Nathan/Neuschem WALTER (1899-1944)
Histoire et mémoire d’une victime de la Shoah
Qui a été Nathan/Neuschem WALTER ? Que reste-t-il aujourd’hui de cet homme assassiné en 1944 dans le cadre de la Shoah ? Cette biographie se propose de retracer sa vie et ses relations, mais également la mémoire de son existence.
Figure 1. Une des « 2 photographies jointes » à la « Demande de recherche de déporté » présentée par Paul GITTON, Chef du Service des Prisonniers et Déportés Civils de la SNCF, sur « Neuschem WALTER », le 23/11/1945 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Figure 2. Détail de la lettre au ministre de la Justice du 15 décembre 1924 signée par les époux WALTER (© Archives Nationales. Source : AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH).
Nathan/Neuschem WALTER est né en 1899 dans une famille juive polonaise, à Lubien, un village de la province de Varsovie, alors sous domination de l’empire russe. Il arrive à Paris en 1913 avec ses parents, qui s’installent dans un appartement du Marais, dans le 4e arrondissement. En 1924 il épouse à la mairie du 10e arrondissement et à la synagogue de la rue des Tournelles Micheline Rachel BARUCH, qui est née à Paris et habite cet arrondissement.
Jean BARUCH, son beau-père, né lui aussi dans la Pologne soumise à l’empire russe, s’était installé à Paris et s’y était marié dans la même synagogue avec une femme née en France ; naturalisé Français et mobilisé dans le cadre de la Première Guerre mondiale, il tenait la boutique dans laquelle Nathan/Neuschem est employé de commerce en 1925.
Comme ses parents, Nathan/Neuschem WALTER est naturalisé Français en 1925, mais ne fait pas immédiatement son service militaire. Il entretient des relations avec d’autres Parisiens issus de différentes communautés juives originaires d’Europe orientale – de 1re ou 2e génération. L’histoire de son premier mariage présente des zones d’ombre, jusqu’au divorce en 1937. Dès les années 1920, Nathan/Neuschem exerce les métiers de représentant de commerce et de maroquinier.
En 1940, il perd sa mère et participe comme soldat à la bataille de France. Répertorié en tant que « Juif » dans différents fichiers produits par le régime de Vichy, il se remarie en mars 1942 avec Cécile/Cypora TYSZLER. Cette maroquinière, fichée elle aussi en tant que « Juive », est née à Varsovie et avait perdu ses deux parents à Paris en 1940. Une biographie spécifique lui est dédiée sur le site du projet Convoi 77.
En pleine occupation nazie, Nathan/Neuschem WALTER est recruté à la SNCF, en tant que cantonnier auxiliaire. Des sources postérieures affirment que ce recrutement date du mois de juillet 1942. Dans cette période, plusieurs proches de Nathan/Neuschem WALTER sont victimes de persécution raciale : arrêtés en tant que « Juifs » et déportés à Auschwitz-Birkenau, certains sont très probablement assassinés dès leur arrivée.
La nuit du 29 juin 1944, Nathan/Neuschem WALTER et Cécile/Cypora TYSZLER sont arrêtés à leur domicile parisien, au 101 de la rue du Faubourg du Temple. Ils sont arrêtés par la police française avec le concours probable de membres de la Milice française. Conduits au dépôt de la Préfecture de Police le 30 juin très tôt, ils sont internés au camp de Drancy le jour même et déportés le 31 juillet 1944.
Le convoi n° 77 emporte 1.306 personnes entassées dans des wagons à bestiaux partis de la Gare de Bobigny. Après un voyage long et pénible, ils arrivent à Auschwitz-Birkenau dans la nuit du 3 août 1944. « Blessé de guerre » au genou droit, dans des circonstances non encore élucidées, Nathan/Neuschem WALTER n’est pas sélectionné pour entrer dans le camp : il fait très probablement partie des déportés considérés comme « inaptes au travail » dès leur arrivée sur le quai, et – pour cette raison – assassinés peu de temps après.
Cécile/Cypora TYSZLER est sélectionnée pour le travail et immatriculée au camp d’Auschwitz-Birkenau, puis transférée à Kratzau, dans l’actuelle Tchéquie. En mai 1944 elle est libérée par l’armée soviétique et retourne en France. Elle entreprend alors de nombreuses démarches administratives pour obtenir la reconnaissance de la mort, puis du statut de « déporté politique » de son mari, victime de la persécution raciale.
La SNCF aussi s’intéresse au sort de son agent, qui est intégré dans la politique mémorielle dédiée aux cheminots victimes de la Seconde Guerre mondiale : la plaque qui porte son nom, dans le hall 1 de la Gare de Lyon, est à ce jour la seule inscription mémorielle librement accessible dans l’espace public. Le travail de Henri DROPSY, président du Cercle généalogique des cheminots, a permis et permet encore d’approfondir et de documenter la biographie et la mémoire de Nathan/Neuschem WALTER.
Dans le cadre spécifique de la Shoah, c’est d’abord Serge KLARSFELD, puis le Mémorial de la Shoah de Paris et le projet Convoi 77 qui y inscrivent et commémorent l’arrestation, la déportation et l’assassinat de Nathan/Neuschem WALTER.
Pour en savoir plus et découvrir les traces documentaires de ce parcours, nous vous invitons à lire la biographie qui suit.
1. Un immigré de l’entre-deux-guerres
A. Quel(s) prénom(s) pour évoquer cet homme ?
Nous abordons d’abord la question des prénoms à utiliser pour évoquer cette victime de la Shoah. Dans les sources mobilisées, on fait référence à lui avec deux prénoms : français d’un prénom yiddish-polonais et un prénom français.
Les sources françaises présentent différentes formes de son prénom yiddish-polonais : « Neuschein », « Neuschien », « Neucheim », « Neuchem », « Neuchen » et « Neuschem ». Elles se réfèrent au prénom « Nuschym », répandu dans la communauté juive yiddishophone polonaise et dérivé de l’hébreu « Menakhem »[1].
Mais deux sources attestant l’usage d’un prénom français : « Nathan ». D’abord le 15 décembre 1924, dans la lettre qui accompagnent sa demande de naturalisation, qu’il signe avec sa femme : « Monsieur le Ministre de la Justice, […] Je me nomme Walter Nathan […] »[2].
Figure 3. Lettre au Ministre de la Justice du 15 décembre 1924 signée par les époux WALTER (© Archives Nationales. Source : AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH).
Ce prénom présente des assonances avec le premier, mais c’est un vrai choix, car « Nathan » est répandu dans la communauté juive polonaise sous d’autres formes (« Nusyn, Nusym, Nusen »), dérivées de l’hébreu « Nosn »[3].
A notre connaissance, seulement un autre document atteste l’usage du prénom « Nathan » : c’est le recensement de la population parisienne de 1936[4].
Pour le premier prénom, dans cette biographie nous avons privilégié la forme « Neuschem », qui est utilisé dans les bases de données sur les victimes de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale.
Mais nous combinons les deux prénoms, qu’il utilise alternativement, espérant ainsi relier le plus grand nombre de nouvelles sources à cette biographie.
B. De la Pologne, à Paris
Nathan/Neuschem WALTER est né le 13 octobre 1899 dans la ville de Lubien, qu’il ne faut pas confondre avec la plus importante Lublin[5]. Plusieurs villes polonaises portent ce nom, mais il est né très probablement à Lubień Kujawski (en polonais, qu’on appelle Lubin en yiddish et Lyuben’ en russe).
A la fin du 19e siècle, cette ville appartient au Royaume de Pologne (ou Royaume du Congrès), soumis à l’empire russe, et accueille une communauté juive importante, dotée d’une synagogue et d’un cimetière[6], ce qui ne semble pas être le cas des autres villes homonymes[7].
Les parents de Nathan/Neuschem sont David Enoch WALTER et Chawa RAUF : ils se sont mariés civilement le 15 juin 1895 dans la ville de Kolo, après une cérémonie religieuse dans la synagogue locale, la veille. Son père était né le 30 mai 1873 à Lubien et y habitait encore en 1895. Sa mère était née à Kolo en juillet 1871 et y habitait en 1895[8]. Kolo est à environ 45 km au sud-ouest de Lubień [Kujawski], qui se trouve 135 km à l’ouest de Varsovie.
Figure 4. Détail de la carte des Communautés juives dans le Royaume du Congrès, sur le site « Topografic Maps of Eastern Europe. An Atlas of the Shtetl » ; les villes de Kolo, Lubień [Kujawski] et Varsovie sont en évidence (This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 3.0 Unported License, en ligne : easteurotopo.org).
Figure 5. Généalogie de Nathan/Neuschem WALTER, avec les dates et les lieux de naissances et de décès de ses parents et de ses grands-parents (Sources : AN, BB/11/8559, 33179 x 24 ; AN, BB/11/8559, 33179 x 24 ; AP-AEC, 4D 289, 1940, f° 49 v°, Acte
n° 481 du 15/03/1940, en ligne).
Nathan/Neuschem et ses parents, nés russes[9], arrivent à Paris en 1913[10], avant la Grande Guerre et l’indépendance de la Pologne. En 1946, David WALTER précise qu’il est arrivé en France par l’Angleterre et qu’il parle quatre langues : « anglais, polonais, français et yiddish »[11]. Les WALTER ont probablement quitté la Pologne bien avant 1913, fuyant des difficultés économiques aggravées par les pogroms antijuifs – ces massacres de civils perpétrés par l’initiative ou avec la connivence des autorités.
Depuis juillet 1914, la famille WALTER habite à Paris, dans un appartement du Marais, au 19 rue Charlemagne (4e arr., quartier Saint-Gervais)[12].
Figure 6. Détail du plan Parcellaire municipal de Paris, avec au centre l’îlot triangulaire entre les rues Charlemagne (Nord, entre les numéros 17 à l’Est et 23 à l’Ouest), du Figuier (au Sud-Ouest) et Fauconnier (Est) (© Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11868/D, 13e et 14e quartiers (Saint-Merry et Saint-Gervais), 7e feuille, en ligne).
La documentation de 1942, dans le cadre du dossier d’expropriation de cet appartement, nous informe que les WALTER habitent pendant vingt-huit ans dans le même logement, au troisième étage d’un immeuble qui en compte six[13]. Ils habitent dans une portion du cet étage qui ouvre sur la rue et sur la cour intérieure ; il est composé de deux pièces habitables – la salle à manger et la chambre à coucher – ainsi que d’une cuisine et une petite entrée. Or, le seul appartement compatible avec cette description est celui qui se trouve à droite en regardant la façade, où la cuisine et la petite entrée sont placées entre les deux chambres[14].
Figure 7. Détail du Plan de l’immeuble du 19 Rue Charlemagne (© Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Pédard).
La famille WALTER a vécu la plupart de ses années parisiennes dans cet appartement, qui a été branché au réseau électrique 1925[15] et qui profite du moratoire (loi du 9 mars 1918) sur l’augmentation des loyers pour une durée indéterminée[16].
Surtout depuis les années 1910, des textes teintés de xénophobie et d’antisémitisme parlent de ces secteurs modestes comme du « ghetto » parisien, habité notamment par des pauvres immigrés juifs d’Europe orientale : « les Polacks »[17]. Les autorités municipales parisiennes dénoncent la condition « insalubre » voire « tuberculaire » de ces immeubles : en 1910, le logement des WALTER se retrouve dans l’îlot insalubre n° 2 (entre la rue Saint-Paul et les rues des Nonnains-d’Hyères et de Fourcy)[18]. Puis, 1934, il est inclus dans le vaste îlot insalubre numéro 16, même si l’instrumentalisation de cette catégorie est à souligner[19].
C. La naturalisation de Nathan/Neuschem et ses relations sociales en 1925
Le premier mariage de Nathan/Neuschem
En ce moment, le plus vieux document connu sur Nathan/Neuschem WALTER est son acte de mariage. Le 14 févier 1924, à la mairie du 10e arrondissement de Paris, il a 24 ans, exerce la profession d’« employé de commerce » et habite avec son père (« employé ») et sa mère (« sans profession »).
Figure 8. Acte de mariage de Nathan/Neuschem (« Neuschien ») WALTER et de Micheline Rachel BARUCH, célébré à la mairie du 10e arrondissement le 14/02/1924 ; en bas, on trouve les signatures de la mariée, de sa mère, de son père, des témoins, puis du marié, de son père, de sa mère et celle de l’adjoint au maire (© Archives de Paris, 10M 399, 1924, f° 37 r° (détail), Acte n° 220 du 14/02/1924, en ligne).
