Avram MICHON (1906-1970)
Photo d’identité d’Avram, au moment de sa demande de naturalisation en 1948. Il a 42 ans. Dossier de naturalisation ©Archives nationales.
Travail réalisé par les élèves de TG3 et TG6 du Lycée Victor Louis de Talence (Gironde), dans le cadre d’un projet pédagogique annuel réalisé en EMC, sous la direction de leurs professeures, Mesdames BAUDOT (Lettres), BOUTET et TANTY (Histoire-Géographie, EMC, HGGSP) et de M. LEGERON, en 2024-2025.
Ce travail est divisé en trois parties :
- La biographie factuelle d’Avram MICHON.
- La biographie de Riquetta MICHON, son épouse.
- Un podcast, réalisé en atelier d’écriture par les mêmes élèves.
Ce travail franco-grec de biographie croisée des époux MICHON, a été présenté par tous les élèves au Consulat Général de France à Thessalonique le 17 mars 2025. Le voyage à Thessalonique a été financé par des subventions provenant d’Erasmus+, le Fonds pour la Mémoire de la Shoah et la Mission des 80 Ans de la Libération.
Avram Michon est né le 11 juin 1906 à Constantinople (Istanbul) ; il y aurait fréquenté l’école franco- turque[1]. Il ne possède pas de diplôme, mais il sait écrire en caractères romains, quoique difficilement. Il habite le quartier d’Usküdar-Kuzguncuk à Constantinople/Istanbul, jusqu’en 1921, rue Arnaodt ( ?). Ce quartier, avec une importante population juive, était surnommé « la petite Jérusalem ».
Il est le fils unique de Léa Ruben (née Cohen en avril 1880) et de M. Michon (né à Stanboul).
La date d’arrivée d’Avram en France est imprécise, car il a lui-même indiqué des dates différentes. Ainsi, dans son dossier de naturalisation, il déclare être arrivé en France le 9 septembre 1926[2], mais il déclare aussi avoir quitté la Turquie en 1921 pour aller en Italie et y avoir résidé jusqu’en 1930[3]. Il serait aussi arrivé à Paris au mois de décembre 1930. Du 27 décembre 1930 au 11 avril 1931, il déclare avoir résidé au 31 rue Basfroi. Il figure en effet, seul, au recensement de 1931 à cette adresse. Puis il a emménagé au 45 de la même rue, peut-être avec ses parents, au moins avec sa mère. Sa femme, Riquetta, est arrivée en France en 1929.
Le mariage
Avram se marie[4] à la mairie du 11e arrondissement le 23 février 1932 avec Riquetta Choël (cf. la biographie de Riquetta CHOËL-MICHON sur le site de Convoi 77).
Acte de mariage d’Avram Michon et de Riquetta Choël
©Archives de la ville de Paris.
Au moment de leur mariage[5], Avram réside dans le même immeuble que Riquetta, au 45 rue Basfroi à Paris 11e, sans que l’on sache s’ils vivaient ensemble ou simplement dans le même immeuble.
En 1936, selon le recensement, ils y vivent toujours, ainsi qu’avec la mère d’Avram et de Lucien, né en 1925 en Turquie, dont nous n’avons pas pu déterminer quel était son lien de parenté avec lui[6]
Extrait du recensement de 1936 de la ville de Paris 45, rue Basfroi, Paris XI.
©Archives de la ville de Paris.
Le couple a eu quatre enfants :
- Lucienne Ruben née le 1er janvier 1933 (Paris 12e), décédée le 5 janvier 2020 à Gargenville (78)
- Maurice Ruben né le 9 avril 1937 à Paris 12e, décédé le 17 avril 1938 (à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris 13e)
- Béatrice Ruben née le 9 février 1939 (Paris 12e)
- Jacqueline née le 27 mai 1941 (Paris 12e, à l’hôpital Rothschild).[7]
Marchand forain en bonneterie
Quand il se marie en février 1932, Avram déclare qu’il est cordonnier. Or la même année, il créé un commerce ambulant de laine et de bonneterie et s’inscrit au registre du commerce[8]. Son activité est confirmée par le recensement de 1936 sous la formule « Marchand forain ».
