Pierre WEISMANN

1898-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Pierre WEISMANN (Paris, 1898 – Auschwitz, 1944)

Les années d’avant la Seconde Guerre mondiale

Un père médecin, une famille aisée

Pierre Jean Weismann naît le 10 août 1898, 141 boulevard Magenta, au domicile de sa mère, dans le 10ᵉ arrondissement de Paris[1]. Ses parents n’étant pas mariés, il est déclaré sous le nom de sa mère, Jovy.

Acte de naissance de Pierre Jean Weismann, né le 10 août 1898 à Paris 10e. Il est déclaré sous le nom de sa mère « Jovy », car ses parents ne sont pas mariés. Son père ne le reconnaît que deux ans plus tard. Archives départementales de Paris.

L’immeuble du 141 boulevard Magenta, Paris 10e, où est né Pierre Weismann. Google Maps

Ses parents sont Jeanne Hortense Jovy, rentière, née le 3 juillet 1866 à Cambrai (Nord), et Eugène Joseph Weismann, pharmacien de première classe, chirurgien, né le 17 mai 1860 à Chatou[2] (Seine et Oise). Eugène a été reçu docteur en médecine le 4 mai 1893, et il travaille boulevard de Courcelles. En 1897, son cabinet se trouve 36 rue du Général-Foy, selon le registre de la préfecture de police de Paris des médecins de Paris[3].

Pierre est le troisième d’une fratrie de cinq enfants. Andrée Jeanne Weismann est née en 1894 et Eugène Edmé Weismann en 1896. Jean Marcel et Jeanne Esther Weismann, jumeaux, sont nés quant à eux un an après Pierre, le 5 décembre 1899, également à Paris 10e.

Le mariage d’Eugène et de Jeanne est célébré à la mairie du 10ᵉ arrondissement de Paris, le 1er février 1900 et légitimise tous les enfants du couple.

Mariage d’Eugène Joseph WEISMANN et Jeanne Hortense JOVY le 1er septembre 1900 à la mairie de Paris 10e. ©Archives de la Ville de Paris.

 

En 1903, Eugène fait partie d’un groupe de créanciers (pour la somme de 100. 000 francs) de la faillite Humbert[4], une des plus grosses escroqueries financières de cette époque, qui suscite des articles dans la presse. Georges Weismann, un des frères d’Eugène, est aussi perdant dans cette affaire. Eugène est alors domicilié 91, rue Saint-Lazare, et l’on peut supposer que c’est à cette adresse que Pierre vit également[5].

Malgré ce déboire, la famille vit une vie aisée et insouciante. En juillet 1914, on apprend que Pierre, Jean, Eugène et Jeanne participent à la Garden-Tennis de Cabourg[6]. Eugène gagne la finale Messieurs. Selon la description d’une amie de la famille en 1945, Pierre était blond, aux yeux bleus et grand, ce qui confirme la description de sa fiche militaire.

Mais dès septembre 1914, quand la guerre éclate, la vie de la famille, comme celle de tous les Français, est bouleversée.

La Première Guerre mondiale

En septembre 1914, Eugène, le frère de Pierre, âgé de 18 ans, tout juste bachelier et employé de banque, s’engage. Grièvement blessé aux jambes et après avoir perdu un pied[7], il refuse cependant d’être réformé et réussit à se faire muter dans l’aviation. « As de l’aviation », il est crédité de sept victoires aériennes homologuées.

Dès la fin de l’année 1916, à 18 ans, Pierre est mobilisé à son tour. Il participe pendant trois ans à plusieurs campagnes contre l’Allemagne et est admis comme élève aspirant le 25 mars 1918. Sa fiche matricule indique qu’il est étudiant. Il mesure 1,77 mètre, a les yeux bleus et les cheveux châtains. Caporal en août 1918, il est nommé sergent un mois plus tard. Il est démobilisé le 10 novembre 1919.

À cette date, Pierre réside à Tunis, pour affaires, et vit au Palace Hôtel, avant de revenir en métropole au domicile de ses parents, en avril 1920. Il est alors décoré de la médaille de la Victoire et de la médaille commémorative de la Grande Guerre.

