1911 – 1977 | Naissance: , | Arrestation: | Résidence: ,

Simon STANGER

A la mémoire de Simon…

Le parcours d’une vie

Parti de Zolkiew, aujourd’hui Jovkva, en 1933, Simon s’installe à Paris. Puis, il est arrêté et interné à Beaune-la-Rolande, en mai 1941. Transféré à Cerdon, à la ferme de la Matelotte, il réussit à s’évader fin juillet 1941 pour se réfugier à Lyon. Il est arrêté à deux reprises. La première fois, en décembre 1941, il finit par être libéré. En revanche, la deuxième fois, il est interné au camp de Rivesaltes, près de Perpignan, fin octobre 1942. Il s’évade une nouvelle fois et se réfugie de nouveau à Lyon. La Milice l’arrête en juin 1944. Il est transféré à Drancy et déporté par le convoi 77, le 31 juillet 1944, direction Auschwitz. Il y est prisonnier puis est libéré en janvier 1945. Il est rapatrié en France par le Centre de Marseille puis rentre à Paris, le 20 mai 1945.

 

 

L’édito

Deux classes de 3e n’ont pas eu peur de la pandémie et de partir en exploration historique, en cette étrange rentrée scolaire 2020. Guidés par deux enseignantes très engagées, Mmes Nathalie Berna et Marie Pourriot, 51 élèves ont fait leurs premiers pas d’enquêteurs et enquêtrices pour retracer les vies de deux déportés du convoi 77 : la très jeune Berthe Aszer et Simon Stanger. Deux personnes qui n’avaient rien en commun   sinon d’être fichées comme « juifs » par les lois françaises et allemandes en vigueur à l’été 1944, quand leurs chemins se croisent.

Berthe Aszer a 6 ans, et immédiatement les élèves qui ont entrepris de faire et écrire la biographie de cette jeune victime de la Shoah établissent un parallèle avec leur propre vie. Pour eux, c’était l’âge de l’entrée en CE1, et ce n’est pas très loin. Ils comprennent qu’elle n’a pas eu l’opportunité d’avoir leur chance d’être un jour collégienne. Ils sont d’emblée frappés en parcourant les documents dont ils disposent sur la jeune déportée par le fait qu’alors que Berthe a été assassinée à Auschwitz le 5 août 1944, son acte officiel de décès, en France, n’a été établi que le 30 mai 2013. Pourquoi avoir attendu presque soixante-dix ans pour que le sort de Berthe soit une fois pour toutes reconnu comme celui d’une victime française de la Shoah par son pays ? Qu’elle soit déclarée « Morte pour la France » ?

Les élèves partent alors sur les traces d’une famille de Juifs polonais émigrés en France, à Metz, où est née Berthe, puis arrivée à Paris, quand la guerre a éclaté et que les régions frontalières de l’Est sont devenues territoire du Reich.

Parallèlement, des élèves s’attèlent à reconstruire le parcours de Simon Stanger. Un jeune Juif polonais, installé en France pour y vivre, confiant dans la République française. Simon fait partie des premières personnes, des hommes essentiellement, visées par les lois antijuives édictées par l’Etat français de Philippe Pétain. Son histoire est celle d’un homme qui va tout tenter pour survivre à la barbarie, s’évadant à plusieurs reprises de camps d’internement français, et réussissant à revenir des camps d’extermination en Pologne, en mauvais état mais prêt à reconstruire sa vie. Ce qu’il a fait.

Les élèves ont découvert « de l’intérieur » ce que signifiaient pour les individus de tous âges les mesures antijuives et les rafles, dont celle du Vel d’Hiv qui arrêta Berthe et ses parents, ou cette convocation dite du Billet vert qui, en mai 1941, a convoqué des Juifs étrangers résidant à Paris, dont de très nombreux engagés volontaires pour combattre les troupes allemandes, et à laquelle s’est rendu en toute confiance Simon Stanger. Avant de connaître ensemble le camp de Drancy et la déportation, Berthe et Simon avaient expérimenté, à des moments différents, le passage par les camps du Loiret, triste antichambre, au même titre que Drancy et Compiègne, notamment, des camps de la mort.

Les fruits de leurs recherches sont consignés dans un journal de bord illustré où documents d’archives et photos complètent un texte vivant et historiquement fondé, qui apporte aux lecteurs un ensemble de connaissances qui va bien au-delà des biographies de Berthe et de Simon.

Leurs enquêtes sont minutieuses, sérieuses. L’historienne que je suis salue le travail qu’ils ont accompli, malgré les difficultés inhérentes à la situation sanitaire contemporaine, en allant chercher et trouver des documents dans les fonds des archives départementales et nationales, dans des livres, au Mémorial de la Shoah et à Yad Vashem, notamment. Ils ont ainsi fortement enrichi les faibles connaissances livrées par les dossiers qui sont à Caen, au Service historique de la défense, dans le fonds de la DAVCC – Division des archives de victimes des conflits contemporains.

Leurs récits, accompagnés de certaines des photos et dessins de la main de deux des élèves, prendront place sur le site de l’association Convoi 77. Ce travail d’histoire servira ainsi à tous, cependant, il n’est guère difficile d’imaginer qu’au plan personnel chacune et chacun des élèves en tirera une expérience qui renforcera sa conscience citoyenne… et peut-être le goût pour l’histoire.

L. Klejman, historienne, convoi 77

 

Les débuts de notre enquête…

Présentation du projet

Nos professeures, Mme Berna et Mme Pourriot, nous présentent le projet en octobre 2020.

Qu’est-ce qu’un convoi ? Pourquoi le convoi qu’elles nous présentent porte-t-il le numéro 77 ?

Nous avions déjà entendu le nom d’«Auschwitz» mais lorsque Mme Pourriot nous dit que nous allons entrer dans la vie d’un jeune homme qui en est revenu, nous restons sans voix…

Après tout ce qu’on nous a dit sur la Shoah, après tout ce que nous avons compris de la « Solution finale », comment cet homme a-t-il réussi à revenir, en vie ?

 

Premières archives : 1957… ?

Nous découvrons alors les premiers documents d’archives en notre possession : le dossier de Simon Stanger pour être reconnu « déporté politique » …

Le dossier est daté de 1957, douze ans après la fin de la guerre…

Que s’est-il passé ? Pourquoi, à son retour d’Auschwitz, ne l’a-t-on pas reconnu immédiatement comme une victime de la déportation ?

Et surtout pourquoi le statut de « déporté politique» ? Toutes ces questions nous interpellent car nous sommes surpris de voir que Simon, douze ans après être revenu du plus grand camp de concentration, n’est toujours pas reconnu comme une victime de la Shoah…

Notre enquête commence.

 

 

 

Le statut de « déporté politique »

Le premier dossier d’archives…

 Nous découvrons un dossier administratif de 1957, issu du Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de guerre.

Le dossier fait 28 pages et nous entrons dans la vie de Simon…

23 juillet 1957. Le ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre attribue à Simon Stanger, alors âgé de 46 ans, le statut de « déporté politique ». Pourquoi ? Le statut date de 1948 (loi n°48-1251 du 6 août 1948).

Le statut des déportés et internés politiques est institué par la loi n°48-1404 du 9 septembre 1948.

L’ordonnance du 11 mai 1945 en donne la définition suivante : « Sont considérés comme déportés politiques, les Français transférés par l’ennemi hors du territoire national, puis incarcérés ou internés, pour tout autre motif qu’une infraction au droit commun ».

Nous comprenons alors que le terme « politique » n’est pas forcément lié à des actes d’opposition politique mais englobe plus que cela.

Nous poursuivons notre recherche et découvrons que la loi de 1948 a institué deux     statuts de victimes : les « Résistants », considérés comme des combattants volontaires et les « politiques », c’est-à-dire des victimes civiles relevant du régime des pensions des victimes de la guerre. Ces derniers sont définis comme ceux qui ont été arrêtés pour tout autre motif qu’un acte de résistance. Il s’agit donc des personnes victimes des persécutions raciales, des otages et des victimes des rafles ainsi que de toutes les personnes arrêtées en raison de leurs opinions politiques.

Nous découvrons enfin que l’obtention de ce titre donne droit à une « prime de déportation » d’un montant de 5.000 francs, ainsi qu’à l’établissement de la carte officielle de déporté politique. Enfin, la personne reçoit une médaille : « Médaille de la déportation et de l’internement. »

Nous voilà désormais engagés à retracer le parcours de vie de Simon, comprendre   pourquoi et comment il a été déporté et ce qu’il a fait après son retour en France…

 

 

Zolkiew, début XXème siècle…

Simon Stanger naît le 26 août 1911 à Zolkiew, en Pologne.

A la lumière des documents d’archives, on trouve à plusieurs reprises des informations sur ses parents.

Son père s’appelle Jacob Stanger. Il naît en 1873, à Belz, en Pologne. Il est fourreur.

Sa mère s’appelle Szewa Stanger, née Lichter, en 1870, à Zolkiew. Elle décède en 1937.

Simon a trois frères et trois sœurs, tous nés à Zolkiew.

