Louise PISANTI

1930-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Louise PISANTI

 

Nous sommes Sofia, Emma, Elisa, Anaïs, Aaron et Pierre-Alain. Nous sommes en classe de 3ème au collège Les Blés d’Or. Nous allons réaliser cette biographie dans le cadre du projet du convoi 77. Nous allons retracer l’histoire de Louise Pisanti, une déportée juive du convoi 77. Nous allons raconter son histoire grâce aux documents d’archives qui nous ont été fournis, à nos recherches personnelles sur internet, aux témoignages de déportés survivants lus mais aussi à nos expériences personnelles (comme notre voyage à Berlin et la visite du camp d’internement de Drancy).

Nous avons choisi de travailler sur Louise Pisanti car c’était une adolescente qui a été déportée à 14 ans, âge que nous avons actuellement. Il existait aussi beaucoup plus de documents d’archives sur elle que sur le reste de sa famille, ce qui pouvait nous permettre de réaliser la biographie la plus complète possible. En concertation avec nos professeurs de français et d’histoire-géographie, nous avons choisi de raconter son histoire à la première personne.

 

Je m’appelle Louise Pisanti et je suis née le 28 juillet 1930 à l’hôpital juif Rothschild du XIIème arrondissement de Paris.

Hôpital juif de Rothschild, du XIIème arrondissement de Paris

Acte de naissance de Louise Pisanti

 

Sur son acte de naissance, on peut lire qu’elle est née le 28 juillet 1930 ainsi que son nom et celui de ses parents. En revanche il n’est pas écrit le lieu exact de sa naissance, on sait juste qu’elle est née dans le XIIème arrondissement de Paris. On peut donc supposer qu’elle est née dans l’hôpital juif du XIIème, l’hôpital Rothschild qui est situé au 5 rue de Santerre et au plus près de l’adresse de la famille. 

Photo de Louise Pisanti (gauche) et famille de Louise Pisanti (droite)

Depuis ma naissance, en 1930, j’ai toujours habité au 49 rue du Moulin Vert, dans le XIV arrondissement de Paris.

                                                                               49 rue du Moulin Vert

Je vivais dans un appartement avec mon père et ma mère et mes deux sœurs. Mes deux sœurs étaient plus âgées que moi. Elles s’appelaient Bequi, née en 1925 et Victoria, née en 1927.Nous sommes toutes les trois françaises car nées sur le territoire français. Mon père, lui, se nommait Albert Pisanti et il était électricien. Il est né le 24 avril 1899 à Constantinople comme ma mère Fortunée Pisanti (Tchiparel, de son nom de jeune fille), née le 20 février 1901, elle était couturière. Ils étaient tous les deux juifs turcs et apatrides. Un apatride est une personne qu’aucun état ne considère comme son ressortissant. Cela veut donc dire que l’apatride relève juridiquement d’un autre état et donc pays que celui où il réside. Mes parents ont dû quitter la Turquie car le gouvernement turc ne voulait plus des Juifs dans leur pays à cause du traité de Lausanne qui a été supprimé (il accordait des droits aux juifs). Mon père a donc été licencié et est venu chercher une nouvelle vie en France.

Ma famille et moi étions de religion juive mais nous n’étions pas pratiquants. Nous nous rendions à la synagogue uniquement pour les fêtes importantes avec ma famille. Je n’ai donc jamais été vraiment investie dans ma religion et je ne priais pas souvent. Je me rendis à l’école dès que je fus en âge d’y aller ce qui veut dire vers 1934. J’allais à l’école publique élémentaire d’Alésia qui se trouve à une dizaine de minutes de mon appartement.

Itinéraire de la rue du moulin vert à l’école d’Alésia

Rue d’Alésia

Je n’apprenais donc pas non plus la religion à l’école. Mon enfance était plutôt heureuse et je ne manquais de rien. Ma famille n’était pas pour autant riche mais nous vivions bien. A l’école, j’avais des amies et je m’entendais bien avec les autres enfants. J’étais contente d’aller à l’école car j’aimais y retrouver mes amies et y apprendre de nouvelles choses.

Ma mère et ma tante avaient toutes deux un appartement à Villepinte. C’est une ville située en banlieue nord de Paris, à une trentaine de kilomètres.

 

En 1939, moi et ma famille apprenons que la guerre est déclarée. J’avais peur de ce qui pouvait nous arriver mais à neuf ans, je ne comprenais pas vraiment ce que signifiait le fait que nous rentrions en guerre.

