Perla ITTAH

1916-2003 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: ,

Perla ITTAH (dite Perlette)

Née le 4 novembre 1916 à Mogador au Maroc, Perlette Ittah est la fille de Elias Ittah, né en 1889 à Mogador et Bobot Mazalto, née en 1890 à Mogador. Les premières années de la vie de Perlette se déroulèrent dans le mellah de Mogador.

Espérant une vie meilleure, la famille Ittah quitta le Maroc avant le dixième anniversaire de Perlette et s’installa en France, à Saint-Fons, petite ville industrielle au Sud de Lyon. Dans les années 20, cette localité accueillait déjà un certain nombre de « juifs marocains », notamment originaire de Mogador. La famille Ittah a été recensée pour la première fois en France, à Saint-Fons en 1926. Elle habitait, à ce moment-là, au 55 rue du Port, un quartier populaire composé d’immigrés peu qualifiés, à proximité du Rhône où se trouvait la plupart des usines chimiques.

Perlette était le dernier enfant de cette fratrie : elle avait un frère (Gointole, né en 1909) et deux sœurs (Messodi, née en 1913 et Marie, née en 1914). Son père, manœuvre, était membre de la société culturelle et de bienfaisance israélite de Saint Fons qui gérait les problèmes religieux et ceux de la vie quotidienne des juifs de la ville. En 1931, son père est manœuvre chez Coignet et son frère, à Tulèze tandis que sa sœur, Messodi n’habite plus au sein de sa famille. Au recensement de 1936, à l’âge de 20 ans, seul son frère et elle, vivait encore dans le domicile familial de la rue Jean-Jaurès. Cette année-là, elle a été recensée comme journalière travaillant dans l’établissement Dumonteil.

Le 17 mars 1940, Perlette a accouché d’une fille du nom de Jacqueline Annette, dans le deuxième arrondissement de Lyon, sans doute issue d’une relation extra-conjugale.

Son frère Gointole a été déclaré « Mort pour la France », le 18 juin 1940, à Saint Germain sur Meuse, alors qu’il faisait partie des volontaires engagés dans l’armée française en septembre 1939 (son nom est inscrit sur le monument aux morts de la ville de Saint-Fons).

En 1944, Perlette exerçait la profession d’ouvrière dans l’usine Saint-Gobain à Saint-Fons. Les conditions de travail étaient très difficiles car elle travaillait dans la javel sans gant et dans l’acide nitrique sans masque alors que les salaires étaient peu élevés.

Pendant l’occupation nazie, la famille Ittah n’avait pas été, jusque-là, très inquiétée. Pourtant, avec l’avancée des troupes alliées en France, la situation devint très compliquée pour les personnes de confession juive et les Allemands vont accélérer le rythme des arrestations. Ainsi, à la suite de la dénonciation faite par le couple Goetzmann-Benamara, deux délateurs qui firent régner la terreur dans la communauté juive de Saint-Fons, Perlette a été arrêté le 27 juin 1944 par la Gestapo, à Saint-Fons, en sortant du travail. Sa sœur Marie Ittah (épouse Bornand) a été également arrêtée le même jour au domicile de ses parents à cause du même couple de délateurs mais elle va avoir la chance d’être libérée avant sa déportation pour Autschwitz.

Madame Sellam Alice a raconté avoir vu passer ce jour-là Perlette entourée par des individus en civil qui paraissaient l’emmener. Elle interpella Perlette en arabe pour lui demander ce qu’il se passait, elle lui répondit qu’elle venait d’être arrêté par la Gestapo.

Perlette a été conduite le jour même au fort Montluc à Lyon où se trouve une prison militaire allemande dirigée directement par Klaus Barbie. Pendant un mois, les conditions de détention furent inhumaines. En effet, des cellules individuelles de détenus de 4m2 ont été occupées jusqu’à 8 personnes. Les repas étaient de plus en plus rares et les colis furent supprimés. La toilette n’existait plus et les insectes prolifèrent dans la prison. Elle occupa pour sa part, la cellule 14.

Puis, Perlette fut transférée au camp d’internement de Drancy le 27 juillet 1944 où elle restera quatre jours. Les conditions furent également très dures : la sous-alimentation entraînait rapidement la dysenterie et une partie des gendarmes français brutalisa les internés et multiplia les sanctions arbitraires et les humiliations.

Et enfin, depuis la gare de Bobigny, Perlette fut déportée par le convoi 77 à Auschwitz le 31 juillet 1944, 17 jours avant la libération du camp de Drancy. Ce convoi était constitué de 1309 personnes dont beaucoup d’enfants en bas âge entassés dans des wagons à bestiaux. Arrivée dans la nuit du 3 août 1944, elle a subi la sélection immédiate qui conduisait presque toujours aux chambres à gaz mais elle en réchappa mais dut subir le travail forcé, les sévices et les privations. C’est là que madame Benchetrit Marcelle, une amie de Saint-Fons a retrouvé Perlette qui était là depuis un mois.

Vers le 28 octobre 1944, face à l’avancée des armées russes, Perlette a été déplacée au camp de Kratzau en Tchécoslovaquie à 400 kilomètres à l’ouest d’Auschwitz pour travailler dans une usine d’armement. Perlette a finalement été libérée par les troupes russes le 8 mai 1945 et rapatriée le 7 juin 1945 vers la France. Perlette attesta n’avoir jamais eu d’activités dans la Résistance.

Après la guerre, le 11 mai 1946, elle se maria à Lyon avec Robert Pâtissier, barman, né le 26 février 1925. Son mari a reconnu sa fille Jacqueline qui va porter son nom.

Le 3 septembre 1953, le ministère des anciens combattants et victimes de guerre lui attribua le titre de « déporté politique » pour la période d’internement du 27 juin 1944 au 30 juillet 1944 et sa période de déportation du 31 juillet 1944 au 3 juin 1945. Elle fit partie des 251 rescapés de ce convoi sur 1309 personnes.

Elle est décédée le 20 mai 2003, à l’âge de 86 ans à Lyon.

 

Contributeur(s)

Mohamed EL YAALAOUI, Aïcha ZRIWIL
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