ZAVADIER WALTER

1889 - 1944 | Urodzenia: | Aresztować: | Zamieszkania: , , ,

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Wole dit Walter ZAVADIER 1889-1944

en l’absence de photo de Wole dit Walter ZAVADIER, nous reproduisons ci-contre la lettre de son frère Nathan, certifiant que Wole était bien son frère, in SHD PAVCC dossier 21 P 551 946.

La vie de Walter Zavadier a été étudiée par un groupe de trois élèves du Lycée International Français de Vilnius, en Lituanie, où il est né. Comme il a passé une grande partie de sa vie en Autriche et que sa famille a été très mobile, les recherches ont été assez compliquées, notamment en période de confinement et de fermeture des archives, la famille Zavadier ayant laissé des traces dans les archives de Lituanie, d’Autriche, de Suisse, d’Allemagne, d’Afrique du Sud, d’Israël et des Etats-Unis… Heureusement, une partie des documents sont accessibles sur différents sites de généalogie comme jewishgen.org, litvasig.org, ancestry.com, familysearch.org ou genealogy.org.il (site israëlien).

Pendant le confinement, le professeur d’Histoire-Géographie a collecté les documents disponibles sur Internet et pris contact avec les archives de différents pays. Ensuite, à la fin du confinement et après, le groupe d’élèves a élaboré la biographie en s’appuyant sur le dossier ainsi constitué, et y a ajouté des éléments de contextualisation historique.

 

Sources

Même si la ville d’origine des Zavadier a été incendiée avec ses archives et ses registres juifs de naissance en 1915, des sources abondantes évoquent le destin de la famille Zavadier:

  • le dossier disparition de Walter Zavadier (ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre), conservé par le SHD et transmis par les organisateurs du projet „convoi 77”;
  • la fiche „Walter Zavadier” du „fonds de Moscou” (dossiers de police de la IIIème République, conservés aux Archives Nationales, après avoir été confisqués par les Allemands, emmenés à Berlin et de là à Moscou par les autorités d’occupation soviétiques), transmise par les organisateurs du projet „convoi 77”;
  • un extrait des registres des dépôts de la préfecture de police de la Seine, envoyé par les organisateurs du projet „convoi 77”;
  • un extrait du carnet de fouille de Drancy, accessible sur le site du Mémorial de la Shoah;
  • des registres de l’administration tsariste conservés aux Archives Historiques de Lituanie et repris par les sites juifs de généalogie litvasig.org et jewishgen.org;
  • le dossier concernant le cas de la mère de Walter, „évacuée” de force en 1915, conservé aux archives d’Etat de Lituanie;
  • le dossier consulaire du frère de Walter, Nathan, en Suisse, conservé dans les mêmes archives;
  • les registres de départ et d’arrivée par bateau accessibles sur les sites de généalogie ancestry.com et familysearch.org;
  • le dossier concernant l’héritage du père de Walter Zavadier, Shimka, accessible sur les mêmes sites;
  • plusieurs publications médicales d’Afrique du Sud mentionnant Shimka, des années 1910 à sa mort en 1943, republiées sur Internet;
  • le dossier concernant les immeubles de Walter Zavadier à Vienne, spoliés par les nazis après 1938, conservé par les archives américaines, disponible sur Internet;
  • le dossier concernant Walter Zavadier, conservé aux Archives Fédérales d’Allemagne;
  • les dossiers concernant Nathan Zavadier et sa mère Berta aux Archives Fédérales de Suisse, qui scannent gratuitement les documents à la demande;
  • les dossiers concernant la spoliation des biens immobiliers des Zavadiers, conservés aux Archives d’Etat d’Autriche et aux Archives municipales de Vienne;
  • les feuilles d’enregistrement des habitants de Vienne (Meldezettel), accessibles sur le site familysearch.org;
  • les registres matricule de l’Université Technique et de l’Université d’Agronomie de Vienne, dont des copies nous ont été très gentiment envoyées par ces deux institutions;
  • le dossier concernant Nathan Zavadier, docteur et poète, conservé par les archives de la Société des Ecrivains Suisses, à Berne;
  • des lettres de Nathan adressées à un ami autrichien en 1929-1933, conservées par la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Vienne, qui nous en a gentiment communiqué une copie. Un très grand merci.