D’après les dates de naissance, nous supposons que Simon est le plus jeune des sept enfants de la fratrie.

 

Zolkiew

La ville de Zolkiew est fondée en 1594 par le voivode (en Pologne, préfet, chef d’une voïvodie) Stanislaw Zolkiewski.

De 1772 à 1918, la ville est sous le contrôle de l’empire des Habsbourg.

De novembre 1918 à juin 1919, la ville est incluse dans la République populaire d’Ukraine occidentale. En juin 1919, après la Première Guerre mondiale et le traité de Saint-Germain-en-Laye qui consacre la dislocation de l’ex-empire austro-hongrois, elle passe sous le contrôle de la Pologne.

Jovkva/Zolkiew se trouve à vingt-cinq kilomètres au nord de Lviv. C’est une ville de Galicie qui compte 6100 personnes en 1939 et où les Juifs, de tradition hassidique, étaient très pieux.

Le 18 septembre 1939, les Allemands envahissent la ville et la quittent le 23 septembre conformément au pacte germano-soviétique.

L’Armée Rouge entre dans la ville le 24 septembre 1939.

Avant la Seconde Guerre mondiale, les 4 500 Juifs forment près de la moitié de la population de la ville mais très peu survivent à la Shoah.

La plupart sont déportés au ghetto de Lviv, au sud-est du territoire, à proximité de l’endroit où, au cours de l’année 1942, va fonctionner le centre de mise à mort de Belżec.

Les nazis brûlent la vieille synagogue, ne laissant que les murs extérieurs.

Après la Seconde Guerre mondiale, la ville, sous contrôle russe, est dénommée Nesterov en 1951. Elle retrouve son nom de Jovska en 1992, quand l’Ukraine redevient une république autonome.

La ville retrouve son nom car, en allemand, la ville se nomme Zolkiew.

La ville appartient maintenant à l’Ukraine.

 

Simon est né en 1911 sous l’empire des Habsbourg. Il part en France en 1933. Il n’a donc pas connu l’invasion allemande à Zolkiew car la ville a été envahie en 1939.

 

R. Alturas
A. Martin

 

Yad Vashem

Sur le site de Yad Vashem, on trouve la mention de Yaakov STANGER, né à Belz en Pologne, en 1904, boulanger ; assassiné pendant la Shoah. Sans doute quelqu’un de la famille de Jakob…

A noter que la plupart des Stanger de Belz ont leur nom écrit SHTANGER. Seules 7 personnes originaires de Belz ont leur nom sous la forme STANGER. Simon lui-même apparaît aussi sous l’orthographe SZTANGER Szimon…

Les orthographes divergentes des noms de famille et des prénoms compliquent parfois la recherche…

 

Simon a trois frères.

Natan Stanger naît en 1900 à Zolkiew. Il est fourreur.
Baruch Stanger naît en 1902 à Zolkiew. Il est fourreur.
Henri Stanger naît en 1909 à Zolkiew. Il est fourreur.

Simon a trois sœurs.

Sarah Stanger naît en 1898 à Zolkiew.
Anna Stanger naît en 1905 à Zolkiew. Elle est institutrice
Rose Stanger naît en 1907 à Zolkiew.

 

Le père de Simon et les six frères et sœurs ont vraisemblablement été déportés. A son retour en France, Simon indique qu’il est sans nouvelles de sa famille depuis 1939…

 

 

Paris, 1930…

Grâce aux archives, nous savons que Simon arrive en France, le 1er août 1933. La même année où Hitler devient chancelier d’Allemagne.

Comme nous ne trouvons pas de traces de ses parents, nous supposons qu’à 22 ans, Simon arrive en France seul…

Il est de nationalité polonaise.

Il s’installe à Paris, d’abord au 3 rue des Mauvais Garçons (Paris, IVe), puis 12 Faubourg Poissonnière (Paris, Xe).

Il exerce très vite le métier de fourreur, comme son père et ses frères.

Il s’installe dans une boutique, au 56 Faubourg Poissonnière (Paris, Xe). Sa boutique est enregistrée au registre du commerce de la Seine, sous le n°588.196 (Archives de Paris, cote D34U32343).

 

Paris, dans les années 1930-1940

Le début des années 30 est marquée par l’amplification de la crise économique issue du krach boursier de 1929, la montée des extrémismes, des tensions internationales, de la xénophobie et de l’antisémitisme, et finalement le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

En 1934, l’affaire Stavisky provoque une crise politico-économique française. Le décès de l’escroc Alexandre Stavisky dans des circonstances mystérieuses n’a fait que renforcer un antisémitisme déjà virulent en France.

En 1935, le couple Joliot-Curie obtient le prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle.

Après l’élection du Front Populaire et une vague de grèves qui ont paralysé le pays, les accords de Matignon sont signés entre le gouvernement de Léon Blum et la CGT et le CGPF. En juin 1936, les congés payés sont instaurés en France.

En 1937, l’exposition universelle se déroule dans les jardins du Trocadéro et sur le Champ-de-Mars.

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. S’ensuit un conflit armé qu’on a appelé la « drôle de guerre ». L’Allemagne lance alors en mai 1940 une grande offensive contre la France, ce qui provoque une fuite des populations qui craignent l’avancée allemande. L’armée française se retrouve en quelques jours seulement au bord de la déroute.

Puis vient la demande d’armistice de Pétain, le 17 juin 1940. Il est signé le 22 juin 1940 dans la forêt de Compiègne. Le territoire français est désormais divisé en deux parties : « la zone libre », dirigée par Pétain et « la zone occupée » sous domination allemande.

L’institut de propagande allemande antisémite est inauguré le 11 mai 1941, trois jours avant la convocation dite du Billet vert, place des Petits-Pères.

Des Juifs sont obligés de démissionner de leurs emplois, notamment dans la fonction publique, des magasins sont interdits aux Juifs ainsi que des lieux publics. On confisque les biens des personnes juives…

R. Bourlet
L. Chatelin

 

Le statut des Juifs

Deux lois encadrent le statut des Juifs sous le régime de Vichy : la loi du 3 octobre 1940 puis la loi du 2 juin 1941.

Que dit la loi d’octobre 1940 ? Elle exclut les Juifs de tous les postes de la fonction publique, des professions libérales, …  et proclame la notion de « race juive ». Elle permet la mise en œuvre d’une politique raciale et antisémite.

La « loi » de juin 1941 s’étend à tout le territoire français, occupé ou non occupé.

C’est l’ordonnance allemande du 29 mai 1942 qui impose aux Juifs, en France, le port de l’étoile jaune. Celle-ci est distribuée par les commissariats.

 

Le métier de fourreur…

Dès son arrivée en France, au mois d’août 1933, nous constatons que Simon trouve rapidement une boutique de fourreur.

Est-il d’abord employé ? Ou loue-t-il le magasin dès son arrivée ? On ne sait pas. Toutefois, on voit que le métier de fourreur est exercé par son père et par ses frères. Il a donc déjà une certaine connaissance du métier…

Si l’adresse de son domicile est Faubourg Poissonnière jusqu’en 1934, il change ensuite à deux reprises de logement.

Il s’installe au 52 rue de Cléry (Paris, IIe) de 1935 à 1936.

Puis, il trouve un logement au 19 rue des Messageries (Paris, Xe), de 1939 à 1941. Nous avons fouillé et vu qu’aujourd’hui, à cette adresse, on trouve un petit hôtel. Était-ce aussi le cas dans les années 1930… ?

 

Le métier de fourreur

Dans les années 1920 et 1930, le secteur de la fourrure est très actif à Paris, où des ateliers sont installés principalement dans les IIe et Xe arrondissements, notamment Faubourg Poissonnière où va s’installer Simon Stanger. Ils sont le plus souvent sous-traitants de grandes firmes. Quelques ateliers plus chics se situent dans le XVIe   arrondissement. La plupart sont de petites tailles et regroupent quelques personnes, souvent d’une même famille. D’autres ateliers plus importants font appel à une main d’œuvre plus nombreuse, souvent constituée de femmes. Le métier, qui demande une grande dextérité, est pénible et mal payé. Le secteur est dominé par des artisans issus de l’émigration, souvent polonaise. Pendant l’occupation allemande, malgré la spoliation des biens juifs, certaines entreprises juives sont maintenues avec leurs travailleurs pour fabriquer des pelisses pour les soldats de l’armée allemande.

L’industrie de la fourrure n’a cessé de péricliter depuis les années 1960. Désormais, avec d’abord la délocalisation en Asie, puis la mobilisation contre l’utilisation de peaux et fourrures animales, le métier de fourreur appartient à l’histoire.

T. Cadet
J. Mary
s/c de L. Klejman

 

Installée dans le Xe arrondissement de Paris, la boutique de Simon est un commerce de fourreur. On lit dans son dossier de naturalisation qu’il confectionne « des manteaux et des nappettes en pattes et morceaux d’Astrakan. »

 

 

Fin 1940, le recensement des Juifs…

A la suite de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940, les Juifs doivent se faire recenser. C’est la préfecture de police française qui communique par voie de presse et d’affiches :
les « ressortissants juifs devront, en conséquence, se présenter dans les commissariats des quartiers ou circonscriptions de leur domicile, munis de pièces d’identité. »

Le recensement a lieu du 3 au 19 octobre 1940.