En décembre 1918, son père, médecin reconnu sur la place de Paris, président de la Société française d’oto-rhino-laryngologie, avait reçu la Légion d’honneur pour grands services rendus pendant la guerre[8].

Mariage, enfants et divorce

Pierre se marie le 20 mars 1920 avec Nelly Andrée Guy à la mairie du 17ᵉ arrondissement de Paris. Il a alors 21 ans, et son épouse 19.

Nelly est née le 14 janvier 1901 à Bone (Constantine) en Algérie, où elle est domiciliée avec ses parents, viticulteurs. Pierre l’a-t-il rencontrée lors de son passage en Afrique du Nord à la fin de l’année 1919 ? La jeune femme est alors rentière, et son père est colon. Pierre, quant à lui, est « boursier » (il travaille à la Bourse) et vit avec ses parents et ses frères et sœurs, 72 boulevard de Courcelles, dans le 17ᵉ arrondissement. Andrée et Eugène Weismann, « officier aviateur de la Légion d’honneur, médaillé militaire et croix de guerre ». sont d’ailleurs témoins du mariage.

Acte de mariage de Pierre Weismann et de Nelly Guy, célébré à la mairie de Paris 17e, le 20 mars 1920. ©Archives de la Ville de Paris

Le couple s’installe au domicile de la famille Weismann et y donne naissance à son premier enfant, Jean Claude Weismann, le 24 février 1921[9]. Le 2 novembre 1923, Liliane Andrée Weismann voit le jour à Neuilly-sur-Seine, où la famille a déménagé, 9 boulevard de Villiers.

Une rectification sur sa fiche matricule militaire signale que Pierre est devenu vendeur automobile. Dans les années 1920, son frère Eugène a fondé en région parisienne une société spécialisée dans l’importation d’automobiles américaines[10], dans laquelle il semble avoir, au moins ponctuellement, employé ses frères.

En 1926, Pierre indique aux autorités militaires qu’il vit 1 rue Mizon, dans le 15e arrondissement. Son mariage avec Nelly bat-il déjà de l’aile à cette date ? En tout cas, il est dissout le 4 janvier 1930 par un jugement de divorce du tribunal de la Seine.

Nelly, qui aurait exercé la profession d’artiste lyrique, se remariera le 25 juillet 1936, et la sœur de Pierre, Jeanne Esther Weismann, sera son témoin.

Engagement dans la Légion étrangère

Le 5 janvier 1931, Pierre s’engage dans la Légion étrangère sous son nom, mais en se déclarant de nationalité belge, et l’on ignore pour quelle raison. A-t-il pu assister aux obsèques de sa mère, morte le 14 octobre 1931, puis inhumée au cimetière parisien de Saint-Ouen ? C’est peu probable. Il est envoyé successivement en Algérie, au Maroc, puis à nouveau en Algérie dans le cadre de campagnes militaires. Il est affecté dans différents régiments des Zouaves, puis dans des régiments de l’infanterie coloniale. Il est enfin « libéré du service » et « rayé des contrôles du corps » le 5 janvier 1936, après avoir été nommé caporal en mars 1933. Un certificat de bonne conduite lui est accordé. La note sur sa fiche matricule qui indique qu’il se disait de nationalité belge précise qu’une décision ministérielle en date du 22 avril 1936 lui attribue ses faits de services à la Légion étrangère sous son « véritable état civil »[11].

À son retour à Paris, en juin 1936, Pierre réside 9 rue Barye dans le 17e arrondissement, quartier de la Plaine-Monceau (l’adresse à laquelle est morte sa mère), puis il vit avec ses deux enfants 129 avenue de Villiers, dans le même quartier. Le recensement de cette année signale qu’il exerce la profession de publiciste.

Remariage et naissance d’Annie

Pierre Weismann se remarie deux ans plus tard, le 6 septembre 1938, avec Tekla Benderska[12], à la mairie du 15ᵉ arrondissement de Paris. Son épouse, âgée de 26 ans, est originaire de Varsovie, en Pologne, où réside encore sa mère. Elle est à l’époque domiciliée 25 rue des Petits-Champs dans le 2ᵉ arrondissement, et est sans profession, tandis que Pierre habite 30 rue des Morillons, dans le 15ᵉ. Le 2 septembre 1939, le jour où la France et la Grande-Bretagne lancent un ultimatum à Hitler, il donne comme adresse à l’armée 46 rue Saint-Louis-en-l’Isle.

