par les nazis. Au-delà de l’hommage, l’objectif de cette initiative est avant tout de redonner une identité aux victimes persécutées, insultées et déshumanisées durant le génocide des Juifs et des Tziganes en travaillant sur la Shoah de manière non traditionnelle et en tirer ainsi les enseignements nécessaires.

Pour ce faire, Mr Mayer a mis en place un site web : https://convoi77.org/  permettant aux enseignants des établissements scolaires de pouvoir choisir sur la liste des déportés du convoi 77, une personne, une famille sur laquelle il souhaite travailler et participer ainsi à la rédaction d’une biographie avec leurs élèves. A ce jour, un travail de recherche sur 400 déportés a déjà été entrepris par Serge et Beate Klarsfeld, puis par le Mémorial de la Shoah, mais 900 déportés restent sans histoire. Les origines des victimes sont multiples et diverses, plus de 37 pays différents seraient concernés. La perspective du projet Convoi 77 est donc européenne.

Nous, élèves du Collège Eugène Fromentin, n’avons trouvé aucun déporté sur La Rochelle, nous nous sommes donc intéressés à la famille Tasiemka, composée de quatre enfants d’âges proches des nôtres, qui avaient autrefois vécu dans notre département et connu sous la barbarie nazie un destin tragique.

Cette première séance nous a permis aussi de trouver nos premières informations sur les enfants Tasiemka : Adolphe, Anna, Marie et Régine. Le site du projet Convoi 77 nous a indiqué leurs dates et lieux de naissances respectifs : Le 11 février 1929 pour Adolphe, le 19 novembre 1930 pour Anna, le 11 Mai 1932 pour Régine et le 17 Octobre 1937 pour Marie. Tous les enfants sont nés à Metz, mais l’adresse indiquée : « Avenue de Bordeaux » à Royan nous montre qu’ils ne vivaient plus là-bas au moment de la guerre. Enfin, il nous est aussi dit que les quatre enfants ont été arrêtés à l’UGIF Secrétan de Paris avant de partir pour le dernier grand convoi à destination d’Auschwitz. Si peu d’informations et tant de choses à rechercher, nous venions alors de réaliser l’ampleur de la tâche à accomplir.

Découragés ? Certainement pas ! Pour la deuxième séance, nous avons fait des recherches du côté du site du Mémorial de la Shoah en quête d’indices, pour y découvrir finalement avec émotion deux photographies des enfants Tasiemka. La première est un portrait d’Adolphe et la seconde, une photo de groupe sur laquelle on peut voir Anna entourée d’autres enfants avec le prénom « Eva » inscrit dans un coin.

Cette découverte suscite alors dans le groupe de nouvelles interrogations : qui est donc « Eva », aurait-elle survécu à la Shoah ? Dans ce cas, serait- ce ses enfants qui auraient mis en ligne la photographie ? Quels liens pouvait bien pouvoir entretenir Anna avec cette jeune fille ? Trop de questions et si peu de réponses pour le moment. Par, ailleurs, le site du Mémorial de la Shoah nous a permis de comprendre que le parcours des différents membres de la famille Tasiemka n’était pas identique. En effet, Pessa et Abraham Leib Tasiemka ont été déportés par le convoi n°46 le 9 février 1943, soit un an et demi environ avant que le convoi 77 n’emmène leurs enfants vers la mort. Notre groupe de travail a expliqué cette différence par le fait que les parents étaient considérés comme « apatrides » alors qu’Adolphe, Anna, Régine et Marie étaient français. A travers des lieux mentionnés, comme Drancy, nous avons aussi pu commencer à dessiner une ébauche primaire du parcours de la famille Tasiemka : Metz – Royan – Drancy- Auschwitz. Au fur et à mesure de l’avancée du travail un tableau chronologique nous a permis de trier les informations.

Seulement les informations du Mémorial de la Shoah demeuraient incomplètes. Nos professeurs nous ont donc orientés vers des bases de données. La première, « Yad Vashem » a contribué à complexifier notre parcours, en particulier celui d’Adolphe puisqu’il était mentionné sur le site qu’il avait été interné au camp de Poitiers tandis que ses sœurs avaient été envoyées à Segonzac, en Charente.

 

Document extrait de la base de données Yad Vashem

 

Pourquoi la fratrie a-t-elle été séparée ? Voilà une nouvelle interrogation qui s’impose dans notre travail de recherche. Quant à la base Gallica, le nom Tasiemka nous ramène à une référence bibliographique, un livre de Paul Lévy « Un camp de concentration français, 1939-1945 ». Enfin, le mémorial de la déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld, mis en ligne grâce au travail de Jean-Pierre Stroweis, nous permet de confirmer une fois de plus nos sources et d’ajouter une information des plus importantes à notre tableau chronologique : la date de décès précise des enfants Tasiemka. Ainsi, leurs quatre noms sont présents dans l’extrait du journal officiel du 21 mai 2011, et portent chacun l’apposition « mort en déportation le 5 août 1944 à Auschwitz ».

(Extrait du journal officiel du 21 Mai 2011)

 

JORF n°0118 du 21 mai 2011

 

Texte n°53

Arrêté du 25 mars 2011 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès

NOR: DEFM1109792A

 

Par arrêté du directeur général de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre en date du 25 mars 2011 :

 

  1. ― La mention « Mort en déportation » est apposée sur les actes et jugements déclaratifs de décès de :

 

Rosenberg, née Rosenberg (Szajndla dite Jeannette) le 21 mars 1920 à Bedzin (Pologne), décédée le 5 août 1942 à Auschwitz (Pologne).

Rozner (Herman), né le 31 octobre 1932 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Ruiz-Vivar (Juan, Antonio), né le 26 juin 1910 à Aldeaquemada (Espagne), décédé le 21 octobre 1942 à Gusen (Autriche).

Schumann (Charlotte), née le 12 janvier 1931 à Metz (Moselle), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Szwalberg (Madeleine), née le 20 novembre 1936 à Paris (12e) (Seine), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Tasiemka (Adolphe, Samuel), né le 11 février 1929 à Metz (Moselle), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Tasiemka (Anna), née le 19 novembre 1930 à Metz (Moselle), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Tasiemka (Marie), née le 17 octobre 1937 à Metz (Moselle), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Tasiemka (Rachel), née le 11 mai 1932 à Metz (Moselle), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Wajnryb (Edouard), né le 11 août 1939 à Neuilly-sur-Seine (Seine), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Wietrzniak (Paulette), née le 13 septembre 1931 à Metz (Moselle), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

 

Pour poursuivre notre enquête, nous nous sommes tournés ensuite vers les différents services d’archives qui pourraient nous transmettre des documents concernant la famille Tasiemka. Malgré la situation sanitaire, les Archives départementales de Charente maritime nous ont reçus chaleureusement le 3 décembre 2020 pour une rencontre avec M. Petitclerc, responsable aux archives du service pédagogique, qui nous a gentiment aidé dans nos recherches et accepté de prendre part à une interview organisée par nos soins avec notre partenaire, le FAR, (Fonds Audiovisuel de Recherche). Ainsi, nous avons pu voir de nos propres yeux les documents d’état civil originaux placés sous verre au regard de leur fragilité. La première partie de l’après-midi a été consacrée au dépouillement des archives par demi-groupes, rythmé par l’apprentissage d’une certaine méthodologie mais aussi par la première découverte des visages de Pessa et Abraham Leib grâce à leurs pièces d’identité.

