Léon GOLDIN (Paris, 1886 – Auschwitz, 1944)
Nous n’avons pas pu trouver de photo de Léon Goldin. Nous présentons donc sa signature, relevée sur son acte de mariage, le 11 mars 1919.
Léon Goldin est né le 16 février 1886 à Paris dans le 11e arrondissement à 13h au domicile de ses parents, 80 rue de la Roquette. Il est le premier enfant issu de la troisième union de son père, Mayer Goldin, âgé de 48 ans. Sa mère Juliette, ou Julie Rathner, a 28 ans. À Paris, ils sont marchands ambulants de peignes et de casquettes.
Acte de naissance de Goldin Léon ©Archives de la Ville de Paris.
Nous connaissons peu de choses sur la famille de Léon, sinon que ses deux parents sont des émigrés juifs venus de l’ex-empire russe.
Sa famille : l’exil
Son père Mayer (Abraham Abelewitch) Goldin est né le 20 novembre 1838, à Grodno, dans l’Empire russe (actuellement en Biélorussie). Sa mère, Julie Rathner[1], est née à Vilna (Vilnius) le 15 octobre 1858, également dans l’empire russe, aujourd’hui en Lituanie.
Ses parents sont considérés comme des immigrés « russes » parce que le territoire de la Russie des tsars est très étendu. Grodno et Vilna (Vilnius) se situaient dans la « zone de résidence juive » de l’Empire russe (vaste territoire entre l’Ukraine, la Biélorussie et la Lituanie) entre 1795 et février 1917. Les Juifs étaient contraints d’y demeurer. Leur langue est le yiddish et leur religion, le judaïsme.
Depuis la mort du tsar Alexandre II en 1881, une politique de russification et antisémite est mise en place. Entre 1881 et 1884, une série de pogroms (massacres, pillages…) de plus en plus violents ont fait fuir les Juifs de cette zone de résidence, essentiellement en Amérique, en Allemagne, ou en Angleterre. La France reste une destination marginale, même si le dicton yiddish « Heureux comme Dieu en France » symbolise l’image que les Juifs d’Europe centrale et de l’Est ont de la France : le seul pays d’Europe où les Juifs ont le statut de citoyen et le droit de pratiquer leur religion. Sous le règne d’Alexandre III, des rumeurs circulent sur le fait que le tsar aurait donné le droit au peuple de « battre les Juifs ». Les pogroms sont de plus en plus nombreux jusqu’en 1884.
Quand la famille Goldin est-elle arrivée à Paris ?
La famille Goldin a dû arriver à Paris vers 1884. Le père, Mayer Goldin, était accompagné des deux premiers fils qu’il a eus de deux mariages précédents : Chaïm Abraham, né le 6 août 1863 à Grodno avec Zirel Zimbrowski ou Zirla Abrahamnova / Zirba ZANBRONSKI, et Simon Goldin, né en 1874 à Grodno de sa deuxième union avec Céline Leclerc.
La famille s’implante à Paris
La première trace de la famille Goldin à Paris correspond à l’acte de naissance de Léon, le 16 février 1886, enregistré à la mairie du 11e arrondissement.
La deuxième trace est un mariage. En effet, l’année suivante, son frère Chaïm Abraham, dit Albert, qui est né le 6 août 1863 à Grodno et est ouvrier casquettier, domicilié au 24 rue des Nonnains d’Hyères dans le 4e arrondissement, se marie. Le mardi 4 janvier 1887, il épouse à la mairie de son quartier Anna Lévy[2]. Les bans du mariage ont été enregistrés le 19 décembre 1886. Dix enfants naissent de cette union entre novembre 1887 et 1902. Chaïm Abraham est naturalisé français par décret du 2 septembre 1897. Il meurt à 55 ans, le 23 octobre 1918 dans le 4e arrondissement à l’Hôtel-Dieu, dans l’Ile de la Cité. Il vivait 8 rue du Foin dans le 3e arrondissement[3] et était alors marchand en bonneterie. Il est inhumé dans le carré juif du cimetière parisien de Bagneux (Hauts de Seine) le 27 octobre 1918[4].
