Sroël Scholka Charles LAUFMAN (1888 – 1944)
Photographie de profil sur carte d’identité 1943, © archives familiales
I / Les origines de Sroël
Scholka, dit Sroël[1] LAUFMAN est né le 26 mai 1888 ou le 12 août, à Siedlce[2], dans l’est de la Pologne, comme l’indique le registre de la synagogue de la ville[3].
Ses parents se nomment Hersh Isaac Laufman (né en 1870 à Siedlce) et Sarah Dogodny (Goldstein ?) (née en 1873). En 1926, ils sont tous deux déjà décédés.
La communauté juive représente environ 50% de la population de sa ville de naissance, mais celle-ci est secouée par des actes antisémites. En septembre 1906, un pogrom cause la mort d’une trentaine de Juifs.
La Pologne est sous le contrôle de plusieurs États. Ses habitants étaient citoyens de Russie, d’Allemagne ou d’Autriche-Hongrie. Pendant la Première Guerre mondiale, plus de trois millions d’hommes ont été mobilisés, provenant du territoire de la future Deuxième République polonaise et qui ont combattu dans trois armées distinctes. Des affrontements sanglants se sont déroulés entre les armées allemandes, russes et austro-hongroises sur le territoire polonais.
Sroël (sous le prénom de Choilik) a servi dans l’armée russe durant la Première Guerre mondiale au sein de la seconde division radio télégraphique en tant que caporal. Il vivait alors à Varsovie. Les archives évoquent un passage à l’hôpital israélite d’Odessa (actuelle Ukraine) car il souffrait d’une angine. Il en sortira le 12 janvier 1918, avec une anémie suite à « une triple blessure » de guerre et se verra accorder douze mois de congé[4].
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, de nombreux Polonais et Juifs polonais choisissent de migrer vers d’autres pays espérant y trouver une vie meilleure. Sroel, lui, a choisi de venir s’installer en France, où se trouvaient déjà des membres de la famille de sa compagne, Rachel Berenbaum, comme son frère Abraham, dit Adolphe[5].
Ils quittent Varsovie pour Paris à la toute fin 1920[6]. On ignore quel parcours ils ont suivi et par quelle ville ils sont entrés en France. La demande de naturalisation de Scholka[7] nous permet de savoir qu’il s’installe à Paris à l’hiver 1921 au 17 passage de l’Industrie, dans le 10e arrondissement.
II / Une famille, une histoire
Scholka Laufman aussi appelé Sroël ou Charles, en français, arrive en France en 1920 avec sa compagne Rachel Berenbaum et leur premier fils, Isaac / Icchok (Jacques, en français), né le 25 novembre 1919 à Varsovie.
Leur deuxième fils naît à Paris le né le 25 mars 1922 et se prénomme, directement en français, Adolphe.
Le couple, qui a peut-être été marié religieusement en Pologne, se marie civilement le 11 mars 1926 à la mairie du 10e arrondissement de Paris[8]. Sroel est le prénom inscrit sur l’acte de mariage.
Georges, le petit dernier, naît deux ans plus tard, le 11 juillet 1928.
Sroël, Rachel, Jacques et Adolphe en 1924 © archives familiales
La première année, ils s’installent dans le Marais, 41 rue Chapon, dans le 3e arrondissement[9], puis dans le 10ᵉ, quartier qu’ils ne quitteront pas, même quand ils changeront de rue. Les Laufman ont donc toujours habité dans un environnement où vivaient et travaillaient de nombreux Juifs d’Europe de l’Est
Quand il arrive en France, Sroel exerce le métier de cordonnier, mais il change de profession puisque, en 1926, il travaille comme garçon de magasin, ce qui signifie qu’il rangeait les articles dans les rayons des magasins. Puis, au moins à partir de 1931[10], il est coupeur, travail pour lequel il touchait un salaire de 1.200 francs par mois.
Il est un immigré dûment enregistré, immatriculé au registre des étrangers le 8 février 1921. Sa femme et lui ont renouvelé leurs cartes d’identité d’étranger le 31 décembre 1925.
III / Migration et démarches de naturalisation
Sroël Laufman, comme de nombreux Juifs qui voient en la France une terre d’égalité où les Juifs ont les mêmes droits que le reste de la population, a opté pour la France quand les tensions antisémites se sont faites trop intenses en Pologne, et sans doute aussi pour y trouver un travail. Mais il souhaite davantage : s’enraciner durablement en France et devenir français.