C’est à partir de juin 1940 après la défaite que mes sœurs et moi, nous avons dû commencer assez vite à nous cacher des Allemands à cause de notre religion et des persécutions qu’elle engendrait. Nous faisions très attention lorsque nous nous rendions à Villepinte avec mes sœurs car la situation commençait à dégénérer. A partir du moment où nous avons dû commencer à nous cacher, j’ai commencé à moins me sentir à ma place. Je ne comprenais pas pourquoi nous devions nous cacher. Parce qu’on était né juif ? Mais c’est pourtant une religion comme les autres non ?

En octobre 1940, à Vichy, le journal officiel publie de nouvelles mesures de restrictions qui concernent toute la population des régions occupées ; la législation nazie réduisit de façon draconienne « l’activité juive » dans les professions médicales et juridiques. Les patients juifs ne furent plus admis dans les hôpitaux municipaux, les juges des tribunaux allemands ne purent plus mentionner de commentaires juridiques ou d’avis émis par des Juifs, les officiers juifs furent expulsés de l’armée et les étudiants juifs ne furent plus autorisés à se présenter aux examens de doctorat.

Louise étant juive avait des restrictions mais aussi des brimades (épreuves vexatoires que les anciens imposent aux nouveaux dans les régiments, les écoles.) Ces restrictions et brimades étaient très fréquentes. De nouvelles lois étaient publiées très fréquemment.

Les Allemands ont commencé à s’installer dans le nord de la France. Ils commençaient à arriver dans Paris et ils persécutaient les Juifs. Nous ne devions plus nous montrer ou nous faire remarquer car nous étions de cette religion. Les lois à notre encontre ont aussi commencé à sortir. Nous avions de moins en moins de droits et nous étions privées de plus en plus de choses. A cette période ma famille et moi nous vivions toujours dans notre appartement rue du Moulin Vert.

En 1942, nous avons ensuite été obligées, avec mes sœurs, de porter l’étoile de David comme tous les autres Juifs. Mes parents eux n’étaient pas obligés de la porter car ils étaient des sujets turcs et ils avaient par conséquent la protection de la Turquie

Je ne comprenais pas vraiment pourquoi nous devions porter cette étoile et nous cacher. Je commençais à avoir de plus en plus peur. Des rumeurs comme quoi des Juifs étaient raflés couraient. Je continuais d’aller un peu à l’école mais ce n’était plus comme avant. La plupart de mes anciennes amies ne voulaient plus me parler car je portais l’étoile. Je restais davantage avec d’autres Juifs et quelques autres de mes anciens amis. Perdre des amis et me faire rejeter m’a causé beaucoup de peine.

Durant 4 années, j’ai vécu cela. J’allais à l’école mais je devais rester discrète. Des rafles ont eu lieu de plus en plus nombreuses touchant aussi mon quartier. Heureusement ma famille n’a pas été arrêtée mais nous vivions constamment dans la peur.

Le 6 juin 1944, nous avons appris qu’un débarquement sur les côtes normandes avait eu lieu. C’était une lueur d’espoir pour nous, nous croyions à la fin de cette guerre, nous pensions que c’était fini.

Malheureusement, le 7 juillet est arrêté mon père sur son lieu de travail. Nous nous réfugions dans l’appartement de ma tante à Villepinte, où le 12 juillet 1944, je me fais arrêter avec mes sœurs, sur dénonciation. Ma mère et ma tante ne furent pas arrêtées car elles avaient la nationalité turque. La police ne prit donc que les enfants, Victoria, Bequi et moi bien que je sois blonde aux yeux bleus.

Fiche de renseignement de l’arrestation de Louise

Louise ne sait pas qui l’a dénoncée aux autorités. Sur la fiche de renseignements de son arrestation, il est inscrit comme motif qu’elle a été arrêtée pour « poursuite raciale ». Cela signifie qu’elle a été arrêtée car elle était de religion juive. Elle était considérée comme israélite qui veut dire membre de la communauté juive.

La fiche de son arrestation a été faite le 12 juillet. Il y est également inscrit que c’est la police qui l’a arrêtée pour qu’elle parte ensuite au camp d’internement de Drancy. Cette fiche de renseignement de son arrestation a été faite par sa mère en 1947. Il y figure toutes les informations sur son arrestation et les lieux où elle est ensuite allée (Drancy, Auschwitz).