La famille Goldin, qui a dû s’installer à Paris vers le milieu des années 1880, appartenait aux couches les plus défavorisées. Elle s’est retrouvée dans le 4e arrondissement dans le quartier du Marais, surnommé en yiddish le Pletzl autour de la rue des Rosiers. La famille élargie s’est établie dans les 4e, 3e et 12e arrondissements. Mayer Goldin et sa troisième épouse Julie, ou Juliette, Rathner se sont installés dans le 11e arrondissement, où sont nés leurs quatre garçons. Ils vivent rue Basfroi, non loin de la Bastille, un quartier populaire dont Léon a dû fréquenter l’école puisque, si sa famille a déménagé à plusieurs reprises, elle est restée dans le même périmètre.
Après Léon en 1886, Mayer a vu le jour le 23 septembre 1889 au domicile de ses parents, 25 rue Popincourt. Leur père est alors marchand de peignes et leur mère couturière. Emmanuel, le troisième fils du couple est né le 29 mars 1892, 24 rue Basfroi dans le 11e.
Quant à Salomon, le petit dernier, il voit le jour en 1898, 17 rue de Lappe, près de la Bastille. Ses parents exercent alors le métier de marchands ambulants de casquettes. Salomon se marie à Fontenay-sous-Bois le 21 septembre 1929 avec Jeannette Chapira[5]. Le dimanche 22 septembre 1929, la cérémonie religieuse du mariage a eu lieu à la synagogue des Tournelles dans le 4e arrondissement, à 14h30. Divorcé le 11 juillet 1932, Salomon se remarie le 25 avril 1933 à la mairie du 11e arrondissement avec Elki Thau[6]. Le couple vit avec Juliette Goldin dans le quartier de la Roquette en 1936 ; il est manœuvre. Après un second divorce le 12 octobre 1937, Salomon se remarie, toujours dans le 11e arrondissement, après la guerre, le 4 octobre 1947 avec Hélène Magalnik[7]. Salomon est mort le 12 décembre 1970 au Kremlin-Bicêtre et Hélène, le 9 août 1993 à Villejuif.
La rue Basfroi,. BHVP.
Une famille éprouvée par les deuils et par la Première Guerre mondiale
Le 23 janvier 1894, la famille est frappée par un deuil : Simon, demi-frère de Léon et né en 1874 à Grodno, qui était plombier et célibataire,[8] meurt à l’hôpital Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement. Il avait 20 ans et est inhumé le 24 janvier 1894 au cimetière d’Ivry-sur-Seine[9].
Deux ans après, Léon perd son jeune frère Emmanuel, mort en bas-âge, à l’âge de quatre ans, le 18 octobre 1896 à l’hôpital pour enfants Armand-Trousseau dans le 12e arrondissement.
En 1912, c’est le père de famille, Mayer Abraham Abélewitch (fils d’Abel) Goldin, qui meurt, âgé de 74 ans, le 15 octobre, à l’hôpital dans le 15e arrondissement (acte 4444)[10]. Il n’avait pas la nationalité française, mais Julie Rathner, la mère de Léon est naturalisée française par le décret du 17 août 1920[11].
Le frère de Léon, Mayer Goldin, représentant de commerce, est célibataire. Lors de la mobilisation générale le 2 août 1914, il a 24 ans et vit chez sa mère 39 rue Bréguet, dans le 11e arrondissement. Classe 1909, (matricule 1663), il mesure 1 m 69 et a un degré d’instruction générale 3 (instruction primaire plus développé). Caporal en 1912, il est nommé sergent à la 27e compagnie le 22 décembre 1914, passé au 24e R.I le 7 février 1915 puis au 170e R.I le 27 mars 1915, il reçoit le 15 juin 1915 une citation : a conduit bravement sa section à l’assaut de la tranchée conquise sous un violent feu d’artillerie et a été décoré de la croix de guerre (étoile vermeil). Il est « mort pour la France », disparu au combat le 19 juin 1915 à Aix-Noulette (Pas-de-Calais). Aujourd’hui son nom est inscrit sur une des 500 plaques (la 169e) de l’anneau d’un périmètre de 345 mètres au mémorial international Notre-Dame-de-Lorette inauguré le 11 novembre 2014. Mayer fait partie des 580.000 soldats de toutes les nationalités morts en Flandre française et en Artois pendant la Première Guerre mondiale. Ce site se situe sur la commune Albain Saint-Nazaire, à une dizaine de kilomètres d’Arras (Pas-de-Calais).
