Berthe WAINFELD

1902-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Berthe WAINFELD, née HOCHSTEIN (1902-1944)

Berthe Wainfeld © Mémorial de la Shoah

 

Cette biographie a été rédigée par les élèves du Goethe Gymnasium de la ville de Germersheim, sous la direction de Mr Steul avec l’aide de Laurence Klejman.

Berthe Wainfeld, est née Berthe Hochstein est née à Paris le 12 juillet 1902, à 10 heures du matin, dans le 18e arrondissement de Paris.

Ses parents, ses nombreux sœurs et ses frères

Elle est la deuxième enfant d’Isaac Hochstein[1] et de Léa Kessler.

Isaac Hochstein est né en « Russie », à Brezna, probablement Berezne, en Ukraine) le 20 mars 1875. Il est le fils de Wolf[2] et Feiga. Léa Kessler, née dans la même ville le 3 juillet 1876, est la fille de Haïm et de Rébecca Kaplan.

On ignore pourquoi ils ont émigré[3], s’ils sont arrivés ensemble ou se sont rencontrés en France, mais ils vivent dans la capitale française depuis, au minimum, septembre 1897 et se sont installés dans le 12e arrondissement, 4, impasse Barrier, dans le quartier des Quinze-Vingt. Un quartier pauvre. Puis ils déménagent pour un quartier également pauvre, dans le bas Montmartre, où, au fil des ans, une communauté juive ashkénaze va s’installer et se développer. La famille va déménager à de nombreuses reprises.

Acte de mariage de Lea Kessler et Isaac Hochstein © archives numérisées de Paris

Isaac et Léa se marient à Paris, le 5 janvier 1907. Ils vivent 25 rue Sainte-Isaure, dans le 18e arrondissement de Paris. Ils ont, à cette occasion légitimé Fanny, leur fille aînée née à Paris 12e le 25 septembre 1897 ; Berthe et la dernière-née avant le mariage, Elisa, née le 19 août 1906, également dans le 18e arrondissement (Une petite Louise, née le 16 août 1904 chez ses parents 4 rue Letort, 18e, est morte à l’hôpital Bretonneau à l’âge de 4 mois le 15 janvier 1905).

Au 13-15 rue Sainte-Isaure, depuis 1904, existait un oratoire fréquenté par les Juifs russes et polonais, qui a été transformé en synagogue en 1907[4]. On ignore cependant si Isaac et Léa y ont reçu la consécration religieuse de leur union à ce moment-là.

Le 20 octobre 1906, la famille avait été naturalisée française. On remarquera que tous les enfants du couple portent des prénoms français.

Si en 1905, quand la petite Louise décède, Léa est coutière, au moment du mariage en 1907, Isaac est tailleur et Léa s’occupe de la maison et de leurs filles. Mais en 1912, quand naît dans le 19e arrondissement leur sixième fille et septième enfant, Germaine, il est marchand d’habits, sans doute fripier, et Léa travaille désormais avec lui, bien qu’elle ait enchaîné les grossesses : Après Elisa sont nés Marie, en 1908 (dans le 18e), Henriette, en 1909 (la famille vit alors 5 rue Charles-Robin, dans le 10e) et Paul en 1910 (dans le 19e). Après Germaine, ce sont deux garçons, Charles en 1913, et Raymond, en 1915 qui viennent compléter cette famille nombreuse. Mais Raymond meurt à 6 mois, visiblement à Charbonnières. Peut-être la famille avait-elle quitté Paris pendant la guerre, ou bien était-il en nourrice. Le nourrisson est ramené à Bagneux pour son inhumation, le 30 août 1915.

En 1916, c’est un autre drame familial pour Berthe, ses sœurs et petits frères : leur mère meurt le 12 mai, dans la 13e arrondissement, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Elle est inhumée le 15 mai, à Bagneux. Elle n’avait pas 40 ans. Berthe en avait 14.

En conformité avec la tradition juive, Isaac se remarie aussitôt. Le 12 décembre, il épouse à la mairie du 19e arrondissement Rosa Leibovici, née en 1884, à Botosani[5] en Roumanie. En 1917, un autre fils naît : Albert Hochstein[6]. Rosa avait déjà un fils, né en 1906 en Roumanie.

Si l’on suit les actes de naissance et de décès, on en déduit que la famille est passée du 18e arrondissement au 19e. Ils sont installés 114 boulevard de la Villette.