Les fiches individuelles sont orange pour les Juifs étrangers – c’est le cas de Simon – et bleues pour les Juifs français.

Il est enregistré dans le fichier «» de la préfecture de police de la Seine (adultes), en tant que « chef de famille ». Est-ce une erreur ? En effet, dans les documents d’internement suivants, il est toujours indiqué comme « célibataire ».

 

Le 14 mai 1941, première arrestation…

Le 14 mai 1941, Simon est arrêté.

C’est la première grande vague d’arrestations en France. On l’appelle aujourd’hui la « rafle du Billet vert ». Elle concerne uniquement des hommes juifs et de nationalité étrangère.

 

Première vague d’arrestations sous le régime de Vichy

 Le mercredi 14 mai 1941, environ 5 000 billets verts signés par le commissaire de police sont envoyés à des hommes de 18 à 60 ans, habitant en région parisienne de nationalité polonaise, tchèque ou apatrides.

Ce billet les invite à se présenter pour un « examen de situation »  à sept heures du matin, dans les lieux suivants : Garage 52 rue Edouard-Pailleron (XIXe arrondissement), caserne des Tourelles, bld Mortier, Caserne Napoléon, place Vandoyer (IVe arrondissement), Caserne de la rue des Minimes, au 33 de la rue de la Grange-aux-Belles (Xe arrondissement), rue Duc, à l’Opéra (XVIIIe arrondissement) et gymnase Japy (Xe arrondissement), se trouvant à Paris.

Ils doivent être munis de leur pièce d’identité.

Ils doivent également être accompagnés d’un proche.

Une simple formalité en apparence, mais qui est obligatoire : « La personne qui ne se présenterait pas aux jours et heures fixés, s’exposerait aux sanctions les plus sévères »      décrète la préfecture de police de Paris, le 10 mai 1941.

Certains comprennent ce qui se passe et fuient vers la zone libre ou vers l’étranger, par exemple en Amérique Latine via l’Espagne. Ils sont ainsi sauvés mais plus de la moitié (3 747 sur 6 694) obéissent, dont Simon Stanger car ils pensent qu’il ne s’agit que d’une formalité administrative. Les individus qui se présentent sont aussitôt arrêtés pendant que la personne qui les accompagne est invitée à aller leur chercher des affaires et des vivres.

Ils sont transférés en autobus à la gare d’Austerlitz.

Dans l’ouvrage de David Diamant, Le Billet vert, 1977, il est précisé : « Pour éviter tout contact avec la population, chaque train arborait un drapeau jaune, signe de maladie contagieuse (choléra, peste) ; sur les quais, des jeunes SS, armés, les attendaient et distribuaient de violents coups de crosse. »

Puis ils sont déportés le jour-même par quatre trains de voyageurs en 3ème classe vers les camps d’internement du Loiret, à peu près 1 700 à Pithiviers et 2 000 à Beaune-la-Rolande dont Simon Stanger.

La plupart y restent pendant plus d’un an.

M. Juffroy-Launay
L. Chatelin

 

Arrestations, rafles et fichier juif

Lors de notre journée à Pithiviers, les médiatrices du CERCIL nous ont bien expliqué qu’on ne pouvait pas parler du 14 mai comme d’une rafle proprement dite. En effet, il s’agissait d’une convocation pour « examen de situation », qui a pu passer pour quelque chose d’anodin auprès des personnes concernées.

Naïvement, dans un pays collaborationniste sous domination allemande, ils ont pensé qu’on allait régulariser leur situation, leur donner la nationalité française. C’est aussi en cela que la collaboration est abominable : elle réussit à faire croire que ce sont encore des préoccupations et des lois françaises qui régissent la zone « occupée » en dépit de la présence militaire allemande. Ce sont des policiers et des gendarmes français qui arrêtent les convoqués, pas des militaires allemands. Et cela frappe moins les badauds…

Le fichier juif de la région parisienne a été établi grâce au zèle de la préfecture de police et de son éminent préfet, Tullard, dépassant les espoirs allemands.

Les premières « vraies » rafles commencent le 20 aout 1941 (jusqu’au 24) à Paris, puis le 12 décembre avec la rafle dite des Notables (743 avocats, médecins, commerçants, ingénieurs, chefs d’entreprise dont le nom est puisé dans le « fichier juif »).

L. Klejman

 

Qui reçoit une convocation ?

La liste des personnes ayant reçu un billet vert est établie grâce aux fichiers du recensement effectué à partir de septembre 1940 par les autorités françaises, sur ordre de l’occupant allemand et par le décret du 4 octobre 1940, promulgué par le régime de Vichy qui donnait aux préfets le pouvoir d’interner des « étrangers de race juive ».

3 700 Juifs au total sont arrêtés dans la région parisienne.

Témoignage d’Emile Frajerman, arrêté le 14 mai 1941, à l’âge de 18 ans.  Voici ce qu’il dit à son père, la veille : « Papa, je travaille depuis que j’ai l’âge de 15 ans. Qu’est-ce qu’ils vont me faire ? Ils ne vont pas me tuer ! C’est pour remplacer les prisonniers de guerre qu’ils vont nous employer. » (Extrait du film documentaire « La Terre ne ment pas », de P. Claire, 2009)

Témoignage de Marie Bekier-Kohen sur son père Leiba Bekier, arrêté le 14 mai 1941.

« Le 13 mai 1941, mon père reçoit la convocation du « billet vert ». Ma mère l’a supplié de ne pas s’y rendre, mais il pensait que ça n’était qu’un contrôle d’identité. Il a été envoyé dans le camp de Beaune-la-Rolande.
Nous sommes allés le voir plusieurs fois dans le camp et avons pu nous promener avec lui dans le village. Ma mère essayait de le persuader de s’évader avec nous, mais il pensait que nous serions tous en danger s’il ne se représentait pas. Il est parti par le convoi 5 pour Auschwitz le 27 juin 1942 et nous n’avons plus jamais eu de nouvelles. » 

M. Juffroy-Launay
L. Chatelin

L’ arrivée au camp de Beaune-la-Rolande…

Le 14 mai 1941, jour de son arrestation, Simon est conduit au camp d’internement de Beaune-la-Rolande, en train. Les détenus sont installés dans les wagons de troisième classe, au départ d’Austerlitz.

Son matricule est le 1747…

 

Le camp de Beaune-la-Rolande

Où se trouve le camp ?

Beaune-la-Rolande est situé à environ 98 km au sud de Paris, 51 km au nord-est d’Orléans, 26 km au nord-ouest de Montargis et 19 km au sud-est de Pithiviers.

 

A quoi sert cet espace avant 1941 ?

En 1937, la municipalité de Beaune-la-Rolande construit un terrain de sport et une salle de gymnastique avec des douches ouvertes au public.

En 1938, et sans que la population ne sache vraiment pourquoi, le terrain d’une superficie de trois hectares est occupé par de nombreux baraquements (les baraques Adrian) qui deviennent plus tard « le camp ».

Chacun pense que ce camp est destiné à recevoir les prisonniers allemands faits dès le début de la guerre.

 

Que se passe-t-il quand le camp ouvre ?

Cet emplacement reçoit d’abord 22 000 prisonniers de guerre français après la défaite, dès mardi 18 juin 1940, détenus dans des conditions épouvantables.

Rapidement, les autorités allemandes agrandissent le camp. Des maisons et une ferme sont englobées et la route d’Auxy est coupée. Le commandant est un officier autrichien.

Les Allemands contrôlent le camp, mais les prisonniers sont trop nombreux. Ils sont envoyés chez les civils pour être en premier lieu nourris mais aussi pour servir et aider aux travaux.

En mai 1941, après la convocation dite du «billet vert», plus de  3 000 Juifs sont arrêtés, dont  2 000 internés au camp de Beaune-la-Rolande sous l’ordre des autorités allemandes.

Au début, les visites et les sorties sont possibles à condition d’être présent au pointage tous les jours.

Les internés sont dans des baraques, entassés les uns sur les autres, sur de la paille sale, jamais changée, sans aucun sanitaire.

 

 

A l’été 1942, ce sont plus de 3000 personnes qui sont internées à Beaune, à la suite de la rafle du Vélodrome d’Hiver, dans des conditions catastrophiques.

Deux convois pour Auschwitz partent de Beaune-la-Rolande :

28 juin 1942, convoi n°5

5 août 1942, convoi n°15.

 

Après juillet 1943

Aloïs Brunner, le commandant du camp de Drancy, ordonne la fermeture du camp de Beaune-la-Rolande, le 12 juillet 1943.

En 1947, le camp est détruit. On construit sur le site une école ménagère agricole.

En octobre 1964, celle-ci est transformée en collège agricole féminin, après l’achèvement de constructions réalisées en 1963-1964 par les architectes Blareau et Guillaume.