                     

 

                       

 

Extraits des cartes d’identité d’Abraham Leib et Pessa Tasiemka, Archives départementales de Charente-Maritime

 

Extrait du dossier de renouvellement de papiers de Pessa Tasiemka établi à Royan, Archives départementales de Charente-Maritime

 

De plus, de nouveaux indices sur les deux parents nous sont « apparus », sur leur date d’arrivée en France par exemple : en 1921, à Verdun pour Abraham Leib et en 1926 pour Pessa. Enfin, nous avons pu terminer notre visite avec une visite guidée des locaux par M. Petitclerc.

Alors que notre tableau chronologique se voyait de plus en plus fourni, nous voulions contacter les Archives de la Moselle. Deux élèves de notre groupe de travail se sont donc portés volontaires pour écrire au service, voici ci-dessous le courriel qu’ils ont envoyé :

« Bonjour Madame,

 Nous sommes élèves au collège Fromentin de La Rochelle et nous participons à l’atelier Convoi 77 organisé par nos professeurs d’Histoire-Géographie Mrs. RAGUY et SUPERVIE. Comme nous travaillons actuellement sur la famille TASIEMKA originaire de Metz et déportée durant la seconde guerre mondiale, il nous serait intéressant d’obtenir des documents (notamment des cartes postales) du quartier juif de Metz, ainsi que tout autres documents susceptibles de faire avancer nos recherches…Il vous est possible d’envoyer des documents via cette adresse e-mail ou sur papier à l’adresse postale suivante : Collège Eugène Fromentin 2, rue Jaillot 17000 La Rochelle,

Nous vous remercions de votre coopération,

Cordialement,

Simon & Solal »

Suite à ce mail, les archives départementales de la Moselle nous ont transmis des cartes postales représentant Metz et un article de contextualisation sur la ville avant la seconde guerre mondiale « La question du repliement exceptionnel de l’agglomération messine (1937-40) » par Patrick. J. Scheffer.

Carte postale de Metz transmise par les Archives départementales de Moselle / 24FI811 : Vue du quartier des thermes avec la Moselle, Pontiffroy : carte postale couleurs

 

Carte postale de Metz transmise par les Archives départementales de Moselle / 8FI463/1017 : Metz. König Johann-Kaserne. Caserne Chambière. [1907]

 

Nous avons aussi récupéré les actes de naissances des enfants en faisant une demande en ligne sur le site des Archives municipales de Metz.

 

Acte de naissance d’Adolphe Tasiemka, Archives municipales de Metz

 

Comme vu précédemment, la recontextualisation est un élément important pour bien imaginer le mode de vie et les obstacles qui ont entravé la route de la famille Tasiemka, c’est donc pour cette raison que d’autres services d’archives ont été contactés par nos professeurs référents pour nous fournir des documents, à l’image des Archives départementales de Dordogne, de Charente, de la Vienne ou encore les Archives municipales de Bobigny.

Dans notre travail d’enquête, nous avons également bénéficié d’une aide providentielle. C’est en consultant les biographies mises en ligne sur le site Convoi 77 que nous sommes tombés sur le travail d’un professeur d’Histoire, Bruno Mandaroux et ses élèves du lycée Louis Vincent de Metz, évoquant le parcours de Charlotte Schumann. Les documents d’archives présentés ont retenu notre attention et c’est avec émotion que nous avons pu lire les prénoms des trois sœurs Tasiemka.

Registre des arrivées à Louveciennes le 3 septembre 1943, Archives du Mémorial de la Shoah

 

Nous avons ressenti alors le besoin de prendre contact avec lui. Nous ne le savions pas encore, mais cette prise de contact se révéla en tout point essentiel pour la suite de notre travail. Bruno Mandaroux a eu l’amabilité de se rendre aux Archives municipales de Metz pour retrouver des documents dont nous soupçonnions l’existence à travers la lecture d’un article qui nous avait été communiqué par les Archives de la Moselle, mais que nous ne pouvions malheureusement pas nous procurer, car cela nécessitait une consultation sur place.

Procès-verbal du 6ème convoi d’évacués volontaires pour la Charente – Inférieure du 22 décembre 1939 / Bureau de bienfaisance de Metz, Archives municipales de Metz

 

Dans le même ordre d’idée, il nous a communiqué de précieux documents, fruits de nouvelles recherches avec ses élèves qui viennent nourrir notre webdocumentaire.

Un autre temps fort de notre travail de recherche aura été les rencontres avec des témoins ou des historiens pouvant nous aider dans notre tâche. Du côté du village de Bourg-Du Bost, en Dordogne, la mairie a reconnu en la personne de Monsieur Morillère, doyen du village, un témoin du passage de la famille Tasiemka dans leur Commune. A cette annonce, surprise et excitation dans le groupe, soulignons aussi les grands yeux d’Emma qui brillent et ne semblent pas y croire : jamais nous n’aurions pensé pouvoir collaborer avec un véritable témoin, qui aurait aussi côtoyé les Tasiemka durant près de huit mois ! Pour accompagner cette rencontre, nos professeurs ont aussi fait appel à Bernard Reviriego, historien et auteur du livre « Les Juifs en Dordogne 1939- 1944 » préfacé par Serge Klarsfeld. Notre expédition en Dordogne devant se dérouler suite aux nombreuses inondations dans le Sud-Ouest, nous avions le jeudi 4 février 2021, beaucoup d’inquiétudes par rapport à l’aggravation de la situation sanitaire et la montée des eaux. Cependant, et malgré tous ces obstacles, la journée a pu se dérouler comme prévu et nous avons pu rencontrer et interviewer M. Morillère et l’historien Bernard Reviriego avec l’aide de Benjamin Mohr du FAR.

Du côté de Royan, certains souhaits n’ont pas pu être réalisés à cause de la crise de Covid-19 mais nous avions tout de même des projets pour cette ville qui a accueilli la famille Tasiemka après leur arrivée depuis Metz. En effet, une rencontre avec Madame Debette, responsable du musée de Royan et Madame Marie–Anne Bouchet–Roy, auteure du livre « Royan 39-45, guerre et plage » était envisagée, pour mieux comprendre la situation de Royan durant la guerre. Au moment où nous rédigeons ce texte, nous sommes au début du mois d’Avril 2021, la sortie à Royan n’a pas pu se faire mais nous continuons d’espérer en des jours meilleurs.

De même, pour terminer et affiner nos biographies et récolter d’autres informations, le nom de Robert Frank nous est alors revenu en tête, un rescapé de la Shoah, nombreusement mentionné dans les documents d’archives consultés. Après une prise de contact avec ce témoin, nous étions parvenus à arranger une nouvelle date de rencontre durant laquelle il pourrait nous raconter son parcours, presque identique à celui des enfants Tasiemka. Et c’est avec déception qu’à deux jours de la rencontre, l’annonce de l’interdiction des déplacements interrégionaux pour les personnes en provenance des territoires très affectés par la pandémie l’a empêché de nous rejoindre au sein du collège Eugène Fromentin pour nous conter son histoire. Cependant nous restons en contact avec Monsieur Frank qui nous écrit ceci :

« J’ai reçu les deux injections anti-Covid et attends la fin du confinement de la région Ile de France pour avoir à nouveau la possibilité de m’éloigner de Paris. J’espère toujours pouvoir vous rencontrer prochainement.  Cordialement à vous »                          

Robert FRANK

 

Pour terminer ce premier temps consacré à l’enquête, nos professeurs ont souhaité à leur tour s’exprimer et insister sur les limites et les écueils rencontrés.

Ces difficultés sont de plusieurs ordres. La première a été à la fois de travailler et d’initier des élèves de troisième, qui ne sont pas forcément rompus au travail d’enquêteur-historien. Ils ont davantage l’habitude qu’on leur fournisse des informations complètes et circonstanciées, alors que là, ils allaient être confrontés au travail de chercheur. Mais nous avons pu compter sur des élèves volontaires et donc motivés. Le travail des sources par les élèves a pu être parfois difficile : des problèmes de déchiffrage et de compréhension de documents administratifs ont pu constituer quelques difficultés.