On ignore où et si Berthe est allée à l’école, mais on se doute qu’en tant qu’une des aînées d’une famille nombreuse, elle a dû prendre sa part aux soins du ménage et des sœurs et frères. D’autant que son aînée, Fanny, se marie en 1917 avec Salomon Bercovici et donne naissance à son fils, Georges. Et sa cadette, Marie épouse en 1923 Hermann Zissermann. Enfin, en 1923, à son tour, Berthe quitte la demeure familiale d’Argenteuil (a une dizaine de kilomètres au Nord de Paris), pour se marier.

Mariage avec Joseph Wainfeld, dit Maurice

Le 14 juin 1923, elle a épousé Joseph Mendel, dit Maurice, Wainfeld à Argenteuil[7], près de Paris. Joseph Wainfeld était né à Varsovie le 8 mai 1897, fils de Mathis Wainfeld (antiquaire) et de son épouse Sarah Federshloss.

Tandis que Berthe n’exerçait aucune profession et restait au foyer pour s’occuper des tâches ménagères, Joseph était imprimeur. Ils vivaient ensemble, en banlieue parisienne, plus précisément au 176, rue de Noisy, à Bagnolet. Joseph-Mendel est naturalisé français le 9 mars 1930.

Rue de Noisy-le-Sec aujourd’hui / Bagnolet au XIXe siècle

Environ un an après leur mariage, le 30 mai 1924, Berthe donna naissance à leur fils, Serge Paul Wainfeld, Paris 11e.

Pendant les seize années suivantes, les Wainfeld poursuivirent leur vie jusqu’à l’invasion de Paris par les Allemands en juin 1940.

La Guerre et la déportation sans retour

Nous ne savons rien de la vie de Berthe pendant la guerre, puis l’Occupation, sinon qu’elle a fait refaire sa carte d’identité le 23 août 1943, ce qui signifie qu’elle s’était déclarée comme juive et avait le tampon sur sa carte (et ses tickets de rationnement). Portait-elle l’étoile jaune en tissu cousue sur ses vêtements, à gauche, à la place du cœur ? Sans doute : ne pas le faire aurait été s’exposer à l’arrestation, voire à l’envoi direct au camp de transit des Juifs, à Drancy.

Quatre ans après avoir vécu sous le joug nazi, Berthe fut arrêtée par la Gestapo le 26 juillet 1944, en tant que juive. Son voisin, M. Boricki est arrêté en même temps. Son mari ne se trouve pas sur place et échappe à l’arrestation. Mais pas leur fils, Serge Paul Wainfeld, qui vivait à la même adresse.

Elle est ensuite conduite au camp de transit de Drancy où elle est internée du 26 au 31 juillet 1944.Elle reçoit le matricule 25.987.

Dès l’aube, le 31 juillet elle est rassemblée avec 1305 autres personnes, des personnes âgées, des nourrissons, des enfants et adolescents raflés dans les maisons de l’Ugif, des familles entières et des célibataires, dans une cour du camp de Drancy. Ils sont entassés dans des bus de la SCRP pour rejoindre, par rotation la gare de Bobigny. Là sous la surveillance des soldats allemands et des chiens, ils sont tous poussés dans des wagons à bestiaux. Nous ne savons pas avec qui Berthe est restée enfermée trois jours et deux nuits, sans air, avec peu d’eau, peu de nourriture et un seau pour 60 personnes en guise de tinette. Nous ne savons même pas si elle a survécu à la chaleur, à la frayeur, mais il est fort probable qu’elle n’est pas entrée dans le camp d’Auschwitz pour travailler et a dû être dirigée vers les chambres à gaz avant d’être incinérée dans les fours crématoires.

Serge Paul Wainfeld, déporté par le convoi du 31 juillet 1944 est également mort en déportation, le 3 mars 1945 à Flössenburg[8] (Allemagne), après avoir été sélectionné pour entrer dans le camp d’Auschwitz et avoir suivi un long périple dans l’enfer des camps. Juif communiste, il avait 20 ans. Sa fiancée, Jacqueline Chonavel, dont le père a été déporté à Mauthausen en 1943 sans retour, est le second témoin de la déportation de Berthe[9].

Serge Paul Wainfeld © Mémorial de la Shoah

Faire reconnaître le décès de Berthe :

« Maurice », le mari de Berthe a dû, après avoir perdu sa femme et son fils unique, vivre l’épreuve supplémentaire de devoir faire reconnaître leur décès à l’état civil français.

La disparition de Berthe après la guerre est officiellement confirmée et documentée par un certificat de disparition. Or ce document n’est pas un acte de décès et n’est donc pas inscrit au registre des décès de la mairie. Ce « certificat de disparition » était délivré en vertu de l’article 88 du Code civil français et était généralement prévu pour les victimes de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale, dont le sort ou la date exacte du décès ne pouvaient être déterminés avec certitude.