En septembre 1940, le couple donne naissance à une petite fille qu’il prénomme Annie.

Acte de mariage de Pierre Weismann et Tekla Benderska, célébré le 6 septembre 1938 à la mairie de Paris 15e. Archives départementales de Paris.

La Seconde Guerre mondiale et l’Occupation

Pierre, âgé de 41 ans et père de trois enfants, ne semble pas avoir été mobilisé, mais son dossier militaire mentionne un « groupe spécial » le 8 mai 1940.

Son frère Jean Marcel est envoyé au front le 24 janvier 1940, et son autre frère, Eugène Weismann, héros de la Première Guerre mondiale et président de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires, est brièvement formateur dans l’aviation au début de la guerre.

Actes de résistance et séjours en Allemagne

Alors que l’armée allemande occupe en grande partie de la France après la défaite de juin 1940 et l’armistice, Pierre est à Paris en 1941. Le 12 septembre, il[13] part en tant que travailleur volontaire à la Kriegsmarinewerft (chantier naval de la marine de guerre), pour une période de six mois, à Kiel, en Allemagne. Cette ville du Nord de l’Allemagne, capitale du Land de Schleswig-Holstein, est alors un des principaux ports militaires allemands. Il y effectue le travail de contrôleur, et une partie de son salaire est directement transférée à son épouse restée en France[14]. Selon son dossier au Service historique de la Défense à Caen, Pierre est reparti en Allemagne dès juillet 1942. Il dépose en effet à cette période une demande de passeport français pour travailler en Allemagne. Le passeport lui est accordé par les autorités allemandes et il le reçoit à Kiel le 11 novembre 1942, qui est ironiquement le jour de l’occupation de la « zone libre » par l’armée d’Hitler.

La préfecture de Police de Paris avait alerté en octobre 1942 le commandant allemand du Grand-Paris à propos de quatre condamnations pour abus de confiance dont Pierre avait fait l’objet entre 1933 et 1942. En 1938, Pierre avait en effet été condamné à 8 mois de prison et 50 francs d’amende pour ce motif[15].

Or, quelques temps plus tard, Pierre est employé au « service de la main-d’œuvre »[16] (certainement le secrétariat général de la main-d’œuvre), rue de Vaugirard. Selon des témoignages, il s’engage dans des activités de résistance en prenant le risque de faire disparaître et de falsifier des documents personnels de plusieurs hommes afin que ces derniers ne soient pas envoyés travailler en Allemagne[17]. Depuis le 16 février 1943, la loi sur le Service du Travail Obligatoire (STO) dispose en effet que tous les jeunes hommes nés entre le premier janvier 1920 et le 31 décembre 1922 doivent être réquisitionnés pour remplacer en Allemagne les travailleurs partis sur le front[18].

De l’arrestation à la déportation

Le 25 mai 1944, Pierre est arrêté sur son lieu de travail par la Gestapo. Quelques jours auparavant, il avait été interpelé par des policiers allemands alors qu’il se trouvait dans un bar du boulevard Saint-Germain. La famille Weismann réside alors 6 rue du Dragon, à deux pas de ce boulevard. Jean Labourdette, un barman, témoigne après la guerre de cet évènement, attestant que Pierre avait réussi à s’échapper grâce à une ruse[19]. Certainement dénoncé pour ses activités de falsification de documents, il n’échappe cependant pas à la police du Reich quelques jours plus tard[20].

Selon sa femme, Pierre aurait été conduit rue des Saussaies, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris, par la « police française présumée ». La « rue des Saussaies » est le siège de la police de sûreté allemande (SIPO-SD), dont la section IV est la Gestapo[21]. Il est fort possible que Pierre soit passé par ces locaux étant donné la raison pour laquelle il a été arrêté.

Il est d’abord incarcéré à la prison de Fresnes, puis est transféré au camp de Drancy[22] le 10 juillet, où il reçoit le numéro de matricule 24.992. Un reçu lui est remis à « la fouille » contre la somme de 100 francs. Il est d’abord assigné à l’escalier 19, chambrée du 4e étage, avant d’être transféré peu avant sa déportation à l’escalier 2, chambrée du 2e étage.