Il épouse Micheline Rachel BARUCH, 18 ans et « sans profession ». Micheline habite ce 10e arrondissement, avec son père Jean BARUCH (« commerçant ») et sa mère Dora WINISKI (« sans profession »), au 43 rue du Faubourg Saint-Denis[20], entre la rue de l’Echiquier et la rue d’Enghien[21].
Figure 9. Détail du plan Parcellaire municipal de Paris, avec la numérotation de la rue du Faubourg Saint-Denis commençant sur la gauche, après la Porte Saint-Denis ; sur cette rue, le numéro 43 appartient à l’îlot qui va du croisement avec la rue de L’Echiquier (n° 55, au sud) au croisement avec la rue d’Enghien (n° 45, au nord) ; en face, les écoles communales (n° 32), le passage de l’Industrie (n° 42) et le passage Brady (n° 46) (© Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11950/C, 38e quartier (Porte Saint-Denis), 44e feuille, en ligne).
Nathan/Neuschem et le milieu polonais à Paris
La femme de Nathan/Neuschem, née dans le 2e arrondissement de Paris le 21 mai 1905[22], est Française « de droit ». Elle aurait été naturalisée – par déclaration – en 1908[23], car la loi du 26 juin 1889 le prévoit pour les enfants nés en France d’au moins un parent qui est né en France (« double droit du sol »)[24].
Les beaux-parents de Nathan/Neuschem se sont mariés à Paris le 26 juillet 1904[25]. Dora WINISKI est née à Paris le 9 juin 1885 d’un père né probablement dans l’empire russe[26] et d’une mère qui pourrait être née en France[27]. Comme Nathan/Neuschem, Jean BARUCH est originaire du Royaume de Varsovie. Arrivé en France vers 1896[28], il est né le 15 mai 1872 à Dob[r]a, une ville 40 Km au sud de Kolo. En 1911, le père de Jean BARUCH (prénommé Mordka) habitait dans la ville de « Kalisch » (Kalisz en polonais)[29], 45 Km au sud-ouest de Dobra.
Figure 10. Détail de la carte des Communautés juives dans le Royaume du Congrès, sur le site « Topografic Maps of Eastern Europe. An Atlas of the Shtetl » ; les villes de Kolo, Dobra et Kalisz sont en évidence (This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 3.0 Unported License, en ligne : easteurotopo.org).
Mariages religieux
Les couples BARUCH-WINISKI et WALTER-BARUCH partagent – à vingt années de distance – le lieu de « consécration religieuse » de leur mariage : la synagogue parisienne de la rue des Tournelles, dans le 4e arrondissement. Les premiers s’y présentent le jour même de leur mariage civil[30], alors que Nathan/Neuschem WALTER et Micheline Rachel BARUCH annoncent la célébration de leur mariage religieux pour le 24 février 1924, dix jours après la cérémonie civile[31].
L’annonce du mariage religieux WALTER-BARUCH a une grande importance documentaire, car il s’agit de l’unique attestation de la pratique religieuse de Nathan/Neuschem WALTER. Les archives du Consistoire israélite de Paris ne permettent toutefois pas de l’approfondir, puisque le registre n’est pas conservé.
Figure 11. Annonce de la « consécration religieuse » du mariage entre « M. Neuschiem Walter » et « Mlle Micheline Baruch » à la synagogue de la rue des Tournelles, prévue pour « Dimanche 24 février [1924], 1h 1⁄2 » (© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Source : L’Univers israélite, 79e année, n° 24, 22/02/1924, p. 653 (détails), en ligne : gallica.bnf.fr).
Les démarches de naturalisation
Depuis 1803, le code civil napoléonien impose à la femme française qui épouse un étranger la perte automatique de sa nationalité, acquérant de celle du mari. C’est pour cette raison que Dora née WINISKI et Micheline Rachel née BARUCH interviennent dans les demandes de naturalisation présentées par leurs maris, pour obtenir la réintégration dans la nationalité française.
Mais pour présenter une demande de naturalisation, selon la loi de 1889 – parmi ses quatre critères – un étranger doit justifier d’une permanence ininterrompue de dix ans en France ou bien d’avoir « épousé une Française […] après une année de domicile autorisé »[32].
Jean BARUCH présente sa demande en 1911, affirmant entreprendre cette démarche « pour ses enfants », qui sont toutefois « Français de droit »[33], car naturalisés par déclaration. Bénéficiant d’un avis favorable des services de la Préfecture de Police, la demande de Jean BARUCH et de Dora WINISKI est acceptée le 29 juin 1912, par décret du ministère de la Justice[34].
David Enoch WALTER présente sa demande de naturalisation le 16 décembre 1924, aussi au nom de sa femme Chawa née RAUF. Onze ans après son arrivée à Paris, le père de Nathan/Neuschem justifie cette démarche car il est « fixé définitivement en France » et signale que son fils est aussi « en instance de naturalisation » [35].
Deux décrets du 30 juin 1925 accordent la naturalisation au père[36] et à la mère[37] de Nathan/Neuschem WALTER.
Figure 12. Détail du décret original du 30/06/1925 naturalisant David Enoch WALTER (© Archives Nationales, Naturalisations, BB/34/454, Document 169, Décret de naturalisations du 30 juin 1925 (art. 8 § 5 n° 2 du code civil), p. 7, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr).
Figure 13. Détail du décret original du 30/06/1925 naturalisant Chawa RAUF (© Archives Nationales, Naturalisations, BB/34/454, Document 170, Décret de naturalisations du 30 juin 1925 (art. 12 § 2 du code civil), p. 4, en ligne : www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr.
Nathan/Neuschem WALTER présente sa demande de naturalisation le 7 janvier 1925, au nom de « Neuschien WALTER », unie à la demande de réintégration dans la nationalité française de sa femme Micheline Rachel née BARUCH[38].
Figure 14. Détail de la première page de la « Demande de naturalisation » présentée par Nathan/Neuschem WALTER et sa femme Micheline Rachel BARUCH, qui demande sa réintégration dans la nationalité française (© Archives Nationales, Naturalisations,
BB/11/8561, Dossier 33287 x 24).
Comme nous l’avons déjà signalé, dans la lettre manuscrite du 15 décembre 1925, le jeune mari déclare se « nomme[r] Walter Nathan »[39] et nous retrouvons ce prénom dans l’intitulé du dossier.
Figure 15. Détail de la couverture du dossier de naturalisation de Nathan/Neuschem WALTER et de Micheline Rachel BARUCH, qui demande sa réintégration dans la nationalité française
(© Archives Nationales, Naturalisations, BB/11/8561, Dossier 33287 x 24).
La motivation que Nathan/Neuschem WALTER avance en janvier 1925 pour solliciter sa naturalisation est le souhait « d’accomplir son service militaire sous nos drapeaux ». Cette volonté d’engagement lui permet d’obtenir le 18 mars 1925 une note qui appuie sa demande : « urgent [souligné deux fois] service militaire[40] ».
Un décret du 15 septembre 1925 accorde la naturalisation à « Neuschien » WALTER[41] et un autre décret du même jour permet à Micheline Rachel née BARUCH et aux autres femmes concernées d’être « réintégrées dans la qualité de Française qu’elles avaient perdue par leur mariage »[42].
Figure 16. Détail du décret original du 15/09/1925 naturalisant Nathan/Neuschem (« Neuschien ») WALTER (© Archives Nationales, Naturalisations, BB/34/455, Document 45, Décret de naturalisations du 30/09/1925 (art. 8 § 5 n° 2 du code civil), p. 7, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr).
En 1925, l’ensemble de la famille WALTER – arrivée à Paris en 1913 – est reconnue de nationalité française, sanctionnant son intégration et ouvrant de nouvelles perspectives.
Des profils professionnels variés
La demande de naturalisation permet d’apprendre que David Enoch WALTER exerce en 1925 la profession de « mélangeur de produits chimiques » en tant qu’employé de la Société Industrielle des Téléphones, au numéro 7 de la rue du Théâtre » (quartier de Grenelle, 15e arrondissement)[43]. Il s’agit d’une société anonyme par actions créée en 1893, spécialisée dans la fabrication de « Constructions Electriques, Caoutchouc, Câbles » et dont le siège social était localisé dans le 2e arrondissement de Paris, au numéro 25 de la rue du Quatre-Septembre[44].
Le métier de « mélangeur de produits chimiques » est celui qu’on retrouve dans la plupart des documents évoquant le père de Nathan/Neuschem WALTER[45] encore jusqu’à sa retraite, vers 1946. Après la Seconde Guerre mondiale David WALTER affirme notamment avoir « travaillé avant guerre comme ouvrier dans le caoutchouc (pendant vingt-et-un ans dans la même maison) »[46].
Vers 1926[47], toutefois, il commence à travailler pour une entreprise différente mais spécialisée dans les mêmes activités : la « Compagnie de caoutchouc manufacturé ‘‘Dynamic’’ ». Cette société anonyme par actions, créée en 1914, a son siège social – entre 1931 et 1953 – dans le 20e arrondissement parisien, aux 34 à 42 rue Piat[48]. En 1936, le recensement de la population précise que le lieu de travail de David WALTER pour cette société est le 10e arrondissement de Paris[49], ce qui laisse envisager une fréquentation importante de ce secteur. Le 10 août 1942 David Enoch WALTER affirme travailler au « 34, Rue Piat à PARIS »[50] (20e arr.).
Le beau-père et employeur
Nous ne savons pas à quel moment Nathan/Neuschem WALTER commence à travailler pour Jean BARUCH, son beau-père depuis le 14 février 1924.
A Paris, Jean BARUCH est tailleur entre juillet 1900 et avril 1920[51], depuis 1911 « tailleur à façon » au 15 rue Rougemont[52] (Paris, 9e arr.). Dans le feuillet matricule de 1913, cet homme de1,62 m est apprécié pour son degré d’instruction primaire[53].
En février 1924, Jean BARUCH est « commerçant », alors que sa fille Micheline Rachel (« sans profession ») épouse Nathan/Neuschem WALTER (« employé de commerce »)[54].
Dans sa demande de naturalisation, le 7 janvier 1925, Nathan/Neuschem WALTER est « représentant de commerce chez son beau-père 15, rue Rougemont », alors que sa femme est « vendeuse », sans préciser où. Les renseignements recueillis par les services de la Préfecture de Police précisent le 12 mars suivant qu’« il travaille chez son beau-père, M. BARUCH, commissionnaire en porcelaine 15 rue Rougemont »[55].
Entre 1931 et 1936, Jean BARUCH continue son activité de marchand de porcelaine à la même adresse[56].
Un témoin électricien polonais
Un personnage présent au mariage de 1924, fils d’immigrés juifs polonais, est très utile comprendre certaines relations développées par les WALTER. L’acte de mariage du 14 février 1924 évoque comme premier témoin « Maurice HONKOVITCH, employé de commerce, [résidant] à Paris, 13 rue des Petites Ecuries »[57]. Cet homme, qui habite près de la famille BARUCH, exerce un métier proche de celui du marié.
Figure 17. Détail du plan Parcellaire municipal de Paris ; en rouge, le numéro 43 de la rue du Faubourg Saint-Denis et, en violet, le numéro 13 de la rue des Petites Ecuries (© Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11950/C, 38e quartier (Porte Saint-Denis), 44e feuille, en ligne).
C’est homme est en réalité Maurice SLOMKOVITCH, un Polonais qui habite encore en 1926 aux 13 et 15 rue des Petites Ecuries, avec une famille recomposée, entièrement de nationalité polonaise[58].
Dans son acte de mariage du 26 juillet 1928, on apprend que Maurice SLOMKOVITCH est né à Cracovie (dans la Pologne austro-hongroise) le 16 juillet 1900 et qu’il est « électricien », désormais résident au 117 avenue Parmentier[59]. Encore en 1931 et en 1936, il habite à la même adresse et il est « employé de commerce »[60].
Or, ce voisin de la famille BARUCH, pourrait bien avoir des relations professionnelles avec David Enoch WALTER, le père de Nathan/Neuschem, à cause de son implication dans le commerce de matériel électrique.