En 1967, le site devient un lycée professionnel agricole.

A noter qu’en 1965, un monument commémoratif est édifié et que l’actuel établissement scolaire est situé « rue des Déportés ».

L. Cailler
G. Lucas

 

Extraits du Billet vert, D. Diamant, 1977

« Le camp de Beaune-la-Rolande se composait de vingt baraques, dont chacune pouvait accueillir de 120 à 180 personnes et parfois même 200. Quelques-unes furent réservées, partiellement ou totalement, aux services du camp (cordonnerie, « salon » de coiffure, lavoirs, douches, cuisines, infirmerie, sans oublier un bâtiment destiné à servir de prison. [Cette baraque était surnommée le gnouf.] Ultérieurement, une baraque fut consacrée au théâtre et aux offices religieux. Le sol des baraques était en ciment. Quelques-unes seulement étaient pourvues d’un plancher. Pendant l’hiver, on souffrait terriblement du froid ; l’été on était accablé de chaleur. »

« A Beaune-la-Rolande, les internés avaient inventé un moyen peu commun de se   chausser : ils découpaient des planchettes de bois dans de vieilles caisses, et, avec les     ficelles ou les bandelettes de cuir qu’ils pouvaient trouver, ils se fabriquaient des « choses » destinées à leur protéger les pieds. »

 

 

A la Ferme de la Matelotte… Première évasion…

Fin juillet 1941, il est demandé des volontaires pour partir travailler dans les fermes de Sologne.

A la lumière du texte de David Diamant, nous nous sommes interrogés. Simon a-t-il vraiment été volontaire dans l’espoir de s’évader ? Ou bien, comme l’auteur l’indique, a-t-il subi une « sanction quelconque » ?…

Comme indiqué dans le document des archives du Cercil, Simon arrive à la ferme de la Matelotte, le 25 juillet 1941.

 

Les « kommandos » de Sologne

C’est ainsi qu’on appelle les fermes désaffectées de Sologne (dossier ainsi nommé aux AD du Loiret) où ont été envoyés des Juifs, soi-disant pour travailler.

En effet, dans le film « La Terre ne ment pas », documentaire écrit et réalisé par Philippe Claire, en 2009, Emile Farjerman témoigne et précise qu’«assécher les marais, c’était bidon. C’était simplement pour mettre les Juifs au travail.»

Ces kommandos sont donc un pur mensonge. En réalité, les Juifs ne vont pas travailler. Les gendarmes français ne savent pas quoi leur faire faire. Ils n’ont aucun matériel.

Les « kommandos de Sologne », explique Benoît Verny, historien chargé de   recherche au CERCIL, «c’est un projet préfectoral qui va faire converger le manque de main d’œuvre, le fait qu’il faut mettre les Juifs au travail et le fait que comme la terre ne ment pas, il faut réhabiliter la terre.»

Le préfet du Loiret sélectionne ainsi des fermes abandonnées de Sologne pour y faire travailler des Juifs. Elles constituent une sorte d’annexes des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande.

Ce sont donc en tout, 386 internés, des hommes de toute condition, qui vont être envoyés en Sologne. On les répartit dans trois fermes :

1/ la ferme de la Matelotte située entre Cerdon dans le Loiret et Argent-sur-Sauldre dans le Cher,

2/ la ferme du Rosoir, située près de Vannes sur Cosson,

3/ la ferme du Ousson.

Quelques personnes, habitant autour de ces fermes, se sont faites accueillantes pour les internés, en leur rendant parfois service pour l’envoi de leur courrier, l’accueil de leur famille, les évasions.

En leur mémoire, le CERCIL Musée Mémorial des enfants de la rafle du Vel d’Hiv a créé un parcours mémoriel qui présente les fermes.

Cela nous permet de mieux comprendre la vie quotidienne des hommes juifs détenus dans ces fermes avant leur déportation. On marche également sur les traces des         personnes qui ont réussi à les faire s’évader.

Au sujet des évasions, nous avons retenu le témoignage d’Emile Frajerman, lui aussi envoyé dans les kommandos de Sologne, à l’âge de 18 ans.

Voici ce qu’il dit : «Il y avait des moments de laisser-aller. Ils savaient bien qu’on ne pouvait pas s’évader, que les gares étaient trop loin.» (Extrait du film documentaire « La Terre ne ment pas », de P. Claire, 2009). Nous savons qu’Emile parvient à s’évader lui aussi le 1er juillet 1942.

L. Bénardeau
M. Thiret

 

Dans le registre, tenu à la ferme de la Matelotte, le Maréchal des Logis-chef de la brigade de Cerdon, Philippe, rédige un rapport le 1er août 1944, au sujet de l’évasion d’un « hébergé juif ».

Il y est indiqué ceci.

    « Le 31 juillet 1944, à 18.30, il a été constaté que l’hébergé juif Stanger Szymon, de la ferme de la Matelotte, à Cerdon du Loiret, était manquant. Il était présent au contrôle fait à 13h30 et il aura vraisemblablement profité des allées et venues de la cour aux baraques en raison du mauvais temps pour s’éloigner du cantonnement.
Les recherches faites restent infructueuses et son évasion a été signalée téléphoniquement à la gendarmerie. »

 

Le travail à l’extérieur du camp : la Sologne

« L’histoire de la Sologne, représente un chapitre à part. « Responsables de la guerre», les Juifs, «ces parasites qui ne savaient pas ce qu’était le travail», devaient être affectés aux tâches les plus rudes. Le général Huntzinger, le préfet d’Orléans et les commandants des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande étaient unis par des liens de famille. Selon la presse orléanaise, ils auraient reçu une somme de 300 millions pour organiser l’assainissement des marais de Sologne. […] Lorsque la demande de  volontaires fut présentée [à Beaune-la-Rolande], l’organisation clandestine et les chefs de       baraques, d’un commun accord, opposèrent tout d’abord un refus. Des discussions eurent lieu. Il fut néanmoins décidé de ne pas opposer de résistance en cas de transfert. Cette décision fut prise dans l’espoir de trouver, en Sologne, des conditions d’évasion plus favorables. […] En fin de compte, le commandant envoya en Sologne les internés qui avaient subi une sanction quelconque. 275 internés partirent, divisés en trois groupes de 90 hommes chacun. Ils furent      dirigés vers trois fermes abandonnées. Contrairement aux suppositions, la liberté était plus grande et le travail supportable. »

précise D. Diamant, dans Le Billet vert.

 

 

Direction Lyon…

Après l’évasion de Sologne, le 31 juillet 1941, nous retrouvons la trace de Simon, à Lyon, grâce à ce courrier, écrit de sa main et signé « Szymon », le 30 septembre 1941.

Simon réussit donc à passer en zone non occupée après son départ de la Matelotte. Comment ? Avec qui ? Nous n’avons pas trouvé d’informations à ce sujet.

Toutefois, en le lisant, nous remarquons un détail important : « Je suis en possession d’un capital me permettant de subvenir à mes besoins » … En septembre 1941, après avoir été arrêté et s’être évadé d’un camp, il a encore de l’argent… Il a donc vraisemblablement assuré ses arrières et a bénéficié d’aides qui lui ont permis de récupérer de l’argent, alors que les biens juifs sont spoliés (aryanisés) en zone occupée depuis l’automne 1940 ! (et qu’ils le sont en juillet 1941 en zone «»). Ce qui expliquerait peut-être son évasion réussie…

On apprend même ensuite, toujours dans le dossier 829W334 des AD du Rhône, qu’il avait 14 000 francs sur lui …

 

Lyon, 1941

Lorsque Simon Stanger arrive dans la ville de Lyon, il indique dans le courrier adressé au préfet qu’il est de nationalité polonaise, ce qui est factuellement vrai à ceci près que la Pologne est dès lors sous domination allemande. Il n’a donc pas pu faire renouveler ses papiers…

Depuis le 24 septembre 1940, Lyon est sous la grande autorité du préfet Alexandre Angeli, jugé et condamné pour collaboration, à la fin de la guerre.

Il a de très larges pouvoirs et se montre très actif dans l’application des lois du régime de Vichy.

Nous nous étonnons de voir que Simon, alors qu’il s’est évadé et qu’il est sans doute recherché, n’hésite pas à écrire aux autorités françaises, qui sont pourtant   responsables de sa première arrestation…

 

Nous remarquons aussi une écriture et une signature qui témoignent d’une très bonne éducation et d’une maîtrise parfaite de la langue française. L’a-t-il écrite ? recopiée ? Ou bien est-ce écrit et signé pour lui, par un/e Français (e) ? Dans son dossier de naturalisation, on fait le même constat. Il écrit très bien.

En réponse à ce courrier, on notifie à Simon qu’« il n’est pas autorisé à résider dans le département du Rhône. » On lui donne un « délai de 15 jours pour quitter le département, sous peine de sanctions administratives sévères. » (Courrier du 18 octobre 1941, du préfet du Rhône à Monsieur le Commissaire Central, à Lyon, pour notification à   Monsieur Simon Stanger).

