Sinisia Ruben Robert LASK

1924 - 1944 | Naissance: , | Arrestation: , |

 

 

 

Cette biographie de Sinisia Ruben, encore appelé Robert, fils aîné de la famille Lask, est réalisée à partir de celle de la famille, qui a été écrite par les élèves de 3e 1 de Nathalie Menoret, au collège Lakanal à Sceaux. Elle est complétée par des informations nouvelles, mais est encore incomplète.

Lorsque le convoi 77 quitte la gare de Bobigny le 31 juillet 1944, il emporte vers Auschwitz une famille française juive d’origine polonaise, les Lask : Isacher, Chana et leurs deux fils, Joseph et Robert, respectivement âgés de 20 et 16 ans.

Aucun n’est revenu vivant.

Sinisia, ou Ruben ou Robert (la mode étant pour les jeunes immigrés qui voulaient s’intégrer de franciser leur prénom), est né en Pologne en 1924, dans le berceau familial de sa mère, Chana Faigla. Ses grands-parents sont boulangers dans le village de Przedborz, à une centaine de kilomètres au sud-est de Łódź [1]. Des précisions sur la date exacte de sa naissance et sa filiation sont à rechercher. Deux ans plus tard, il a un frère, Joseph, qui nait le 5 juillet 1928, dans le même village.

Leur mère a-t-elle seule décidé de migrer en France peu de temps après la naissance de Joseph ? Était-elle déjà unie religieusement à Isacher Lask, qui donnera son patronyme aux deux enfants après le mariage officiel en France en 1933 ? Sont-ils le fruit d’une union antérieure dont l’histoire n’a pas gardé de traces ? Les informations manquent.

Le fait est que Robert (le prénom qu’il devait préférer utiliser avec ses copains d’école) a dû arriver vers l’âge de quatre à six ans à Paris et être scolarisé dans le 3e arrondissement, dans le quartier Temple[2]. Il doit donc parler le français comme un titi parisien. Il suit sa famille dans le quartier de Belleville où la famille change à plusieurs reprises de résidence (fréquente-t-il les mêmes écoles que son jeune frère, rue Ramponneau, puis rue de Tlemcen ?). Et, à dix ans, avec le reste de sa famille, Robert devient officiellement français par naturalisation[3].

Ses deux parents travaillent dans le commerce de la bonneterie – un magasin pour Chana, une activité « foraine » pour Isacher, ce qui signifie qu’il devait vendre la lingerie sur les marchés. Son père s’était engagé dans la première guerre mondiale dans l’armée française et était sorti du conflit avec des séquelles physiques, des décorations et une pension militaires[4]. Ce qui confère à la famille, du moins le croit-elle, une certaine protection, sinon du prestige. S’ils ne vivent pas dans l’opulence, les Lask ne partagent pas le sort miséreux de nombreux compatriotes juifs polonais qui vivent dans ce quartier bellevillois.

La photo de famille dont nous disposons donne l’image d’un joli garçon, brun, avec des lunettes, au sourire qui ressemble à celui de sa maman. Il est, comme son frère, élégant, porte cravate et pochette et, vraisemblablement un costume taillé sur mesure. La photo porte au dos la mention « En souvenir de ta sœur Famille Lask, R. Lask, 24 avr. 1941 », ce qui signifie que Robert aurait dix-sept ans à ce moment. Cela semble peu probable. L’enfance marque encore son visage. Et celui de son frère. La photo, envoyée à cette date, est sans doute plus ancienne[5]. Le « R » qui signe cette mention est-il Robert ?

Le parcours scolaire de Robert n’est pour l’instant pas connu, il semble néanmoins s’être conclu par une formation professionnelle puisque, au moment de sa déportation à l’âge de seize ans, il est désigné comme « dessinateur salarié ». L’est-il vraiment encore à ce moment, quand presque toutes les professions sont interdites aux Juifs ? On peut en douter. Il doit aider sa famille à subsister, maintenant que leurs commerces ont été fermés et aryanisés.

Nous savons qu’à Paris il a au moins deux cousins, Albert (né en 1926) et Georges (né en 1933) Graudens (l’orthographe n’est pas certaine), qui sont arrêtés avec leurs parents lors de la rafle du Vel d’Hiv et déportés à Auschwitz en août 1942, sans retour.

En 1943, Robert a 19 ans. À l’occasion de son anniversaire, il se fait photographier ; il est ici aussi élégant et porte veste, chemise et cravate. Il a tout l’air d’un adulte. Il est bien coiffé et présente un visage rieur. La photo porte une dédicace au dos : « Avec mes meilleures amitiés à l’occasion de mon 19e anniversaire R. Lask.[6]

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie et la libération du territoire national commence. Mais ce succès militaire ne signe pas l’arrêt des arrestations et des déportations. Au contraire. Le sort de la famille Lask en témoigne cruellement.

Les circonstances de son arrestation nous ont été racontées par M. Koplewicz, qui les tient du récit que lui en a fait sa mère, la sœur de Chana.