D. L’histoire mouvementée d’un couple parisien
Le service militaire qui n’arrive pas
Une fois naturalisé, Nathan/Neuschem WALTER est inscrit dans le registre de recrutement militaire de l’année 1926, avec la matricule de recrutement n° 308, même s’il est incorporé dans la classe de mobilisation naturelle : celle de l’année 1919[61]. Le feuillet matricule permet d’obtenir plusieurs informations.
Notamment la couleur de ses cheveux (bruns) et de ses yeux (marrons), ainsi que sa taille (1,63-1,64 m). Son degré instruction (« 3 »), indique qu’il est capable de lire, d’écrire et de compter, sans disposer de diplômes. Il habite toujours chez ses parents (19 rue Charlemagne, Paris) et exerce la profession d’« employé de commerce », comme dans son acte de mariage.
Figure 18. Détail du feuillet matricule de Nathan/Neuschem WALTER (« Neuschien WALTER », 1926-1940) (© Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308).
Toutefois, Nathan/Neuschem n’a pas eu l’occasion d’effectuer son service militaire, car lors des nombreuses convocations devant le Conseil de révision, année après année, il est jugé « faible » et présentant une « insuffisance de développement physique ». Lors de la visite du 18 avril 1930, il est considéré « exempte »[62].
Ancienne adresse, nouvelle profession
Au moment du dépôt de la demande de naturalisation, en janvier 1925, Nathan/Neuschem WALTER « habite chez son père », mais nous ne savons pas où réside sa femme à cette date[63].
Et, en 1926, Nathan/Neuschem et Micheline Rachel WALTER ne sont pas enregistrés ensemble dans le recensement de la population parisienne. D’une part, la famille BARUCH n’est pas enregistrée à l’adresse occupée en 1924 (43 rue du Faubourg Saint-Denis[64]) et ses membres ne semblent pas enregistrés ailleurs dans ces registres parisiens[65]. D’autre part, Nathan/Neuschem est encore enregistré avec ses parents, au 19 rue Charlemagne, sans préciser son statut matrimonial. Nous y retrouvons néanmoins deux informations très importantes pour saisir les changements intervenus : sa profession est celle de « s[alarié] maroqu[inie]r » et son employeur est « Wacholder »[66].
Figure 19. Détails du registre de recensement de la population parisienne de 1926, concernant la famille WALTER, au numéro 19 de la rue Charlemagne (© Archives de Paris. Source : AP-RP/PHA, D2M8 227, 4e arr., Saint-Gervais, 1926, p. 181, en ligne).
Nous ne savons pas dans quelle mesure le changement d’employeur et de métier de Nathan/Neuschem WALTER est lié aux évolutions professionnelles de son beau-père ou aux relations avec sa femme. La référence à « Wacholder » en tant qu’employeur dans le domaine de la maroquinerie atteste l’évolution professionnelle de Nathan/Neuschem WALTER.
Dans le même recensement de la population, la seule personne qui peut correspondre à cet employeur[67] est le casquettier Jacques WACHHOLDER, qui habite au 9du passage Brady. Lui et sa femme – la couturière Szifra (dite Sophie) KRAÏKA – sont nés à Varsovie, respectivement en 1894 et en 1897[68].
Les informations professionnelles contenues dans le dossier de naturalisation présenté en janvier 1928 par le couple WACHHOLDER-KRAÏKA confirment cette identification en tant qu’employeurs de Nathan/Neuschem WALTER. En 1928, le fabricant de maroquinerie Jacques WACHHOLDER gère un atelier de maroquinerie aux 13 et 15 rue des Petites Ecuries, où il « occupe 11 ouvriers ». En outre, « sa femme exploite une boutique de maroquinerie 142 Village Suisse, avenue de La Motte-Picquet »[69] (Paris, 15e arr.).
De nombreuses circonstances permettent de relier ce couple d’entrepreneurs polonais à Nathan/Neuschem WALTER : d’une part, ils habitent depuis 1923 à proximité de la famille BARUCH (100 mètres séparent le numéro 90 du passage Brady du numéro 43 de la rue du Faubourg Saint-Denis) ; d’autres part, l’atelier de maroquinerie de Jacques WACHHOLDER est localisé précisément à l’adresse où habite en 1924 et en 1926 Maurice SLOMKOVITCH – le témoin polonais du mariage WALTER-BARUCH – et où continuent d’habiter la mère et le beau-père de celui-ci.
Nous ne savons pas si Nathan/Neuschem WALTER est ouvrier dans l’atelier, vendeur pour la boutique ou encore représentant de commerce pour la maison WACHHOLDER. Il est certain qu’il peut à cette période compter sur l’expérience acquise en tant qu’employé de commerce, entre 1924 et 1925, au moins en partie dans la boutique de son beau-père.
En 1930, une annotation apposée sur le feuillet matricule de Nathan/Neuschem WALTER permet d’affirmer qu’il est « représentant de commerce »[70].
Figure 20. Détail du feuillet matricule de Nathan/Neuschem WALTER (« Neuschien WALTER », 1926-1940) (© Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308).
En 1931, le recensement de la population se limtie à à attester la profession d’« empl[oyé de] commerce », toujours « marié » et domicilié avec ses parents (19 rue Charlemagne, 4e arr.). La référence à la nationalité polonaise, bien que tous les membres de la famille WALTER soient naturalisés français, conduit à utiliser ces documents avec précaution[71].
Figure 21. Détails du registre de recensement de la population parisienne de 1931, concernant la famille WALTER, au numéro 19 de la rue Charlemagne (© Archives de Paris. Source : AP-RP/PHA, D2M8 373, 4e arr., Saint-Gervais, 1931, p. 132, en ligne).
Or, l’entreprise de Jacques WACCHOLDER fait faillite en mai 1935, comme l’indique une publication légale dans le journal Archives commerciales de la France[72] et le lendemain dans le quotidien Le Temps[73]. » Nathan/Neuschem y travaillait-il encore ? Les informations sur ses activités professionnelles se font rares dans les années 1930.
En revanche, on en sait davantage sur son lieu de résidence. Alors que dans le recensement de 1936, ses parents habitent seuls 19 rue Charlemagne[74], lui apparaît ailleurs.
Figure 22. Détails du registre de recensement de la population parisienne de 1936, concernant la famille WALTER, au numéro 19 de la rue Charlemagne (© Archives de Paris. Source : AP-RP/PHA, D2M8 553, 4e arr., Saint-Gervais, 1936, p. 126, en ligne).
Nathan/Neuschem est enregistré en 1936 au 73 avenue de la République, entre la place de la République et le cimetière du Père-Lachaise. On le retrouve sous le prénom « Nathan », avec lequel était présenté dans la lettre de son dossier de naturalisation ; il y apparaît né en Pologne, de nationalité polonaise (sic), marié et exerçant la profession de « maroquinier » dans le 11e arrondissement de Paris. Dans ce registre du recensement de la population parisienne, il semble partager son logement avec un « a[mi] » et collègue plus âgé : « Chana SACKMANN », également « maroquinier », divorcé, né en Pologne en 1895 et lui aussi de nationalité polonaise[75]. La référence à la nationalité polonaise, pour cet homme naturalisé depuis longtemps, laisse penser que le recenseur ne l’a pas interrogé directement et que donc il était aussi connu dans son entourage avec le prénom « Nathan ».
Figure 23. Détails du registre de recensement de la population parisienne de 1936, concernant la Chana SACKMANN et Nathan WALTER, au numéro 73 de l’Avenue de la république (© Archives de Paris. Source : AP-RP/PHA, D2M8 594, 11e arr., Saint-Ambroise, 1936, p. 873, en ligne).
En 1938, Nathan/Neuschem WALTER figure dans les listes électorales parisiennes du 11e arrondissement. Mais, s’il est encore « maroquinier », il est domicilié 1 boulevard de Belleville (11e arr.)[76]. Encore une fois, Nathan/Neuschem WALTER s’installe dans des quartiers parisiens à forte densité d’immigration juive de condition modeste voire pauvre, originaire d’Europe centrale et orientale, mais aussi de Grèce et de Turquie.
Figure 24. Inscription de Nathan/Neuschem (« Neuschien ») WALTER sur les listes électorales du 11e arrondissement de Paris, en 1938 (© Archives de Paris, D4 M2 905, Elections, 1921-1939, Ville de Paris, Liste de 1938, sub nomine, en ligne).
Ces documents indiquent que Nathan/Neuschem WALTER gravite toujours dans le milieu de la maroquinerie durant la deuxième moitié des années 1930.
La domiciliation de Nathan/Neuschem WALTER dans le 11e arrondissement confirme également sa fréquentation des quartiers placé plus au nord du domicile de ses parents, proches du domicile des BARUCH.
Les relations avec sa femme, Micheline Rachel BARUCH, présentent toutefois des ombres.
La fin du premier mariage
Comme nous l’avons souligné, en 1926 la famille BARUCH est absente du 43 rue du Faubourg Saint-Denis, alors que Nathan/Neuschem WALTER est enregistré avec ses parents. Dans le recensement de la population parisienne de 1931, sa femme Micheline BARUCH est enregistrée au foyer des siens, avec le statut matrimonial de « c[élibataire] »[77].
Alors que nous n’avons aucune information sur les raisons de la séparation du couple, nous apprenons que la demande a été déposée par l’épouse et que c’est à « son profit » exclusif que le divorce est prononcé. Nous constatons que ce chemin a été relativement long : près de cinq ans, de l’ordonnance de non-conciliation, établie le 24 juin 1932, au jugement de divorce rendu « à la requête et au profit de la femme » par le Tribunal civil de la Seine, le 5 novembre 1937[78].
Figure 25. Transcription du dispositif du jugement de divorce entre Nathan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER et Micheline Rachel BARUCH, dans le registre de mariage de la mairie du 10e arrondissement de Paris (© Archives de Paris. Source : AP-AEC, 10M 435B, 1938, Acte n° 480 du 03/05/1938, en ligne).
Nous ne savons pas si les vicissitudes du mariage WALTER-BARUCH ont un lien avec des questions patrimoniales, éventuellement liées à l’usage et la restitution de la dot de Micheline BARUCH. Néanmoins nous constatons qu’en 1926 et en 1932 deux transactions immobilières impliquent la famille de son époux et concernent une maison située chemin des Vignes à Garges-lès-Gonesse (Seine-et-Oise, aujourd’hui Val-d’Oise). En 1926, cette maison est acquise par « Walter » habitant « rue Charlemagne 19 à Paris », sans que le prénom de l’acheteur (le père ou le fils) ne soit précisé dans le registre des matrices des propriétés bâties de cette commune. En 1932, l’année de l’ordonnance de non-conciliation entre les époux WALTER-BARUCH, la propriété de la maison est attribuée explicitement au père de Nathan/Neuschem : « Walter David Enoch. 19 rue Charlemagne. Paris 4e arr.[79] ».
Déjà avant que le divorce soit prononcé, Micheline WALTER entreprend les démarches nécessaires à l’exercice d’une activité commerciale autonome : déjà déclarée « vendeuse » en 1924[80], le 26 novembre 1935 elle est inscrite dans le « Registre de commerce » du Tribunal de Commerce de la Seine, pour effectuer de la vente ambulante (« forain ») de « bimbeloterie divers ». Elle est toujours domiciliée chez ses parents (43 rue du Faubourg Saint-Denis, 10e arr.)[81].
Figure 26. Fiche de Micheline WALTER (née BARUCH) dans le fichier des particuliers du registre du commerce, 26/11/1935 (© Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 62590).
En 1936, Micheline « Walter née Baruch » est encore enregistrée avec ses parents. Néanmoins, elle apparaît désormais avec le statut matrimonial de « d[ivorcée] » et la profession de « marchande ambulante »[82].
Figure 27. Détail du registre de recensement de la population parisienne de 1936, concernant le 5e membre de famille BARUCH, au numéro 43 de la rue du Faubourg Saint-Denis : « Walter née Baruch Micheline » (© Archives de Paris. Source : AP-RP/PHA, D2M8 581, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1936, p. 183, ménage n° 5, en ligne).
Cette première partie nous a permis de préciser les origines de la famille WALTER et de retracer son parcours international et son intégration dans le tissu urbain et social de la rive droite parisienne, dans le milieu des immigrés d’origine juive d’Europe orientale et au sein de la citoyenneté française. Ce sont ces liens sociaux qui permettent à Nathan/Neuschem de rebondir professionnellement.
Pour résumer, en 1936 et en 1938, Nathan/Neuschem WALTER, habite dans le 11e arrondissement de Paris, est un citoyen français et exerce la profession de « maroquinier ». Depuis 1937, c’est également un homme divorcé.
