Marcelle KLEIMANN

1905- 20 ?? | Naissance: | Arrestation: | Résidence: , ,

Marcelle KLEIMANN

Nous, élèves de 3ème 2 du Collège les Blés d’Or, situé à Bailly-Romainvilliers dans le département de Seine-et-Marne, sommes engagées avec notre classe et nos professeurs de français et d’histoire, dans le projet du Convoi 77. Nous souhaitons participer à un devoir de mémoire en essayant de rendre hommage à plusieurs personnes de ce convoi.

Nous avons choisi de mêler autobiographie fictive et partie narrative en gras pour rendre vie à ces disparus que nous avons choisis en classe. Notre regard s’est tourné vers Myriam Kleimann car elle avait notre âge pendant la seconde guerre mondiale mais nous nous sommes aperçu qu’elle avait été déportée avec sa mère donc Maëlle et Lyli-Rose se sont chargées de retracer sa vie.

Pour écrire la biographie, nous avons utilisé comme sources des documents fournis par l’association Convoi 77, dans les archives et vidéos du site internet du Mémorial de la Shoah, ou encore celui de Yad Vashem et sur le site des enfants déportés de Lyon. La lecture de l’autobiographie de Ginette Kolinka ou d’Henri Borlant ou de Simone Veil ou d’Ida Grinspan nous a beaucoup aidé également. Nous avons aussi visionné une interview de Marceline Loridan et Yvette Lévy.

Je m’appelle Marcelle Podorowsky et je suis née le 2 novembre 1905 à Paris dans le 11ème arrondissement. Mon père se nomme Bernard Podorowsky et ma mère Esther Walinski.

Je me suis mariée à Moïse Kleimann. C’est un Russe qui après la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il avait été fait prisonnier par les Allemands au camp de Mailly dans l’Aube, est resté vivre en France. Notre mariage a eu lieu en 1924. J’ai eu mon premier enfant, mon merveilleux fils, Bernard Kleimann en 1925, ce fut un grand moment.

À la suite de cela, en 1928 est née ma petite fille, Myriam.

Nous avions une vie convenable: nous habitions dans le 10è arrondissement et nous possédions un atelier de prêt à porter car mon mari était couturier, je dirigeais quelques couturières, cela me convenait et j’étais heureuse.

Mes enfants avaient de bons résultats scolaires et ils étaient épanouis. Il ne me fallait rien de plus dans ma vie que l’amour de mon mari et le bonheur de mes enfants. Nous n’avions pas une vie religieuse marquée et nous ne ressentions pas d’antisémitisme à Paris alors que nous entendions parler de ce qui arrivait aux Juifs en Allemagne.

En 1939, à l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne, nous sommes partis sur les routes de l’Exode et nous nous sommes retrouvés en Creuse. Quelques mois plus tard, nous décidons de remonter sur Paris pour retrouver notre appartement. Mon mari et moi reprenons notre activité.

Mais en juillet 1941, c’est là que le drame a débuté, à la suite de l’arrestation de Moïse pris dans une rafle effectuée aux abords de la place de la Bourse. J’ai décidé de rester à Paris pendant un certain temps avec Bernard et Myriam et j’ai fait des démarches pour que mon mari soit hospitalisé ce qui a permis de gagner un peu de temps. Malheureusement, il est tout de même parti vers l’Est le 29 juillet 1942 par le convoi 12, je l’apprendrais bien plus tard.

Entre temps, mon magasin est repris par une personne non juive car je n’avais plus le droit d’exercer mon métier ni de posséder un bien car l’état de Vichy est antisémite. Bernard est parti alors rejoindre notre famille qui habitait Marseille. Nous devons également porter une étoile juive depuis le printemps. Quelle humiliation !

Le 16 juillet 1942 afin d’échapper aux lois raciales, et parce qu’on nous avait prévenu qu’une grande rafle allait avoir lieu, j’ai pris la décision seule, de fuir avec ma fille. Mais il fallait passer la ligne de démarcation ! On nous a cachées dans une locomotive et nous sommes ainsi arrivées à Marseille où nous sommes restées quelques temps jusqu’à l’arrivée des Allemands en octobre qui occupèrent alors toute la France. Ne nous sentant plus en sécurité, nous sommes parties à Lyon mais nous avons préféré nous réfugier à Orgelet dans le Jura chez un agréable commerçant de la ville, M. Philippe Cottet, qui nous connaissait ma famille et moi depuis 1934. Nous envoyions d’ailleurs avant la guerre souvent les enfants chez lui pour qu’ils aient des vacances pendant que mon mari et moi continuions à travailler.