 

Les Zavadier, une famille juive de Šiauliai

Walter Zavadier est né à Šiauliai, en Lituanie, alors dans l’empire russe, le 30 Septembre en 1889, sous le nom de “Wole”.

La Lituanie abrite une population juive très importante depuis la fin du Moyen Âge et l’Epoque Moderne, quand le pays s’étendait de la mer Baltique à l’Ukraine et ouvrait ses portes aux Juifs chassés des autres pays d’Europe: leur savoir-faire artisanal et commercial devait contribuer au développement du Grand Duché. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, ce dernier a fini par être absorbé par l’empire tsariste, qui s’est alors découvert une périphérie occidentale remplie de shtetl – des bourgs et quartiers juifs, qui représentaient une bonne partie de la population urbaine. Ainsi, lors du recensement de 1897, Šiauliai était la deuxième ville la plus peuplée du gouvernement de Kaunas (la Lituanie d’aujourd’hui sans la région de Vilnius) avec ses 16 128 habitants, dont 6 978 Juifs (43,3%).

La ville de Šiauliai est connue comme une ville Phénix, qui a dû se reconstruire après plusieurs grands incendies, notamment en 1872 et 1915 – les registres de la communauté juive locale ont disparu dans les flammes. Šiauliai est aussi connue pour avoir été marquée par la révolution industrielle, qui a notamment permis le développement de la tannerie de Chaïm Frenkel, la plus grande fabrique de cuir de l’empire russe.

Le père de Wole, Shimka Zavadier, n’est ni commerçant ni artisan ni industriel: c’est un médecin, après des études dans les écoles juives de Lituanie puis à l’Université de Kharkov. La mère de Wole s’appelle Berta, et après Wole un deuxième enfant est né en 1891, Nathan, le petit frère. La famille est relativement aisée, car tous les membres ont un compte en banque en 1905.

Images de Šiauliai à la Belle Epoque, cartes postales reprises par le journal Lietuvos Rytas, https://kultura.lrytas.lt/istorija/siauliai-pries-simta-metu-pamatyk-miesta-atviruku-kolekcijoje.htm

 

Le départ du père

La migration familiale a commencé avec le père. En 1891, Shimka est parti en Afrique du Sud, où il s’est installé comme médecin.

Ce départ s’inscrit dans une grande vague de migration. Dans l’empire russe, la situation des Juifs s’est beaucoup dégradée au cours du XIXème siècle, notamment après l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881 qui a été le prétexte de pogroms (mais pas sur le territoire de la Lituanie d’aujourd’hui): entre 1881 et 1914, plus de deux millions de Juifs ont quitté l’empire. Notamment, beaucoup de juifs de Lituanie ont migré en Afrique du Sud: de 1885 à 1914, plus de 11 000 Juifs du gouvernement de Kaunas y sont partis, sur un total d’un peu plus de 14 000 dans tout l’empire russe. L’Afrique du Sud fait partie des „pays neufs” qui attirent fortement la colonisation européenne et juive en particulier, au même titre que les Etats-Unis, le Canada, les pays d’Amérique Latine ou l’Australie. Les conditions y étaient médiocres, les migrants effectuaient le plus souvent des travaux physiques, durs, mais mieux payés qu’en Lituanie. Shimka Zavadier représente cependant un profil plus éduqué que la majorité des migrants: il s’est installé comme docteur.  D’ailleurs, d’après ses propos sur place, il n’a pas tant fui les persécutions anti-juives que la monotonie de la vie au shtetl… et peut-être de la vie famille, car il a laissé les siens en Lituanie.

Shimka Zavadier s’est si bien intégré dans la société locale qu’il a participé à la seconde guerre des Boers contre la domination britannique en 1899-1902. Du côté des vaincus: à la fin de la guerre, en 1900-1901, Shimka se retrouve interné dans l’un des premiers camps de concentration de l’Histoire, construit par les Britanniques pour les Boers prisonniers. Il est alors fiché comme “extrêmement anti-britannique”. Même si les conditions de vie y sont très dures – les camps sont mal gérés, les prisonniers peu alimentés, victimes du typhus ou de la rougeole – Shimka y survit, et revient plusieurs fois en Europe, notamment en 1911.