2. 1940-1944. La guerre, l’occupation allemande et le régime de Vichy
A. Un célibataire dans la tourmente
Soldat de l’armée française en 1940
La fiche individuelle en ligne fin 2025 sur le site du Mémorial de la Shoah de Paris permet d’apprendre que « Neuschem participe à la campagne de 39-40 comme soldat de 2e classe »[83]. Même si à ce jour, la documentation traitant directement cette expérience n’a pas émergé, nous pouvons reconstruire de nombreux éléments et avancer des hypothèses à partir d’autres documents, espérant que de nouvelles sources soient identifiées.
Lors de l’entrée en guerre de la République française, en septembre 1939, Nathan/Neuschem WALTER est un homme de 40 ans qui a été déclaré « exempté » du service militaire en avril 1930. Toutefois, le même feuillet matricule nous informe que son cas a été réévalué le 11 janvier 1940 : il est alors « classé service armé », du moment que la 3e commission de réforme de la Seine estime qu’il présente une « faiblesse relative ». Malheureusement, nous ne disposons pas du feuillet matricule qui semble être évoqué par l’annotation « F.M. 29.2.40 », et qui est donc établi le 29 février 1940[84], en pleine « drôle de guerre ».
Figure 28. Détail du feuillet matricule de Nathan/Neuschem WALTER (« Neuschien WALTER », 1926-1940) (© Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308).
La seule source qui atteste de la participation de Nathan/Neuschem WALTER à la campagne de France dans les rangs de l’armée française est la fiche qui lui est consacrée dans le « fichier de contrôle » tenu à jour par le « service juif » de la Préfecture de Police entre l’automne 1941 et la Libération, en août 1944[85].
Ce document, complété par une personne qui a pu probablement consulter sa fiche de démobilisation, précise son incorporation comme soldat de 2e classe : « SERVICES de GUERRE : 39/40 : 2ème cl[asse]. armée f[ran]çaise »[86].
Figure 29. Fiche individuelle de « WALTER Neuschem » dans le fichier de contrôle du service juif de la Préfecture de Police (1941-1944) (© Archives Nationales. Source : AN, F9 5629, Fichier 028664_L).
En revanche, aucune information n’est actuellement disponible sur l’expérience vécue par Nathan/Neuschem WALTER dans la guerre. Le Service historique de la Défense que nous avons sollicité n’a pas permis à ce jour de retrouver des informations utiles. On peut toutefois avancer l’hypothèse que sa participation aux combats de mai-juin 1940 soit responsable de la « blessure de guerre [au] genou droit » qui est attestée en novembre 1945 par le service du personnel de la SNCF[87].
Figure 30. Détail de la « Demande de recherche de déporté » présentée par Paul GITTON, Chef du Service des Prisonniers et Déportés Civils de la SNCF, le 23/11/1945 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Et nous savons qu’il est de retour à Paris le 11 octobre 1940 : ce jour, l’inscription dans le registre du Tribunal de Commerce de la Seine[88] nous informe qu’il est démobilisé après les armistices signés avec l’Allemagne et l’Italie, respectivement le 22 et le 24 juin 1940.
La perte de la mère
Nous ignorons donc tous les détails de la mobilisation de Nathan/Neuschem WALTER et nous ne savons pas s’il est présent aux derniers instants et aux funérailles de sa mère. Chawa WALTER née RAUF meurt à son domicile (19 rue Charlemagne) le 14 mars 1940, à l’âge de 69 ans. Son mari, David Enoch WALTER, signe le lendemain l’acte de décès à la mairie du 4e arrondissement[89].
Figure 31. Acte de décès de Chawa WALTER née RAUF, dressé le 15/03/1940 (© Archives de Paris. Source : AP-AEC, 4D 289, 1940, Acte n° 481 du 15/03/1940, f° 49 r°, en ligne).
Le 17 mars, la mère de Nathan/Neuschem WALTER est inhumée dans une sépulture collective, dans l’un des carrés juifs du cimetière parisien de Bagneux[90]. L’inscription sépulcrale est modeste, n’est pas accompagnée d’une photographie et présente des imprécisions (sur le prénom, le nom de jeune fille et la date de décès).
Figure 32. Détail de la pierre tombale collective portant, en dernier, l’inscription commémorative du décès de la mère de Nathan/Neuschem WALTER : « M[ada]me WALTER née Hava RUF. Décédée le 17 mars 1940 à l’âge de … ans », Cimetière parisien de Bagneux (© Mairie de Paris. Photographie d’Ilario MOSCA).
Un « Juif » sous l’occupation allemande et le régime de Vichy
Quelles que soient leurs relations avec la pratique et la communauté religieuses juives, Nathan/Neuschem WALTER et son père David Enoch sont considérés « Juifs » selon les termes imposés par l’ordonnance allemande « relative aux mesures contre les juifs » du 27 septembre 1940 et par la « loi portant statut des Juifs » signée par Philippe PÉTAIN le 3 octobre 1940[91].
Figure 33. Fiche de Nathan/Neuschem (« Neuschem ») WALTER dans le fichier des particuliers du registre du commerce, 11/10/1940 (© Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 17581).
Comme nous l’avons déjà évoqué, après la démobilisation, Nathan/Neuschem WALTER est à Paris le 11 octobre 1940. Il est domicilié au 19 Rue Charlemagne. Ce jour-là, il s’inscrit dans le registre de commerce de la Seine pour exercer la vente de « produits alimentaires et divers sur marchés »[92], en tant que « forain ». Ce métier lui permet de valoriser ses différentes expériences en tant qu’employé de commerce, alors que de nombreux mandats, fonctions publiques et professions sont interdits aux « Juifs » par le statut d’octobre 1940 signé par PÉTAIN[93].
Nous retrouvons également dans le « registre analytique » correspondant l’inscription de Nathan/Neuschem WALTER. Alors qu’il est dans la pleine jouissance de la nationalité française, le registre indique néanmoins qu’il était « russe polonais naturalisé français 1925 »[94]. Cette insistance à maintenir une différence entre différentes catégories de Français et la précision de l’année de naturalisation méritent d’être soulignées, notamment après la loi du 22 juillet 1940 signée par PÉTAIN. Cette disposition impose dans son premier article « la révision de toutes les acquisitions de nationalité française intervenues depuis la promulgation de la loi du 10 août 1927 sur la nationalité »[95].
Figure 34. Inscription de Nathan/Neuschem (« Neuschiem ») WALTER dans le Registre du commerce du Tribunal de la Seine, le 11 octobre 1940 (© Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151, enregistrement du 11/10/1940).
Figure 35. Détail de gauche de l’image précédente (© Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151, enregistrement du 11/10/1940).
Figure 36. Détail de droite de l’image précédente (© Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151, enregistrement du 11/10/1940).
Nous ne savons pas si Nathan/Neuschem a pratiqué cette profession mais, de toute façon, le commerce – tant de gros que de détail – est interdit aux « Juifs » par la « troisième ordonnance allemande relative aux mesures contre les Juifs » du 26 avril 1941[96].
Figure 37. Fiche « Neuschein WALTER » du « fichier général » juif de la Préfecture de Police, tenu entre l’automne 1940 et le mois d’août 1944 (© Archives Nationales, F9 5666, fichier 079460_L).
Dans la même période, Nathan/Neuschem WALTER a très probablement secondé l’injonction contenue dans l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940, qui imposait « à toute personne juive » de « se présenter jusqu’au 20 octobre 1940 auprès du sous-préfet de son arrondissement […] pour se faire inscrire dans un registre spécial »[97]. Mais la fiche établie à son nom dans le « fichier général » de la population « juive » à l’automne 1940 et le registre du recensement des juifs de son quartier réalisé à partir d’octobre 1940 n’ont pas été conservés. Nous pouvons toutefois envisager que cette fiche a bien existé, car la fiche de contrôle déjà citée, appartenant au « fichier de contrôle » tenu à jour par le « service juif » de la Préfecture de Police à partir de l’automne 1941, fait référence au « N° du Dossier juif 17.228 ». Or, celui-ci est le numéro de la fiche établie en 1940 à son nom, avant que ce numéro soit rayé et remplacé par le numéro d’une nouvelle fiche, la numéro 69.641[98].
Il n’est pas à exclure que cette nouvelle fiche soit réalisée à un moment proche de l’annotation apposée sur sa partie inférieure. En deux phrases, elle rend compte de deux déplacements de Nathan/Neuschem : « Parti à Fleurine le 12.1.42 pour 2 mois » ; « Rentré pour soins le 2.2.42 »[99].
Ces deux fiches, établies entre 1941 et 1942, permettent également d’apprendre que Nathan/Neuschem vit d’un travail manuel (il est « manœuvre »[100]), très probablement grâce à son expérience et à ses relations dans le milieu de la maroquinerie (il est « maroquinier »[101]) et à cause des interdictions professionnelles frappant les « Juifs ».
Un logement devenu précaire
Á Paris, Nathan/Neuschem WALTER est domicilié dans les premières années de guerre dans l’appartement familial (19 rue Charlemagne). Des documents en témoignent pour les mois de septembre 1939[102] et d’octobre 1940[103], ainsi que pour l’automne 1941[104] et le 17 mars 1942[105]. Également les certificats d’adhésion à l’Union générale des israélites de France (UGIF), établis en 1943, attestent que lors de la « déclaration prescrite par la loi du 2 juin 1941 » (qui obligeait tout « Juif » à se faire recenser), David et Nathan/Neuschem WALTER y habitent ensemble[106].
Or la préfecture de la Seine a décidé d’aménager l’îlot insalubre n° 16, qui accueille une importante population d’origine juive et étrangère. Pour ces environ 10.000 personnes[107], la perspective de perdre leur logement se concrétise au milieu de l’année 1941 : entre l’ouverture d’un crédit important au budget municipal (25 juin 1941), la déclaration d’insalubrité générale de l’îlot n° 16 (31 octobre 1941) et le lancement des expropriations (décembre 1941)[108].
Les opérations d’expulsion avancent avec violence, mais par étape, suivant la division de l’îlot en 21 secteurs. Le bloc triangulaire des WALTER – le numéro 13[109] – est concerné par un arrêté de réquisition le 1er septembre 1942 et par l’évacuation le 19 novembre 1942[110].
Au mois d’août 1942, David Enoch WALTER occupe seul cet appartement, qui fait l’objet d’un « état descriptif et estimatif » le 10 septembre 1942 et il a été vidé avant le 13 octobre suivant[111].
L’année 1942 constitue une période cruciale dans la biographie de Nathan/Neuschem WALTER, outre ce changement de domicile. C’est la période dans laquelle de nombreux « Juifs étrangers » qui habitent son arrondissement et le Marais sont arrêtés dans la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942, dite du Vélodrome d’Hiver (Vel’ d’Hiv’).
Une procédure d’« aryanisation »
Le 15 juillet 1942, la villa que David WALTER possède dans la commune de Garges-lès-Gonesse fait l’objet de la nomination d’un administrateur provisoire, dans le cadre de la politique d’« aryanisation économique » dirigée contre les individus considérés comme « Juifs » par le Commissariat Général aux Questions Juives (CGQJ).
Figure 38. Nomination de l’administrateur provisoire pour la villa de David WALTER à Garges-lès-Gonesse (© Archives Nationales, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse »).
Le rapport de l’administrateur provisoire nous fournit des éléments précieux sur l’histoire et l’état de cette propriété : « Pavillon construit dans un lotissement dont le terrain a été payé par mensualité de 100 Francs. La moitié de la maison a été construite par le propriétaire et l’autre moitié et l’autre moitié par un constructeur du pays. Cette maison se compose de : 2 pièces, une cuisine, et deux petites pièces mansardées. Elle a une superficie de 400 mètres carrés environ » (sic : il faut probablement lire 40 m²)[112].
Pour liquider ce dossier, compte tenu que « cette villa est la résidence privée du propriétaire et ne constitue pas une source de revenue pour lui », les services de l’aryanisation économique du CGQJ proposent que David WALTER verse comme « honoraires » la somme de 800 Francs : il s’agit de presque deux semaines de salaire pour ce mélangeur de produits chimiques[113].