Pierre est déporté à Auschwitz à bord du convoi 77, le 31 juillet 1944. Arrêté seul, il voyage nécessairement dans un wagon composé uniquement d’hommes majeurs, les SS regroupant les hommes seuls (« célibataires » dans le jargon du camp de Drancy). On sait qu’au moins deux de ces wagons comprenaient des hommes (dont des résistants sortis tout juste de prison, à Fresnes et à Lyon) qui avaient récupéré auprès de la Résistance du camp quelques ustensiles pour tenter des évasions. Selon le récit de Jérôme Skorka[23], résistant lyonnais embarqué dans un de ces deux wagons, et confirmé par divers survivants, le projet d’un des wagons fut découvert et les 60 hommes qui s’y trouvaient ont été enchaînés, mis à nus et enfermés dans un wagon prison sans nourriture ni eau jusqu’à l’arrivée du convoi au camp d’extermination d’Auschwitz. Ils ont été immédiatement conduits à la chambre à gaz à l’arrivée. Pierre Weismann était-il dans ce « wagon des évadés » malchanceux ? C’est plausible. Les résistants du wagon de Jérôme Skorka ont, eux, eu le temps de reboucher les trous qu’ils avaient réussi à creuser avant la vérification par un soldat allemand. Ces survivants ont toujours supposé qu’ils eussent été trahis par un interné de Drancy. Aucune preuve n’a pu être apportée à ce sujet.

Si sa présence dans ce wagon est non attestée, il est pratiquement certain, en revanche, que Pierre Weismann n’a pas été sélectionné pour le travail forcé. Aucune trace de son arrivée à Auschwitz ne subsiste dans les archives de Bad Arolsen, qui retrace les parcours des déportés à partir des archives retrouvées et d’un travail d’enquête, pas plus que de témoignages de déportés du convoi 77 ou d’autres convois.

En quête de reconnaissance : les années d’après-guerre

Dès le début de l’année 1945, une lettre de mademoiselle G. Fauquet, amie de Pierre, témoigne de l’inquiétude des proches de la famille face à son absence. Elle communique sa description, précisant qu’au moment de son arrestation il avait une « forte corpulence », « avec une légère calvitie, un visage rond, toutes ses dents ». Il a une « cicatrice sur la joue droite », ajoute-t-elle. C’est cette même G. Fauquet qui pense que Pierre a été dénoncé pour avoir fait de faux certificats. « Monsieur Weismann a été dénoncé car il avait aidé plusieurs jeunes gens à ne pas partir en Allemagne. Monsieur Weismann est de confession juive[24]. »

Mais c’est à la fin 1945, après que les déportés survivants sont presque tous rentrés ou localisés, que le retour de Pierre semble de plus en plus incertain. Il faut alors faire établir la réalité de sa déportation, puis celle de sa disparition. Un acte de décès ne peut être établi que cinq ans après que ces formalités administratives ont été remplies. Sa femme, Tekla, doit donc construire un dossier avec des témoignages.

Faux papiers aux réfractaires

En 1947, René et Lucien Maugis, voisins de Tekla Weismann à Gentilly attestent que Pierre a été arrêté au motif de « fourniture de faux papiers aux réfractaires [25] ». Les documents sont envoyés au ministère des Anciens combattants et victimes de la Guerre, 83 avenue Foch à Paris, afin d’établir le dossier de Pierre suite à sa déportation. Un acte de disparition est établi le 19 janvier 1948, puis le décès est déclaré au jour du 31 juillet 1944 par un jugement du Tribunal civil de la Seine en date du 14 octobre 1955 (une façon de faire courante quand on ne sait pas ce qu’il est advenu du déporté non-rentré). La transcription du jugement est effectuée dans les registres d’État civil de la mairie du 6e arrondissement le 29 décembre de la même année. La base de données « morts en déportation » du Service Historique de la Défense indique cependant qu’il est décédé le 5 août 1944 à Auschwitz[26]. Cette date n’est pas plus juste que la précédente, car le convoi est arrivé au camp d’extermination d’Auschwitz dans la nuit du 3 au 4 août. Mais l’administration a appliqué, pour simplifier les formalités après-guerre, une règle quand la personne déportée n’est pas rentrée : on ajoutait 5 jours à la date de départ du convoi.