À partir du 1er juillet 1937[9], le couple Michon s’est installé 44 rue Sedaine, toujours dans le 11e arrondissement de Paris, un quartier d’implantation des immigrés peu fortunés d’origine judéo-espagnole, depuis la fin du XIXe siècle, où fleurissent les commerces, cafés et lieux de culte selon le rite séfarade. Les commerçants dans le textile y sont nombreux, grossistes et, comme Avram, « forains ». Il travaille seul, déclare-t-il en 1948.
LA GUERRE, L’ARRESTATION, LA DÉPORTATION
Les Michon sont à Trouville en 1939-1940. Avram, comme beaucoup de Juifs étrangers, s’engage comme volontaire pour combattre, dès la déclaration de guerre. Il fait la démarche au bureau de recrutement de Caen. De la classe 26, il est affecté en 1940 au 22e régiment, 2e blindé et est mobilisé à Caen, mais il n’a pas été appelé au front car « la guerre a été courte »[10].
Peut-être, comme de nombreux Parisiens, la famille Michon a-t-elle fui Paris aux premiers jours de la guerre, ou bien la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 la surprend-elle vacances, en villégiature à Trouville-Sur-Mer, dans le Calvados[11] ? Le nom d’Avram, en tout cas, apparaît dans la base des victimes du nazisme en Normandie, lié à cette ville de la côte normande. Toutefois, le nom de son épouse n’y figure pas. Dans le dossier de naturalisation d’Avram, se trouve la copie d’un acte du juge de paix de Trouville-sur-Mer, en date du 22 mai 1940, qui atteste avoir « reçu en son cabinet » Avram Michon, demeurant à Trouville, 33 rue Georges-Clemenceau, qui déclare vouloir que sa fille « Béatrice Ruben, née le 9 février 1939 à Paris 12e » ait la « qualité de Française ». Le document arrive au Parquet de la Seine… le 5 octobre 1940, et y est enregistré. Béatrice acquiert la nationalité française in extremis.
Après la défaite française et la mise en place de la politique de collaboration du maréchal Pétain, Riquetta et son mari se sont conformés aux lois antijuives des 3 octobre 1940 et 2 juin 1941 (dite « loi portant statut des juifs »), édictées à Vichy[12], en se déclarant comme « juifs » .
Avram poursuit son activité de commerçant forain jusqu’en 1940. À cette date, il est obligé de l’arrêter en raison des lois raciales du régime de Vichy, qui s’appliquent en zone occupée comme en zone non occupée[13].
Ensuite, nous n’avons pas d’informations sur la vie du couple Michon, qui vit dans un quartier où si la solidarité est forte, les rafles sont nombreuses, sinon que Jacqueline Ruben naît à la maternité de l’hôpital Rothschild le 27 mai 1941. Avram fait la démarche de déclaration de nationalité pour sa fille. Il se présente devant le juge de Paix du 11e arrondissement le 21 juillet 1941, mais cette fois la déclaration porte une mention supplémentaire : « de religion juive ». Avram a dû affirmer également qu’il « ne fait pas l’objet d’un arrêté d’expulsion ni d’un arrêté d’assignation à résidence ». La démarche n’aboutira que… le 13 mars 1945. La petite Jacqueline n’est donc pas française pendant l’Occupation.
Le 10 juillet 1944, Avram est arrêté à son domicile avec sa femme Riquetta et sa mère, Léa Ruben, par la « police française et allemande », mais sans les enfants qui selon les retranscriptions de son dossier de demande de naturalisation « ont été recueillis par de bons Français »[14].
Ils sont arrêtés pour « motif racial », c’est-à-dire parce qu’ils sont juifs[15].