David WALTER cherche alors à s’appuyer sur la démarche d’évacuation forcée de son logement parisien pour obtenir une restitution rapide des clés de la villa, acceptant de verser la somme exigée. Le 1er octobre 1942, il écrit dans ce sens à l’administrateur provisoire :
Paris le 1/10/42
Monsieur Lemonnier | Paris,
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre recommandée et prends bonne note de son contenue (sic).
Comme je vous ai déjà fait savoir dans ma dernière lettre je conserve cette maison pour mon usage personnel et maintenant que je suis exproprié je me vois dans l’obligation malgré son éloignement de la gare d’y aller y habiter.
En ce qui concerne la somme de 800 francs je vous ferai parvenir un mandat d’ici huit jours.
Je vous prierai de bien vouloir me donner un mot pour la Mairie de Garges à fin (sic) de me remettre les clefs me permettant d’y aller habiter.
Dans cette attente.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.
- Walter | 19 Rue Charlemagne | Paris 4 [114].
Figure 39. Lettre de David WALTER à l’administrateur provisoire de sa villa à Garges-lès-Gonesse, 01/10/1942 (© Archives Nationales, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse »).
Le 14 novembre 1942, l’administrateur provisoire écrit à son contact au CGQJ pour lui remettre « la déclaration de l’Israélite concernant cette villa » et pour lui communiquer que « Mr Walter a bien versé […] la somme de 800 francs », restant en attente d’instruction[115].
Les vicissitudes de la famille WALTER à propos des deux logements– l’appartement dans le Marais et la villa à Garges-lès-Gonesse – permettent de saisir quelques-unes des pressions et des motifs d’incertitude qui caractérisent l’année 1942, à cause des politiques des Autorités d’Occupation et de l’administration française qui collabore avec celles-ci.
B. Un cheminot marié sous l’Occupation
Le second mariage
Le premier changement important intervenu dans la vie de Nathan/Neuschem est un nouveau mariage, dix-huit ans après le premier célébré en 1924.
Le 17 mars 1942, à la mairie du 4e arrondissement de Paris, Nathan/Neuschem WALTER (43 ans) épouse une immigrée polonaise plus jeune que lui : « Cypora TYSZLER », connue au sein de sa famille avec le prénom Cécile[116]. Née à Varsovie le 16 mars 1906, Cécile/Cypora vient d’avoir 36 ans et habite 101 rue du Faubourg du Temple (10e arr.). Sur leur acte de mariage, la profession des époux est « maroquiniers », précisément comme celle du témoin proche de l’épouse : son frère « Henri » TYSZLER, qui habite aussi dans le 10e arrondissement, 61 rue du Faubourg Saint-Denis, à quelques mètres des BARUCH. L’autre témoin est le père de l’époux, David WALTER[117].
Figure 40. Acte de mariage de Nathan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER et Cécile/Cypora (« Cypora ») TYSZLER, dressé le 17/03/1942 (© Archives de Paris. AP-AEC, 4M 306, 1942, Acte n° 84 du 17/03/1942, f° 15 r°, en ligne).
Nous reviendrons de façon approfondie sur Cécile/Cypora TYSZLER et sur sa famille dans la biographie qui lui est lui dédiée dans le cadre du projet Convoi 77. Il nous semble toutefois important de préciser que Cécile/Cypora est arrivée en France en 1925[118], qu’elle habite à la même adresse déjà en 1936, avec ses parents[119], qui y sont décédés le 13 octobre 1940[120]. Cécile/Cypora est par ailleurs une Juive étrangère fichée comme telle par la Préfecture de Police en 1941[121].
Nous ne pouvons pas établir si Nathan/Neuschem WALTER connaît déjà la famille TYSZLER avant la guerre, car plusieurs circonstances auraient pu le permettre : la fréquentation de la maison des BARUCH (43 rue du Faubourg Saint-Denis), son emploi pour le casquettier et maroquinier Jacques WACHHOLDER (résident et disposant d’un atelier à proximité) ou encore son domicile (attesté en 1938) au 1 du Boulevard de Belleville. Le beau-frère témoin de mariage (Henri/Hirsch), est par ailleurs un maroquinier actif entre 1925 et 1932 au 149 de la rue Saint-Denis[122], puis depuis 1933 à son domicile du 61 rue du Faubourg Saint-Denis[123].
Il est ainsi très probable que l’appartenance au milieu de la maroquinerie parisienne et au milieu de l’immigration polonaise juive et yiddishophone a joué un rôle dans le rapprochement du couple.
Le déménagement dans le 10e arrondissement
Nathan/Neuschem WALTER s’est sans doute installé avec sa femme au 101 rue du Faubourg du Temple, qui a conservé encore aujourd’hui la numérotation de la fin du 19e siècle[124]. Cette adresse figure dans les fiches du fichier de contrôle qui sont établies au nom de chacun des époux WALTER : rouge pour Cécile/Cypora et bleue pour Nathan/Neuschem, portant le même numéro 69.641[125], ce qui laisse penser qu’elles sont complétées à la suite du mariage.
Figure 41. Détail du plan Parcellaire municipal de Paris, entre les 93 et 105 rue du Faubourg du Temple (© Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11907/B, 40e quartier (Hôpital Saint-Louis), 47e feuille, échelle 1/500, en ligne).
Il n’a pas été possible de vérifier si le coupe WALTER habite pendant l’Occupation allemande le même appartement que Cécile/Cypora occupe au mois d’avril 1965, dans le troisième étage du bâtiment à droite de la cour[126] ; l’identification de l’appartement précis occupé dans les années 1930 et au début des années 1940 nécessite des recherches plus approfondies.
Le nombre important d’appartements présents dans l’immeuble est attesté par les recensements de la population parisienne : en 1936 et en 1946, 32 ménages y résident de façon stable [127].
Or, une lettre manuscrite signée par David WALTER depuis Paris, le 24 avril 1943, semble suggérer que le père de Nathan/Neuschem vit également à cette adresse. Il s’agit d’une demande adressée au « Directeur [du] Service du Sceau » du Ministère de la Justice, afin de recevoir « l’original de [son] acte de naissance », après avoir obtenu la traduction contenue dans son dossier de naturalisation[128]. Il n’a pas été possible d’établir à quel usage était destiné ce document, aujourd’hui perdu dans les deux versions.

Figure 42. Lettre de David WALTER au Directeur du service du Sceau du ministère de la Justice, 24/04/1943 (© Archives Nationales. AN, Naturalisations, BB/11/8559, Dossier 33179 X 24, WALTER David Enoch et WALTER née FAUF Chawa.)
Nous disposons également d’une unique référence pour l’année 1943 à l’adresse de toute la famille WALTER, grâce aux trois certificats d’adhésion (obligatoire pour tous les « Juifs ») à l’Union générale des israélites de France (UGIF) établis le 20 octobre 1943. L’UGIF est un établissement public créé par la loi du 29 novembre 1941 sur le modèle des « Conseil juifs » conçus par l’Allemagne nazie pour favoriser leur collaboration avec les autorités des communautés juives locales, afin de diriger la vie de ces individus, de se charger de leur fournir de la subsistance et du travail, mais aussi de porter la pleine responsabilité devant les autorités ; elle gère également des « maisons d’enfants », exposées aux rafles et qui auront un rôle crucial pour la constitution des effectif du convoi n° 77[129].
Ces certificats, renouvelés le 31 mars 1944, contiennent l’adresse déclarée lors du recensement de 1941 et l’« adresse actuelle », fournissant la précieuse référence à chaque carte d’identité, dont celles délivrées à David et à Nathan/Neuschem WALTER dix jours auparavant, portant certainement la mention tamponnée « JUIF »[130] :
| WALTER David | WALTER Nathan/Neuschem | WALTER née TYSZLER Cécile/Cypora | |
| Numéro de certificat | 26849 | 26850 | 26851 |
| Adresse actuelle | 101 fb du Temple. Paris | 101 fb du Temple. Paris | 101 fb du Temple. Paris |
| Carte d’identité N° | 21276 AB | 21277 AB | C4-J5751 |
| Délivrée le | 02/10/1943 | 02/10/1943 | 07/04/1943 |
| Par | La P[réfecture de] P[olice] | La P[réfecture de] P[olice] | La P[réfecture de] P[olice] |
| Lieu de la déclaration (prescrite par la loi du 2 juin 1941) | Paris | Paris | Paris |
| Adresse à cette date | 19 rue Charlemagne | 19 rue Charlemagne | 101 fb du Temple |
Figure 43. Certificat d’adhésion à l’UGIF de David WALTER (YIVO Institute for Jewish Research Archive (New York). YIJRA-UGIF, Record Group n° 210, Microfilm n° 490, Folder n° 22.3.1, W, Carte UGIF n° 26849, en ligne : digipres.cjh.org.)
Figure 44. Certificat d’adhésion à l’UGIF de Nathan/Neuschem (« Neuschem ») WALTER (YIVO Institute for Jewish Research Archive (New York). YIJRA-UGIF, Record Group n° 210, Microfilm n° 490, Folder n° 22.3.1, W, Carte UGIF n° 26850, en ligne : digipres.cjh.org.)
Il s’agit des rares documents concernant les trajectoires des trois membres de cette famille, entre le mariage du couple WALTER-TYSZLER en mars 1942 et son arrestation en juin 1944.
Agent de la SNCF
La pauvreté de cette documentation cache toutefois des démarches que ces trois individus ont entreprises dans cette longue période. Nous devons en particulier expliquer la mention « Profession : SNCF » contenue dans la fiche d’internement de Nathan/Neuschem WALTER dans le camp de Drancy[131], réalisé le 30 juin 1944 ou peu de temps après[132].
La documentation de la SNCF produite après la Libération permet d’apprendre que Nathan/Neuschem WALTER est recruté en tant que « cantonnier auxiliaire » en juillet 1942[133]. Il est vrai que l’application des lois antijuives conduit à la rétrogradation et à la persécution antijuives au sein de la SNCF déjà entre 1940 et 1941, concernant des cadres comme Henri LANG ; elle semble frapper la plupart des agents « juifs » dans une période plus tardive, entre 1943 et 1944[134]. Mais dès l’automne 1940 la SNCF manque d’agents pour assurer le trafic ferroviaire et procède à l’embauche massive d’auxiliaires[135].
Il se trouve ainsi que le recensement de Nathan/Neuschem WALTER en tant que « Juif » n’a pas empêché son recrutement à la SNCF. Ce sujet semble peu étudié par les chercheurs, mais certains éléments sont à prendre en compte et peuvent fournir des arguments utiles à expliquer cette circonstance.
D’une part, l’ordonnance allemande du 26 avril 1941 impose que dans n’importe quelle « entreprise les Juifs ne devront plus être occupés comme employés supérieurs ou comme employés en contact avec le public »[136] ; par conséquence, par une lettre du 12 mai 1941, précisée par une autre missive du 7 juin suivant, le directeur du service central du personnel de la SNCF demande de « retirer les fonctionnaires et agents considérés comme juifs par l’Ordonnance du 26 avril 1941 des emplois où ils seraient en contact avec le public » (c’est-à-dire en contact avec des « clients du chemin de fer » ou « avec les entrepreneurs et fournisseurs de la SNCF »[137]).
D’autre part, au sein de la SNCF des questionnements émergent sur l’application de la « loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs ». Des documents proposent de licencier seulement une partie de son personnel et uniquement dans la mesure où ces individus ne sont pas capables de répondre aux exceptions énoncées aux articles 3 et 8 de cette loi. L’article 3 exclut l’individu « titulaire de la carte du combattant » de la Première Guerre mondiale, ayant « fait l’objet au cours de la campagne de 1939-1940 d’une citation donnant droit au port de la Croix de guerre », « décoré de la Légion d’honneur ou de la médaille militaire pour faits de guerre » ou étant « pupille de la nation ou ascendant, veuve ou orphelin de militaire mort pour la France » ; l’article 8 exclut ceux « qui ont rendu à l’Etat français des services exceptionnels » ou « dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations et a rendu à l’Etat français des services exceptionnels » [138].
Mais les archives de la SNCF conservent une copie de la lettre adressée par Pierre LAVAL, chef du gouvernement, depuis Vichy le 9 septembre 1942 au sujet de l’« interprétation de l’article 3 » de cette loi du 2 juin 1941. Il en conclut « qu’aucun juif, à moins de satisfaire à l’une des conditions prévues dans cet article, ne peut être employé, à quelque titre que ce soit, dans une administration publique, ou dans une entreprise concédée ou subventionnées »[139].