Dans une lettre en date du 7 septembre 1949 adressée à Tekla Weismann, Jean Labourdette témoigne de l’activité clandestine de Pierre : « Je sais qu’il a aussi rendu ce service à beaucoup de jeunes gens, et qui de ce fait il a encouru de grands risques[27] » dit-il dans sa lettre. La fiche de renseignements établie par le ministère des Anciens Combattants et victimes de guerre mentionne également une activité de « faux papiers israélites ».

Au courant de l’année 1956, Tekla Weismann formule une demande d’attribution du statut de déporté politique au nom de Pierre auprès de la Commission interdépartementale de la Seine du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre. Le 6 février 1958, le ministère rend sa décision : la demande d’attribution du titre de déporté politique et rejetée au motif que Pierre Weismann faisait payer ses services de falsification de documents. Selon la réponse apportée au dossier, il n’aurait en cela pas obéi à un mobile patriotique, mais bien à un désir d’enrichissement personnel[28].

Au contraire, le dossier de Pierre à la Division des archives des victimes des conflits contemporains, rassemble les témoignages de plusieurs personnes rendant hommage au courage de Pierre. Dans une lettre du 2 mai 1949, Lucien Maugis témoigne de cet « inestimable service » : « Grâce aux papiers qu’il m’a trouvés, il m’a été possible de rester en France et continuer à habiter mon domicile sans être inquiété, et éviter ainsi la déportation, du mois de février 1944 à la Libération[29]. »

Le 29 juillet de cette année-là, un certain Monsieur Dupuis, voisin du couple Weismann rue du Dragon écrit lui aussi à Tekla : « J’avais gardé de vous un excellent souvenir et en particulier de Monsieur Weismann. C’était un charmant homme et je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir évité le départ en Allemagne – ainsi que de mon beau-fils – pour le STO pour lequel nous étions désignés[30]. »

La demande d’homologation comme Déporté Politique, c’est-à-dire déporté parce que juif, est à nouveau soumise au ministère le 2 août 1949.

Des années après la disparition de Pierre, plusieurs zones d’ombres subsistent dans son parcours : étant de confession juive, comment a-t-il réussi à travailler au secrétariat général de la main d’œuvre, institution du régime de Vichy ? Pourquoi est-il parti travailler volontairement en Allemagne entre 1941 et 1942 ? Avait-t-il créé de faux papiers pour lui et sa famille afin de pouvoir continuer à vivre à Paris en pleine Occupation sans être inquiété ? Que lui est-il arrivé après son départ dans le convoi 77 ? Est-il décédé durant le voyage, était-il dans la « wagon des évadés » ou, jugé inapte au travail, a-t-il été assassiné directement à son arrivée, alors qu’il n’avait que 46 ans ?

Autant de questions qui, pour nous comme pour ses proches, demeurent aujourd’hui sans réponses.

Notes & références

[1] Le médecin qui accouche sa mère sera témoin au mariage de ses parents et un témoin est employé 36 rue du Général-Foy, où travaille le père de Pierre – dont le nom ne figure pas sur l’acte de naissance.

[2] Le père d’Eugène, Judas Samuel dit Jules est né à Mayence en 1824 et est mort en 1886. Sa mère, Sophie Hadamard, née à Paris en 1834, y est morte en 1885.

[3] Le dossier de demande de légion d’honneur d’Eugène-Joseph Weismann en 1918 indique qu’outre le fait qu’il est médecin consultant pour les Postes et Télégraphes et du Chemin de fer de ceinture, il est co-directeur d’une clinique gratuite pour les maladies du larynx et des oreilles. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 30 décembre 1918, par le ministre de la Guerre.

[4] Le Matin, 18 novembre 1903.

[5] Nous n’avons pas identifié dans quels établissements il a suivi sa scolarité.

[6] Les Nouvelles, 23 juillet 1914.

[7] C’est son propre père qui l’a amputé, à l’hôpital Saint-Lambert, à Paris.

[8] Une décoration qui prendra toute son importance quand seront décrétées les lois antisémites, en 1940 et 1941.