Un document d’archive des renseignements généraux d’après-guerre a également été le moment pour nous d’interroger nos sources et de faire questionner les élèves sur la fiabilité de certains documents et le nécessaire recoupement des informations pour essayer de toucher la vérité.

 

Les limites des documents, ce sont aussi tout ce qu’ils ne disent pas… Ainsi, les élèves ont pu comprendre que les archives n’apportaient pas tous les éléments de compréhension pour retracer l’itinéraire d’une famille durant la guerre, et que certains « trous » dans la chronologie pouvaient apparaître. Ainsi, nous avons dû faire des analogies avec des témoignages de survivants ou de personnes ayant eu presque le même itinéraire que la fratrie Tasiemka.

A ces questions d’ordre méthodologique se sont rajoutées d’autres difficultés, en particulier l’accès aux sources. Ainsi, certaines Archives n’ont pas pu nous fournir les sources demandées, comme celles de la Charente qui nous a signalé par exemple que « la série 1 W 41 est actuellement inexploitable car en cours de classement. »

Les limites ce sont aussi les questions restées sans réponses… Ainsi, après avoir récupéré deux photographies d’Adolphe et Anna Tasiemka depuis le site du Mémorial de la Shoah, nous avons voulu établir un contact avec la personne qui avait déposé la photographie d’Adolphe. Voici un extrait de la lettre adressée :

«  …. Sur le site du Mémorial de la Shoah, nous avons retrouvé la photographie d’Adolphe Samuel Tasiemka que vous avez déposée. Pour reprendre les belles phrases écrites par Daniel Mendelsohn dans son livre „Les disparus” : ” C’est différent décrire l’histoire des gens qui ont survécu parce qu’il y a quelqu’un à interviewer, et ils peuvent vous raconter des histoires étonnantes … Mon problème … c’est que je veux écrire l’histoire de gens qui n’ont pas survécu, de gens qui n’avaient plus d’histoire”.

Nous aimerions avec votre aide et soutien donner la possibilité à nos élèves de retrouver cette histoire, celle de la famille Tasiemka et celle d’Adolphe Samuel en particulier, d’inscrire leur singularité et leur unicité dans cette tragédie que fut la Shoah. Nous vous remercions par avance pour toutes les informations précieuses que vous pourriez nous communiquer afin d’avancer dans notre travail de mémoire. ».

photographie d’Adolphe Samuel Tasiemka – Mémorial de la Shoah

 

Le mystère de cette photographie, ainsi que celle d’Anna demeurent. Il faut parfois se résoudre à ces silences. Dans le même ordre d’idée, nous avons sollicité Jeannick Weyland du GREH de la Charente Saintongeaise qui a procédé à des recherches du côté de Segonzac, afin de trouver des documents attestant de la présence des sœurs Tasiemka dans cette commune, mais sans résultats.

Les écueils rencontrés, ce sont enfin ceux dus à la pandémie de Covid-19. En effet, notre enquête n’a pas pu aller jusqu’au bout des choses, puisque nous aurions aimé pouvoir accompagner nos élèves sur différents sites mémoriels, comme le Mémorial de la Shoah à Paris, de Drancy ou encore le site de la gare de Bobigny d’où partit le convoi 77.

 

2. LE TEMPS DE l’ECRITURE

 

Metz

L’arrivée des parents Tasiemka en France

Notre enquête nous a permis de retrouver des informations sur les parents Tasiemka.

  • Abraham Leib Tasiemka est un Juif Polonais né le 14 juillet 1893 à Kock en Pologne. Il est le fils de Jankel et de Richter Stana Ruchla Tasiemka. En Pologne, il était peintre de bâtiment, métier qu’il a gardé en France. Il est donc d’origine polonaise et, après avoir émigré en France, il a obtenu le statut d’apatride. Il est arrivé en France en 1921 à Verdun, puis s’est marié le 21 janvier 1928 à Briey en France avec Pessa Lenczycka qui est comme lui une Juive polonaise.
  • Pessa est née à Lask en Pologne le 16 août 1901. Elle est arrivée en France en 1926. Lors de son mariage, elle était âgée de 26 ans. Elle était sans profession et résidait au 2 Tour-aux-Rats avec son mari à Metz

 

Notice individuelle établie à Royan le 6 septembre 1940, Archives départementales de Charente – Maritime

 

Acte de Mariage des époux Tasiemka délivré par la mairie de Briey

 

Les Tasiemka n’avaient pas encore eu d’enfants avant de fuir la Pologne. Quelles raisons ont pu les pousser à partir ? Pourquoi le choix de la France ?

Aucune archive ne permet de le dire. Un article d’Alban Perrin, « Comment devient-on français quand on est juif et polonais ? Itinéraires comparés de rescapés de la Shoah » nous donne cependant quelques repères pour comprendre.

Leur déménagement est explicable par plusieurs raisons :

Tout d’abord, les Juifs subissaient de plus en plus d’antisémitisme en Pologne.

Ensuite la Pologne n’était pas une puissance importante et pas très riche. Son économie était donc faible et son développement instable.

Ils ont choisi d’aller en France car la France était un pays très riche et puissant, surtout en Europe et qui avait aussi une grande puissance militaire.

Puis, la France était pour eux un pays de liberté et où les droits de l’Homme étaient très importants.

Et enfin, de nombreux Juifs Polonais n’étaient pas spécialement attachés à la Pologne.

Nous n’avons pas pu prendre contact avec les Archives en Pologne. Cette histoire polonaise des parents Tasiemka reste donc à écrire.

 

4 enfants nés à Metz

Les actes de naissance nous renseignent sur les 4 enfants Tasiemka :

  • Adolphe Tasiemka est un Juif Français né le 11 février 1929 à Metz
  • Anna est aussi née à Metz, le 19 novembre 1930
  • Régine Tasiemka est née le 11 mai 1932 dans la même ville que ses grands frères et sœurs
  • Marie est la cadette, née le 17 octobre 1937

Grace à une notice domiciliaire, nous pouvons retrouver leurs adresses successives.

  • 17 rue Chambière
  • 15 rue du Pontiffroy

 

Fiche domiciliaire d’Abraham Leib Tasiemka, Archives municipales de Metz

Pour évoquer leurs premiers pas à Metz et comprendre l’environnement dans lequel ils ont vécu, un autre article « André Schwartz-Bart et la ville de Metz » de Jean Daltroff publié en 2012 dans la revue « les cahiers lorrains » peut nous aider.

À Metz la population Messine Juive a fait un bond énorme. En effet, celle-ci est passée de 1691 habitants à 4147 de 1910 à 1931 et en 1939, la communauté Juive se montait à 4200. Le quartier du Pontiffroy était un quartier où la plupart des Juifs Messins vivaient. Leurs professions étaient multiples, comme menuisier, peintre en bâtiment, ou encore cordonnier. Les Tasiemka auraient pu côtoyer certains Juifs connus dans ces métiers comme Léon Wladimirski, tailleur d’habits, Lewek Lancman qui était peintre ou enfin Hirsch Gowitsch qui était ajusteur.

 

Carte postale de Metz transmise par les Archives départementales de Moselle /8FI463/1493 : Metz. Vue générale /Vue sur la digue de la Pucelle, toits du quartier de l’ile Chambière, Temple protestant de la garnison à droite

 

Le départ de Metz

La famille Tasiemka a quitté Metz le 22 décembre 1939. Pour comprendre le départ des Mosellans, nous avons travaillé sur un nouvel article « la question du repliement exceptionnel de l’agglomération messine » de Patrick. J. Schaeffer

« Le 22 novembre 1937, le préfet de la Moselle annonce au maire de Metz qu’en vue de protéger la population contre les risques de guerre, le gouvernement a prévu « l’évacuation exceptionnelle » de sa ville.