Trois témoins attestent après-guerre de l’arrestation : M. Armand, Mme Régy et M. Pontillon, concierge. Tous demeurent 44 rue Sedaine[16].
Riquetta, Avram et Léa Ruben[17] sont envoyés au Dépôt de la préfecture de police de Paris. Ils y arrivent à minuit, amenés par la police aux Affaires juives. Le lendemain, à 14 h 30, ils sont « convoyés » vers le camp de Drancy[18].
Là, Avram dépose à la « fouille » pour la famille la très modique somme de 257 francs[19].
Avram est interné du 11 juillet au 31 juillet 1944 au camp de transit de Drancy. Il reçoit le matricule n°25 016. Envoyé dans un escalier réservé aux hommes, il est séparé de sa femme et de sa mère, et dit « avoir vu sa femme pour la dernière fois le 10 juillet 1944 »[20].
Le 31 juillet 1944, des bus conduisent 1306 personnes de tout âge à la gare de Bobigny où elles sont poussées dans des wagons à bestiaux, entassées à 60, avec peu de vivres, presque pas d’eau et sans hygiène. Ce convoi, qui sera après la guerre désigné comme le « 77 », emmène Avram, son épouse Riquetta, et sa mère Léa Ruben. Dix déportés résidant rue Sedaine s’y trouvent également, dont six habitent au 44 : les Michon et les Hasson (cf. leur biographie sur ce site).
Dans le convoi, il y a aussi Dora Choël Brodsky, parente de Riquetta et son mari, Joseph Brodsky. Ils ont été arrêtés, séparément, le 7 juillet.
Le camp d’Auschwitz, les marches de la mort, Dachau
Parti de Bobigny vers midi, le train roule vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau, où il arrive dans la nuit du 2 au 3 août. Avram est sélectionné pour entrer travailler dans le camp[21]. Il y reçoit le matricule B-3868[22], qui lui est tatoué sur le bras, et qu’il devra apprendre à prononcer en allemand, sans erreur. Il y reste prisonnier jusqu’à la date de l’évacuation du camp décidée par les nazis, le 18 janvier 1945, quelques jours avant l’arrivée de l’Armée rouge, le 27 janvier 1945.
Avram effectue alors, avec des milliers de déportés, un trajet d’environ 1.000 km, ou « marche de la mort », vers le camp de Dachau. Il y arrive en février 1945. Il est enregistré avec le n° 138 986, selon la fiche d’entrée dans le camp[23] .
Fiche de « Abrame Michon » à Dachau.
©archives ITS / Bad Arolsen.
Puis, il est de transféré dans un camp satellite de Dachau, Mühldorf, le 22 février 1945.
Fiche de « Abrame Michon » transféré de Dachau le 21 février 1945.
©archives ITS / Bad Arolsen.
Le 1er mai 1945, Avram est libéré « près de Munich » par les Américains et rapatrié à Paris le 16 mai.
Retour en France
Avram Michon arrive à l’Hôtel Lutetia à Paris le 16 mai 1945, où sont réglées les formalités[24]
Sa fille, vraisemblablement Lucienne, qui est la plus âgée (12 ans et demi) reçoit pour son père un certificat de déportation le 19 juin 1945[25].
Ce même 19 juin, Avram répond aux questions de M. Nathan, pour le « ministère » (des Prisonniers de guerre, Déportés et Réfugiés). Cette fois, il se déclare marchand forain, ignore quelle profession il envisage de reprendre, et indique son numéro de matricule à Auschwitz. Il donne le 4 juillet 44 comme date de son arrestation (a-t-il confondu, ou bien est-ce la personne qui l’interroge ? la date revient à plusieurs reprises, également concernant Riquetta).
Il pense que le convoi du 31 juillet 1944 comprenait « 1500 personnes, dont 450 enfants ». Il précise son parcours de déportation : « 18/1/1945 : Dachau, Mühldorf, Gross-Rosen ».