(c) photos Martine Prébernard
La vie de Léon jusqu’à son arrestation
Léon Goldin est un sportif, un fan de vélo, plus particulièrement de cyclotourisme, un sport nouveau. Son nom apparaît pour la première fois dans le journal l’Auto-vélo du 6 mai 1904, dirigé par Henri Desgrange, pour sa participation à la troisième sortie officielle des Audax le 15 mai 1904. C’est une randonnée à vélo d’un parcours de 200 km de Paris-Compiègne et retour[12]. Le prix d’un vélo, à cette époque, est élevé. À 18 ans, Léon a-t-il pu se l’offrir seul ou sa passion est-elle encouragée par son père ?
Gallica.bnf.fr/l’Auto du vendredi 6 mai 1904, p. 3/6.
Gallica.bnf.fr/l’Auto du lundi 9 mai 1904, p. 3.
Le lundi 16 mai 1904 en page 3, l’Auto publie les résultats de la troisième sortie de L’Audax. Sur les 167 inscrits, 140 étaient au départ et 121 étaient arrivés à Paris. Malheureusement, Léon Goldin ne faisait pas partie des cyclistes qui ont obtenu l’insigne d’argent des Audax qui aurait témoigné de sa réussite.
Le service militaire et la Première Guerre mondiale
Léon fait partie de la classe 1907, et fait son service militaire en 1908, au 30e Régiment d’artillerie à Orléans ; il a le matricule 683. Sur la fiche du registre matricule du recrutement classe 1907, matricule 3338, nous apprenons qu’il mesure 1m70, a des cheveux bruns, des yeux gris et un visage ovale. Il a un degré d’instruction générale de niveau 3. Sur sa fiche militaire est indiqué : « fils d’étranger ». À l’époque, il vivait avec ses parents, 5 rue Saint-Nicolas dans le 12e arrondissement, quartier Bastille, et exerçait la profession de ciseleur. Le 8 octobre 1908, Léon est incorporé au corps du 2e canonnier du 30e Régiment d’Artillerie n°7493 (ou 683, selon sa femme) à Orléans.
En 1910, il est domicilié 8 impasse Mortagne. Lors de la déclaration de guerre, il est rappelé le 3 août 1914. Il se retrouve au 100e RA lourde le 1er novembre 1915. Soutien de famille depuis la mort de son père en 1912, il est ensuite envoyé travailler dans des usines liées à l’industrie de l’armement. Il est détaché le 16 juin 1916 dans la société Philippon et compagnie au 28 rue de Sablonville, à Neuilly-sur-Seine, qui fabrique des gaines pour obus. Il est muté le 23 septembre 1916 à la maison Bouchey à Saint-Ouen, puis le 26 novembre 1918 chez Anastase, 14 rue Neuve-Popincourt à Paris 11e.
Marié et chef d’entreprise installé dans le 20e arrondissement de Paris
En 1919, Léon habite 8 rue Pache dans le 11e arrondissement de Paris, non loin du Père-Lachaise. Il vit avec Louise Décamps. Le 11 mars, ils se marient à la mairie du 11e arrondissement (acte 470).
Louise Renelde Décamps. est née le 12 janvier 1885 à Cousolre dans le département du Nord (59), d’un père marbrier (Alfred Décamps, 1858-1916) et d’une mère polisseuse de marbre (Maria Blampain, 1861-1932). Elle avait déjà été mariée[13], et de cette première union est née une fille, Gabrielle Lucienne Daffos, le 10 janvier 1906. Le 21 novembre 1911, Louise est devenue veuve.
Léon et Louise n’ont pas eu d’enfant ensemble. Peu après son mariage, Léon créé une entreprise. Le 3 juin 1919, avec Jean Seillon et un commanditaire, ils ont formé une société ayant pour objet l’industrie et le commerce de la cuivrerie artistique, orfèvreries, vases, cache-pots et articles de Paris. Le siège social est situé 3 bis impasse Villiers de l’Isle-Adam, dans le 20e arrondissement. Le capital de la société est de 20.000 francs, fourni par le commanditaire. Le 23 juillet 1921, suite à la dissolution de la société, Léon Goldin en reste le seul propriétaire. C’est également dans le 20e arrondissement que le couple s’installe.