Lorsque je me suis fait arrêter, j’avais peur car je quittais mes parents même s’il y avait mes deux sœurs et d’autres enfants avec nous. La police nous laissa donc dans un dépôt. Nous y sommes restés quelques jours puis la plupart d’entre nous, nous avons été déportés au camp transit de Drancy. Je suis arrivée à Drancy le 17 juillet 1944, soit 5 jours après mon arrestation. C’était très grand, sombre et sale, il y avait une odeur nauséabonde qui nous prenait à la gorge en permanence. Ce lieu était tout simplement effrayant. Dans le camp de transit de Drancy, nous vivions déjà un enfer mais ce n’était rien comparé à ce que nous allions vivre plus tard. On nous donnait très peu à manger. On n’avait jamais de vrais repas et personne ne mangeait à sa faim… Nous avons eu la surprise de retrouver notre père au moment où nous avons appris notre départ pour Pitchipoï.

               Camp de transit de Drancy

Après avoir passé 1 semaine dans le camp de Drancy, ce fut à mon tour et à une centaine d’autres de quitter le camp pour une destination qui nous était tous inconnue. Nous avons tous quitté Drancy en bus pour rejoindre la gare de Bobigny. Certaines personnes disaient que nous partions travailler mais personne ne savait vraiment. J’avais vraiment peur. Arrivés sur place, des soldats nous ont tous fait monter dans des wagons à bestiaux. J’ai quitté la gare de Bobigny le 31 juillet 1944.

 

Liste du convoi                                 Gare de Bobigny

Ils nous ont entassés dans ces wagons à bestiaux, nous étions tous collés les uns contre les autres. Dans chaque wagon, nous étions une soixantaine environ. Il y avait très peu place. J’étais collée aux autres déportés présents avec moi. Nous devions nous tenir debout et alterner pour pouvoir se reposer de temps en temps. Il faisait extrêmement chaud comme nous étions en plein été. Et de plus il n’y avait même pas d’ouverture, juste une petite lucarne, l’air était assez difficile à respirer. Dans notre wagon, nous avions un seau pour faire nos besoins lors du trajet. Des adultes mettaient une couverture ou un vêtement afin de cacher un minimum. C’est plus particulièrement à ce moment-là que nous avons perdu toute dignité. Nous n’avions aucune intimité. Lorsque j’ai dû faire mes besoins, je me suis sentie mal. Je me suis sentie humiliée, nous étions traités comme des animaux. A cause de ce seau, l’odeur était vraiment nauséabonde. Nous avons eu tout de même quelques arrêts et pendant ces courtes pauses, il était possible de vider le seau. Les conditions dans ces wagons étaient inhumaines. D’autant plus que nous n’avions ni eau ni nourriture. J’avais faim et soif comme tout le monde. Je ne me plaignais pas vraiment. Les gens criaient et pleuraient. L’odeur n’était plus supportable. Des déportés avec moi mourraient même. Je me demandais si moi j’allais survivre à ça. Je n’attendais qu’une seule chose : la fin de ce trajet qui ne faisait que durer, la fin de cet enfer. Je ne savais toujours pas où je me rendais ni pourquoi. J’étais humiliée et privée de dignité. Je me sentais abandonnée et triste malgré la présence de mes sœurs et de mon père.

Le trajet a duré à peu près 2 nuits et 3 jours. Enfin le train s’arrêta pour de bon. Nous comprîmes que nous étions arrivés à destination finale lorsqu’on nous hurla de descendre, escortés par les chiens qui hurlaient. Nous sautâmes tous du wagon. Il n’y avait pas de marches pour descendre et c’était très haut. Les vieillards qui ne parvenaient pas à descendre étaient battus. Les SS hurlaient des ordres qu’on ne comprenait pas mais si nous avions le malheur de ne pas réagir assez vite ils nous battaient. Nous étions traités comme des chiens. Il y avait en plus une odeur pestilentiel, une odeur chair brulé et d’excréments. 

Louise et tous les autres déportés ne le savaient pas mais ils étaient au centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau.

Auschwitz est un camp de travail, les déportés y travaillaient de force. Quant à Birkenau, c’était un centre d’extermination. Les déportés y étaient majoritairement tués dans les chambres à gaz puis leurs corps étaient brûlés dans les fours crématoires.