Le manque d’information sur ce recrutement et sur la carrière militaire de Nathan/Neuschem WALTER ne permet pas d’exclure l’usage d’une citation ou d’une décoration[140]. Il est en revanche quasi certain – comme nous avons pu le voir – qu’il était titulaire d’une carte d’ancien combattant[141]. De surcroît, il appartient à la catégorie des « militaires démobilisés » qui ont fait l’objet d’une politique d’embauche entre 1942 et 1943, et qui a laissé des traces documentaires au moins pour la région « Sud-Ouest » de ls SNCF[142].
Loin d’être le seul agent recensé en tant que « Juif », Nathan/Neuschem WALTER présente donc une situation professionnelle qui nécessite des éclairages.
La documentation produite après la Libération indique qu’il a travaillé à « Paris », dans la « Région Est »[143], basée à la Gare de l’Est et donc dans le même arrondissement de sa nouvelle adresse : 101 rue du Faubourg du Temple.
Les éclairages apportés par Henri DROPSY sur une partie de cette documentation postérieure semblent indiquer que Nathan/Neuschem WALTER a été embauché en juillet 1942 au sein du 4e arrondissement et du 4e établissement du service « Voie et Bâtiments », qui assurait la construction, le contrôle et la maintenance du matériel non roulant (voies, bâtiments et passages à niveau)[144].
Figure 45. Détail de la fiche de « Neuchem WALTER » (recto) dans le dossier « Agents arrêtes, incarcérés, déportés par les Allemands pour différents motifs (vols, résistance, actes anti-allemands…). – Agents déclarés disparus (1942-1945) » (© Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques. Source : SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, en ligne : archives.sncf.com)
Un autre document, du 30 décembre 1950, et les démarches mémorielles que nous évoquons plus tard permettent d’apprendre qu’il est transféré – à une époque non identifiée – à la « Région Sud-Est », toujours à Paris, donc dans le secteur de la gare de Lyon[145].
Figure 46. Détail de la « Liste nominative des agents arrêtés par les Allemands et sans nouvelles » (26/09/1946), p. 28 (© Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques. Source : SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 4, en ligne : archives.sncf.com p. 18).
3. Eté 1944. De l’arrestation à la déportation
La dernière partie de la vie de Nathan/Neuschem WALTER est étroitement liée à celle de sa deuxième épouse, jusqu’au dénouement tragique final, qui les sépare à jamais.
Les époux WALTER sont arrêtés, internés et déportés, après des années de persécution, mais après avoir secondé les injonctions administratives des autorités collaborationnistes françaises, espérant avec toute probabilité être protégés par la nationalité française et par le statut de « blessé de guerre » de Nathan/Neuschem.
A. Victimes de la collaboration française
Nathan/Neuschem est arrêté avec sa femme Cécile/Cypora le soir du jeudi[146] 29 juin 1944, à leur domicile : 101 rue du Faubourg du Temple (Paris, 10e arr.). Leur arrestation peut avoir bénéficié du respect par le couple du couvre-feu imposé « aux Juifs […] entre 20h et 6h » par la « Sixième Ordonnance [allemande], du 7 février 1942, relative aux mesures contre les Juifs »[147].
La documentation policière et tous les témoignages attestent la motivation « raciale » de leur arrestation, uniquement justifiée à cause de leur statut de « Juifs ».
Le 12 février 1946, deux fiches de renseignements remplies à l’initiative de Cécile/Cypora WALTER affirment que l’arrestation du mari a eu lieu le 30 juin 1944, par la « Police française », car « Israelite »[148]. Toutefois, le 15 janvier 1947, elle déclare que l’arrestation de son mari – de laquelle elle aussi avait été victime – est le fait de « la Milice Française »[149] : c’est une importante organisation collaborationniste créée en janvier 1943 et lutte férocement contre les résistants et les « Juifs ».
Figure 47. Demande en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un ‘‘non-rentré’’ » présentée le 15/01/1947 par Cécile/Cypora WALTER au sujet de son mari (© Service historique de la Défense. Source : AC 21 P 549219 : « Arrêté par la Milice Française au 101 rue du Fb du Temple Paris 10e depuis aucune nouvelle »).
Le 8 novembre 1947, deux autres habitants de l’immeuble témoignent des circonstances de cette arrestation : M. Marcel STABELS et Mme Juliette veuve DRUART, qui en 1946 et en 1947 est la concierge attitrée de l’immeuble[150]. Ils confirment que l’arrestation a eu lieu le 29 juin, au motif que les époux WALTER sont considérés « Israélite[s] ». STABELS et DRUART attribuent aussi l’arrestation à « la Milice »[151].
Figure 48. Témoignages sur l’arrestation de Nathan/Neuschem WALTER (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, 08/11/1947).
Cinq ans après, le 28 janvier 1952, dans sa demande de reconnaissance du statut de « déportée politique », Cécile/Cypora Walter revient encore sur les circonstances de son arrestation.
Figure 49. Demande de reconnaissance du statut de déporté politique, détail (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, 28/01/1952, p. 3 : « Arrestation. Date : 28.6.1944. Lieu : Dans un raffle [sic]. Autorité qui a procédé à l’arrestation : police française. Circonstances : politique. Situation au moment de l’arrestation : arreté dans un raffle. […] Y a-t-il eu condamnation par un tribunal ? Non »).
Figure 50. Demande de reconnaissance du statut de déporté politique, détail (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, 28/01/1952, p. 5 : « J’étais arretée dans un Raffle. Amenée au depot et incarceré à Drancy comme politique »).
Cypora déclare en 1952 que le couple est arrêté par la « police française », lors d’une opération qu’elle définit explicitement une rafle. La motivation « politique » avancée[152] confirme la nature « raciale » de l’arrestation, reconnue officiellement en 1955 par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre[153].
La présence de miliciens lors de cette arrestation n’a pas pu être vérifiée par d’autres sources, mais elle ne peut pas être exclue. Mais il est certain que la police française porte la responsabilité de cette arrestation. En fait, des éléments documentaires permettent d’inscrire cette arrestation dans la politique de collaboration policière avec la police politique nazie (Gestapo) en place depuis novembre 1942, telle que la décrit le Commissaire Principal Charles Permilleux le 24 novembre 1942 :
Le Gouvernement français ayant décidé d’enlever aux services de M. Schweblin ses pouvoirs de police, il appartient désormais à la Préfecture de Police d’assurer l’exécution des mesures de police ordonnées par les autorités d’occupation ; la Police française n’a pas à s’en faire juge, elle exécute les ordres donnés ; dans les cas douteux, elle procède quand même à sa mission, se bornant à les signaler spécialement.
1° Tous les lundis, je recevrai une liste d’une cinquantaine de familles juives, françaises ou étrangères, à arrêter dans la semaine (un des membres de la famille étant en infraction avec les ordonnances allemandes) […]. On arrêtera toute la famille qui sera conduite au dépôt pour être ensuite transférée à Drancy. Chacun de ses membres emportera du linge, des vêtements, deux couvertures, les meilleures, deux paires de souliers en excellent état, des vivres pour 24 heures, le tout dans des bagages à main.
On relèvera l’état civil complet des personnes arrêtées, pour en aviser, d’une part les services de l’avenue Foch [la Gestapo], d’autre part, le Commissariat aux affaires juives qui désignera par la suite un administrateur provisoire.
Après l’arrestation, les scellés seront apposés sur le logement et les clefs confiées à la concierge. Il en sera de même si le juif est absent[154].
Nathan/Neuschem et Cécile/Cypora WALTER ont donc été arrêtés chez eux, probablement suivant un « Ordre d’envoi au dépôt à destination du Camp de Drancy [en tant que] ‘‘Juif’’ », sur le modèle du formulaire publié par Serge KLARSFELD[155].
Figure 51. « Formulaire pour l’arrestation des Juifs à Paris » (© Archives Klarsfeld. Source : Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1316, datant entre octobre 1942 et juillet 1943).
Secondant les ordres allemands, ces dispositions sont le plus souvent exécutées par les équipes mixtes de la Police municipale parisienne, dirigée par Émile HENNEQUIN ; ces bandes sont rendues plus redoutables et efficaces par leur composition hétérogène : d’une part, un gardien de la paix du quartier concernés permet de capitaliser sur sa connaissance du contexte local, ; d’autre part, la présence d’un autre gardien de la paix qui travaille ailleurs et d’un civil, qui peut être un milicien, crée un climat favorable au zèle et à la suspicion[156]. L’implication des membres de la Milice française n’exclut donc pas la responsabilité des policiers français.
La documentation disponible ne permet toutefois pas de connaître les exécuteurs matériaux de cette arrestation, ni l’identité des « agents capteurs », ni les ordres suivis ou encore les circonstances précises. Il n’est pas possible de savoir si Cécile/Cypora est la seule cible, car considérée comme étrangère, et si, dans ce cas, c’est l’élargissement de l’ordre à « toute fa famille » qui a conduit à l’arrestation de Nathan/Neuschem WALTER : un cheminot français, ancien combattant et blessé de guerre. Nous ne savons pas non plus où se trouve le père de ce dernier, David Enoch WALTER, s’il se trouvait dans un autre appartement du même immeuble ou bien dans la villa de Garges-Lès-Gonesse.
« La destruction des dossiers des services des affaires juives de la préfecture de police », dénoncée par Serge KLARSFELD en 1992, constitue un obstacle majeur à la recherche des réponses à ces questions[157].
B. Consignés provisoires à la Préfecture de Police
Grâce au registre d’écrou des « consignés provisoires » au dépôt parisien de la Préfecture de Police, les souvenirs de Cécile/Cypora de 1952 trouvent une confirmation documentaire, du moment que le couple WALTER se retrouve « au dépôt ». Entre la place Dauphine, le quai de l’Horloge et le quai des Orfèvres, au sous-sol de la « Conciergerie » dans l’Île de la Cité, ce lieu est un espace de 5.000 m² voué à la détention provisoire des délinquants, sous le contrôle de la police française même sous l’occupation allemande. Or, entre 1941 et 1944 plus de 15.000 « Juifs » ont été détenus dans cet espace « abrutissa[nt] », qui offre des « conditions assez lamentables ». Et, parmi ces détenus, plus de 6.000 ont été déportés[158].
Les époux WALTER entrent au dépôt le 30 juin 1944 à 1h00 du matin, sous la responsabilité du fonctionnaire GONNET, qui terminait alors un tour commencé au moins la veille à 20h00.
Et les dix personnes entrées au dépôt en « consignation provisoire » cette nuit-là (entre 23h00 et 1h00, avec les numéros d’ordre 11.739-11.748) ont toutes été arrêtées en tant que « Juifs ». Cécile/Cypora et Nathan/Neuschem WALTER (respectivement n° 11.746 et n° 11.747) font partie des neuf premières personnes entrées à la Préfecture de Police, qui sont toutes victimes de la sous-direction des « Affaires juives » de la police judiciaire.
| Ce service spécial est créé en octobre 1942 à la Direction de la Police judiciaire de la Préfecture de Police et confié au commissaire principal Charles PERMILLEUX déjà cité. Après la réorganisation du 24 juillet 1943, PERMILLEUX est placé à la tête d’une sous-direction des Affaires juives, promu commissaire divisionnaire avec fonctions de directeur adjoint. Il semblerait que cette administration d’environ 200 personnes soit responsable de 4.249 arrestations de « Juifs »[159], alors que les arrestations de la police municipale parisienne dépassent les 33.000 individus[160]. |
C. Transférés aux mains des autorités nazies en France
Le 30 juin à 14h00, au moment le plus chaud de la journée, les portes du dépôt s’ouvrent pour dix-sept détenus (10 femmes et 7 hommes), pris en charge par le même convoyeur pour être « incarcéré[es] à Drancy »[161]. Il s’agit d’un protocole qui est en place du printemps 1942 au 14 août 1944 : chaque jour environ une vingtaine de « Juifs » montent vers 15h00 dans les fourgons cellulaires pour être transférés au camp de Drancy[162].