Dès le 1er septembre 1939 cette évacuation se met en place. Les premières personnes évacuées sont d’abord les malades des hôpitaux, puis, le 9 septembre, les vieillards, les femmes et les enfants sont à leur tour repliés.

En septembre, près de 6 500 personnes de tous quartiers quittent volontairement Metz par trains ou par wagons spéciaux. Puis, comme la menace de guerre semble lointaine, le mouvement se ralentit.

Mais entre le 1er décembre 1939 et le 26 mars 1940, 19 mouvements, devenus hebdomadaires, intéressent plus de 550 personnes. Les listes d’émargement montrent que les étrangers, originaires d’Europe centrale et apatrides presque exclusivement, sont nettement plus nombreux que les Français. Chaque départ rassemble de 7 à 15 familles, soit 30 à 50 personnes en tout, dont une forte majorité d’enfants. »

Dans le train qui partait de Metz ce 22 décembre se trouvait la famille de Robert Frank. Grâce à son témoignage nous pouvons revivre ce départ. Au moment de l’embarquement dans le train, « chacun reçut un camembert et 5 francs ». Le train passa ensuite par Paris pour aller à La Rochelle. Puis la famille Frank ainsi que les Tasiemka se sont retrouvés à Royan.

 

Royan

L’arrivée de la famille en Charente-Inférieure

 

Photographie de Roy an sous l’Occupation, Archives départementales de Charente – Maritime

 

Les documents consultés aux archives départementales de Charente maritime permettent de retrouver la date de l’arrivée de la famille Tasiemka en Charente inférieure.

 

Lettre adressée en 1940 par le commissariat de police de Royan au préfet de Charente-inférieure issue du dossier de renouvellement de papiers d’identité d’Abraham Leib Tasiemka, Archives départementales de Charente -Maritime

 

Elle a eu lieu le 23 décembre 1939. Comment alors ce déplacement vers Royan a-t-il été vécu ? Comment la famille Tasiemka et les autres Mosellans ont – ils été accueillis ?

L’article « la question du repliement exceptionnel de l’agglomération messine » de Patrick J. Schaeffer nous livre à ce sujet de précieux renseignements :

 

L’intégration des réfugiés messins semble avoir été difficile. Ils ont souffert moralement de leur déplacement, « les réfugiés ont le spleen ». Les conditions d’accueil posent aussi problème. Sur le plan scolaire par exemple « la situation est la plus délicate à Royan où deux institutrices doivent s’occuper des quatre classes installées. ».

 

Leur vie à Royan

 

Que savons-nous précisément de la vie de la famille Tasiemka à Royan ?

Des lettres échangées entre la préfecture de Charente inférieure et le commissaire de police nous livrent quelques indications.

       

Documents issus du dossier de renouvellement de papiers d’identité d’Abraham Leib, Tasiemka, Archives départementales de Charente-Maritime

 

Abraham Tasiemka a perçu une allocation de réfugiés pour lui et sa famille, ainsi qu’un logement gratuit :

  • Le montant de l’allocation était de 45 francs par jour.
  • L’adresse était : Villa « Emirazal » Avenue de Bordeaux à Royan, Pontaillac. Royan étant une ville de villégiature, la plupart des villas sont vides à cette période de l’année

 

Carte de Royan, issue du site Géoportail

 

Abraham a perdu son allocation dès qu’il a trouvé un emploi de peintre à l’entreprise de travaux publics Maison Barrière et Neau à Royan. Il a été recruté le 20 mai 1940. Son salaire était de 6 francs par heure.

 

Attestation signée par l’employeur et par le maire pour compléter le dossier daté du 15 juillet 1940 certifiant l’emploi d’Abraham Tasiemka dans cette entreprise, en tant que peintre depuis le 20 mai 1940, Archives départementales de Charente-Maritime

 

Pour mieux comprendre ce qu’ont vécu les enfants Tasiemka lors de leur passage à Royan, il peut être intéressant de faire appel au témoignage de Robert Frank. Celui-ci était un enfant juif, d’un âge proche des enfants Tasiemka, qui comme eux, est parti de Metz dans le même train et est allé à Royan. Nous pouvons donc penser que beaucoup de choses sont similaires entre ce que nous révèle l’histoire de Robert Frank et celle des Tasiemka.

Dans le livre « Les enfants du silence, mémoire d’enfants cachés » son témoignage peut nous faire comprendre ce qu’ont pu vivre Adolphe, Anna, Régine et Marie. « Notre famille s’est retrouvée à Royan. Nous y sommes restés onze mois. Après l’arrivée des Allemands en juin 1940, j’ai servi de traducteur dans les grands magasins de la ville. Un jour, un nazi maigre au visage émacié et portant des lunettes m’a demandé « d’où je savais l’allemand ». Je lui ai répondu que j’étais lorrain. Il m’a dit « Tu es juif ». J’ai pris la fuite et j’ai eu très peur ».

 

Au-delà du témoignage de Robert Frank, que savons – nous du sort de l’ensemble des familles juives à Royan à cette époque ?

 

Dans un article « « Administration et répression sous l’Occupation : les « Affaires juives » de la préfecture de Charente inférieure » écrit par William Guéraiche on peut lire ceci :

« Au premier recensement d’octobre 1940, la communauté juive est estimée à 1218 personnes. La plupart des Juifs qui se trouvent en Charente-Inférieure lors de l’arrivée des troupes d’occupation font partie des 13 ou 14000 réfugiés, en grande majorité en provenance d’Alsace-Lorraine ».

« Le commissaire de Royan qui effectue le pointage à la date du 17 octobre 1940 recense 88 familles dans l’agglomération dont 51 étrangères. Elles proviennent toutes ou bien de Turquie (Constantinople) ou bien d’Europe centrale. »

 

Le temps du départ

 

Un visa déposé aux Archives de Charente évoque le déplacement d’Abraham de Royan vers Angoulême en date du 14 novembre 1940

Sa famille part à son tour le 23 novembre 1940.

Recensement, mairie de Royan, Décembre 1940, Archives départementales de la Charente-Maritime

 

Ce départ s’inscrit dans un contexte particulier. Les Juifs sont obligés de quitter la côte Atlantique déclarée « zone interdite aux Juifs ». Ils ne peuvent emporter que le strict minimum avec eux.

 

Bourg–du–Bost

Les Archives départementales de Charente nous livrent quelques informations sur la suite du parcours de la famille Tasiemka après leur départ de Royan.

De Royan à Bourg-du Bost

 

Documents extraits des séries 2 w 37 et 2 W 38, Archives départementales de la Charente

 

Premièrement, après avoir quitté Royan, la famille Tasiemka est passée par Angoulême. Ils habitaient au 80 rue St-Roch. Ensuite, on apprend que la famille Tasiemka s’est installée à Bourg-du-Bost en deux temps : d’abord Pessa et peut-être les enfants, rejoint(s) par Abraham le 18 janvier 1941.

 

 

Les Tasiemka à Bourg-du-Bost

     

Cartes postales de Bourg-du-Bost, Crédits : Collection Munoche – cartespostalesancennesperigord

 

 

Dans le village, il y avait plusieurs familles polonaises, comme les Kilberg : Rosa, sans profession, originaire de Sanowice, Chana, dactylo, originaire de Sosnowice et Ozejwa, vendeuse, originaire de Bosnowice ou encore la famille Prochownik, composée de Heymann, ajusteur à Woclawec et Chiena, originaire de Grodno et sans profession. Au total, parmi toutes ces familles, il y avait 22 enfants dont les parents venaient de Pologne.