 

 

Lyon, 1941… Deuxième arrestation…

Malgré le courrier de la préfecture du Rhône, en date du 18 octobre 1941, qui notifie à Simon Stanger, demeurant à Lyon, 59 Montée de la Grande Côte, de quitter la ville, Simon décide de rester et de se cacher à Lyon.

Il est de nouveau arrêté en décembre 1941, à l’hôtel, 66 rue Mercière, où il demeure.

Dans le courrier adressé à M. le préfet du Rhône (dossier des archives du Rhône, 829W334), le 17 décembre 1941, le motif d’arrestation est ainsi rédigé : « Flagrant délit sous l’inculpation d’Infraction à la Police des Etrangers. »

 

Lyon, sans papier

Simon est arrêté une deuxième fois, cette fois-ci en zone libre. Il a visiblement préféré rester à Lyon plutôt que de suivre l’ordre qui lui était donné de quitter le département du Rhône « sous peine de sanctions administratives sévères ».

Comme il n’est pas en règle avec ses papiers, le motif de son arrestation correspond à la loi du 2 mai 1938 dont le motif est l’infraction à la Police des Etrangers. Il est dans l’incapacité de présenter des documents en règle.

 

Lyon, 1941… Deuxième arrestation… suite…

Pour défaut de présentation de papiers en règle (carte d’identité et permis de séjour), Simon est incarcéré à la Maison d’arrêt de Lyon, appelée la Prison Saint-Paul.

Il est emprisonné du 16 décembre 1941 au 9 janvier 1942.

Les AD du Rhône nous permettent d’avoir connaissance d’un extrait du registre d’écrou de la Maison d’arrêt de Lyon (cote 829_W_334).

On y apprend qu’il est célibataire, qu’il mesure 1,70m.

Une fiche signalétique est complétée. Il est noté qu’il a le « visage large » et on trouve l’empreinte de ses 10 doigts.

Une décision de justice le relaxe le 9 janvier 1942 (dossier AD du Rhône, cote UCOR 1417).

 

Prison Saint-Paul

Les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph sont deux maisons d’arrêt pour hommes, à Lyon.

Elles sont situées dans le deuxième arrondissement, au sud de la gare de Perrache dans le quartier du Confluent, face au Rhône.

La prison Saint-Paul est construite entre 1860 et 1865 par Antonin Louvier. A l’origine, cette prison est considérée comme la plus moderne et la plus adaptée à l’incarcération.

Antonin Louvier conçoit une prison innovante organisée sur un système de six bâtiments autour d’une rotonde centrale de surveillance et surmontée d’une chapelle. Elle est construite entièrement en pierres de taille.

La surpopulation carcérale rend la vie des détenus intenable. Les mauvaises conditions d’hygiène, la violence quotidienne, la vétusté des lieux entraînent la fermeture des deux prisons en 2009.

De nos jours la prison Saint-Paul a été réhabilitée : elle accueille un campus universitaire.

S. Fernandes
R. Rizzo

 

Klaus Barbie, le « boucher de Lyon »

En 1987, le criminel de guerre allemand nazi, Klaus Barbie, est emprisonné à perpétuité, à la prison Saint-Joseph. Il y meurt le 25 septembre 1991.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Nikolaus, dit Klaus, Barbie est le chef de la Gestapo à Lyon, à partir de 1942.

Il est à lui seul, responsable de l’exécution ou du meurtre de plus de 4000 individus et de la déportation de 7500 Juifs.

Ses actions brutales lui valent le surnom de « boucher de Lyon ».

Parmi les nombreux crimes commis par Klaus Barbie, on retient la déportation des enfants d’Izieu. Le 6 avril 1944, il ordonne une rafle d’un groupe d’enfants en colonie de vacances, à Izieu : 44 enfants, âgés de 4 à 17 ans, et 7 moniteurs sont arrêtés. L’identité juive des enfants était pourtant un secret bien gardé. Ils sont transférés à Drancy et déportés à Auschwitz où ils sont tous assassinés à leur arrivée.

 

Lyon, fin 1942… Troisième arrestation…

Simon bénéficie d’une relaxe lors de son passage au Tribunal car le préfet du Rhône rédige un courrier, en date du 8 janvier 1942, à Monsieur le Procureur de la République (dossier AD du Rhône, 829_W_334).

Dans ce dernier, il est stipulé que l’étranger Simon Stanger paraît pouvoir justifier d’une excuse valable, ayant présenté « en temps utile une demande d’autorisation de séjour dans le Rhône. »

Simon est libre le 10 janvier 1942.

Nous avons retrouvé le dossier de procédure avec la décision de justice (AD du Rhône : Ucor 1417) grâce à l’historienne V. Sansico qui a écrit un ouvrage La Justice déshonorée, 1940-1944, en 2015 et qui évoque l’affaire Simon Stanger. Nous l’en remercions.

Simon mène ensuite une vie clandestine.

On le retrouve logé chez Mme Angèle Eme, au 16 rue Pouteau, à Lyon (Ier arrondissement).

Fin octobre 1942, Simon est victime d’une rafle et est de nouveau arrêté.

Une « notice individuelle concernant un étranger qui a franchi clandestinement la ligne de démarcation », de la préfecture du Rhône, nous apprend qu’il a vraisemblablement passé la ligne en juillet 1941 (?), qu’il a en sa possession 14 000 francs, qu’il a déjà eu une infraction à la Police des Etrangers et qu’enfin, une détention provisoire à Rivesaltes est prévue (dossier AD du Rhône, 829_W_334).

 

 

Octobre 1942, au camp de Rivesaltes…

Sur décision de la préfecture du Rhône, en date du 27 octobre 1942, Simon est envoyé en détention au camp de Rivesaltes, à côté de Perpignan…

 

Rivesaltes avant la guerre…

Le camp Joffre, dit «de Rivesaltes », est fondé en 1938, à quinze kilomètres de Perpignan, dans les Pyrénées Orientales. Il ouvre officiellement en février 1939, comme site militaire. Il fait 600 hectares.

1939, fin de la guerre civile espagnole. La chute de Barcelone provoque l’arrivée de milliers de réfugiés espagnols sur le territoire français. C’est la panique pour les autorités françaises qui sont débordées.

Après l’installation du gouvernement de Vichy, le système d’internement change de nature.

 

Rivesaltes pendant la guerre…

Le camp sert d’abord de refuge pour les Espagnols qui fuient leur pays. Il est donc un centre d’hébergement pour les familles. Ensuite, s’ajoute l’internement des Tsiganes et des Juifs.

Le 31 mai 1941, le camp compte 6475 détenus de 16 nationalités différentes (53% sont Espagnols, 40% sont des Juifs étrangers, 7% des Tsiganes français).

En 1942, le camp rassemble tous les Juifs arrêtés en zone libre. Il devient alors le « Drancy de la zone libre » …. Plusieurs convois en partent, passant d’abord par Drancy.

Fin novembre 1942, l’armée allemande s’installe au camp de Rivesaltes. Elle lui redonne sa fonction première de camp militaire jusqu’au 19 août 1944, date de leur départ.

 

Rivesaltes après la guerre…

Quelques semaines après le départ des Allemands, le camp devient un centre de séjour surveillé, c’est-à-dire, un centre de rétention administrative ou camp de prisonniers de guerre.

Entre 1945 et 1946, le camp voit encore défiler des milliers d’individus (prisonniers de guerre autrichiens, allemands, italiens, etc.)

En 1948, le camp Joffre retrouve de nouveau sa vocation de camp militaire.

Toutefois, il sert de nouveau de camp de transit pendant la guerre d’Algérie, au début des années 1960, notamment pour les Harkis.

Le camp de Rivesaltes est le plus grand camp d’internement d’Europe de l’Ouest, ayant recouvert une guerre civile, une guerre mondiale et une guerre coloniale.

Aujourd’hui, le camp de Rivesaltes est un site mémoriel. Il est situé sur les communes de Rivesaltes et Salses-le-Château. Il rend hommage aux personnes incarcérées ou hébergées dans ce camp.

C. Beyhier-Sarron
T. Prévost
L. Colodeau
H. Larissi
C. Allimonnier
A. Gentet

   

 

Fin 1942, seconde évasion…

Simon est transféré au camp de Rivesaltes, le 29 octobre 1942.

Il n’y reste pas longtemps car nous découvrons qu’il s’en évade en novembre 1942, le 15 précisément.

Nous savons, grâce au dossier des AD du Rhône (829_W_334), qu’il retourne à Lyon, toujours chez la même logeuse, Mme Angèle Eme, au 16 rue Pouteau, à Lyon (Ier arrondissement).

Dans le courrier du 19 mars 1951, rédigé en vue de sa demande de naturalisation il y est mentionné ceci : « le nommé Stanger Simon, né le 26/8/1911 à Zolkiew (Pologne), de Jacob et de Stewa Sichter, de nationalité polonaise et de confession israélite, aurait vécu clandestinement de fin 1941 à 1944 chez Mme Eme Angèle, 16 rue Pouteau à Lyon (Ier) ».