L’acte de décès devait être ajouté au registre d’état civil, puis renvoyé comme preuve. Joseph Wainfeld avait demandé l’acte de décès de sa femme pour obtenir une compensation de guerre, à laquelle les membres de la famille ou les déportés survivants pouvaient prétendre après la Seconde Guerre mondiale. Cette compensation pouvait prendre la forme d’une somme d’argent ou d’un titre ou statut important.

Il fallait d’abord fournir les déclarations de deux témoins ayant connaissance de la déportation pour la prouver. Ensuite, si le déporté avait été emprisonné avant le 16 juin 1940, il fallait fournir deux déclarations supplémentaires expliquant en quoi il représentait un danger pour l’ennemi. La personne remplissant ce document devait également jurer de dire la vérité, de n’avoir jamais été condamnée pour des crimes tels que la collaboration avec les nazis et d’être légalement autorisée à formuler cette demande. Tout faux témoignage pouvait entraîner une peine d’emprisonnement ou une lourde amende.

Dans le cas de Berthe, son mari entame en avril 1957 les démarches pour la faire reconnaître comme Déportée Politique (le terme qui a officiellement remplacé celui de « racial » utilisé pendant la guerre et juste après) en demandant l’acte de décès et en fournissant les premières informations la concernant.

Après avoir reçu l’acte de décès de Berthe, mentionnant désormais son décès lors de sa déportation, « Maurice » a remis les autres documents nécessaires à la reconnaissance de son statut de Déporté Politique. Il a envoyé leur certificat de mariage et leur certificat de famille, l’acte de décès de Berthe, la liste de leurs enfants (un seul) et son acte de naissance. De plus, il a dû fournir un formulaire administratif la concernant, contenant des informations prouvant qu’elle n’avait pas utilisé de pseudonyme lors de son arrestation. Les derniers formulaires envoyés contenaient des informations sur son arrestation et sa procédure de déportation.

Après vérification et validation de tous les documents, Joseph a rempli un dernier formulaire à l’attention du gouvernement français afin de demander une dernière fois le statut officiel de son épouse et a obtenu la confirmation officielle.

Berthe obtient à titre posthume le statut de Déporté Politique en 1958.

L’histoire de Berthe Wainfeld et le long processus entrepris par son mari pour obtenir un statut officiel illustrent les difficultés rencontrées par les familles pour rassembler des informations sur leurs proches après leur arrestation et déportation par les nazis, en raison de la piètre qualité, voire de la falsification, des documents laissés après la guerre. Ce récit poignant nous rappelle que de tels crimes ne doivent plus jamais se reproduire.

SOURCES

  • SHD Caen, Berthe Wainfeld, dossier 21 P 548 862.
  • Archives de l’état civil de la Ville de Paris
  • Sites Geneanet et Filiae

Notes & références

[1] Isaac Hochstein est mort en 1950 à Argenteuil et a été inhumé au cimetière de Bagneux le 17 juin, dans un caveau.

[2] Selon une fiche de Geneanet, Isaac s’appellerait Hirsch en second prénom et porterait le nom de famille de sa mère ; celui du mari de celle-ci se nommant Schuster. En absence de confirmation, nous nous contentons d’indiquer que Wolf est le père d’Isaac.

[3] Les pogroms en Russie et en Ukraine étaient assez fréquents et violents à la fin du XIXe siècle et cela a provoqué une forte migration juive.

[4] Elle est reconstruite de 1937 à 1939 par les architectes Germain Debré et Julien Hirsch. Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941, elle a été la cible d’une attaque du MSR d’Eugène Deloncle, un parti d’extrême-droite. Sa façade, notamment est endommagée. Elle reprend du service dans les années 1970. En béton, d’allure moderne, le bâtiment, qui appartient l’Association du Consistoire israélite de Paris a été restauré en 1994. La Ville de Paris a pris en charge la moitié du coût des réfections.

[5] Botosani est une ville située à une centaine de Kilomètres au Nord-Ouest de Iasi.

[6] Albert meurt à Bagnolet le 1er Serge octobre 1989.

[7] Argenteuil semble être resté assez longtemps un port d’attache pour les Hochstein. C’est dans cette ville que meurt Elisa, en 1987.

[8] x-resistance.polytechnique.org (PDF) Les Français à Flossenbürg. Transféré d’Auschwitz à Sachsenhausen. Puis, à Flossenbürg le 06 février 1945.

[9] SHD de Caen Berthe Wainfeld, dossier 21 P 548 862.

Contributeur(s)

Cette biographie a été rédigée par les élèves du Goethe Gymnasium de la ville de Germersheim, sous la direction de Mr Steul avec l’aide de Laurence Klejman.

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