Début juillet 1944, alors que les troupes alliées marchent sur Paris, Robert et Joseph se promènent (à l’occasion de l’anniversaire de Joseph, le 5 juillet ?). C’est alors qu’ils sont arrêtés par la police française qui les interroge et obtient leur adresse ; il ne reste plus qu’à aller chercher Isacher et Chana.

Les Lask arrivent à Drancy le 6 Juillet 1944. Ils sont dûment enregistrés à leur arrivée et des fiches sont établies[7]. On constate qu’ils sont toujours Français, ils n’ont donc pas été touchés par la loi du 22 juillet 1940 de révision des naturalisations accordées depuis 1927 et qui a rendu apatrides plus de 15 000 personnes.

À partir de 1941, en banlieue parisienne, les bâtiments de la cité de la Muette en construction ont finalement été utilisés pour loger le camp de Drancy, désormais appelé « Drancy la juive ». Les déportés occupent l’immeuble en forme de U, tandis que les officiers allemands sont établis dans les cinq tours, si grandes que c’en est impressionnant pour l’époque. C’est là que la famille Lask va passer les trois dernières semaines de sa vie sur le sol français.

Le 31 juillet, après un dernier appel dans la cour du camp de Drancy, Isacher, Chana et les garçons montent dans des autobus de la Compagnie du métropolitain parisien (CRTP) qui les conduisent à la gare de Bobigny – qui a remplacé celle du Bourget depuis juillet 1943 comme gare de départ pour les déportations vers la Pologne. Les trains sont composés de wagons de marchandises. Les conditions du voyage sont insupportables, sans eau, sans air frais. Trois cent vingt et un enfants en dessous de seize ans sont entassés avec les centaines d’adultes et de vieillards qui composent le convoi 77[8].

À leur arrivée à Auschwitz, les Lask sont séparés : Isacher et Chana ne sont pas « sélectionnés » à la descente du train et sont immédiatement gazés. Ils n’ont laissé aucune trace dans les archives d’Auschwitz et leurs dates de décès publiées au Journal Officiel (05/08/1944) suivent celle de leur arrivée au camp.

Joseph et Robert, en revanche, jeunes et en bonne santé, ont été admis à entrer dans le camp de concentration et de travail de Birkenau[9]. Il est réconfortant de constater que leurs numéros de prisonniers se suivent, ce qui signifie qu’ils n’ont pas été séparés. Ils portent les numéros B3834 et B3835, qui leur ont été tatoués sur l’avant-bras gauche. Le 28 octobre 1944, Joseph est transféré au camp du Stutthof, et donc séparé de son frère [10]. Il y meurt le 2 janvier 1945.

Robert arrive à Buchenwald le 23 janvier 1945, où il est enregistré sous le numéro 120150. Après quelques jours au « Petit Camp », il est transféré, le 9 février, au « kommando Malachyt » à Langenstein-Zwieberge, près de Halberstadt. Ce « kommando » est l’un des très nombreux sous-camps de Buchenwald. On y fabrique des armes dans une usine souterraine. Il intègre le block 14.  Le 16 février, Robert entre à l’infirmerie du camp. Il y meurt le lendemain, officiellement de pneumonie. Il avait 21 ans.

Contributeur(s)

Nathalie MENORET et sa classe de 3e 1 du Lycée Lakanal de Sceaux.

Complété par des recherches de Laurence Klejman, historienne.

[1] Pour l’ensemble des notes et des informations sur le berceau familial de Chana, se reporter à sa biographie individuelle sur ce même site.

[2] Si l’adresse fournie par Chana lors de son mariage en 1933 est exacte, information qu’il faut néanmoins considérer d’un œil critique, étant donné que les deux époux peuvent déclarer des résidences séparées pour remplir les critères officiels du mariage.

[3] Archives Nationales, décrets de naturalisation n° 8571-34 du 03/08/1934 et 8575-34 du 03/08/1934

[4] Voir la bio d’Isacher sur ce site. De nombreux détails sur la famille compléteront le portrait de Robert.

[5] Sa tante, la sœur de Chana, ayant miraculeusement échappé à la déportation, l’a conservée et transmise à son fils, Michel, qui en a fait don au Mémorial de la Shoah.

[6] La photo se trouve au Mémorial de la Shoah, don de M.Koplewicz.

[7] Archives Nationales. A compléter : probablement le F7 disponible au Mémorial.

[8] Se reporter aux biographies de Isacher et de Chana.

[9] Archives de Bad Arolsen.

[10] Voir la biographie de Joseph sur ce site.

 

 

 

 

Contributeur(s)

Nathalie MENORET et sa classe de 3°1 du Lycée Lakanal de Sceaux

References

  • Photo de Robert (Sinisia Ruben) LASK Signature du photographe Ch. Duron sur le recto. Tampon du studio "Photo Ch. Duron" au verso", avec une dédicace de Sinisia Ruben Lask : "Avec mes meilleures amitiés à l'occasion de mon 19e anniversaire R. Lask" Don de M. Koplewicz au Mémorial de la Shoah

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