 

Fiche de recensement d’étrangers dans la commune de Bourg-du-Bost, Archives départementales de Dordogne

 

Quel était le quotidien de ces enfants en Dordogne ? Pour s’en faire une idée, nous pouvons faire appel à un premier témoignage, celui de Robert Frank qui a vécu à 7 kms de Bourg – du – Bost, dans le village de Festalemps. Mr Frank et sa famille habitaient dans une ferme abandonnée, insalubre, vide, sans électricité et pleine de toiles d’araignées. On leur fournit le strict minimum pour survivre, et les parents travaillent d’arrache-pied pour rendre cette ferme habitable. La vie semble paisible, la famille continue de pratiquer sa religion.

Cependant, les décrets visant à exclure les Juifs de la société se poursuivent, ils se traduisent par l’obligation de porter l’étoile jaune à partir du 1er juin 1942. Puis, lors de la nuit du 8 au 9 octobre 1942, les gendarmes réveillent les familles et leur ordonnent de monter dans un camion qui passera une heure après. Ce car emmena à Angoulême 7 des 10 familles juives arrivées en 1940.

Un second témoignage nous permet d’être encore au plus proche de la famille Tasiemka, celui de Monsieur Morillère, alors enfant à Bourg – du – Bost. Il se souvient que Abraham Tasiemka travaillait chez lui pour faire la tapisserie. Il était à l’école avec les 3 dernières : Anna, Marie et Régine. Il raconte que deux policiers sont venus arrêter les parents et qu’avant de quitter le village, Abraham est allé dire « au revoir » à son père. Il garde une image très positive de cette famille qu’il décrit comme appréciée de tous. Peut-être que les parents ont été arrêtés eux aussi durant la nuit du 8 au 9 octobre 1942. Les enfants n’ont pas été arrêtés en même temps. De nombreuses incertitudes demeurent. Les Archives départementales de Charente n’ont certainement pas livré tous leurs secrets.

 

Département de la Vienne

Les Archives de la Vienne nous permettent de retrouver les traces de la famille Tasiemka.

Le parcours des parents

Un document de la préfecture de La Vienne intitulé « Etat des internés Juifs » en date du 07 novembre 1942 évoque leur présence au camp de concentration de Poitiers, route de Limoges.

 

Document extrait de la série 109 W 17, Archives départementales de la Vienne

On peut y lire leur date d’entrée, le 07 octobre 1942, le motif d’arrestation : « Juif ». Nous pouvons lire sur un autre document qu’ils ont quitté le camp le 12 novembre 1942 pour être transféré.

 

Document extrait de la série 109 W 17, Archives départementales de la Vienne

 

Ce que nous savons ensuite grâce au site du Mémorial de la Shoah et à un extrait du journal officiel daté du 18 février 2017, c’est qu’ils ont été déportés de Drancy à Auschwitz par le convoi 46, le 9 février 1943 (voir frise), puis assassinés à leur arrivée le 14 février 1943.

 

Le parcours d’Adolphe Samuel Tasiemka

La première étape du parcours d’Adolphe Tasiemka a été d’arriver à Orches, au nord-ouest de Châtellerault, fin décembre 1942 où il a été placé chez M. Frohwein. C’est ce que nous raconte un document qui évoque les enfants de Charente placés dans les familles juives de la Vienne.

 

Document extrait de la série 109 W 17, Archives départementales de la Vienne

 

On y retrouve les noms de 11 enfants, parmi lesquels on peut lire aussi celui de Robert Frank. La référence à la Charente comme lieu de provenance laisse supposer qu’Adolphe n’est pas arrivé dans laVienne directement après son départ de Bourg – Du – Bost. Il séjourne ensuite chez Mme Levy, à Orches.

La seconde étape est son arrivée au camp de Poitiers le 24 juillet 1943.

 

Document extrait de la série 109 W 17, Archives départementales de la Vienne

 

Celui-ci est ouvert depuis le mois de septembre 1939. Il accueille dans un premier temps les étrangers, en particulier, les réfugiés espagnols, puis les Tziganes et enfin les Juifs qui ont été arrêtés.

 

Plan du camp de la route de Limoges au printemps 1942. Ce plan d’ingénieur, métré et légendé montre les travaux effectués, ceux en cours et les baraquements qui pourraient éventuellement être édifiés. Il localise également les fossés recouverts de caillebotis, travaux nécessaires pour assainir le camp situé sur un plateau argileux où stagnent les eaux de pluie, le rendant boueux. Côte : 109W215, Archives départementales de la Vienne

 

             

Photographies du camp de Poitiers : Décembre 1941. Côte 109W219, Archives départementales de la Vienne

 

Quelles étaient alors les conditions de vie des internés ? Comment savoir ce qu’ont pu vivre les parents Tasiemka, puis Adolphe le temps de leur passage au camp de Poitiers ?

Deux documents nous ont permis de comprendre un peu mieux ce qu’ils ont vécu. Il s’agit du livre « Un camp de concentration français : Poitiers » de Paul Lévy et du témoignage de Félicia Barbanel-Combaud sur le site de L’INA. « Grands entretiens-Mémoires de la Shoah ».

Dans le camp, les internés sont entassés dans des baraquements surpeuplés. Ils ont une très mauvaise hygiène propice aux maladies à cause des rats, des souris et de l’absence de savon pour se laver. Ils n’ont même pas de matelas ou de lit et doivent donc dormir sur de la paille par terre avec seulement quelques couvertures. A l’intérieur du camp, les Tziganes ont aidé les Juifs. Dans les premiers temps, ils faisaient de la musique pour faire danser les plus jeunes. Par la suite, ils créaient même de fausses bagarres pour que quelques enfants Juifs puissent s’échapper.

Jusqu’à quelle date Adolphe est-il resté au camp de Poitiers ?

De nouveaux documents, en particulier des lettres échangées entre le préfet de la Vienne, le directeur du camp de Poitiers et les autorités allemandes permettent d’aller plus loin.

Le 19 août, Adolphe a été transféré avec 12 autres enfants à Paris en train. Le directeur du camp de Poitiers peut écrire au préfet de la Vienne « Le mouvement s’est terminé sans incident à 14 h 20 ».

Ce transfert était très organisé. Le moins de monde devait être mis au courant et une grande sécurité était mise en place. Adolphe est allé du camp de Poitiers à la gare en autobus.

La gare devait préparer les « wagons de marchandises » pour le transport des Juifs. Entre 24 et 48 heures après l’ordre des autorités allemandes, le transfert était prêt à débuter. A l’arrivée du train, la police d’Etat prenait la relève des gendarmes poitevins. Les enfants étaient parfois dirigés vers des centres de l’UGIF. Cela a été le cas d’Adolphe qui a été envoyé au foyer Lamarck du XIXe arrondissement.

 

                       

 

             

Documents extraits de la série 109 W 17, Archives départementales de la Vienne

 

Si le parcours des parents et celui d’Adolphe Tasiemka sont bien mentionnés par les Archives de la Vienne, aucun document ne fait allusion à Anna, Régine et Marie.

 

Les maisons de l’UGIF

Les archives de l’UGIF nous permettent de retrouver les traces des sœurs Tasiemka. Qu’est-ce que l’UGIF ?

L’UGIF en quelques mots

L’Union Générale des Israélites de France (UGIF) est fondée par une loi du gouvernement de Vichy du 29 novembre 1941. « La mission de l’UGIF est d’assurer la représentation des juifs auprès des pouvoirs publics. »

Les maisons d’enfants de l’UGIF ont été créées au cours du second semestre 1942 pour accueillir les enfants dont les familles avaient été déportées. Parmi elles se trouvent, le centre Lamarck à Paris.