Le 1er décembre 1926, Sroël dépose donc à la préfecture de police une demande de naturalisation pour devenir citoyen français[11]. À cette époque, la France, encore marquée par les conséquences de la Première Guerre mondiale, mène une politique favorable à la naturalisation afin d’attirer des travailleurs étrangers et de renforcer ses effectifs militaires.
Toutefois, durant les années 1920, la procédure de naturalisation en France reste néanmoins rigoureuse, incluant des enquêtes sur la moralité et la situation économique des personnes demandant la naturalisation française, comme ce fut le cas de Missak Manouchian, qui après avoir fait sa demande, n’a pas obtenu la nationalité française. Les étrangers ayant servi dans l’armée française bénéficiaient d’un accès privilégié à la nationalité. Sroël, ayant atteint le grade de caporal dans l’armée russe, alliée de la France pendant la Première Guerre mondiale, cela a sans doute renforcé l’acceptation de sa demande.
Avec un revenu stable de 1.200 francs par mois, deux fils qui feront d’excellents soldats, un métier reconnu et un passé militaire significatif Sroël Laufman présente donc un dossier solide.
Sa « conduite et sa moralité » n’ont pas attiré l’attention sur lui et « il jouit de la considération publique », disent les commentaires du fonctionnaire chargé de son dossier. Il n’affiche aucune attitude politique.
Un document manuscrit du commissaire de Police qui mène l’enquête sur lui souligne toutefois que « M. Laufman parle à peine le français » et qu’il « ne semble pas assimilé ». Cela justifierait qu’il soit convoqué. Le policier méfiant suggère donc que la demande de naturalisation devrait être ajournée. D’après lui, Sroël souhaite devenir Français seulement parce « qu’il réside dans notre pays », et souhaiterait une autre nationalité s’il résidait dans un autre pays[12]. Sroel a pourtant pris soin de déclarer qu’il « aime la France » et n’a pas l’intention de retourner dans son pays.
Or le préfet de police ne suit pas l’avis du commissaire de quartier et, le 17 novembre 1927, donne un avis favorable. Les renseignements sur Sroel sont satisfaisants et en décembre 1927, il est considéré comme « assez bien assimilé » et parlant « assez bien le français »… Le rapport final insiste sur le fait qu’il attend un troisième enfant.
Renonçant à retourner en Pologne, Sroel incarne le parcours de nombreux migrants qui marquent la rupture avec leur pays d’origine et leur détermination à s’intégrer pleinement dans leur nouveau pays. Il devient finalement, un citoyen de la République française par un décret publié au Journal Officiel le 12 février 1928 (page 1796).
Jacques est naturalisé avec ses parents, Adolphe est déjà français par déclaration[13] et Georges est né français, puisque ses deux parents le sont devenus.
Des Français comme les autres ?
Après le 17 passage de l’Industrie[14], Sroel s’installe rue du Faubourg Saint-Denis, puis au 82 passage Brady, adresse à laquelle ils figurent au recensement de 1931 et 1936. La profession de Rachel mentionnée en 1936 est « concierge ». « Charles » est coupeur.
« Mes parents étaient immigrés polonais. Nous étions juifs, naturalisés français, ce qui fait que nous nous considérions comme des Français à part entière jusqu’au moment de l’Occupation », relate Georges Laufman, le benjamin de la famille. Il indique également qu’il parlait « les deux langues », sans préciser s’il s’agissait du yiddish ou du polonais, en plus du français qui est sa langue maternelle.
Les enfants du couple ont possiblement été scolarisés à l’école élémentaire rue du Faubourg-Saint-Denis, ou à l’école élémentaire rue du Faubourg-Saint-Martin.