Gallica.bnf.fr/Le Courrier (une feuille officielle d’annonces judiciaires et légales, organe spécial de l’industrie parisienne et de l’exportation de 8 pages), p. 3, 5 juin 1919.
Gallica.bnf.fr/Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1922 T1 p. 218
Gallica.bnf.fr/Le Courrier du mercredi, 7 septembre 1921, p. 5.
Le 1er janvier 1925, Léon Goldin apparaît dans l’Annuaire industriel (répertoire analytique général de l’industrie suivant la classification) de M.M Pernet, Gensel et Thirion. Son entreprise se situe 91 rue Pelleport dans le 20e arrondissement. On la retrouve dans la rubrique 307 « Bronzes et objets d’art, partie 307-2 Cuivrerie d’art, section cache-pots, jardinières en cuivre repoussé et dans la rubrique 308 Articles de ménage et de cuisine, section articles de ménage en aluminium ».
Gallica.bnf.fr/Annuaire du commerce Didot-Bottin, année 1925 p.257.
Malheureusement pour Léon, peu de temps après, son usine est détruite par un incendie. Ce fait divers est relaté par le journal Le Matin du 11 janvier 1925, qui informe les lecteurs que les dégâts sont estimés à 250.000 francs. Le conseil municipal de Paris accorde à ses ouvriers qui se retrouvent au chômage à cause de l’incendie une aide de 1.000 francs.
Gallica.bnf.fr/ Le Matin du 11 janvier 1925, rubrique, Faits divers p.5/8.

Gallica.bnf.fr/ Rapport, Conseil municipal de Paris de 1924, p.2
Il semble que Léon ait ensuite vendu son entreprise, car Le Courrier (Feuille officielle d’annonces judiciaires et légales) du 17 septembre 1926 indique en page 3 dans la rubrique « ventes de Fonds de commerce », qu’elle a été cédée par Goldin Léon ; l’acquéreur est M. Sellier. Cependant, dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin du 1er janvier 1928, Léon avait toujours son entreprise 91 rue Pelleport dans le 20e arrondissement (entreprise de cuivrerie d’art : cache-pots, jardinières en cuivre repoussé, casseroles). En 1928, Léon fonde une autre usine de casseroles, à la même adresse.
Le niveau de vie de Léon est suffisamment élevé pour lui permettre d’avoir une automobile, ce qui est encore assez rare avant la Seconde Guerre mondiale. Et, c’est avec cette voiture, en 1928, que Léon Goldin a un accident. Son nom apparaît dans la rubrique des faits divers du Petit Parisien du 23 février 1928. À l’entrée du village de Flins, Léon a tamponné la voiture de Jacques Meismer 34 ans industriel à Paris, arrêté sur la route départementale 190 pour la réparer. M. Meismer a été blessé au thorax et à la jambe, Mme Jeanne Cluzeau, sa passagère a été atteinte au visage et à la poitrine. Léon Goldin, 41 ans, est mentionné comme directeur d’usine, habitant 2 rue d’Annam à Paris 20e arrondissement.
Gallica.bnf.fr/Le Petit Parisien du 23/2/1928, n°18622.
Léon Goldin a vécu et travaillé dans le 20e arrondissement de Paris. À la fin des années 1920, le domicile du couple Goldin-Décamps se trouve 2 rue d’Annam[14]. En 1930-1932, son entreprise de repoussage industriel est dans ce même quartier du nord populaire de Paris, 22 et 24 rue Orfila – qui est la dernière adresse qui figure sur sa fiche militaire, avant qu’il soit « dégagé de toutes obligations militaires » le 15 octobre 1935.
Gallica.bnf.fr/ Annuaire du commerce Didot-Bottin 1932
En 1935, le couple déménage et s’installe 12 avenue Gambetta, toujours dans le 20e arrondissement, cette fois dans le quartier du Père-Lachaise. Le certificat de domicile, établi le 9 mai 1946 par madame Durot, concierge de l’immeuble, assure que Léon Goldin y était locataire depuis le 17 octobre 1935 jusqu’à son arrestation par les Allemands, le 22 juillet 1944.
On le trouve effectivement au recensement de 1936, comme « Industriel artisan patron » et Léon est également inscrit comme électeur en 1936.
©Archives de la Ville de Paris, Recensement des électeurs, fichier 1921-1939, année d’inscription 1936.