 

Photographie du centre Lamarck, photo © mahJ

 

Un article « L’UGIF et ses maisons d’enfants : le centre de Montreuil-sous-Bois » de Jean Laloum nous donne quelques repères :

« Dans les derniers mois de l’occupation, le sort réservé à ces maisons devenait de plus en plus précaire. Les moniteurs, les assistantes sociales des centres redoutaient une rafle prochaine. La liste des centres de l’U.G.I.F., avec le nombre de leurs pensionnaires, demandée quelque temps auparavant par le commandant du camp de Drancy, le SS Brunner, n’avait fait qu’accentuer cette crainte. »

 

Les enfants Tasiemka au centre Lamarck

Les sœurs Tasiemka sont arrivées dans ce centre le 9 juin 1943.

 

Registre des arrivées au centre Lamarck, Archive du Mémorial de la Shoah

 

D’après l’archive retrouvée, elles viennent de Segonzac et non de Bourg – du – Bost. Le 3 septembre 1943, elles sont parties faire un séjour à Louveciennes pour se refaire une santé à la campagne. Elles reviennent à Lamarck au cours du mois d’Octobre. Nous avons par contre très peu d’informations sur Adolphe Samuel, à l’exception de sa présence sur le registre de police du centre Lamarck sur lequel on peut lire la date d’entrée, le 20 août 1943 et la date de sortie le 2 septembre 1943.

 

     

Extraits du registre de police du Centre Lamarck, Archives du centre israélite de Montmartre

 

Les enfants au centre Lucien de Hirsch, avenue Secrétan

Les enfants quittent le centre Lamarck, car dans la nuit du 20 avril 1944, il y a eu d’énormes bombardements dans le quartier de Montmartre. Des bombes de plus de 5 tonnes tombèrent dans la rue Chevalier, juste à côté du centre. Les enfants sont partis de nuit à l’école Secrétan pour les héberger car le centre n’était plus en état. Leur séjour dure jusqu’ au 21 Juillet. Entre le 20 et le 24 juillet, en pleine nuit, des arrestations sont opérées dans plusieurs maisons d’enfants de la région parisienne, dont le centre Secrétan.

Pour évoquer la rafle, nous disposons du témoignage de Joseph Niderman âgé de 13 ans au moment des faits :

« Cette nuit-là, à deux heures du matin, à nouveau ils faisaient cela avant le lever du jour. Tout était fait en cachette. Les autobus sont venus avenue Secrétan et on a ramassé tous les gosses qui dormaient sans distinction. On n’a pas demandé de papiers, rien du tout…. On nous emmenait directement à Drancy, par les fameux autobus ouverts derrière par une plateforme. »

 

Drancy et Bobigny

Présentation du camp de Drancy en quelques mots :

 

    

 

Photographies du camp de Drancy, Mémorial de la Shoah

 

Le camp de Drancy se trouve dans la banlieue, à 4 km de Paris. C’est un long bâtiment de quatre étages en forme de U, entouré de cinq tours.

ll a été construit en 1932, mais reste inachevé au commencement de Ia guerre. ll a ensuite été transformé pour servir de camp d’internement. On a ajouté une double rangée de barbelés, avec un chemin de ronde autour du camp. Les bâtiments entourent une courd’environ 200 mètres de long et 40 mètres de large. Et il y a des miradors de surveillance dressés aux quatre coins du bâtiment.

A partir de juin-juillet 1943, un commando de S.S Autrichiens avec à sa tête Alois Brunner prend l’administration du camp en charge.

 

L’internement à Drancy :

 

Pour évoquer l’arrivée à Drancy des enfants victimes de la rafle du 21 au 25 juillet 1944, nous disposons du témoignage d’Andrée Warlin à travers son livre « L’impossible oubli ». Elle raconte ainsi que les enfants arrivent par autobus sans leurs parents. Les enfants n’ont pas eu le temps de s’habiller avant de partir «on les a arrachés de leur lit, les bousculant ». Après leur arrivée, une femme les accompagne, «les trainant à ses trousses, les poussant devant elle. On les parque dans des escaliers vides improvisant des couches pour eux ». Pour dormir, les enfants sont les uns sur les autres, dans des lits remplis de punaises. Le camp est très perturbé, « depuis 10 mois, c’est la première arrivée massive d’enfants seuls ».

Que savons – nous de la situation des enfants Tasiemka à Drancy ? A vrai dire, très peu de choses. Les cahiers de mutations 37 et 38 de Drancy nous donnent quelques informations.

 

Cahiers de mutation du camp de Drancy, Archives du Mémorial de la Shoah

 

Adolphe Tasiemka ne partage pas le même espace que ses sœurs. Il se trouve affecté dans l’escalier 6, chambrée 4, alors que Régine, Marie et Anna sont dans le même bâtiment, chambrée 2 avec Eva Nadel présente sur la photographie où l’on voit Anna. Ils se sont vu attribuer respectivement les numéros 25390, 25391, 25392, 25393.

 

Le 31 juillet 1944, départ du convoi 77

 

Depuis le mois de juillet 1943, La gare de Bobigny assure les convois pour Auschwitz Birkenau.

 

Documents transmis par les Archives communales de Bobigny, plan d’ensemble avec l’implantation de la gare de Bobigny et cartes postales de la gare de Bobigny

 

Comment s’est déroulé ce départ ?

Andrée Warlin une nouvelle fois nous dit l’essentiel. « Et ! un beau jour nous les voyons partir. Les Alliés n’ont pas avancé assez vite. Le miracle ne s’est pas produit. La cour est vide, finis les chants et les cris enfantins. La cour est déserte, plus personne n’a envie d’y aller, tout le monde se confine dans les chambres. Drancy pleure ses petits-enfants. Ils sont partis. »

Deux autres témoignages, celui d’Yvette Lévy et celui de Denise Holstein toutes deux rescapées du convoi 77 nous permettent de raconter le transfert entre Drancy et Bobigny.

« A 8 heures du matin, tout le monde était réuni dans la cour de Drancy avec ses affaires. Les autobus nous attendaient ; nous étions 50 par véhicule. Il faisait très beau ce jour-là, nous chantions dans le bus et on nous avait dit que nous allions travailler en Allemagne. Cependant, nous étions méfiants car les enfants avaient aussi dû venir.

Une fois à Bobigny, l’embarquement fut très rapide, les petits étaient 60 par wagon et nous, les plus grands, étions 100. Il y avait un seau avec de l’eau et un seau pour les besoins. »

A midi, le convoi s’ébranla. « Nous étions 1300 personnes que l’on emmenait vers l’inconnu… ». Parmi elles, se trouvaient Adolphe, Anna, Régine et Marie Tasiemka.

 

3. LE TEMPS DE LA MEMOIRE

 

Se souvenir de la famille Tasiemka, mais aussi de celles et ceux qui ont été déportés parce que nés juifs, par le convoi 77, le 31 juillet 1944 de Drancy vers Auschwitz nous amène à la question de la transmission de cette mémoire.

Dans le climat d’antisémitisme actuel, on n’insistera jamais assez sur le rôle crucial des derniers témoins. Après une première tentative qui n’avait pas pu aboutir en raison du contexte sanitaire, nous avons eu la chance de pouvoir accueillir au collège Monsieur Robert Frank, le mardi 25 mai. Son témoignage figure sur notre webdocumentaire.

Que se passera-t-il quand la voix des derniers témoins s’éteindra ? Quels outils pour transmettre ?

Il y a tout d’abord les lieux de mémoire, les lieux institutionnels. On pense bien sûr aux Archives municipales, départementales, nationale, au Mémorial de la Shoah, mais aussi aux musées tel que le musée de Royan que nous avons pu finalement visiter le jeudi 10 juin.