Camp de concentration pour Boers

 

Les frères Zavadier

Shimka Zavadier envoie sans doute de l’argent à sa famille, ce qui permet aux fils Wole et Nathan d’être inscrits au lycée à Saint-Pétersbourg au début du XXème siècle, alors même que les Juifs ne pouvaient s’installer dans la capitale qu’en cas d’autorisation spéciale, et qu’un maximum de 3% des places leur était attribué dans les établissements d’enseignement de la capitale. Les deux frères avaient donc probablement un excellent niveau scolaire.

A Saint-Petersbourg, Wole et Nathan assistent à la Révolution de 1905, qui éclate contre le régime autocratique de l’empereur Nicolas II, après la défaite de la Russie contre le Japon et le massacre du Dimanche rouge du 22 janvier 1905, quand des manifestants pacifiques portant des icônes et des portraits du tsar ont été mitraillés par les soldats devant le Palais d’Hiver. Des révoltes éclatent alors à travers tout l’empire, entre grèves, jacqueries, revendications autonomistes dans les périphéries. Un Soviet ouvrier apparaît dans la capitale. Mais Nicolas II rétablit finalement l’ordre en promettant l’élection d’un Parlement, la Douma, et en s’appuyant sur une forte répression.

La Manifestation du 17 octobre 1905, Ilia Répine

Lors de la liquidation de l’héritage du père après la Seconde Guerre mondiale, Nathan décrit son frère comme étant “de disposition vagabonde”, “de santé fragile” et manifestant des “tendances communistes”. C’est peut-être lors de la révolution de 1905 que Nathan a pu constater ces tendances chez son frère.

En 1909, Wole est inscrit comme étudiant à la Technische Horschule de Vienne, pour devenir ingénieur: en Russie, un numerus clausus vise les Juifs à l’Université, d’où l’intérêt de faire des études à l’étranger. En 1910-1911, son frère Nathan le rejoint, mais finalement celui-ci part à Zürich en 1912 pour y étudier la médecine (thèse soutenue en 1918).

A Vienne, pendant ses études à l’institut technique, Wole a changé trois fois d’adresse, habitant au 18/21, Kleinen Neugasse dans le 4ème arrondissement, puis au 16/10, Müllnergasse dans le 9ème arrondissement, et enfin dans la rue Lichtensteinstrasse, toujours dans le 9ème arrondissement. Il commence aussi à se faire appeler Walter. Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur en chimie en juillet 1913, il a poursuivi ses études jusqu’en 1919-1920 à la Horschule für Bodenkultur (institut d’agronomie). A la fin de ses études, il habite au 29 Säulengasse.

 

Dispersion et retrouvailles

Wole Zavadier et son frère ont donc passé la Grande Guerre à l’étranger, Wole résidant même dans un pays ennemi la Russie, l’Autriche-Hongrie, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre ses études. Le père Shimka quant à lui est mentionné par des publications médicales comme résidant aux Pays-Bas, la patrie d’origine des Boers.

Seule la mère, Berta, est restée en Lituanie: en 1915, elle est évacuée de force vers Poltava, en Ukraine, alors que l’armée russe incendie la ville de Siauliai à l’approche des Allemands. Plus généralement, les autorités russes ont “évacué” de nombreux Juifs vivant à proximité du front en 1915, car ils n’étaient pas jugés “fiables”. La Lettonie et le Nord de la Lituanie ont été très affectés par ces expulsions.

L’arrivée de l’armée allemande dans Šiauliai en flammes, 1915, Bundesarchiv, Bild 146-1971-018-03 / Kühlewind / CC-BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5482589

Une fois la guerre finie, Berta a pu quitter la Russie soviétique en 1922 et rejoindre Vienne, où son mari et son fils Wole l’attendaient. Shimka semble avoir acheté des biens immobiliers à Vienne, pour que sa famille puisse en vivre. Lui-même a fini par repartir en Afrique du Sud.

Le côté nomade, vagabond de Wole s’affirme encore après les études, comme le montre le registre des habitants de Vienne: en 1927, il quitte son logement rue Säulengasse, sans qu’on sache s’il a un travail; en 1933, les autorités ne savent plus où il est. En 1936-1937, Walter dispose de la citoyenneté autrichienne et habite désormais à Klosterneuburg, une ville au nord de Vienne, où il exerce peut-être sa profession d’agronome.