La personne qui l’interroge voudrait des chiffres, des détails. Avram, à peine rentré depuis un mois après une série d’épreuves inimaginables, fait de son mieux ; il donne des chiffres, qui sont plutôt des ordres de grandeur. « 4.000 détenus dans un convoi. 120 par wagon vers Dachau le 23 janvier 1945. très peu nombreux à l’arrivée », indique-t-il.
« Partis 10.000 d’Auschwitz le 18 janvier 1945, arrivés à Dachau 4.500 le 27 janvier 1945. »
Il dit avoir été libéré à Gross-Rosen, Plusberg ( ?) le 1er mai par les Américains.
« 3500 dans les wagons partis de Mühldorf le 27 mars 1945. 4 jours et 4 nuits dans les wagons », estime-t-il. « Une autre colonne, raconte-t-il, est partie de Mühldorf le lendemain à 2000. Sur les 2000, 500 seulement vivants ont été retrouvés à la libération le 1er mai 1945, 10 km avant Plusberg ( ?)[26]. » Il ne cite aucun nom de camarades de déportation croisés, morts ou revenus.
©Archives nationales. Cote F9 5586.
Avram retrouve enfin ses filles et son appartement du 44 rue Sedaine[27].
Avram ne tarde pas faire des démarches pour reprendre le travail. Le 7 août 1945, la préfecture de police de Paris lui délivre une carte d’identité de commerçant, mais ce n’est qu’en février 1946 qu’Avram reprend son activité commerciale sur les marchés de la région parisienne et particulièrement celui de Champigny-sur-Marne. Il travaille, dit-il, « de façon irrégulière en raison du défaut de marchandises »[28]. « Il vit modestement », avec trois enfants à charge. Son loyer, dont il est à jour, est de 8.000 francs annuels. Dans son dossier de demande de naturalisation, on apprend qu’il détient une « carte de résident privilégié », délivrée le 29 mai 1947 (valide jusqu’en mai 1957) et d’une « carte spéciale de commerçant accordée le 6 septembre 1948 au titre de marchand ambulant, laine à tricoter et bonneterie ». Il aurait eu un résultat bénéficiaire en 1949, qui lui aurait permis d’acquitter 52.800 francs d’impôts. Il est membre de la chambre syndicale des artisans.
Dès le 28 décembre 1945, Avram entame des démarches pour faire reconnaître le décès de son épouse Riquetta au camp d’Auschwitz-Birkenau. Une voisine de son immeuble et amie, Rachel Hasson-Lévy, déportée avec elle et survivante, affirme que Riquetta est décédée trois mois après son arrivée au camp. Séparés à l’arrivée du train, Avram n’a pas pu savoir que sa femme était sélectionnée pour le travail.
Depuis le début de l’année 1949, Avram vit maritalement avec Sophie (Suzanne) Tzipkine, qui est sans profession. Elle est née en 1912 à Paris, naturalisée française en 1929, est veuve ; son mari étant mort en 1940[29] et a une fille Denise (Myriam ) Koupperman, née le 23 juillet 1934 à Nanterre. Avram et Sophie élèvent ensemble leurs filles, mais ne peuvent pas se marier : le décès de Riquetta n’est pas enregistré.
Demande de naturalisation
Le 2 décembre 1946, Avram fait une demande de naturalisation, qui est considérée comme recevable par la préfecture de police de Paris le 8 novembre 1948.
D’après l’enquête menée par la préfecture en 1948 et 1950[30], il « parle le français avec assez de facilité et est bien assimilé, mais cherche de préférence la fréquentation de ses compatriotes ». Il est considéré comme « honnête et sérieux par son entourage », il « ne formule aucune critique à l’égard des institutions ou du gouvernement et ne manifeste aucune activité politique (…), il travaille seul et vit modestement ». Aucun document consulté ne nous permet de connaitre la date exacte de sa naturalisation.