La famille des Laufman est touchée par le racisme dès avant la guerre. En effet, même s’ils sont français, la stigmatisation est violemment ressentie par cette famille française de fraîche date. Dans un témoignage de Georges, on ressent la percée de l’antisémitisme, notamment à l’école. « Nous sentions déjà monter l’antisémitisme, notamment à l’école, entre enfants. On nous provoquait en nous insultant, les termes employés sont toujours d’actualité aujourd’hui. Je me sentais personnellement diminué. Je ne réagissais pas aux insultes, parce que je ne suis pas un violent. Étant assez timide, j’évitais le contact. Mes parents étant arrivés de Pologne en 1920 gardaient toujours un accent. Ils ne parlaient pas bien français, alors à l’école, comme tout se sait entre gosses, je me sentais différent, je n’étais pas à l’aise[15] », se souvient-il. « Personnellement, j’étais gêné. Nous n’étions pas totalement mis à l’écart dans les jeux, mais nous étions traités de “sales juifs” », dit-il en précisant : « Je ne peux pas expliquer comment on ressent l’antisémitisme, mais on le ressent. Comment s’en défendre ? »
Et le petit Georges n’ose pas en parler avec ses parents. D’ailleurs, Sroel serait-il intervenu ? « Je n’étais pas tout seul dans ce cas, nous étions plusieurs. Vous savez, c’est dur quand vous êtes fils d’immigrés », ajoute-t-il.
Les deux fils aînés, selon Georges, qui ont une grande différence d’âge avec lui, « sont entrés en politique, et ont milité activement jusqu’à la déclaration de la guerre, ensuite ils ont continué leur activité dans la résistance ».
LA GUERRE & L’OCCUPATION
En septembre 1939 éclate la Seconde Guerre mondiale.
Au printemps 1940, début juin, quand « la drôle de guerre » laisse la place à l’attaque allemande et à l’avancée rapide des armées, les trois quarts des Parisiens quittent précipitamment la ville.
La famille Laufman réside alors 82, passage Brady. Sroel décide de rester à Paris, puisqu’il est mobilisé dans la défense passive, raconte Georges, tandis que lui-même et sa mère suivent le chemin de l’exode. Ils fuient Paris à pied jusqu’à Étampes, où ils grimpent dans un train de marchandises, qui les laissera à Limoges.
En juin 1940, la France, battue par l’armée d’Hitler, signe l’Armistice. Une partie du territoire est occupée par l’armée allemande et le maréchal Pétain installe un régime de collaboration avec l’Allemagne nazie, qu’on désigne sous le terme de « régime de Vichy ».
Les Juifs étrangers sont internés dans des camps sur le territoire français. « On ne m’avait rien appris du tout sur les Allemands, expliquera plus tard Georges. Je savais juste qu’une partie de ma famille avait été arrêtée et était dans le camp de Gurs[16]. On les avait mis avec les réfugiés espagnols. »
Après l’occupation de Paris par l’armée allemande, Sroel retrouve sa femme et son plus jeune fils, ainsi que la tante de celui-ci, qui avait quitté la capitale avec eux. Les deux autres fils ne sont pas à Paris. L’un est parti durant l’exode avec son entreprise, et l’autre « était au régiment, dans les camps de jeunesse à Villard-de-Lans, en zone sud. »
Quelques semaines après l’installation des Allemands à Paris et celle du gouvernement de collaboration à Vichy, des lois antisémites sont édictées, excluant les Juifs de nombreux métiers tels que la fonction publique, les médias ou la direction des entreprises. Les Juifs de la zone Nord doivent se faire recenser et n’ont pas le droit de quitter cette zone sous contrôle allemand.
Sroel obéit aux ordres des Autorités d’Occupation et se fait recenser. En juin 1942, il va chercher pour lui, sa femme et son fils mineur les « insignes », ces étoiles juives, obligatoires à partir de l’âge de 6 ans, dont on échange trois exemplaires par personne contre un point de textile sur la carte de rationnement.
« Je portais l’étoile jaune, conséquence de l’antisémitisme. Nous n’étions pas à l’aise, mais les Allemands nous ont obligé à la porter. On la camouflait plus ou moins de façon à ce qu’on ne la voit pas. Quand on montait dans le métro, on n’avait pas le droit à tous les wagons, juste au dernier qui nous était réservé. On la cachait parfois en mettant quelque chose dessus, comme un vêtement ou avec un paquet. Lorsque l’on est gosse, on arrive à tricher, mais les grands ne pouvaient pas parce qu’ils risquaient trop gros, par exemple de se faire arrêter, avec toutes les conséquences que cela pouvait entraîner », explique Georges en 2006. Sroel n’a sans doute pas pris ce risque.