La guerre : de son arrestation par la milice à son décès
Nous n’avons pas d’information sur la manière dont Léon Goldin a été directement touché par les mesures antisémites des lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy et des mesures prises par l’occupant allemand après l’armistice de juin 1940. Son entreprise a-t-elle été aryanisée après la loi du 22 juillet 1941 ? Comment (sur)vit-il ? S’est-il fait recenser comme juif au commissariat de son quartier en octobre 1940, ainsi que le font 90% des Juifs de la région parisienne ? Portait-il l’étoile juive obligatoire ?
La mère de Léon, qui est naturalisée française, a réussi à échapper aux premières rafles. Elle meurt[15]le 12 juillet 1943, chez elle, 39 rue Bréguet, où elle vivait avec son fils Charles Salomon.
Ce que nous savons de l’arrestation de Léon Goldin provient du dossier que son épouse a déposé après la guerre pour faire reconnaître son statut de déporté. Dans celui-ci se trouvent divers documents, dont un courrier envoyé par sa femme et sa belle-fille, Gabrielle Lucienne Daffos[16], auprès du ministère des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre pour obtenir des informations sur son sort. Elles indiquent sa taille, qu’il est « industriel », et soulignent qu’il a les cheveux blancs.
Goldin Léon ©SHD de Caen DAVCC, dossier n° 21 P 456 796.
Certificat de déportation de Léon Goldin reçu par son épouse. Goldin Léon ©SHD de Caen DAVCC, dossier 21 P 456 796.
Goldin Léon ©Archives de la Préfecture de Police de Paris, CC2, Registre des consignés provisoires au dépôt.
De son épouse, qui a alors 60 ans, nous apprenons que Léon a été arrêté à leur domicile, 12 avenue Gambetta, le 22 juillet 1944 par les Allemands sur l’ordre, écrit-elle, du PPF[17] (le Parti Populaire français), et conduit au commissariat rue Cambacérès dans le 8e arrondissement.
En fait, au 11 rue Cambacérès dans le 8e arrondissement à Paris se tenait l’annexe de la Gestapo de Paris (la Police politique du IIIe Reich[18]). Léon a dû y être conduit au matin du 22 juillet 1944. Puis, d’après un certificat de la Direction de la captivité établi le 7 janvier 1946 d’après ses « fichiers », il aurait été embarqué pour Compiègne, au camp de Royallieu (ou Frontstalag 122) dans l’Oise, seul camp de transit nazi ouvert de juin 1941 à août 1944 dépendant exclusivement de l’administration allemande (SD : Service de sécurité), mais nous n’en avons pas trouvé la trace.
En revanche, son arrivée à la préfecture de police de Paris le lendemain, le 23 juillet à 3 heures du matin est attestée par les registres. Il est amené pas « les Affaires juives », puis est convoyé au camp de Drancy par un policier français en même temps que d’autres personnes qui seront déportées par le convoi 77[19], le 24 à 15 heures. Au camp, Léon est dépouillé de ses papiers d’identité et de son argent. Sur le carnet de fouille n°160[20], il est indiqué qu’il reçoit le matricule 25.673 et dépose 1.798 francs (francisques), une somme relativement importante.
Carnet de Fouille, Goldin Léon ©Mémorial de la Shoah.
Le camp de Drancy, à 4 km de Paris, est installé dans les bâtiments de la cité de la Muette, ensemble d’habitations bâti en forme de U, à Drancy (Seine-Saint-Denis), qui n’avait pas été achevée avant la guerre. D’abord un lieu de détention des communistes pendant la « drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940, la cité devient un camp d’internement pour des civils britanniques et canadiens et quelques Français depuis son occupation par les troupes allemandes en juin 1940. Le 20 août 1941, la préfecture de police y crée un camp destiné aux 4 232 hommes juifs raflés durant trois jours, sur décision allemande et à l’instigation du Judenreferent SS Theodor Dannecker, dans les quartiers de l’Est parisien, notamment le 11e arrondissement. Le préfet de police de la Seine en a le contrôle, la surveillance est assurée par la gendarmerie. À partir de mars 1942, Drancy devient un camp de rassemblement et de transit en vue de la déportation des Juifs de France. Le 27 mars, le premier convoi part de la gare du Bourget-Drancy. C’est le 18 juin 1943 qu’un commando de SS autrichiens, avec à sa tête l’officier SS Aloïs Brunner, prend en charge l’administration du camp à la place de la préfecture de police. La gendarmerie en assure toujours la surveillance extérieure et la préfecture de police a toujours un bureau non loin. Brunner décide de faire partir les convois de la gare de Bobigny et non plus de celle du Bourget-Drancy. Le camp est désigné sous le terme « camp de concentration ». L’UGIF est obligé s’en assurer l’approvisionnement, qui est payé par la préfecture de la Seine. Le Service d’ordre juif a la charge des carnets de fouille à souche. Jusqu’à sa libération le 18 août 1944, 80 000 personnes définies comme juives ont séjourné au camp de Drancy. 1 467 prisonniers sont libérés après l’arrivée di consul suédois Raoul Nordling et de membres de la Croix rouge.