Le statut de Déporté Politique
Le 23 octobre 1951, Avram fait une demande d’attribution du titre de Déporté politique (c’est-à-dire juif) qui reçoit un avis favorable le 15 décembre 1953. Il reçoit également un pécule de l’État d’un montant de 12.000 francs le 4 mai 1956 (ce qui correspond à 300 euros aujourd’hui)[31].
Le 12 février 1965, au terme de vingt ans de démarches administratives, un jugement déclaratif de décès de Riquetta est rendu par le Tribunal de grande instance de la Seine avec mention de transcription sur l’état civil, rendant officiel le décès de sa femme. Avram est enfin déclaré veuf et peut épouser Sophie Tzipkine.
Acte de décès de Riquetta ©Archives de la ville de Paris
Ils se marient le 26 juillet 1965[32].
Avram meurt à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, le 12 novembre 1970. Il a 64 ans.
Acte de décès d’Avram Michon 12 novembre 1970, Paris 10e.
Sophie meurt le 26 novembre 1995, à Paris 12e.
Signature d’Avram Michon à sa demande de naturalisation
SOURCES :
- Archives Nationales
- Dossier de naturalisation 30788X48 probablement BAB 242/22 ou BAB 242/23
- Entretiens avec les déportés à leur retour de camps. F9 5586.
- Archives de la ville de Paris, état civil, recensements.
- DAVCC, Service Historique de la Défense, Caen, Dossier 21 P 598 142.
- Archives de la préfecture de police de Paris, APP CC2-8.
- Geneanet et Filiae
Notes & références
[1] In Dossier de naturalisation. L’Alliance israélite universelle a beaucoup investi dans le bassin méditerranéen, pour l’« émancipation des Juifs » en terre d’islam, créant des écoles pour les garçons et les filles. Le français y était enseigné, est-ce ce à quoi il est fait référence ? La communauté juive de Turquie, qui parle le ladino (dérivé du vieil espagnol), était relativement francophone.
[2] Dossier de naturalisation. En fait, il s’agit sans doute de la date d’arrivée de ses parents en France.
[3] Dossier de naturalisation.
[4] On remarque qu’un Élie Michon, négociant et résidant 162 avenue Ledru-Rollin, est témoin au mariage. S’agit-il d’un membre de la famille ?
[5] Se seraient-ils mariés déjà religieusement en Turquie ou en France ? Fait-elle partie de sa famille ?
[6] Il est présenté comme « fils » dans le recensement, mais les informations ne sont pas toujours fiables. On note que la première fille du couple se prénomme Lucienne.
[7] Les trois filles sont françaises par déclaration, en 1933, 1940 et 1945 pour la dernière-née, voir section : La guerre.
[8] Dossier de naturalisation.
[9] Attestation de la propriétaire de l’immeuble, le 30 octobre 1953. In dossier SHD déjà cité.
[10] Copie conforme de la carte de rapatrié, dans le dossier de naturalisation.
[11] On trouve son nom sur le site « Dictionnaire biographique des victimes du nazisme en Normandie ».
[12] Journal Officiel de l’État français 14 juin 1941, p.2476. Ces deux « lois » sont parues simultanément au Journal officiel deux semaines plus tard, le 18 octobre 1940.
[13]Les commerces doivent afficher, en allemand et en français, un panneau indiquant, en capitales, ENTREPRISE JUIVE.
[14] Avram ne dira rien de précis à ce sujet. A-t-il caché ses enfants par l’intermédiaire des réseaux juifs de sauvetage ? Étaient-ils simplement en nourrice ?
[15] La Turquie étant « neutre » jusqu’en février 1945, le consulat turc à Paris, pendant un temps, a protégé certains citoyens juifs turcs en France. Ce ne fut pas le cas des Michon, qui avaient peut-être omis de se déclarer turcs au consulat et avaient été déchus de leur nationalité turque, sans le savoir. En 1947, dans son dossier de demande de naturalisation, Avram précise que sa nationalité « n’est pas reconnue ». La nationalité turque est indiquée comme « d’origine ».