Nous nous interrogeons : pourquoi Simon retourne-t-il à Lyon alors qu’il y a déjà été arrêté deux fois … ?

 

 

 

Juin 1944 – Quatrième arrestation à Lyon…

Revenu à Lyon, chez la même logeuse, Simon est arrêté une quatrième fois, le 24 ou le 26 juin 1944 au soir.

On lit dans le dossier de déporté politique (DAVCC, cote 21P 677 692) :

« Mme Eme […] déclare avoir hébergé clandestinement le nommé Stanger Simon de fin 1941 au 24 ou 26/6/1944. Elle n’est au courant que de l’arrestation à la suite de laquelle il a été interné à Rivesaltes. Elle a entendu dire par des personnes dont elle ne se souvient pas, que son locataire avait été appréhendé par la Milice, le 24 ou 26 au soir, au cours d’une rafle, dans le quartier de la Croix Rousse. Le lendemain, elle avait la visite d’un homme prétendant appartenir à la Gestapo, lequel a pris livraison de tout ce qui était la propriété du nommé Stanger. […] Elle est restée sans nouvelle de lui jusqu’en 1945, après sa libération. »

 

La Milice française

Le 30 janvier 1943, le régime de Vichy crée un groupe armé, appelé la Milice française.

Le chef officiel du groupe est Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy, mais la milice est dirigée par Joseph Darnand.

Pour en faire partie, il y a plusieurs conditions : être Français de naissance, ne pas être Juif, n’adhérer à aucune société, être volontaire et être agréé par le chef départemental.

Collaborant avec les nazis, la Milice participe à la traque des Juifs, des Résistants, des maquisards, des réfractaires au STO ou de tous ceux que le régime juge dangereux. Elle a pour vocation d’être « l’instrument principal de redressement moral, intellectuel et social du pays. » (Extrait du Discours prononcé par M. Caillard, chef départemental de la Milice française, à Carcassonne, le 28 février 1943).

Elle compte plus de 30 000 exécutants.

 

La Milice lyonnaise

Année 1943. Plus de distinction zone occupée / zone non occupée… Au Sud, la Milice est basée à Lyon. Elle compte un millier d’adhérents, répartis en cinq services.

600 d’entre eux forment les rangs de la Franc-Garde, créée en juin 1943, qui lutte essentiellement contre les maquis. Elle a la réputation d’user de la violence à outrance. On reconnaît ses membres à leur tenue vestimentaire : uniforme noir et béret marqué du gamma grec.

Une autre partie du groupe, est dirigée par Joseph Lécussan et Paul Touvier. C’est le service documentation-renseignements : ils sont à l’affût de tous les renseignements sur les opposants réels ou soupçonnés.

Les six derniers mois du régime de Vichy, la Milice recrute sans cesse de nouveaux membres et sème la mort : assassinat de Jean Zay, le 20 juin 1944, de 7 otages juifs à Rillieux-la-Pape le 29 juin 1944, de Georges Mandel le 7 juillet 1944.

A Lyon, la Milice installe son siège en plein centre-ville, au 85 rue de la République, à deux kilomètres du logement de Simon…

M. Grejon
E. Jahier

   

Paul Touvier, chef de la Milice à Lyon

Employé SNCF, Paul Touvier intègre la Milice dès 1943. Il devient Chef du renseignement en Savoie, dans le Rhône, puis sur le plan régional.

Il fuit à partir de 1944, condamné à mort par contumace dans le Rhône en 1946, puis en Savoie en 1947.

Sa cavale dure jusqu’en 1971, date à laquelle il est gracié par Georges Pompidou.

La révélation de ce geste en 1972 le remet en fuite.

Il est finalement arrêté en 1989, deux ans après le procès de Klaus Barbie.

En 1994, il est condamné pour complicité de crimes contre l’humanité. Il meurt à la prison de Fresnes, le 17 juillet 1996.

 

A la prison de Montluc…

Arrêté le 26 juin 1944, par imprudence (?), Simon est interné à la prison de Montluc.

Il y est enfermé du 26 juin 1944 au 3 juillet 1944, date de son transfert à Drancy.

 

La prison de Montluc est située, 4 rue Jeanne-Hachette dans le IIIe arrondissement de Lyon. Elle est construite en 1921 sur les glacis du Fort Montluc.

Construite sur des terrains qui appartiennent au Fort Montluc mais aussi au ministère de la Guerre, la prison prend le nom du Fort mais les bâtiments demeurent bien distincts.

En 1921, à la suite de l’inauguration de l’institut franco-chinois de Lyon, au Fort St-Irénée, une centaine d’étudiants ouvriers chinois à qui on a refusé l’admission, décident d’occuper le Fort. Puis, ils sont délogés par la police et sont emmenés au « Fort Montluc ».

En 1926, la prison est prêtée pour la justice civile. La prison Montluc est très peu utilisée à cause d’une diminution de la population carcérale civile entre les années 1920 et 1930. Puis la prison ferme ses portes en octobre 1932.

En décembre 1939, la prison reprend du service. On y retrouve les habituels justiciables de la justice militaire mais aussi de nombreux militants communistes.

Après la signature de l’armistice du 22 juin 1940, le territoire français a été divisé en deux parties. La ville de Lyon se trouve dans la zone libre.

La prison augmente les conditions d’internement. En 1942, environ 400 personnes sont internées dans cette prison prévue pour 127 personnes.

La prison est réquisitionnée par les autorités allemandes. 7731 personnes y sont emprisonnées entre 1943 et 1944, dont Simon. Des milliers d’hommes, femmes, des otages, des Résistants y sont persécutés. Tous les espaces de la prison sont utilisés pour enfermer les victimes en attente de transfert ou de déportation : les cellules de 4m2 bien sûr mais aussi l’atelier, le magasin, le réfectoire et une baraque dans la cour (rasée après la Seconde Guerre mondiale), surnommée la « baraque aux Juifs ».

Entre 1943 et 1944, ils sont jusqu’à 1300 à être emprisonnés en même temps alors que la prison ne peut accueillir qu’une centaine de personnes…

P. Renoncé
R. Da Silva Oliveira

 

L’académicien André Frossard témoigne, le 25 mai 1987, lors du procès Barbie. Il raconte les conditions de détention dans la « baraque aux Juifs », au Fort Montluc. Il déclare :

« On y vivait comme des morts en sursis ; c’est la baraque aux juifs qui fournissait les otages ; on était en attente d’exécution. […] Être juif à Montluc, ça voulait dire subir un régime plus dur que n’importe qui. Ils n’étaient même pas traités en ennemi ni comme une race inférieure, mais comme une espèce inférieure. »

(http://alainjakubowicz.fr/index.php/2017/05/25/25-mai-1987-retour-baraque-aux-juifs/)

 

                                                                                    


Fiche allemande de Simon Stanger

Version numérisée de la fiche allemande de Simon Stanger des AD du Rhône, sous la cote 3335W21.

 

On voit son nom, sa date d’entrée à Montluc et sa date de naissance. En haut à gauche son numéro d’écrou : il est donc le 7555ème prisonnier des polices politiques allemandes enregistré à Montluc. En bas à gauche, son lieu d’internement (Ba = Baraque ) et la mention Juif en allemand en haut à droite.

 

Simon Stanger, à Drancy…

Comme l’indique sa fiche d’internement au camp de Drancy, Simon y arrive à partir du 3 juillet 1944.

Il vit au rythme du camp pendant 28 jours.

 

Drancy ou la cité de la Muette

Le camp de Drancy se situe en Ile-de-France en Seine-Saint-Denis.

Dans les années 1930 environ, des logements sont construits, pour loger à bon   marché (Habitations à Bon Marché) des familles venant de Drancy. Projet très moderne et audacieux à l’époque… ! Les constructions de ces bâtiments se sont déroulées de 1931 à 1937.

L’architecture de ces bâtiments se distingue car ils ont utilisé des matériaux standardisés et préfabriqués. 1250 logements sont prévus sur place. C’est un ensemble de tours de 14 étages auxquels sont rattachés deux par deux des immeubles allongés de 2 et 3 étages, surnommé « le peigne ». Un bâtiment en forme de fer à cheval entoure ces immeubles. Il est appelé « cour d’entrée ».

Ensuite, vers les années 1940, l’ensemble immobilier inachevé va servir de camp d’internement.

Les camps d’internement français sont des centres de détention administrative ou des camps de réfugiés, ou de prisonniers de guerre, puis de rassemblement des Juifs.

En août 1941, Drancy devient un camp de rassemblement et de transit.

Du 20 août 1941 au 17 août 1944, près de 80 000 personnes (hommes, femmes, enfants) ont été internées dans la banlieue parisienne, uniquement parce qu’ils étaient Juifs.

Le 20 Septembre 1941, la Croix-Rouge est autorisée à installer une permanence dans le camp. Ils fournissent les ravitaillements collectifs qui sont livrés par le comité de solidarité juif «de la rue Amelot ».

Par la suite, du nouveau mobilier pour les dortoirs est livré : lits superposés, paillasses, couvertures. Le courrier pour les internés est autorisé, ils ont le droit à une lettre tous les quinze jours.