[9] Il est mort en 1957, à l’âge de 36 ans.

[10] David Méchin, The WWI French Aces Encyclopedia, vol. 8 : Santelli to Wertheimer, Aeronaut Books, 2021, 298 p. (ISBN 978-1-953201-37-9), p. 186-191 (source Wikipédia)

[11] Fiche matricule de Pierre Weismann, 6e bureau, matricule 2217, archives de Paris, cote D4R1 2146.

[12] « Tekla (parfois Tecla) est née le 5 octobre 1911, à Varsovie (Pologne). Il existait une fiche sur elle (1937-1938) à la Sûreté nationale, indique un registre du « Fichier de Moscou » conservé aux Archives nationales, cote : 19940434/226 Dossier 18746. Sa mère se nomme Chena-Rona (Anna) Wurceldorf et vit à Varsovie. Son père, Srul-Moszek (Raoul Michel) Benderski, est déjà décédé au moment de son mariage en 1938.

[13] Nous n’avons pas d’indication sur la façon dont Pierre a fait face à la montée de l’antisémitisme et aux mesures antijuives prises par les Allemands et le gouvernement de Vichy. Il est peu probable qu’il se soit fait recenser comme juif. Sa mère était sans doute non juive, ce qui lui octroyait le statut de « demi-juif », mais ne l’exemptait pas de se faire recenser. Son père, qui était encore vivant, décoré de la Légion d’honneur à titre militaire faisait partie des Juifs qui pouvaient continuer, sur dérogation, à exercer une profession libérale (il meurt en 1943 et un faire-part est publié dans la presse nationale). Il est fort probable que Pierre ait cherché à se cacher et ait réussi à masquer le fait d’être juif pour se trouver là où il serait le moins inquiété : en Allemagne. Il est aussi probable que sa femme était juive, et que par conséquent sa fillette était considérée comme « juive » elle aussi selon les lois raciales en vigueur. Son frère Eugène Weismann s’engage dans un réseau de résistants à Neuilly. Il prend part à la libération de Paris au sein du QG des FFI de l’ouest parisien. En septembre 1944, volontaire pour reprendre du service, il est nommé officier de liaison, mais effectue en 1945 des vols de reconnaissance en Allemagne.

[14] Uberweisungsshein (reçu) n°5 datée du 12 septembre 1941, cf. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[15] Note pour le commandant allemand du Grand-Paris provenant de la préfecture de police de Paris, datée du 12 octobre 1942. Elle est enregistrée le 23 octobre, ibid.

[16] Comme mentionné dans la demande formulée en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un « non rentré » faite par Tekla Weismann en août 1947, cf. ibid.

[17] Voir la partie concernant l’après-guerre.

[18] francearchives.gouv.fr

[19] Audition de Jean Labourdette le 27 octobre 1956 par Jack Zirnhelt, réalisée dans le cadre de la demande d’obtention du titre de déporté politique. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[20] WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[21] La Gestapo allemande est secondée par la « Gestapo française », dite aussi « la Carlingue » dont les locaux sont 93 rue Lauriston, dans le 16e arrondissement de Paris.

[22] Le camp de transit de Drancy enferme les Juifs de tout âge et origine, qu’il destine à la déportation. Il est dirigé par l’officier SS Aloïs Brunner. Archives du Mémorial de la Shoah.

[23] Jérôme Skorka / Scorin, L’Itinéraire d’un adolescent juif de 1939 à 1945, publié à compte d’auteur.

[24] Lettre de Mademoiselle G. Fauquet, destinataire inconnu. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[25] Attestation signée de Lucien Maugis datée du 22 février 1946. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[26] memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

[27] Lettre de Jean Labourdette à Tekla Weismann datée du 7 septembre 1947. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746

[28] Décision du ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre, commission départementale de la Seine, datée du 2 avril 1957 et signifiée à Tekla Weismann le 6 février 1958. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[29] Lettre de Lucien Maugis à Tekla Weismann datée du 2 mai 1949. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

[30] Lettre de Ghislain Dupuis à Tekla Weismann datée du 29 juillet 1949. WEISMANN Pierre DAVCC 21 P 275 746.

Contributeur(s)

Biographie réalisée par Zoé Meyer, chercheuse de provenance et généalogiste.

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