Peu après notre arrivée, mon fils réussit à entrer en contact avec M. Verney Pierre, chef du secteur M.V. R (qui signifie Mémoire Vive de la Résistance) du Canton d’Orgelet, si bien que tous trois, nous nous sommes mis à aider la Résistance car cela me tenait à cœur. Marcelle participait donc également. Cela se faisait naturellement, nous ne nous sentions pas inquiétés. M. Verney a déclaré après guerre: « Mme Kleimann, sa fille Myriam et son fils Bernard, m’ont assisté efficacement tant par les liaisons que pour l’assistance aux réfractaires qu’ils ont cachés et nourris. Ils ont également camouflé chez eux des armes provenant de parachutages ».

A la suite d’enquêtes et de perquisitions effectuées dans le pays par des services de police, notre famille a malheureusement fait l’objet d’un arrêté en date du 24 août 1943 du Préfet du Jura, nous obligeant à quitter Orgelet et à résider sur le territoire de la commune des Brouchoux dans le haut Jura. Mon fils Bernard connaissait des fermes isolées.

Tous les trois, nous refusions de nous y soumettre entièrement et après avoir résidé pendant deux mois environ dans la localité en question, Bernard mon fils ainé se réfugia à Lyon, pour se mettre à la disposition de son supérieur régional de résistance, le commandant Georges Jouneau, alors chef du 4e bureau de l’A.S pour la région Rhône-Alpes. Nous sommes parties nous cacher dans les fermes du Haut Jura.

En janvier 1944, nous sommes enfin venues rejoindre Bernard qui faisait des allers-retours entre le Jura et Lyon. Il nous manquait tant. Nous nous sommes installés avec lui chez une dame, 16 cours de la République à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. Le nom de Kleber est devenu notre fausse identité. Bernard fabriquait dans une pièce de fausses cartes d’identité et de faux cachets imprimés. Myriam et moi nous le secondions dans sa mission d’agent de liaison en portant des plis qu’il ne pouvait pas faire parvenir lui-même.

Malheureusement le 24 mars 1944, des civils sont venus dans l’appartement où nous étions pour demander après mon fils. Lorsqu’ils ont appris qu’il n’était pas là, ils l’ont attendu toute l’après-midi, notre angoisse était forte. Bien entendu lorsque Bernard est arrivé en fin de journée, ils l’ont appréhendé et je n’ai plus eu de nouvelles de lui mais je savais que la police pourrait revenir pour nous donc j’ai décidé de fuir avec ma fille pour nous cacher chez d’autres personnes à Caluire.

Ce sont des faits confirmés par des témoignages entendus et également des rapports de la résistance sur la famille Kleimann.

Myriam et moi avons quitté notre domicile et avons passé la nuit chez une amie, ensuite nous avons pris la route de Grésieux pour aller chez ma sœur, Mme Bernier, qui avait gentiment accepté de nous héberger, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas revue depuis le début des malheureuses circonstances, j’étais contente de la revoir.

Nous occupions une partie de son pavillon. Nous sommes restées camouflées chez elle jusqu’au 27 juin 1944, le jour de notre arrestation, place de la Charité à Lyon où nous venions de porter un colis à un ami résistant, nous sortions de la Croix rouge. Klaus Barbie et deux officiers nous recherchaient.

Nous fûmes incarcérées pendant quatre jours au fort de Montluc. Le 1er juillet suivant, nous fûmes transférées à Drancy. Avec ma fille nous ne savions absolument rien de ce qui allait suivre, nous pensions juste que nous allions devoir travailler et rien de plus comme tout le monde à Drancy.

Un mois plus tard, le 31 juillet, nous avons été déportées vers une destination inconnue vers l’Est sans savoir que nous allions vivre dans l’horreur pendant plusieurs mois. Quand ce fut notre tour d’être embarqués, Myriam, moi et d’autres juifs, nous avions dû faire nos bagages sans avoir le droit et le temps de prendre grand-chose : j’étais arrivée avec de l’argent liquide et des bijoux que je n’ai pas pu récupérer.

Nous sommes donc partis de Drancy vers quatre heures du matin en bus pour rejoindre la gare de Bobigny. Nous étions 60 avec nos valises entassées dans un wagon à bestiaux et nous nous battions tous pour avoir la meilleure place près de l’unique lucarne. Nous ne savions pas combien de temps allait durer le trajet. Dans le wagon, il y avait une tinette pour faire nos besoins.

 

 

La chose qui nous perturbait tous était le fait que nous ne savions pas où nous allions ni combien de temps allait durer le trajet. Nous avions très soif et faim et nous manquions d’espace. Myriam avait peur et moi également mais je me devais en tant que mère de la réconforter car dans le wagon il y eu des morts. On a voyagé 3 jours sans quasiment rien manger. Je garde un très mauvais souvenir de ces wagons .