Époux d’une femme « aryenne » (selon les définitions racistes des nazis, reprises par le gouvernement de Vichy), Léon Goldin aurait pu avoir un statut spécial, qui « protégeait » les « conjoints d’Aryen ». Mais ce ne fut pas le cas. En cette fin juillet 1944, le SS Aloïs Brunner veut remplir ce convoi au maximum, alors que les forces alliées qui ont débarqué en juin en Normandie se rapprochent de Paris.
Le lundi 31 juillet 1944 au petit matin, des autobus de la STRCP (Société de transports en commun de la région parisienne) ont conduit 1306 femmes, hommes, enfants à la gare de Bobigny côté quai de marchandises. 21 wagons à bestiaux les attendaient, tapissés de paille, sans fenêtre, avec un seau hygiénique, un seau d’eau et un peu de nourriture pour les 60 personnes du wagon. Les wagons sont scellés immédiatement après l’embarquement des déportés pour la destination Auschwitz Birkenau.
Homme déporté seul, Léon est très certainement réuni avec d’autres hommes dits « célibataires » dans des wagons spécialement surveillés.
Hasard ou non, dans ce même convoi 77 se trouve une jeune parente d’Hélène Magalnik, épouse de Charles Salomon et donc belle-sœur de Léon Goldin. Survivante, elle vivra provisoirement à son retour des camps à l’adresse de Charles Goldin, 39, rue Bréguet, Paris 11e.
Liste du convoi 77. Goldin Léon ©Mémorial de la Shoah.
Carte illustrant l’extrait de l’interview de Ginette Kolinka, « Il ne faut pas retourner à Birkenau au printemps », Célia Héron, Le Temps, 1er juin 2019, manuel Foucher 1re Bac Pro p.45 étude 2, Guerres européennes, guerres mondiales, guerres totales (1914-1945).
Une date de décès incertaine
Le 3 août 1944 à l’arrivée au camp de concentration et d’extermination nazi, lors de la sélection sur le quai, s’il a survécu au voyage, Léon Goldin, âgé de 58 ans et aux cheveux blancs, a sans doute été dirigé vers la file des personnes non aptes à travailler et donc n’est pas entré dans le camp. Il a dû être conduit directement vers les chambres à gaz comme 846 déportés du convoi 77. La date officielle retenue pour l’assassinat de ces déportés est le 5 août 1944.
Toutefois, sans qu’aucune archive n’en témoigne, la date officielle du décès de Léon Goldin a été notifiée au 15 août 1944. Par arrêté du ministre des anciens combattants et victimes de guerre en date du 4 novembre 1993, il est décidé d’apposer la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès[21].
Cette biographie a été réalisée par la classe 3e PM, durant l’année 2021-2022, et par la classe P CTRM, durant l’année 2024-2025, du lycée des Métiers Joseph Galliéni de Fréjus (Var).
Notes & références
[1] Julie avait un frère, prénommé Lazare, qui vivait déjà à Paris en novembre 1893, date à laquelle sa fille Emma, âgée de un an et née à Walkewisk, est morte.
[2] Anna est née le 14 mars 1866 à Paris, également dans le 4e arrondissement. Elle est la fille d’Elie Lévy et de Dhina Ledwinski, domiciliés 37 rue des Jardins Saint-Paul, dans le 4e arrondissement, près de la Seine.
[3] Acte d’état civil n°2594 du 4e arrondissement, Archives de la Ville de Paris.