Nathan, de son côté, est resté à Zürich, où il publie des poèmes en allemand, en plus de son travail de médecin. Mais il ne parvient à obtenir de situation stable, enchaînant les remplacements et les emplois temporaires. En 1932, il tente de revenir en Lituanie, mais on lui interdit d’y exercer sans diplôme lituanien. Les lettres qu’il écrit à un ami autrichien en 1930-1933 montrent qu’il est de plus en plus effrayé par les effets de la crise économique et la montée du nazisme en Allemagne, jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933: “L’Europe qu’on a connue, ou peut-être pas assez bien connue, n’existe plus. Même ici on peut ressentir ces ondes violentes.” Nathan finit par partir en Palestine en 1935 ou 1936. Mais il semble en être revenu en 1938. Et lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les autorités britanniques lui interdisent, comme à d’autres médecins juifs étrangers, d’exercer sur place, officiellement parce qu’il n’a plus d’adresse prouvée sur place. Nathan rentre donc en Suisse, en 1938 ou en 1939, peut-être à cause de l’Anschluss qui menace sa famille en Autriche.

Photographie d’identité de Nathan Zavadier, début des années 30, Archives d’Etat de Lituanie

 

Les effets de l’Anschluss

En Autriche, la situation s’est dégradée après l’annexion de ce pays par l’Allemagne nazie en 1938 – l’Anschluss. Les Juifs d’Autriche subissent ainsi les lois de Nüremberg, qui les privent de la citoyenneté, l’obligation de déclarer leur patrimoine (26 avril 1938), puis les pogroms de la nuit de Cristal des 9 et 10 novembre 1938, ainsi que les nouvelles mesures antijuives adoptées à la suite, visant à les exclure de la vie économique et sociale. Adolf Eichmann organise “l’émigration forcée” des Juifs d’Autriche: en 1938-1939, il parvient à faire partir 60% d’entre eux – dont Walter Zavadier.

En novembre 1939, Berta meurt. Walter part en Suisse, sans rien: les deux immeubles qui étaient à son nom sont spoliés. Il survit grâce à des virements réguliers de son père. Mais la vie en Suisse est trop chère, et Nathan ne parvient pas à y ouvrir un cabinet de médecine, car il est étranger.

Par conséquent, les deux frères quittent la Suisse: Nathan part en 1940 aux Etats-Unis, où il peut enfin normalement exercer sa profession, tout en continuant à publier des poèmes dans la presse, cette fois en anglais. Walter, lui, part en France. A son arrivée, il est interné dans un des camps de la IIIème République pour étrangers à Meslay-du-Maine, destiné aux citoyens allemands et autrichiens. Mais il en est libéré dès le 12 janvier 1940, et s’installe à Paris. A partir du 1er juillet 1941, il réside à l’hôtel Welcome 31, rue Sauffroy, dans le 17ème arrondissement. Il survit toujours grâce à l’argent envoyé via la Suisse par son père, qui finit par mourir le 1er décembre 1943, puis par son frère.

 

La déportation

Le 1er juillet 1944, Walter Zavadier est convoqué par les autorités allemandes au bureau des finances, au sujet d’un virement envoyé par son frère via la Suisse. Le 5 juillet, il écrit une lettre à la propriétaire de l’hôtel pour l’informer qu’il est à la prison de la Santé. Le 27 juillet, une seconde lettre indique qu’il va être envoyé à Drancy. Après trois semaines de prison, il est en effet transféré dans les cellules de la préfecture de police de la Seine le 21 juillet, puis envoyé à Drancy le 29 juillet.

De Drancy, Walter Zavadier est envoyé à Auschwitz le 31 juillet. Les autorités françaises retiennent comme date de décès le 5 août 1944, mais c’est une date arbitraire, le 5ème jour après le départ du train, comme pour tous les déportés dont on ne connaît pas la date exacte du décès. En fait, la majorité des déportés ont été gazés dès leur arrivée, le 3 août.

Après la guerre, Nathan Zavadier – devenu citoyen américain en 1946 – a fait reconnaître son décès par les autorités françaises et effectué des démarches en Afrique du Sud ainsi qu’auprès des autorités américaines d’occupation en Autriche, afin de récupérer les biens spoliés et l’héritage du père. Il est finalement mort en 1960, après plusieurs années de souffrance psychique, torturée par une paranoïa peut-être liée aux persécutions dont sa famille a souffert.

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