Arrivée à Auschwitz, nous sommes brutalement descendus des wagons dans les cris et les aboiements, il y a des camions de la croix rouge pour les plus faibles mais avec Myriam nous décidons de marcher sur deux ou trois km ce qui nous a épuisé. Une odeur dérangeante comme une odeur de brûlé nous piquait le nez mais nous n’y accordions peu d’importance. Nous entendions des cris et des hurlements. Les femmes et les enfants étaient mis d’un côté et les hommes de l’autre. Myriam et moi nous restons ensemble dans le groupe de gauche et nous devinons que l’autre groupe de femmes avec enfants ne se dirige pas au même endroit. Les gardes nous emmènent dans des hangars où nous sommes douchées puis rasées. Nous avons dû nous mettre nues, ce qui m’a véritablement gênée car je ne m’étais jamais déshabillée devant des personnes. Après cela, une femme m’a tatoué un numéro qui allait maintenant devenir mon identité.

J’ai dû enfiler des haillons que des morts avaient portés avant moi et j’ai appris que les personnes qui étaient montées dans les camions avaient été emmenées dans des chambres à gaz et que l’odeur que nous pouvions sentir était leur corps en train de brûler.

Je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai développé un traumatisme. L’image de ce camp qui restera à jamais dans ma mémoire.

Pendant ces quelques mois passés à Auschwitz, il y avait des morts chaque jour, j’ai même perdu des copines. Nous n’avions plus aucune hygiène de vie car les latrines étaient communes et ainsi que les lavabos et on ne pouvait y accéder qu’à certaines heures.

On était toutes maigres et nous travaillions beaucoup. Par exemple nous devions creuser des tranchées et même porter des lourdes charges. Pour se nourrir, nous n’avions qu’un bol de soupe à partager en cinq, donc nous avions très faim. Nous mangions tout, même les micro-miettes de pain au sol. Nous tombions toutes gravement malades.

À Auschwitz, il ne fallait surtout pas montrer sa peur, il nous fallait rester dignes quand il y avait de la violence, c’est-à-dire qu’il ne fallait ni pleurer ni crier quand on nous battait. Certaines étaient même battues à mort et la seule chose que nous pouvions faire était de rester là à regarder sans rien dire, c’était tellement odieux. Malheureusement, quand on survit, on culpabilise et, comme moi, nous nous disions que nous aurions dû mourir comme les autres.

En octobre, nous avons été déportées avec Myriam à Kratzau en Tchécoslovaquie où le travail était bien plus difficile dans une usine de munitions. Il faisait froid et il y avait de la neige, j’ai tout fait pour faire rentrer Myriam dans l’usine car normalement elle était trop jeune pour y travailler et je ne pouvais la laisser dehors à gratter la neige et la boue.

Photo du camp de travail de Kratzau

Un matin, le 9 mai 1945, nous nous sommes réveillées sans gardes : elles s’étaient sauvées à l’approche de l’armée rouge et nous avaient abandonnées. Nous comprenons alors que nous sommes libres et nous faisons le choix de quitter le camp avec quelques camarades pour survivre dans les villages alentour. Nous atteignons Prague en train puis la zone américaine à pieds ce qui nous permet d’être rapatriées.

Le 22 mai nous sommes arrivées à Paris à l’hôtel Lutétia où nous retrouvons une tante et un oncle. J’apprends que mon mari Moïse est mort en 1942 à Auschwitz et que Bernard a été tué lors de son interrogatoire : vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est douloureux, même à cet instant précis où j’écris, je souffre encore. Je n’ai même pas pu leur dire au revoir ou les épauler mais ils sont toujours là dans mon cœur, mon fils adoré et mon cher mari.

Nous récupérons l’appartement et l’atelier avec difficultés à une personne qui se les était appropriés. Je reprends mon activité avec Myriam qui commence en tant que coupeuse.

Je retrouve l’amour en 1954 et me remarie avec un homme nommé Nathan Piper qui lui aussi était veuf, d’une autre Marcelle.

 

J’entreprends des démarches pour obtenir le statut de résistant pour mes enfants et moi-même, mais seul Bernard l’obtient ainsi que le grade d’adjudant à titre posthume. J’ai dû batailler car au départ on ne me reconnaissait que le statut de déportée raciale, mais encore une fois, je ne veux pas être réduite à ma religion. Quelques années plus tard, je reçois enfin ma carte de résistante dont je suis très fière.

Sources

  1. documents d’archives donnés par Convoi 77
  2. témoignages de Myriam Baumerder, de Marceline Loridan et d’Yvette Levi présents sur le site du mémorial de la Shoah
  3. le site des enfants déportés de Lyon
  4. courtes biographies sur le site de Yad Vashem
  5. livres de Simone Veil, Jeunesse au temps de la Shoah ; de Ginette Kolinka, Retour à Birkenau; d’Henri Borlant, Merci d’avoir survécu et de Ida Grinspan, J’ai pas pleuré

Contributeur(s)

Lyli-Rose et Maëlle (3è2 du collège les Blés d’or) Mme Garillière et Mme Jorrion
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