Puis les rafles commencent pour la déportation des Juifs en Pologne, qui était occupée par l’Allemagne depuis 1939. À partir de 1942, et la volonté d’Hitler de pratiquer le génocide des Juifs d’Europe (« la solution finale »), la chasse aux Juifs s’intensifie d’abord en zone occupée, puis très vite après en zone « libre ».
Grâce au témoignage de Georges de 2006, nous savons qu’une tante et des cousins et cousines (4,14 et 16 ans) des enfants de Sroel et Rachel ont été victimes de la rafle du Vél’ d’Hiv’ des 15 et 16 juillet 1942[17]. Plusieurs voisins du passage Brady sont arrêtés au fil des mois, dont sans doute des camarades d’école de Georges.
Georges donne une idée précise de ce que ressentaient les Juifs, qui se sentaient traqués. « Je n’ai pas subi de violence à proprement parler, mais il arrivait parfois que les Allemands arrêtent les gens dans la rue au hasard. N’importe qui ! On ne savait pas pourquoi ! Ils les faisaient monter dans les camions et partaient avec eux. Ce sont quand même des conséquences de la guerre. Cela marque. Ça reste… Cette peur au ventre tout le temps ! Cette envie de fuir et de se sauver lorsque l’on voyait les camions arriver. »
Si Georges ne connaît alors que la peur, l’étau se resserre sur la famille de Sroel et Rachel. Leurs deux autres fils sont arrêtés. En 1942, Adolphe est interné à la prison de la Santé pendant six mois, puis envoyé au camp de Pithiviers, où il reste pendant six à huit mois (selon son frère Georges). Il est expédié en Allemagne en 1943, pour travailler dans une usine à Berlin. Il aurait obtenu une permission et se serait caché chez la famille Ducarme, dont il aurait ensuite épousé la fille, Alice Alexandrine[18].
Jacques a été arrêté comme juif lors d’une rafle à la gare St Lazare et « déporté à l’île d’Aurigny » au camp de Norderney, le 11 octobre 1943, un camp de travail extrêmement dur en France[19].
IV / Le contexte de l’arrestation
Sroël a été arrêté à son domicile, passage Brady, le samedi 22 juillet 1940 au matin par la police française. Le motif de l’arrestation figurant sur le registre du dépôt de la préfecture de police de Paris est : « Juif ». Le couple était seul lors de l’arrestation. Georges, qui était alors employé comme typographe rue du Faubourg Saint-Denis travaillait ce jour-là, ce qui était exceptionnel : cela lui a sauvé la vie. Alors qu’il rentrait chez lui, les vendeuses des magasins de vêtements du passage Brady ont alerté le jeune homme de 16 ans afin qu’il ne retourne pas à l’appartement familial.
V / La détention au camp de Drancy
Après un bref passage au dépôt de la préfecture de police, Sroël a été interné avec sa femme dans le camp de transit de Drancy, le 22 juillet 1944. Nous connaissons ses numéros de matricule (25.593), et celui du carnet de fouille (158) dont le numéro de reçu est le 6695. Il dépose 750 francs (pour le couple). Le prénom indiqué sur sa fiche est « Scholka ».
Le cahier des entrées et mutations du camp de Drancy mentionne qu’il a été assigné à l’escalier 18, chambrée (pour hommes) du 4e étage, à son arrivée. Comme tous les détenus du camp sélectionnés pour partir dans un convoi, il a ensuite été muté dans un escalier plus près de la cour où l’on réunissait les sélectionnés pour le départ, à l’abri des regards. Le 31 juillet 1944, au matin, des bus de la SRCP sont venus chercher les futurs déportés pour les emmener à la gare de Bobigny.
Son convoi est parti de Drancy vers Auschwitz. Il a sans doute voyagé avec son épouse, dans des conditions épouvantables, entassés à 60 dans des wagons à bestiaux, sur de la paille, avec presque rien ni à boire ni à manger, et aucune hygiène.
En raison de son âge (56 ans), il a très probablement été gazé dès son arrivée, dans la mesure où il était très rare que des déportés soient sélectionnés pour le travail à Auschwitz après 50 ans.
Son fils Georges raconte qu’il a attendu pendant des semaines le retour de ses parents à la gare de l’Est. « J’ai pensé retrouver mes parents pendant presque une année. J’espérais. J’habitais à côté de la gare de l’Est, j’allais donc tous les jours à la gare pour voir si je trouvais quelqu’un que je connaissais, et mes parents en particulier. Puis, quelques mois après, une femme est venue en me disant que mes parents étaient passés dans les fours crématoires », relate Georges, qui avait activement participé au soulèvement parisien contre les Allemands en août 1944.