Camp d’extermination Auschwitz-Birkenau

Après être descendus, les déportés avançaient et je les ai suivis. Les gardes ont commencé à effectuer une sélection. Ils nous ont séparés en différents groupes : femmes et enfants d’un côté, hommes de l’autre. Je me suis retrouvée dans la file avec les enfants et les personnes âgées, séparée de mes sœurs et de mon père. Je n’avais pas la moindre idée de pourquoi j’étais dans cette file. On nous a fait avancer vers une forêt puis on nous a emmenés dans un endroit où il fallait que nous retirions nos vêtements. Je me suis déshabillée comme tous les autres. Je me suis encore une fois sentie humiliée comme dans le wagon pour faire mes besoins. J’avais honte de devoir me déshabiller comme ça devant des inconnus. Je ne comprenais toujours pas. Puis on nous a tous fait entrer dans une pièce qui ressemblait à une immense salle de douches. A ce moment-là, en plus d’être humiliée, j’avais peur, vraiment peur. Je ne comprenais toujours pas ce qui allait m’arriver et je n’aurais jamais pu le deviner. Les gardes étaient beaucoup plus violents ici. Ensuite on nous a enfermés dans cette pièce. J’avais peur, je pleurais. Toutes les personnes autour de moi ressentaient les mêmes choses que moi. Je n’ai jamais pu comprendre ce que je faisais là. Puis je suis tombée. Je n’avais pas imaginé qu’en entrant dans ces sortes de douches je n’allais jamais en ressortir vivante.

C’est comme ça que Louise est morte, tuée dans une chambre à gaz, à 14 ans, ses chances étaient minimes de travailler dans le camp. Elle est morte en ayant peur et dans l’incompréhension et elle était seule, sans personne de sa famille ou des personnes qu’elle aimait. Elle n’a jamais pu leur dire au revoir et adieu. Ce n’était qu’une enfant. Ensuite on a récupéré son corps et celui de tous les autres et on les a fait brûler dans un des fours crématoires.

Certificat de décès

Sur son acte de décès, il est inscrit qu’elle est morte le 05 août 1944. En réalité, personne ne sait la date exacte de sa mort. L’administration française a compté 5 jours depuis son départ de Drancy qui est l’endroit où elle a été vue pour la dernière fois par des personnes qui peuvent en témoigner.

Quelques années plus tard, le 11 septembre 1951 sa mère a fait plusieurs demandes administratives. Grâce à ses demandes, on lui attribua le titre de déportée politique et elle reçut aussi la mention de morte pour la France.

La mère de Louise a survécu à la guerre sans être déportée ainsi que ses deux sœurs Bequi et Victoria. Louise et son père Albert sont tous deux morts au camp d’Auschwitz-Birkenau.

La mère reçut une indemnisation de 12000 francs pour la mort de sa fille à la suite de démarches administratives longues et compliquées. Elles ont dû mettre beaucoup de temps avant de reprendre une vie à peu près normale après la guerre. Leur vie n’a plus jamais été la même après et cela a dû leur prendre beaucoup de temps avant de faire enfin leur deuil. L’indemnisation a été une sorte de justice pour la mort de Louise mais ça ne justifiera jamais la perte de sa fille et de son mari.

Fiche de demande de recherches de Louise Pisanti

Conclusion

Louise Pisanti est décédée dans le camp d’Auschwitz-Birkenau dans une chambre à gaz. C’était une des déportées du convoi 77, le dernier à être parti de Bobigny. Elle est morte à l’âge de 14 ans. Louise n’a pas eu la chance de survivre et de vivre le reste de sa vie. Elle a été tuée dans d’atroces conditions. Elle a vécu un enfer depuis le début de cette guerre suite aux persécutions juives.

C’était une enfant innocente qui a été tué simplement parce qu’elle était née juive. Et ce n’est malheureusement pas la seule à avoir subi ce triste sort. 6 millions de juifs ont été assassinés à cause de l’idéologie nazie.

 

Sources

  1. documents d’archives donnés par Convoi 77
  2. témoignages de Béqui Pisanti, de Marceline Loridan et d’Yvette Levi présents sur le site du mémorial de la Shoah
  3. courtes biographies sur le site de Yad Vashem
  4. livres de Simone Veil, Jeunesse au temps de la Shoah ; de Ginette Kolinka, Retour à Birkenau; d’Henri Borlant, Merci d’avoir survécu et de Ida Grinspan, J’ai pas pleuré 
  5. photos prises au mémorial de Drancy

Contributeur(s)

Sofia, Emma, Elisa, Anaïs, Aaron et Pierre-Alain(3è2 du collège les Blés d’or) Mme Garillière et Mme Jorrion
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