Figure 52. Les détenus sortis du dépôt de la Préfecture de Police le 30/06/1944 à 14h00 (à destination du camp de Drancy) dans le registre d’écrou des consignés provisoires au dépôt, et Marguerite ULMANN [ULLMANN] (partie le lendemain avec un autre convoyeur) (© Archives de la Préfecture de Police. Source : APP, CC2/8).
| N° | NOM | Prénom | Âge | Arr. | Entrée | Autorité | HH | |
| 11697 | H | Blum | Salomon | 64 | 10e | J29 0h30 | AJ | 37,5 |
| 11698 | F | Houlmann femme Blum | Yvonne | 53 | 10e | J29 0h30 | AJ | 37,5 |
| 11707 | F | Israël née Alonaphi | Sarah | 45 | 11e | J29 12h15 | AJ | 25,75 |
| 11739 | F | Szajewiez veuve Grus[z]ka | Gorda | 56 | 11e | J29 23h00 | AJ | 15 |
| 11740 | F | Fredj | Camille | 23 | 4e | J29 23h00 | AJ | 15 |
| 11741 | H | Echt | Bereck | 72 | 4e | J29 23h00 | AJ | 15 |
| 11743 | H | Danon | Yomtow | 44 | 10e | V30 1h00 | AJ | 13 |
| 11744 | F | Sapsa femme Kelechian | Sarah | 34 | 18e | V30 1h00 | AJ | 13 |
| 11745 | F | Zlaskine née Guitel | Eliza [Eliezer] | 55 | 2e | V30 1h00 | AJ | 13 |
| 11746 | F | Tyszler femme Walter | Cypora | 38 | 10e | V30 1h00 | AJ | 13 |
| 11747 | H | Walter | Neuschein | 45 | 10e | V30 1h00 | AJ | 13 |
| 11748 | H | Landes | Ernest | 37 | 16e | V30 1h00 | GA | 13 |
| 11749 | H | Israël | Salomon | 20 | 11e | V30 2h00 | GA | 12 |
| 11750 | H | Abramovitch | Raphaël | 34 | 18e | V30 2h00 | GA | 12 |
| 11751 | F | Gruszka | Suzanne | 19 | 11e | V30 2h00 | GA | 12 |
| 11752 | F | Pomérance femme Vons | Marie [Milly] | 51 | 18e | V30 2h00 | GA | 12 |
| 11753 | F | Fiktorowitsch femme Engel | Louise | 51 | 13e | V30 2h00 | GA | 12 |
Tableau 1. Détenus sortis du dépôt de la Préfecture de Police le 30/06/1944 à 14h00, à destination du camp de Drancy (Source : APP, CC2/8).
N° = Numéro d’ordre. F = Femme. H = Homme. Arr. = Arrondissement parisien. J29 = Entrée jeudi 29/06/1944. V30 = Entrée vendredi 30/06/1944. AJ = Autorité : Affaires Juives. GA = Autorité : Gendarmerie Allemande. HH = Durée de la permanence au dépôt (heures).
Nous ne connaissons pas l’itinéraire suivi pour parcourir les environ 12 kilomètres qui séparent la Préfecture de Police dans l’Île de la Cité du camp de Drancy. C’est ainsi que ces 17 individus sont remis par la police française aux autorités nazies. Depuis le 2 juillet 1943, le camp de Drancy n’est plus sous l’autorité de la Préfecture de Police, même si la gendarmerie française continue d’assurer la surveillance à l’extérieur de son périmètre[163]. Le capitaine SS Aloïs BRUNNER en a pris le commandement, avec un groupe de SS autrichiens particulièrement violents.
D. Internés à Drancy
Nathan/Neuschem et Cécile/Cypora WALTER quittent la Préfecture de Police et entrent au camp de Drancy le même vendredi 30 juin 1944. Un cahier de mutation des entrées du camp permet de connaître le numéro matricule qui leur est attribué : respectivement 24.356 et 24.357[164].
Figure 53. Entrées du camp de Drancy du 30/06/1944, dans le cahier de mutation (© Archives Nationales. Source : AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5787, Cahier n° 14, fichiers 0142_L et 0143_L).
Le camp de Drancy est constitué par un long bâtiment résidentiel de quatre étages en forme de « U », resté inachevé avant le début de la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940, les autorités occupantes allemandes y internent des prisonniers et des civils étrangers. En août 1941 la Préfecture de Police de Paris y établit un camp d’internement pour « Juifs ».
Figure 54. Vue générale du camp de Drancy dans la « grande cour » (ou « fer à cheval ») de la cité de la Muette, d’environ 200 mètres de long sur 40 mètres de large (© Mémorial de la Shoah, Paris (France). Source : Mémorial de la Shoah, Paris (France), CCXLV_280b, voir Lafitte et A. Wieviorka 2015, p. 14).
Suivant les règles du camp, les nouveaux arrivant ont dû connaître la « fouille », effectuée par un petit groupe spécialisé de membres du « service d’ordre juif », qui était composé par d’« Israélites français »[165].
Grâce à l’un des « carnets de fouille » conservés, nous apprenons que Nathan/Neuschem WALTER, agissant probablement en tant que chef de famille, confie le jour même de son arrivée la somme de 231 francs[166]. Cette somme est déposée à la « Caisse du camp de Drancy » créée le 8 septembre 1941, en échange d’un document que Georges WELLERS appelait « un reçu mensonger ». En réalité, à l’été 1944, les biens et les sommes d’argent ainsi remis par les internés subissent un prélèvement de 20 % au profit d’un compte du Commissariat général aux question juives et pour le reste entrent dans la disponibilité des autorités allemandes du camp de Drancy[167].
Pour Nathan/Neuschem WALTER, comme pour la plupart des internés[168], la somme déposée est fort modeste, car 231 francs représentent moins de 10 % du salaire minimum de juillet 1944 et auraient permis d’acheter des quantités limitées de pain : 61,6 kg selon le prix officiel, mais en réalité seulement entre 6,6 et 11,55 kg aux prix du marché noir[169].
Figure 55. Reçu de Nathan/Neuschem (« Nuchem ») WALTER dans le carnet de fouilles de Drancy, 30/06/1944 (© Mémorial de la Shoah, Paris (France). Source : Mémorial de la Shoah, Paris (France), CF152_6096, Carnet n° 152, Reçu n° 6096, en ligne : ressources.memorialdelashoah.org).
Le jour même de l’arrivée des époux WALTER, le camp de Drancy a connu une baisse importante du nombre d’internés : ils sont passés de 1.824 du jeudi 29 juin à 704 du vendredi 30 juin 1944. L’explication principale de cette baisse est le départ du convoi n° 76 vers 4h00 du matin du 30 juin. Entre 1.146 et 1.153 individus sont ainsi envoyés vers Auschwitz-Birkenau, à bord de wagons à bestiaux[170].
Dans ces conditions, le camp de Drancy permet de ne pas disperser les 21 nouveaux arrivants. Comme on peut le constater dans le cahier des entrées, ils sont tous assignés à l’escalier n° 18 (bloc V) : les hommes à la chambre n° 4 et les femmes à celle n° 2[171].
Ces informations sont confirmées par le fichier des internés du camp de Drancy, qui a été complété et mis à jour pendant toute l’activité du camp et encore après la guerre. La fiche personnelle de Nathan/Neuschem WALTER reprend les principales informations le concernant : son numéro de matricule (et celui de sa femme), son nom et son prénom, sa date et son lieu de naissance, sa nationalité (sa naturalisation obtenue en 1925), sa profession (« S.N.C.F. »), son domicile (101 rue du Faubourg du Temple), sa situation familiale (« M0E » = marié zéro enfants) et sa date d’internement à Drancy (30/06/1944)[172].
Les fiches les concernant permettent également d’apprendre que Nathan/Neuschem WALTER, comme sa femme, a été considéré « déportable immédiatement » (lettre « B ») et a changé plusieurs fois d’emplacement à l’intérieur du camp[173].
Figure 56. Fiches du camp de Drancy des époux WALTER, mises à jour jusqu’à la Libération (© Archives Nationales. Source : AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246850_L et 246825_L).
Après l’assignation initiale à l’escalier n° 18, les époux WALTER ont dormi à proximité l’un de l’autre, dans le bloc I. Dans l’escalier n° 1, ils sont encore une fois divisés : Cécile/Cypora dans la chambre n° 1 et Nathan/Neuschem dans la chambre n° 2. En revanche, lorsqu’ils sont assignés à l’escalier n° 2, ils sont réunis dans la chambre n° 4[174]. Or, c’était dans les premiers escaliers, près de l’entrée du camp, qu’on consignait les internés à la veille de leur déportation, permettant la mixité entre les hommes et les femmes[175].
Figure 57. Les escaliers attribués aux époux Walter dans le plan du rez-de-chaussée du camp de Drancy (Pour le dessin : © Mémorial de la Shoah, Paris (France). Source du dessin : Mémorial de la Shoah, Paris (France), CCXLV_364 ; voir Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1722).
Il s’agit des derniers moments que Nathan/Neuschem et sa femme Cécile/Cypora ont pu passer ensemble.
E. Déportés et séparés à jamais
Le 31 juillet 1944, 1.306 personnes[176] sont conduites au petit matin par bus à la gare de Bobigny où elles sont enfermées dans des wagons à bestiaux. Le convoi n° 77 part vers midi, sous une chaleur étouffante. Parmi eux on retrouve environ 53 % d’hommes et 46 % de femmes, avec presque un quart de cet ensemble constitué d’enfants, dont une grande partie raflée entre le 21 et 24 juillet dans les maisons d’enfants de l’UGIF à Paris et en région parisienne. On y retrouve également presque toutes les 17 personnes transférées du dépôt de la Préfecture de Police à Drancy le 30 juin, à la seule exception de Sarah KELECHIAN née SAPSA, grâce à son statut d’épouse d’un « aryen »[177].
Dans le convoi parti le 31 juillet 1944 on retrouve en revanche deux autres cheminots, qui étaient des résistants d’origine juive. D’une part, le résistant juif Claude LÉON, né à Paris le 16 mai 1894, est recruté à la SNCF et mis à la disposition comme interprète de son équivalent allemand (Reichbahn) à Saint-Malo, au moins depuis le 23 mars 1943 ; il est arrêté le 20 janvier 1944 par la Gestapo, puis interné le 15 mai 1944 à Drancy[178]. D’autre part, Jean-Guy BERNARD, né à Paris le 22 novembre 1917, a été notamment le responsable du groupe NAP-Fer, devenu Résistance-Fer ; il est arrêté par la Gestapo le 28 janvier 1944 et interné à Drancy le 14 juillet suivant[179]. Ces deux hommes sont très probablement assassinés dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau, sans qu’on puisse savoir s’ils appartiennent au « wagon des évadés », assassinés dès leur arrivée pour punir leur tentative d’évasion.
Il est important de souligner que la liste des personnes déportées dans le convoi n° 77 fait partie des très rares listes qui ne sont pas conservées dans leur version originale, comme pour les convois n° 1, n° 76, n° 78 et n° 82[180]. La liste des déportés non-rentrés du convoi n° 77 a été reconstituée par le Ministère français des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, entre 1945 et 1946[181]. Ce document est conservé au Mémorial de la Shoah de Paris[182] et les erreurs qu’il contient ont fait l’objet de nombreuses recherches et de vérifications documentées.
Figure 58. Détail de la liste des déportés non-rentrés du convoi n° 77, établie par le ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés entre 1945 et 1946 (© Mémorial de la Shoah, Paris (France). Source : Mémorial de la Shoah, C77, p. 61, en ligne : ressources.memorialdelashoah.org).
Le témoignage d’Yvette LÉVY née DREYFUSS permet de reconstruire le départ du convoi n° 77, dans lequel les époux WALTER se trouvent. Les internés destinés à la déportation sont avertis de leur départ le 30 juillet, la veille ; le matin du 31, ils sont rassemblés dans la cour du camp de Drancy et chargés dans des autobus par groupe de 50, en direction de la gare de marchandises de Bobigny, en traversant vers huit heures une ville de Drancy bien animée. Les soldats allemands, armée de fusils mitrailleurs procèdent alors à charger les déportés dans les wagons à bestiaux[183].
Le trajet a été long et pénible, traversant pendant de longues journées l’est de la France et une bonne partie du territoire appartenant alors à l’Allemagne nazie de l’époque[184].

Figure 59. Itinéraire du convoi de déportation n° 77.
(© Convoi 77. Source : convoi77.org).
Dans la nuit du 3 août, à l’arrivée à Auschwitz-Birkenau, une sélection des déportés « aptes au travail » est effectuée directement à la descente des wagons, sur la « Neue Rampe » construite – au milieu de ce complexe concentrationnaire – pour gérer l’arrivée massive de juifs hongrois en mai 1944.