Dans le convoi 77, les Laufman ont-ils retrouvé leur voisine du 82 passage Brady, Rose Rosenzweig[20], qui a été arrêtée dans la région de Rouen et dont le père a été déporté en septembre 1942 ? Est-ce elle qui, ayant survécu à Auschwitz et au camp de Kratzau, est venue dire à Georges quel avait été le sort de ses parents ?
VI / Une disparition sans archives …
Les enfants des Laufman n’ont jamais su si leurs parents avaient été victimes d’une rafle aléatoire ou s’ils avaient été dénoncés.
« Quand mes parents ont été arrêtés, je ne savais pas qu’ils seraient déportés. Je croyais qu’ils allaient revenir ! J’ai toujours cru qu’ils allaient revenir ! Quand la police est venue les chercher, personne n’a dit : « “On va vous mettre dans des camps d’extermination” », indique Georges[21], qui souligne que l’arrestation et la déportation se sont déroulées « trois semaines avant la libération de Paris ».
De nombreuses démarches ont été accomplies par les enfants de Sroël et Rachel après leur déportation, notamment par leur fils Jacques. Ainsi, dans l’immédiat après-guerre, l’administration française a-t-elle établi un certificat de « non-rentré ». Un certificat de disparition et un acte de déportation ont également été rédigés avec le prénom français de Sroël : Charles Laufman.
En 1963, Jacques demande que le titre de Déporté Politique soit attribué à son père[22].
Il faut attendre l’année 1966 pour qu’un un acte de décès déclare sa mort avec la date du 31 juillet 1944, et, étant de nationalité française, il a été reconnu « Mort pour la France ».
Malgré tout cela, les circonstances et la date précises de sa mort restent inconnues ; l’acte de décès l’établit au 31 juillet 1944, soit le jour de son départ du camp de Drancy. Cela a ensuite été rectifié au 5 août 1944, date fixée selon une méthode qui estimait à 5 jours le temps du convoiement et d’assassinat à Auschwitz, sans retour ou témoignage du décès de la personne.
Toutefois, les témoignages des survivants indiquent que le train dit « convoi 77 » parti de Bobigny le 31 juillet 1944 est arrivé dans la nuit du 3 au 4 août et que les déportés qui n’ont pas été sélectionnés pour le travail ont été gazés le jour de leur arrivée [23].
Aujourd’hui, pour lui rendre hommage, nous pouvons nous recueillir à l’emplacement de son nom sur le mur des Noms du Mémorial de la Shoah, dalle n° 23, rangée n° 13. Année 1944.
On peut ajouter que Jacques a été nommé tuteur de son plus jeune frère, Georges, encore mineur après la fin de la guerre.
Nous tenons à remercier les descendants de la famille Laufman qui ont eu la grande gentillesse de venir nous rencontrer au lycée. Une expérience que nous ne sommes pas près d’oublier.
Biographie réalisée par les élèves de T12 du Lycée Charles-le-Chauve de Roissy-en-Brie (Seine et Marne) en 2025.
En mémoire de Rachel et Sroël.
Notes & références
[1] Les prénoms de Sroel sont fluctuants. Sur son acte de naissance, il se prénomme Saul, un prénom que l’on ne retrouve pas ensuite. Sur son acte de mariage, il est Sroel. Sur plusieurs papiers, dont sa demande de naturalisation, il indique s’appeler Scholka, et signale Charles comme prénom français. On trouve un étrange Choilik sur un papier d’un hôpital militaire russe. Sa date de naissance est également indécise. S’il indique toujours être né en 1888 à Sedlitz (Siedlce), son acte de naissance (sa traduction certifiée en français) le donne né le 26 mai, mais il rédige (ou fait rédiger) une demande de naturalisation dans laquelle il dit être né le 12 août.
[2] La communauté juive représente environ 50% de la population de sa ville de naissance, mais celle-ci est secouée par des actes antisémites. En septembre 1906, un pogrom cause la mort d’une trentaine de Juifs.