[16] Dossier de demande de reconnaissance du statut de Déporté Politique, 21 P 598 142, SHD, Caen.
[17] née Cohen ; source : 21 P 270 708, SHD, Caen. Les enfants d’Avram porte Ruben en second prénom. Est-ce le cas de Léa ?
[18] source : APP CC2-8.
[20] Dans le camp de transit de Drancy – un groupe d’immeubles –, les hommes et les femmes sont logés dans des escaliers différents. Toutefois, il est possible de se retrouver dans la cour, et la veille au soir du départ du convoi du 31 juillet, les familles ont pu se réunir dans un autre endroit du camp, près de la cour où viendront les chercher les bus qui les emmèneront à la gare de Bobigny. En général, les couples et familles étaient ensemble dans un des wagons à bestiaux du convoi. Avram a-t-il confondu avec l’arrivée au camp d’Auschwitz, où hommes et femmes ont été séparés sur le quai ? En tout cas, Avram et Riquetta ont été amenés ensemble le 11 juillet au camp de Drancy. Et ils ne se sont plus revus après le 3 août 1944.
[21] Pour la biographie de Riquetta, voir sur ce site. Étant donné son âge, si elle a survécu au transport, la mère d’Avram a dû être dirigée immédiatement vers les camions qui emmenaient à la chambre à gaz.
[22] Avram l’indique dans le dossier de demande de DP qu’il dépose le 23 octobre 1951, loc. cit.
[23] Il y est déclaré comme « cordonnier » (son métier d’origine à son arrivée en France). On notera que son prénom est orthographié de plusieurs manières selon les documents de déportation, comme Abram, Abrame, Averom, etc.
[24] Sur sa fiche médicale de retour, Avram est prénommé « Abrame », se déclare cordonnier et indique qu’il s’est engagé en 1940 à Caen, ce qu’il indiquera également dans sa lettre de demande de naturalisation en décembre 1946. La partie strictement médicale de sa fiche est manquante dans son dossier de DP. On ignore donc dans quelle condition physique il se trouvait. Est-il resté quelques jours ou semaines à l’Hôtel Lutetia pour recevoir des soins et reprendre des forces ? Des analyses et examens témoignent en juin 1948 qu’il est en bonne santé. Il n’a donc pas de grosses séquelles physiques de sa déportation.
[25] Dossier SHD déjà cité.
[26] In Archives nationales, F9-5586.
[27]En 1946, sa fille Lucienne va à l’école de filles du 13 de la rue Breguet, avec sa sœur Béatrice. En 1948, elle suit les cours de l’école d’apprentissage ORT, à Neuilly-sur-Seine, une structure juive.
[28] Dans la France d’après-guerre, où les tickets de rationnement ont toujours cours, le textile est rare.
[29] Bernardo Kouppermann serait mort « en déportation », selon le dossier de naturalisation d’Avram, mais le 7 février 1942 à Colombes, chez lui, selon l’état civil de Colombes, Archives des Hauts-de-Seine 1941-1942. Il était français, né à Buenos Aires (Argentine) en 1910, sans doute d’origine ukrainienne, et marchand forain ou représentant de commerce, selon les sources, et avait 31 ans à sa mort.
[30] L’enquête précise qu’il vit en concubinage. Si cela peut sembler un obstacle moral à la naturalisation, l’enquêteur, en 1950, souligne que cette « situation illégitime n’est pas critiquée par son entourage », parce qu’il n’aurait pas toutes ses pièces d’état civil (l’acte de décès de sa femme, morte en déportation, notamment) et parce que « la présence d’une femme était presque indispensable à son foyer, l’aînée de ses filles n’a que 17 ans ».
[32] Sophie Tzipkine, née en 1912 à Paris 12e, était vendeuse. Elle est yiddishophone, en plus de parler le français, sa langue natale. Sa famille est originaire d’Ukraine.
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