[4] Son épouse, Anna Lévy, morte le 17 février 1958 dans le 12e arrondissement est inhumée le 21 février 1958, également à Bagneux.
[5] Née le 30 août 1908 à Paris dans le 5e arrondissement, elle est la fille d’Abraham Chapira, cordonnier né à Odessa en Ukraine, le 23 janvier 1875 et décédé le 15 mai 1909, et de Betty Madani, casquettière. Ils sont domiciliés 21 rue Geoffroy-Saint-Hilaire dans le 5e arrondissement.
[6] Elki Thau, née le 7 mars 1905 à Banila, en Roumanie, morte à Fontenay-sous-Bois le 25 novembre 1970, divorcée de F. Géron.
[7] née le 13 octobre 1916, domiciliée 13 cité Dupont.
[8] Il vit alors 14 rue Godefroy-Cavaignac, dans le 12e arrondissement.
[9] tombe dans la 33e division.
[10] Il est inhumé dans le carré juif du cimetière de Bagneux, PA, 3e division 9e, ligne n°13.
[11] Archives nationales, décret de naturalisation BB/34/446 document 149 cote : 3496×19 sous-série BB/11.
[12] Le participant devait retirer son brassard à l’Auto contre un droit d’entrée de 3 francs. En cas d’échec, le candidat est remboursé de 2 francs 75. Si réussite, le nouveau Audax recevait l’insigne en argent (Aigle d’argent 200) numéroté et un diplôme constatant sa performance. Audax veut dire audacieux en latin. Ce club parisien est un club cyclotouriste fondé en 1904 dans lequel les cyclotouristes devaient parcourir les 200 km à une moyenne de 18km/h. L’Audax est une épreuve de régularité et d’endurance, à allure imposée conduite par des capitaines de route. Le premier brevet de 200km cycliste a eu lieu le 3 avril 1904.
[13] Mariée le 27 février 1904 dans le 11e arrondissement avec Jean Gabriel Daffos, né à Aspel (Haute-Garonne) le 28 juillet 1878, employé de commerce. À cette époque, Louise était couturière et habitait chez ses parents au 13 rue Pétion dans le 11e arrondissement.
[14]L’adresse est indiquée notamment dans l’acte de mariage de la fille de Louise, Gabrielle Lucienne Daffos. Elle s’est mariée le 3 décembre 1929 à la mairie du 20e arrondissement avec André Antonin Pain né le 31 mars 1899 à Paris dans le 11e arrondissement, industriel, domicilié à Valence (Drôme), 191 avenue Victor Hugo. Gabrielle était domiciliée 2 rue d’Annam chez sa mère et son beau-père, Léon Goldin. L’adresse de l’entreprise figure dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin daté du 1er janvier 1930.
[15] Acte 1578, décès année 1943, mairie du 11e arrondissement, Archives de la Ville de Paris.
[16] épouse Pain, habitant à Valence dans la Drôme.
[17] Le PPF, fondé et dirigé par Jacques Doriot en 1936, est un parti d’inspiration fasciste, collaborationniste entre 1940 et 1944, et ouvertement antisémite dès 1938-39. Jacques Doriot est un ancien chef des Jeunesses communistes, député et membre du comité central du Parti communiste français. Il était maire de Saint-Denis. Réfugié en Allemagne à la Libération de la France, il est mitraillé dans sa voiture par des avions, sans doute alliés.
[18] Ce bâtiment avait été réquisitionné, avec celui du 11 rue des Saussaies, par le sous-lieutenant Roland Nosek, chef d’un commando autonome à mission spéciale de la Gestapo. Il y a implanté le service de renseignement des SS en France de l’été 1940 jusqu’en août 1944.
[19] Jacques Drucker arrive en même temps que lui à la préfecture et, « rejoint » par sa femme, il en repart également en même temps. Ils seront déportés, avec Juliette, une des sœurs de Jacques, par le convoi 77. Les deux femmes reviendront du camp de Kratzau. Cf ce site.
[20] Sur les spoliations à l’arrivée au camp, voir Diane Afoumado, « Les spoliations des Juifs dans les camps d’internement en France », in Chroniques allemandes, 2008, p 139-152. https://www.persee.fr/doc/chral_1167-4733_2008_num_12_1_883
[21] NOR: ACVM9340035A, JORF n°2 du 4/01/1994.
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