[3] Extrait d’acte d’état civil figurant dans le dossier de demande de naturalisation de Scholka LAUFMAN, AN, BB11, dossier 10530-4076×27
[4] Traduction du document de l’hôpital israélite d’Odessa qui figure dans le dossier de naturalisation de Scholka Laufman.
[5] Son frère Isaac, mort à Paris en 1937, a également immigré, de même que ses sœurs Beila, Esther et Eva. Le benjamin de la famille, Beinish (dit Bernard) a été naturalisé français en 1928. Il semblerait que leur père, Faivel, soit mort à Paris en 1934, mais la fratrie et filiation restent à confirmer. Les autres frères et sœurs, sont dispersés entre le Nouveau Monde et le vieux continent. Bour, 40 ans en 1926, Yochel, 50 ans, ont franchi l’Atlantique ! Le premier est à Chicago, où il exerce le métier de pareur, le second est en Californie, à San Francisco et est cordonnier. Marie, âgée de 42 ans et sans profession vit à Odessa. Haïm, qui a 44 ans et est fruitier, est le seul qui réside encore en Pologne, à Varsovie.
[6] Dossier du SHD de Caen, LAUFMAN Sroel, 21 P 473 217
[7] L’acte de naissance (traduit du polonais) d’Isaac, le fils aîné de Scholka, indique une adresse à Varsovie, rue Muranowska N°45-24 /2 2.274 E, une rue de la « Vieille Ville », en bordure de ce qui fut plus tard le ghetto. Sur ce document, dont l’original a été visé par le consulat polonais à Paris le 11 juillet 1922, Scholka est prénommé Saul.
[8] Archives numérisées de la Ville de Paris, état civil.
[9] Cf dossier de naturalisation, 1re page du dossier, remplie en décembre 1926.
[10] Ce métier apparaît sur le recensement de 1931 de son adresse 82, passage Brady, Paris Xe.
[11] LAUFMAN Scholka, Archives Nationales, dossier BB11-10530 40764 x 27
[12] Note manuscrite dans le dossier de naturalisation, loc. cit.
[13] Information figurant dans la demande de naturalisation ; référence 12.176 x 26.
[14] En 1931, Faivel, Ryvka et Isaac « Berembaum », « russes », vivent tous les trois au 17 passage de l’Industrie. Les Laufman leur ont-ils laissé l’appartement ? Faivel est mort en 1934.
[15] LAUFMAN Georges, témoignage recueilli par Frédéric Praud 2006, toutes ses citations sont extraites de ce témoignage.
https://parolesdhommesetdefemmes.fr
[16] Le camp de Gurs, près d’Oloron-Sainte-Marie, dans les Basses-Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques) par le gouvernement d’Édouard Daladier entre le 15 mars et le 25 avril 1939 pour interner les personnes fuyant l’Espagne (Républicains espagnols et Brigadistes internationaux) à la suite du coup d’État du général Franco. Après le 22 juin 1940, le camp fut utilisé comme camp d’internement mixte pour des Juifs de toutes les nationalités – sauf français – capturés et déportés par le régime nazi. Ce camp servi d’antichambre pour le camp de Drancy puis la déportation à Auschwitz.
[17] Il s’agit sans doute d’Esther Berenbaum, épouse Goldberg, arrêtée avec ses trois enfants, Suzanne née en 1925, Wolf né en 1928, et Régine née en 1937. Les enfants sont déportés peu après leur mère, par le convoi 27. Elle résidait avec sa famille au 17 passage de l’Industrie à Paris 10e, où ont vécu Sroel et sa famille, puis le père de Rachel et d’Esther.
https://ressources.memorialdelashoah.org
[18] Adolphe est devenu restaurateur. Il est mort en 1989.
[19] Transféré à Boulogne-sur-Mer, le 7 mai 1944, il est transféré par les Allemand vers Neuengamme le 24 juin, mais s’est évadé du train en Belgique. Il est revenu en octobre 1944 à Paris, passage Brady. Il a été ensuite le président de l’Amicale d’Aurigny. Il est mort en février 1992.
[20] Rose Rosenzweig https://ressources.memorialdelashoah.org
[21] Georges Laufman, qui a livré son émouvant témoignage, a continué à travailler dans le secteur de l’imprimerie. Il a eu deux filles. Il est mort en septembre 2015.
[22] Demande d’attribution du titre de déporté politique, dossier du SHD de Caen LAUFMAN Sroël, 21 P 473.217.
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