Une trentaine de décès surviennent entre octobre et novembre 1941. 750 patients   internés sont libérés sous contrôle d’une commission d’un médecin de la préfecture ainsi que des militaires allemands, dans la même période. En décembre 1941, des grands malades sont transférés dans différents hôpitaux.

Le 3 juillet 1942, à 6 heures tous les malades sont ramenés à Drancy par la police française. Les gendarmes qui sont chargés de fouiller les patients, en profitent souvent pour confisquer un peu ce qu’ils veulent pour leur propre compte ou pour alimenter le marché noir. Les visites sont interdites.

 

Les trois camps satellites parisiens de travail forcé

Il existe aussi trois camps satellites parisiens de travail forcé (Dienststelle Westen) qui dépendent de Drancy : le camp dit Lévitan (85-87 rue du Faubourg Saint-Martin, Paris Xe) ; le camp Austerlitz du 43 quai de la Gare (Paris XIIIe), où l’on regroupe et trie les biens volés aux Juifs ; et celui du 2 de la rue de Bassano, l’ancien hôtel particulier de la famille juive Cahen d’Anvers (la grand-mère de L. Klejman y a passé ses derniers mois avant sa déportation. On y faisait de la haute couture et de la fourrure de luxe.)

63 convois sont formés et partent de la gare du Bourget-Drancy jusqu’en juillet 1943. Puis ils partent ensuite de Bobigny. Ils emmènent donc au total plus de 65 000 personnes vers les centres de mise à mort, notamment vers Auschwitz-Birkenau.

Dans la deuxième partie de l’année de 1942, les nouveaux arrivants manquent de tout. Dans les périodes de rafles les plus fortes en 1942, le camp compte 7000 détenus, alors qu’il a une capacité de 5000 places maximum. Neuf Juifs sur dix passent par le camp de Drancy lors de la Shoah.

Au début de l’été 1944, devant la progression des forces alliées, des milliers de Juifs sont acheminés à Drancy depuis les villes du Sud pour être déportés.

Le dernier convoi part de Drancy, le 17 août 1944. Les déportés juifs marchent jusqu’à la gare de Bobigny. La marche est dirigée par le nazi Aloïs Brunner qui a pris la direction du camp un an plus tôt, le 18 juin 1943.

Le camp ferme ses portes en août 1944.

Les nazis finissent par brûler toutes les archives du camp pour ne plus avoir aucune preuve de toutes les tortures endurées ici mais deux internés du camp parviennent à sauver le fichier contenant tous les noms des déportés passés ici.

Le camp est ensuite confié à la résistance. Le 20 août, les derniers internés sont libérés.

Après la libération de Paris qui se déroule du 19 au 24 août 1944, le camp de Drancy est utilisé pour la détention des personnes suspectées de collaboration, comme l’écrivain et metteur en scène, Sacha Guitry, la cantatrice Germaine Lubin et plein d’autres encore.

Léglise
Gaudin

 

                                                              

 

Drancy aujourd’hui

Aujourd’hui, ce sont entre 600 et 700 personnes qui louent les logements du bâtiment en « U ». Ceux-ci ont été conservés puis rendus à leur vocation d’habitation à la fin de la guerre.

Le camp de Drancy est sur la liste des monuments et des sites protégés depuis le 25 mai 2001. C’est ce jour-là que Catherine Tasca, ministre de la Culture, signe un arrêté de classement architectural de la cité de la Muette.

En 2009, des graffitis sur carreaux de plâtre sont retrouvés lors de travaux de rénovation. Ils ont été soit gravés soit écrits au crayon, majoritairement par des internés juifs. Le plus ancien graffiti retrouvé date d’août 1941. Les auteurs de ces graffitis inscrivent leur nom et leur date d’arrivée au camp, puis au fil du temps, ils ajoutent la date de départ. On y a retrouvé les noms de déportés du convoi 77.

Le 21 septembre 2012, à l’initiative de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le président de la République, François Hollande, inaugure le Mémorial de la Shoah de Drancy. Exposition permanente et richement documentée, elle permet de connaître l’histoire de la cité de la Muette ainsi que le rôle central du camp de Drancy dans la déportation des Juifs de France, pendant la Seconde Guerre mondiale. Le site de ce camp est maintenant un lieu d’exposition visité.

M. Rigaud-Léonce

 

 

 

Simon, dans le convoi 77, direction Auschwitz…

A 33 ans, Simon est déporté par le convoi 77, le 31 juillet 1944.

Au terme de ce parcours, on fait le bilan.

Simon est arrêté à quatre reprises, entre 1941 et 1944.

Il connaît deux lieux d’internement dans le Loiret : Beaune-la-Rolande puis la ferme de la Matelotte, en Sologne, d’où il s’évade.

Il connaît la prison à deux reprises : la Prison Saint-Paul et la Prison Montluc, à Lyon.

Il connaît l’internement en zone libre au camp de Rivesaltes, près de Perpignan, d’où il s’évade aussi.

Il connaît l’internement à Drancy pendant 28 jours…

 

Le convoi 77

L’association Convoi 77 a dénombré 1306 déportés – hommes, femmes, enfants –  partis par le convoi 77.

Le 31 juillet 1944, le convoi 77 est le dernier grand convoi de déportation de Juifs parti du camp de Drancy pour la gare de Bobigny, à destination du centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau.

982 hommes et femmes

324 enfants

Le convoi part de Drancy en autobus avec 1306 déportés dont plus de 300 enfants. Il est ensuite dirigé vers la gare de Bobigny. Là, les Juifs sont mis dans des wagons à bestiaux.

Tout d’abord, il y a cinq arrêts en France dans la ville d’Épernay, Châlons-sur-Marne, Bar-Le-Duc, Novéant et Metz.

Ensuite, le convoi continue son trajet en Allemagne dans les villes de Saarbrucke, Frankfurt a Main (Francfort-sur-le-Main), Fulda, Erfurt, Leipzig et enfin Dresden.

Le convoi arrive en Pologne dans la ville de Gortliz. Ils passent à Cosel puis Katowice avant d’arriver au centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau.

Le convoi est parti de Drancy, en France, le 31 juillet 1944 et arrive à Auschwitz-Birkenau, en Pologne, le 3 août 1944.

M. Ndala-Bituala
M. Allimonnier
S. El Hakkouni
B. Lesage

 

Simon, prisonnier à Auschwitz…

Déporté le 31 juillet 1944, Simon arrive à Auschwitz le 3 août 1944, comme l’indiquent les documents d’archives envoyés par le Muséum d’Auschwitz.

Nous découvrons dans ces derniers que Simon est sélectionné pour entrer dans le camp.

Il est enregistré comme « prisonnier » sous le numéro B-3931 : matricule.

Il a été noté à deux reprises dans les archives de l’infirmerie du camp pour prisonniers – les 5 et 18 janvier 1945 (bloc opératoire – bloc 21, KL Auschwitz I).

Il est libéré du Konzentrationslager (camp de concentration en allemand) Auschwitz, le 27 janvier 1945 par l’armée soviétique.

Il a ensuite été interné à l’hôpital mis en place par la Croix-Rouge polonaise sur le terrain du camp libéré.

Dernière entrée dans les fichiers : noté comme sorti d’Auschwitz et libéré le 9 mars 1945.

 

Auschwitz I

Avant la guerre

Oswiecim, en Pologne, située à environ 70 kilomètres de Cracovie est rebaptisée Auschwitz en 1939 suite à l’invasion de la Pologne par l’Allemagne.

Cette ville polonaise compte 7000 à 8000 Juifs sur 12 000 habitants à la fin des années 1930.

C’est dans cette ville qu’est créé le plus grand camp de concentration sur ordre de Himmler à partir d’avril 1940 dans les anciennes casernes de l’artillerie polonaise.

 

Pendant la guerre

Auschwitz I est le camp de concentration d’origine et le centre administratif dirigé par Rudolf Höss de mai 1940 à novembre 1943, puis par Arthur Liebehenschel novembre 1943 à mai 1944 et enfin par Richard Baer de mai 1944 jusqu’à l’évacuation du camp en janvier 1945.

C’est un camp de travail forcé d’une superficie de 40 kilomètres carrés divisé en plusieurs blocks.

Les prisonniers de ce camp sont les opposants politiques et ennemis du régime nazi ainsi que les populations considérées comme « inférieures » par les nazis : les Juifs, les Tsiganes, les handicapés, les homosexuels… Les nazis utilisent les détenus pour travailler dans des usines leur appartenant.

Les conditions de vie dans le camp sont abominables : cruauté, coups, injures, humiliations (par exemple, à l’arrivée des prisonniers, les SS les rasent à blanc et les déshabillent).

Les prisonniers sont entassés dans des cellules minuscules. Un block est normalement prévu pour 400 personnes mais il y a en réalité de 700 à 1000 personnes.

La libération du camp d’Auschwitz a lieu en janvier 1945. Les prisonniers en état de marcher sont évacués du 17 au 21 janvier 1945. Les autres détenus, restés dans le camp, sont libérés par l’Armée Rouge le 27 janvier 1945. Les Soviétiques découvrent alors le massacre.