Une petite visite s’impose pour découvrir deux de ces lieux qui ont jalonné notre parcours à la recherche des traces de la Famille Tasiemka … (voir webdocumentaire)

Ce sont aussi les plaques commémoratives. Lors de notre déplacement en Dordogne, nous avons retrouvé la plaque déposée par Robert Frank à Festalemps, mais nous n’avons rien trouvé d’équivalent à Bourg-du Bost.

 

Photographie de la stèle commémorative que Robert Frank à fait apposer au village de Festalemps prise lors de notre déplacement en Dordogne

 

A Poitiers, non loin des Archives départementales, on peut découvrir cette stèle qui rappelle l’existence du camp d’internement de la route de Limoges.

 

Photographie de la stèle commémorative transmise par Jean-Philippe Bozier des Archives départementales de La Vienne. Elle date d’avant la mise à jour, avec l’inscription des Espagnols qui ont été internés dans le camp de la route de Limoges

 

A Paris, enfin, d’autres inscriptions font référence à cette histoire.

 

     

 

Photographies de deux plaques commémoratives qui font référence aux rafles du mois de juillet 1944 à Paris

 

Le mur des noms au Mémorial de la Shoah affiche aussi parmi les 76000 noms des Juifs de France déportés, ceux des enfants Tasiemka.

 

Photographie de la dalle du Mur des Noms, Mémorial de la Shoah

 

Nous pouvons également citer le martyrologe des Juifs de la Moselle sur lequel nous retrouvons les noms des 4 enfants Tasiemka, dont voici un extrait qui nous a été adressé par courrier par Monsieur Henry Schumann.

 

Extrait du martyrologe des Juifs de la Moselle

Enfin, plus improbable, alors que nous étions convaincus en nous rendant à Royan, que le bombardement du 5 janvier 1945 ne nous permettrait pas de trouver de trace de la villa Emirazal où avait séjourné la famille Tasiemka, nous avons pu en remontant l’avenue de Bordeaux découvrir le bâtiment dont voici une photographie.

 

Photographie prise lors de notre déplacement à Royan le 10 juin 2021

Se souvenir de la famille Tasiemka, c’est aussi évoquer un autre temps fort de cette année scolaire partagé avec nos élèves. La rencontre avec le film « Une vie nous sépare » de Baptiste Antignani. Par l’intermédiaire des Escales documentaires de La Rochelle en partenariat avec l’ONACVG 17, nous avons eu la possibilité de découvrir le travail de ce jeune artiste qui était, il y a encore de cela peu de temps, sur les bancs du lycée Pierre Corneille à Rouen. Son projet a naturellement suscité notre intérêt puisqu’il y est question de la rencontre entre ce documentariste et Denise Holstein qui a été déportée par le convoi 77. Alors que 94 % des déportés du convoi 77 ne sont pas revenus de déportation, à l’image d’Adolphe, d’Anna, de Régine et de Marie, ce film nous permettait d’entendre une des rares rescapées. Après avoir vu le film, nous avons pu avoir un temps d’échanges en visioconférence avec Myriam Weil la productrice du film et la coréalisatrice Raphaëlle Gosse – Gardet.

 

Photographies des élèves impliqués dans le projet lors de la visioconférence

 

Voici quelques-unes des réactions de nos élèves à la question qui leur était posée concernant l’émotion qu’ils avaient ressentie en voyant le film.

Ce qui nous a touché, c’est « tout d’abord le témoignage de Denise, son histoire, ses souvenirs, en particulier le moment où elle voit pour la dernière fois ses parents, ou encore le moment de l’arrivée à Auschwitz quand elle tient la main de la petite et qu’elle la lâche ». C’est aussi la relation qu’elle parvient à construire avec Baptiste, « une relation de confiance, une relation qui se construit à travers des moments partagés que l’on retrouve dans plusieurs belles séquences, en particulier cet instant où Baptiste décide de se rendre à la « mare de cendres » à Auschwitz et raconte ce qu’il voit à Denise au téléphone. On ressent alors l’émotion qui les gagne tous les deux. ». C’est enfin un film qui nous parle. « Il parle de l’adolescence de Denise. On s’identifie à elle, car on a le même âge qu’elle, à deux ans près. Par les moyens du cinéma, on ressent une proximité avec Denise. Le film donne l’impression de la connaître personnellement. On apprend à la connaître au fur et à mesure, en même temps que Baptiste, c’est très intéressant. Denise nous est montrée comme une femme très forte et attachante. Le lien avec Baptiste est très beau. ». A travers l’histoire de Denise Holstein, nous nous sommes rapprochés de l’histoire des enfants Tasiemka qui sont passés eux aussi à Louveciennes, au camp de Drancy avant d’être déportés par le convoi 77.

Se souvenir de la famille Tasiemka, c’est également faire le pari de la jeunesse comme « passeur de mémoire ». Baptiste Antignani en est la parfaite illustration. En accompagnement de son film « Une vie nous sépare », il écrivait dans le livre du même nom, les mots suivants :

« Seulement, l’homme l’a prouvé et le prouve encore quotidiennement, le vivre ensemble semble être un rêve difficile, presque impossible à atteindre. L’actualité de ces dernières années en est le témoin. La haine de certains contre les musulmans, la profanation de cimetières juifs … L’avenir est un mot qui fait peur. Notre jeunesse s’inquiète, se mobilise sur la thématique de l’écologie… Il est certainement trop tard et nous devrons assumer cet avenir, mais notre jeunesse a le devoir de ne jamais cesser de lutter contre l’obscurantisme. »

Se souvenir de la famille Tasiemka, c’est enfin se féliciter d’une initiative comme celle du projet Convoi 77 qui a fait grandir nos élèves en leur permettant, à travers la micro-histoire et l’étude de la destinée d’une famille, d’approcher autrement l’histoire de la Shoah.

Nous aimerions terminer ce webdocumentaire en deux temps :

  • Tout d’abord à travers la parole de nos élèves en leur demandant ce que ce travail leur a apporté.

 

Emma

L’année dernière, j’ai choisi de faire partie du projet Convoi 77 car je voulais en savoir plus sur La Shoah, sur les conséquences de cet évènement tragique. Et ainsi faire le devoir de Mémoire sur cette famille, retracer leur vie pour que tout le monde sache leur destin tragique et leur rendre hommage. Pendant cette année, j’ai pu en apprendre plus sur La Shoah mais aussi découvrir des témoignages très touchants, comme par exemple le témoignage de Denise Holstein et de Robert Frank. J’ai été heureuse de faire partie de ce projet.

 

Youna

J’ai choisi l’année dernière de participer au projet convoi 77 pour plusieurs raisons.

Premièrement, je voulais connaître plus de choses sur cette période de l’histoire (la seconde guerre mondiale) et le parcours de nombreuses familles, déportées. J’ai trouvé très intéressant d’étudier l’histoire d’une famille en particulier pour bien comprendre tout leur parcours, proche de celui d’autres familles.

Ensuite, je trouvais cela important de redonner une certaine existence à cette famille, qui n’a pas survécu et qui n’a pas pu témoigner.

Enfin, nous faire participer à ce projet permet de faire perdurer le devoir de mémoire à travers les jeunes, ce que je trouve important.

 

Solal

J’ai souhaité participer au projet du Convoi 77 car je me sens concerné par le sujet au vu de mes origines et je suis convaincu que tout le monde doit avoir un devoir de mémoire pour ne pas reproduire les mêmes atrocités.

Au cours de nombreuses découvertes et témoignages, je me suis senti touché par le parcours de la famille que nous avons étudiée.