 

Actuellement

Auschwitz, redevenue Oswiecim, est une ville de 40 000 habitants.

Le camp d’Auschwitz a été transformé en musée. C’est un monument historique et culturel majeur pour le « devoir de mémoire » : ne pas oublier la Shoah, rendre hommage à toutes les personnes mortes dans ce camp.

Le musée est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.

A. Lieblang
O. Ventolini

 

Mai 1945 – Simon, de retour en France…

Simon est rapatrié en France par le Centre de Marseille, le 10 mai 1945.

Pour son retour en France, nous avons la chance d’avoir le document «CARTE DE RAPATRIÉ », très rare, dans le dossier DAVCC, cote 21P 677 692.

Elle lui est remise à Paris, le 20 mai 1945.

C’est un document d’archives peu lisible mais voici ce qu’on y lit : on lui remet un costume, une chemise et un mouchoir, différentes sommes d’argent, dont une en juin 1945.

En septembre 1945, il est en convalescence.

Il s’installe au 70 Faubourg Poissonnière jusqu’au 1er octobre 1945. Il prend ensuite un logement au 40 rue d’Enghien (Paris, Xe). Il paie ici un loyer de 4647 francs jusqu’en 1954.

On imagine qu’il a très vite repris son activité de fourreur, malgré ses problèmes respiratoires diagnostiqués à son retour en France.

Il retrouve effectivement sa boutique de fourreur au 56 Faubourg Poissonnière à partir du 26 septembre 1947 comme le montre la fiche d’inscription au registre du commerce (cote D34U3 2343) ainsi que la page du registre correspondant (cote D33U3).

 

 

 

1961. Simon, enfin naturalisé…

A son retour en France, en 1945, Simon commence un deuxième long parcours semé d’embûches : une procédure administrative pour obtenir la naturalisation française, demandée le 12 septembre 1950 puis renouvelée en mai 1959, et une autre pour obtenir le titre de « déporté politique », acquis le 23 juillet 1957.

Le dossier de naturalisation fourni par les Archives Nationales (numéro 16318 X 51, dans le dossier 19790585/105), que nous remercions, nous permet de découvrir son épouse, Mme Joséphine Stanger, née Horowitz.

Ils se marient le 15 mars 1950 dans la Mairie du XVIIIe arrondissement de Paris.

Le dossier de naturalisation fait 90 pages.

Simon constitue un dossier où l’on retrouve tout son parcours : ses arrestations, une recommandation du préfet du Rhône en date du 29 mars 1951 qui «ne s’oppose pas à ce qu’une suite favorable soit réservée à la demande de naturalisation […] s’il a acquis […] des titres suffisants pour justifier cette mesure de faveur. » En date du 21 février 1951, la Chambre de Commerce de Paris ne s’oppose pas à la naturalisation de Simon Stanger. Pourtant, en 1959, on lit l’avis suivant : « Bien que rien de défavorable n’ait été révélé sur l’intéressé, aucun élément suffisant ne fait ressortir d’une façon indiscutable les mérites du requérant à la naturalisation française. »

On y lit que Simon justifie sa demande de naturalisation en expliquant qu’il « désire se fixer définitivement en France et par sympathie pour la France et ses institutions ».

Il justifie d’un casier judiciaire vierge, doit justifier du paiement régulier de ses impôts. On trouve même un procès-verbal d’assimilation. Simon Stanger comparaît au bureau de la Police générale où on l’interroge sur « son genre de vie, ses occupations, les milieux qu’il fréquente, son degré d’instruction [.]». En conclusion, il est notifié que Simon Stanger « est assimilé par ses mœurs, son état d’esprit, ses sentiments et qu’il parle couramment la langue française. »

La première demande est refusée en mars 1953, visiblement au titre «que [Simon et Joséphine] n’ont pas d’enfants, que la profession de Simon est sans intérêt national, que Simon n’a pas tenté de servir dans les rangs de la France au cours des hostilités 1939-1945 et qu’il n’a aucun titre de résistance, enfin qu’ils n’ont fourni aucune preuve de loyalisme».

La seconde demande est acceptée bien que le préfet de Police ait émis un avis défavorable en raison de « titres insuffisants ».

Grâce aux Archives de Paris, nous savons qu’en 1947, Simon retrouve son commerce de fourrure (Archives de Paris_D33U3 628). Il reprend donc son activité professionnelle.

En 1950, il emploie deux personnes françaises :  Edmond Adler, domicilié 59 rue du Département, Paris XVIIIe, né à Paris, et Fernande Ghiban, 27 rue Poissonnière, Paris, IIe, née à Paris.

Il est membre du syndicat de la fourrure.

Simon déclare gagner 10 000 NF (nouveaux francs) par an.

Le 8 octobre 1961, après un premier refus huit ans auparavant, Simon Stanger apparaît dans le Journal Officiel. Il est enfin naturalisé français…

 

                    

 

Joséphine Stanger, née Horowitz…

Enquêter sur la vie de Simon Stanger nous a conduits à découvrir son épouse, Joséphine Horowitz.

Celle-ci naît le 29 décembre 1923, à Anvers, en Belgique.

Elle est la fille de Samuel Horowitz, né le 12 janvier 1896 à Anvers, et d’Anna Horowitz, née le 1er juin 1897 à Cracovie, en Pologne. Ils sont de nationalité belge.

Ses parents sont commerçants diamantaires.

Joséphine, dite Josée, a une sœur, Stella Horowitz, née le 8 mai 1927, à Anvers également.

La famille Horowitz entre en France en décembre 1932 pour travailler. Joséphine a alors 9 ans. Les parents souhaitent se fixer définitivement en France.

Ils s’installent à Paris, aux adresses successives suivantes : d’abord, 35 rue Victor Masse (Paris, IXe) de 1934 à 1937, puis 55 rue Lamarck (Paris, XVIIIe) de 1937 à 1942.

Joséphine fait ses études secondaires en France et a le niveau de la première partie du baccalauréat. D’octobre 1943 au 14 août 1945, la famille Horowitz se cache au Puy, en zone libre, en Haute-Loire, vraisemblablement au 55 bld Carnot, sous le nom Herbier. Le père de Joséphine est arrêté dans le Puy-de Dôme. Il est transféré de la zone libre à Drancy et déporté par le convoi 51, le 6 mars 1943. Il est détenu à Sobibor : il ne revient pas.

De retour en région parisienne, Joséphine s’installe avec sa mère et sa sœur, d’abord à Suresnes, allée des Platanes, jusqu’en 1947, puis revient sur Paris dans le XVIIIe. Leur dernière adresse familiale connue est 22 rue Francoeur (Paris, XVIIIe).

Joséphine rencontre ensuite Simon et tous deux s’installent 40 rue d’Enghien (Paris, Xe) jusqu’en 1954 ; puis, au 13 rue Monthyon (Paris IXe) et pour finir au 36 rue d’Hauteville (Paris, Xe) jusqu’en 1977.

Joséphine est sans profession depuis son mariage. On note dans le dossier que de juillet 1949 à mars 1950, elle a été secrétaire assistante du chirurgien-dentiste M. Burgos, 5 rue du Bac à Suresnes.

La sœur de Joséphine est étudiante au moment où Simon et son épouse déposent leur première demande de naturalisation. Lorsqu’ils procèdent à leur deuxième demande, Stella est mariée à un chirurgien-dentiste, Abraham Kranceblum. Celle-ci devient française par mariage.

 

                                                                                                                        

 

 

Simon, enterré au cimetière de Bagneux…

Après bien des démarches infructueuses, nous avons fini par retrouver la trace de fin de vie de Simon.

Tout d’abord, nos démarches nous ont menés, grâce à L. Klejman, au cimetière de Bagneux.

Nous y découvrons que Simon Stanger y est enterré dans une stèle collective, avec d’autres personnes d’origine juive. Les dates correspondent : Simon Stanger, 1911-1977.

Le cimetière de Bagneux a accepté d’effectuer une recherche pour nous, sans succès. Nous n’avons pas réussi à trouver pourquoi Simon est enterré ici et encore moins à connaître les raisons d’une sépulture collective…

Enfin, après bien des recherches et de nombreuses demandes, nous avons reçu par courrier au collège, la copie de l’acte de décès de Simon Stanger.

Simon Stanger est décédé le 23 mars 1977, à 14h30, en son domicile 36 rue d’Hauteville, époux de Joséphine Horowitz.

« L’acte de décès a été dressé le 24 mars 1977 à 9h, sur la déclaration de Isaak Scheuernan, représentant, domicilié à Paris XIXe 6 Square Simon Bolivar, qui lecture faite et invité à lire l’acte a signé avec nous. »

 

A la mémoire de Simon…

 

 

Liens externes

https://fr.calameo.com/read/006788130c2f24ccab880

 

Contributeur(s)

Classe de 3° du Collège de la Forêt, ville de Traînou, sous la direction de Mmes Pourriot et Berna
hébergement Umazuma - OVH

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