J’ai aimé participer à ce projet car il y avait une bonne ambiance d’équipe entre nous et le travail était bien réparti.

Par ailleurs, je trouve dommage que tous les troisièmes ne participent pas à un projet comme celui-ci car il me paraît très important.

 

Clémence

Le projet „convoi 77” m’a beaucoup intéressée et m’a permis de rendre plus concrètes les connaissances que j’avais déjà abordées au travers des cours, des livres et des films. Retracer l’histoire de la famille Tasiemka nous rend plus proche de ce qu’ont vécu ces familles. Le projet nous a aussi permis de rencontrer des témoins comme Robert Frank qui nous a raconté son enfance très touchante.

 

Alice

Le projet Convoi 77 m’a apporté des connaissances sur les conditions de vie des personnes Juives, la déportation, les camps. Je trouve cela important de savoir ce qu’il s’est passé. Cela permet de ne pas oublier et de tout faire pour que cela ne recommence jamais. Enfin ce projet m’a permis de rencontrer des personnes telles que Robert Frank et d’entendre de vive voix un témoignage.

 

Madeleine

Le projet Convoi 77 m’a permis d’en apprendre beaucoup plus sur la période de la seconde guerre mondiale, mais aussi et surtout sur le sort des juifs à cette époque. Il a aussi permis d’honorer la famille Tasiemka et toutes les autres familles victimes de ces atrocités, et de ne pas les oublier.

 

Paul

Pour commencer, le projet convoi 77 m’a appris comment les enfants et les adultes juifs vivaient pendant la période la déportation, comment fonctionnent les archives départementales de Charente Maritime ou encore à chercher des documents historiques. Nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs témoins de la déportation juive.

Ce projet nous a montré à quel point nous avons eu de la chance de ne pas avoir vécu la même enfance que certains enfants déportés ont pu vivre. Beaucoup d’entre eux ont été séparés de leurs familles très tôt, il faut alors se réjouir de l’enfance qu’on a aujourd’hui.

 

Kadiatou

Le projet Convoi 77 m’a beaucoup appris sur la cohésion et le travail d’équipe, sur le dépouillement des archives ou encore sur les interviews. De plus, la rencontre de personnes directement concernées m’a aussi énormément touchée. Grâce à ce projet, nous avons pu rendre un devoir de mémoire à toutes ces personnes malheureusement décédées dans les camps de la mort.

 

Inès

Pendant un an, ce projet m’a appris énormément de choses. Avant, je ne connaissais pas trop ce sujet, ni ses conséquences. Maintenant, je me sens impliquée dans cette cause et j’en suis très contente. Je suis reconnaissante d’avoir pu découvrir cette histoire et d’avoir découvert cette famille Tasiemka au cours de cette année de cours.

 

Laura

J’ai souhaité participer au projet Convoi 77 pour pouvoir continuer à faire évoluer le travail de mémoire.

Ce projet m’a aidé à mûrir et m’a aussi fait prendre conscience de la gravité de la Seconde Guerre Mondiale. J’ai aussi pris conscience de la cruauté des hommes les uns envers les autres.

L’interview de Mr Robert Frank m’a beaucoup touchée car son histoire est très triste, je trouve que c’est très courageux de raconter son histoire devant des élèves.

Cela m’a beaucoup plu de participer à ce projet.

 

Lucie

Le projet convoi 77 m’a permis d’aiguiller mes choix d’orientation car étant une férue d’Histoire, celui -ci m’a donné la possibilité de faire un vrai travail de recherche sur les Tasiemka. Il m’a fait comprendre l’enfer qu’a vécue ma grande tante ainsi que ma famille. Cette expérience est aussi une merveilleuse opportunité d’écouter des témoignages, tels que celui de Robert Frank et aussi de voyager avec le voyage à Bourg-du -Bost. Pour finir, je dirai que le projet convoi 77 est une expérience qui mérite d’être vécue.

 

Sidonie

Le projet convoi 77 m’a fait découvrir les entrailles de la Shoah en suivant la famille Tasiemka qui l’a vécue et qui en a été pulvérisée.

J’ai déjà une grande sensibilité mais les rencontres avec les témoins et en particulier avec Robert FRANK m’ont énormément marquée. Ce monsieur m’a vraiment touché et son histoire m’a atteinte au plus profond de moi.

Tous ces témoignages m’ont confronté à l’atrocité des hommes entre eux et ont mis des visages sur toutes ces douleurs endurées.

 

Sarah

J’ai beaucoup appris de ma participation au projet Convoi 77. Je suis allée pour la première fois de ma vie voir des archives, malgré le contexte sanitaire. J’ai aussi vu comment interviewer, avec le matériel du Far et l’aide de Benjamin.

Ce fut très intéressant de retracer la vie des Tasiemka, et surtout important.

Le projet m’a aussi apporté quelque chose que j’espère ne jamais oublier ; la rencontre avec Robert Franck. Son témoignage était plus que marquant, et je lui suis très reconnaissante de l’avoir partagé.

 

Jeanne

Faire le projet Convoi 77, c’était avant tout pour moi un moyen de débuter « précocement » l’étude de la seconde guerre mondiale ainsi que le génocide des Juifs et des Tziganes, des thèmes que j’attendais comme beaucoup d’autres avec impatience depuis la 6ème.

Avant, la Shoah était une notion abstraite, imprécise pour moi. Je ne pouvais imaginer l’étendue des dégâts, des dérives de certains êtres humains, et ce n’était pas en lisant des bandes-dessinées sur cela que j’arriverais à comprendre. Aujourd’hui tout est différent. Mon engagement dans le projet m’a appris de nombreuses choses, mais j’ai vite compris que le sort pire que la mort pour ces familles innocentes, c’était l’oubli.

L’oubli, l’ennemi de notre enquête. Avons-nous réussi à lutter contre lui ? Peut-être… Mais la plupart des témoins ne sont plus de ce monde pour nous le confirmer.

Ce travail de mémoire m’a beaucoup appris, certes, mais j’ai pu, le temps de quelques mois, me mettre dans la peau de ces enfants, des enfants comme nous, sauf qu’eux, ils n’avaient rien demandé. Comparé au point de vue drastique que je me faisais alors des enfants ayant vécu avant moi, j’ai compris que nous n’étions en rien différents, et c’est ce sentiment d’empathie omniprésent qui m’a fait ressentir beaucoup d’émotions lors du projet, principalement lors du témoignage de Robert Frank, qui s’apparenterait à celui que nous délivreraient les Tasiemka s’ils avaient échappé à la fureur nazie.

J’ai beaucoup apprécié aller plus loin, tous ces petits détails : le camembert distribué au moment d’embarquer dans le train qui partait de Metz, la concentration d’enfants cachés en Dordogne… ce ne sont certainement pas des choses que j’aurais pu apprendre dans un cours normal.

Pour conclure, le Convoi 77 est un projet dont je ne regrette en rien ma participation, il m’a permis de m’ouvrir à des réalités qui n’étaient miennes, m’a fait rencontrer un témoin, qui nous délivrait un de ses ultimes témoignages, et m’a beaucoup fait réfléchir sur la chance que nous avons aujourd’hui de vivre dans une démocratie libre, en paix.

  • Dans un second temps, pour refermer ce webdocumentaire, voici les dernières images filmées par nos élèves lors de notre déplacement à Royan le jeudi 10 juin, en présence de madame Binot Allaire, membre de l’association des amis de la fondation pour la mémoire de la déportation, près du monument des martyrs de la déportation du square du 8 mai 1945. (A voir sur notre webdocumentaire).

 

 

 

Image 3
Image 11
Adolphe TASIEMKA né le 11 février 1929 déporté de Drancy le 31 juillet 1944 par le convoi n°77.
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