Le convoi n° 77 constitue l’apport le plus important pour la journée du 3 août 1944. Le travail de recherche de Danuta CZECH a permis d’identifier pour ce jour-ci l’enregistrement à Auschwitz-Birkenau d’autres 433 arrivées, et l’assassinat de 39 personnes parmi ces individus[185].
Dans les souvenirs de Raphaël FEIGELSON, déporté survivant du convoi n° 77, l’arrivée sur la rampe est ouverte par des démonstrations brutales de violence :
Auschwitz, dès qu’on est descendu des wagons, on a été en prise directe avec un autre monde. J’ai une image d’un SS qui prend un bébé des bras de sa mère par les pieds et qui le fracasse contre les murs du wagon. Un autre qui prend un bébé aussi des bras de sa mère qui le jette en l’air et qui tire dessus. Quand on voit ça à l’arrivée, on ne sait plus où on est. Ils nous ont mis comme ça dans l’ambiance[186].
En 2004, Yvonne LÉVY née DREYFUSS – également rescapée du convoi n° 77 – précise que cette arrivée nocturne est accompagnée par les « hurlement » des Allemands, « avec des chiens qui aboient encore plus fort », sous la lumière « des projecteurs » ; elle évoque aussi la « sélection » et la présence d’une ambulance[187].
Pour comprendre ce moment, dans la photographie n° 27 de l’Album d’Auschwitz on peut observer le médecin Willi SCHATZ qui sélectionne les hommes et les femmes destinés au travail forcé et à l’entrée dans le camp ; dernière, une troisième file regroupe ici les femmes jugées « inaptes » au travail[188]. Les personnes qui ne pouvaient pas se déplacer aisément étaient regroupées et chargées dans un camion, comme on peut le voir dans la photographie n° 33 de l’Album d’Auschwitz[189]. Les enfants, les vieillards et toute personne jugée « inapte » ne sont ainsi pas immatriculés : ils sont dirigés directement aux chambres à gaz, en direction des crématoires II et III, ou bien du Bunker II, qui était à l’époque désigné comme le Bunker V[190].
Figure 60. Photographie n° 27 de l’« Album d’Auschwitz », découvert par Lilly JACOB-ZELMANOVIC MEIER en 1945, prise le 26 mai 1944 par Bernhard WALTER, chef du service anthropométrique (Yad Vashem Photo Archive – Archives photographiques du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem, FA268/26, public domain – domaine public).
Figure 61. Photographie n° 33 de l’« Album d’Auschwitz » (Yad Vashem Photo Archive – Archives photographiques du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem, FA268/32, public domain – domaine public).
Le 3 août 1944, seulement 291 hommes (env. 41 %) et 183 femmes (env. 30 %) du convoi n° 77 entrent dans le camp et sont enregistrés et tatoués, respectivement avec les matricules B 3.673-B 3.963 et A 16.652-A 16.834[191]. Au total, ce sont 474 déportés à entrer dans le camp de concentration (environ 36 % du total).
Cécile/Cypora WALTER est enregistrée avec le matricule « A 16.826 », qui a dû être tatoué sur son avant-bras gauche, parmi les derniers attribués aux femmes de ce convoi, ces numéros respectant dans une certaine mesure l’ordre alphabétique[192].
Figure 62. Fiche du camp de Drancy de Cécile/Cypora (« Cypora ») WALTER née TYSZLER, mise à jour jusqu’à la Libération, recto et verso (© Archives Nationales. Source : AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246825_L et 246826_L).
En revanche, la blessure de guerre au genou droit peut contribuer fortement à justifier l’hypothèse que Nathan/Neuschem WALTER ne soit jamais entré dans le camp de concentration, outre la faiblesse physique constatée à plusieurs reprises lors des visites médicales militaires françaises[193] et les conditions difficiles de l’internement à Drancy et du voyage. Il appartient très probablement au groupe nombreux des 836 déportés du convoi n° 77 dont les traces se perdent : leurs noms ne sont pas enregistrés dans la documentation du camp et il est alors très probable qu’ils sont assassinés peu de temps après leur arrivée dans les chambres à gaz et que leurs dépouilles sont incinérées dans les fours crématoires ou dans les fosses et les bûchers proches du Bunker V.
Si on admet que Nathan/Neuschem WALTER est né dans la ville de Lubień Kujawski le 13 octobre 1899, sa vie se termine environ 300 km au sud de celle-ci, peu de temps avant son 45e anniversaire.
L’assassinat de Nathan/Neuschem WALTER est la conséquence d’une politique de discrimination, de surveillance et de persécution qui a impliqué de nombreux responsables français et allemands. Il fut ainsi l’une des victimes de cette politique génocidaire, étant ciblé uniquement en tant que « Juif », nonobstant sa nationalité française et nonobstant son statut d’ancien combattant et de blessé de guerre.
4. Nathan/Neuschem WALTER après la Seconde Guerre mondiale
Nous complétons la biographie de Nathan/Neuschem WALTER par la reconstruction des parcours de ses proches et par les actions administratives mémorielles qui – jusqu’à la publication de cette biographie – lui ont fait une place dans la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.
A. Ceux qui restent, après la guerre
La femme de Nathan/Neuschem WALTER fait l’objet d’une biographie à part, mais il est important de noter ici que Cécile/Cypora née TYSZLER elle est de retour à Paris le 28 mai 1945[194].
Sur David WALTER, le père de Nathan/Neuschem, n’avons aucune nouvelle pour l’année 1944, mais il ne semble pas avoir connu l’internement. Nous le retrouvons au mois de juillet 1945, domicilié dans l’immeuble où son fils a été arrêté : au 101 rue du Faubourg du Temple. Il habite avec sa belle-fille, puisque Cécilé/Cypora doit héberger chez elle une de ses sœurs avec ses trois enfants, le père et mari étant mort en déportation[195]. En 1946, nous apprenons que l’appartement occupé par David WALTER est au troisième étage gauche de cet immeuble[196].
En 1946, le beau-père et la belle-fille sont enregistrés séparément dans le recensement de la population parisienne, à proximité des témoins de l’arrestation déjà cités : David (« chimiste ») parmi les premiers ménages, proches de la concierge Mme Juliette DRUART ; Cécile/Cypora (« maroquinière ») à côté de son voisin Marcel STABELS[197].
Figure 63. Les deux ménages WALTER, celui DRUART et celui STABELS au 101 de la rue du Faubourg du Temple dans le recensement de la population parisienne de 1946 (© Archives de Paris. AP-RP/PHA, D2M8 874, 1946, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, ménages nos 9321-9351, en ligne)
David WALTER, après vingt et un ans de service en tant que « mélangeur de produits chimiques » dans la « Compagnie de caoutchouc manufacturé ‘‘Dynamic’’ » (34 rue Piat, 20e arr.)[198], prend enfin sa retraite en février 1946, bénéficiant d’une maigre « retraite des Vieux Travailleurs »[199]. Il est alors malade et continue de se soigner, entre l’appartement parisien et la maison du Chemin des Vignes à Garges-lès-Gonesse (Seine-et-Oise, aujourd’hui Val-d’Oise). Or, il déménage dans sa maison de campagne entre fin avril et la mi-mai 1948 ; il y vit dans un relatif isolement[200].
Comme il apparaît dans la « Table des successions et absences », David Enoch WALTER décède dans sa maison de Garges-lès-Gonesse le 5 octobre 1950, âgé de 77 ans. Il laisse comme seule « héritière : Cypora Tyszler Veuve Walter, belle-fille »[201].
Le 9 octobre suivant, le corps du père de Nathan/Neuschem est inhumé, comme celui de sa femme, dans le cimetière parisien de Bagneux[202].
Il est regrettable que la photographie signalant la sépulture de David WALTER soit si détériorée, car il s’agit à ce jour de l’unique portrait connu de l’un des parents de Nathan/Neuschem WALTER.
Figure 64. Détail de la pierre tombale collective portant, en dernière ; l’inscription commémorative du décès du père de Nathan/Neuschem WALTER : « M[onsieu]r David Enoch Walter. Décédé le 5 octobre 1950 à l’âge de 77 ans », Cimetière parisien de Bagneux (© Mairie de Paris. Photographie d’Ilario MOSCA).
Figure 65. Portrait photographique qui accompagne l’inscription tombale de David Enoch WALTER (décédé le 05/10/1950), Cimetière parisien de Bagneux (© Mairie de Paris. Photographie d’Ilario MOSCA).
Nous n’avons aucune nouvelle de la « sœur en Pologne » que David WALTER déclarait avoir en 1925[203].
B. Les bureaucrates, les juges et la veuve WALTER
C’est la femme de Nathan/Neuschem WALTER qui est la principale protagoniste des longues démarches administratives entreprises pour faire reconnaître les motivations raciales de son arrestation ainsi que son décès sans sépulture.
Cécile/Cypora WALTER arrive à Paris le 28 mai 1945[204] et obtient dès le 23 juillet 1945 un certificat du « Bureau des fichiers et des statistiques » attestant la date d’internement à Drancy et la date de déportation de son mari[205]. Le même jour, selon des annotations manuscrites apposées au verso de leurs fiches du camp de Drancy, deux certificats sont remis à Cécile/Cypora : celui n° 28.075 concernant son mari et celui n° 28.076 la concernant directement[206].
Cypora n’est toutefois pas la seule à s’engager pour obtenir des renseignements sur la disparition de son mari. Dès le 31 août 1945, le service central du personnel de la SNCF, son employeur, se mobilise. Deux fiches identiques sont adressées ce jour-ci par Paul GITTON, « chef du Service des prisonniers et déportés de la S.N.C.F. » (8 Rue de Londres, Paris, 9e arr.), au Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés : on y relate l’arrestation du « 29 Juin 1944 » à cause de son « origine Juive » et le lieu de son internement (Drancy), mais on y considère que la « Date et lieu du départ pour l’Allemagne » et l’« Adresse supposée en Allemagne » sont « Inconnue[s] ». C’est seulement par la suite que sur la fiche la même main ajoute des renseignements complémentaires : « arrivé le 30 Juin 44. Déporté de Drancy le 31 Juillet 44 »[207].
Figure 66. Une des deux fiches de signé par Paul GITTON de la SNCF le 31/08/1945 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Le 23 novembre 1945, le même Paul GITTON envoie une « Demande de recherches pour déporté » d’une richesse remarquable, car probablement issue du dossier personnel de Nathan/Neuschem WALTER, que nous n’avons pas réussi à retrouver ni dans les archives de Béziers ni dans celles du Mans[208].
On y trouve une photographie d’identité en noir et blanc, qui est à ce jour la seule image de Nathan/Neuschem WALTER. Elle est probablement issue de son dossier personnel auprès de la SNCF, ce qui laisse espérer que cette documentation ne se soit pas perdue pendant la guerre. C’est probablement ce même dossier – qu’on imagine ouvert en 1942 et mis à jour jusqu’en 1944 – qui a fourni des informations très précises sur les « signes particuliers » de Nathan/Neuschem.
Sa taille de 1,65 m (presque la même que dans sa visite médicale de 1926[209]), son « front légèrement découvert », ses « yeux marrons », son « nez fort » ; on y trouve surtout la seule mention identifiée à ce jour de sa « blessure de guerre [au] genou droit ».
Cette fois, la SNCF complète les « circonstances de l’arrestation » (29 avril 1944 et « origine juive ») avec la « date de la déportation » et le « camp […] en Allemagne » : respectivement, « 31 juillet 1944 » et « AUSCHWITZ »[210].
Figure 67. « Demande de recherche de déporté » présentée par Paul GITTON, Chef du Service des Prisonniers et Déportés Civils de la SNCF, le 23/11/1945 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Toutes ces démarches étaient suivies par le service du personnel de la SNCF par un fichier synthétique qui précisait la référence administrative citée dans la « Demande de recherche pour déporté » du 23 novembre 1945 : « P.C. 44.279 », dans lequel 44 indiquait l’« arrondissement » et 279 le « numéro de dossier ».
Dans les archives de la SNCF, Nathan/Neuschem WALTER apparaît dans une « Liste nominative des agents arrêtés par les Allemands et sans nouvelles » datée du 26 septembre 1946, énumérant un total de « 334 agents ». Dans ce document, « WALTER Neuchem » est présent avec le grade de « canton[nier] auxi[liaire] », la résidence parisienne, l’affectation à la « Rég[ion] S[ud]-E[st] », la date et la motivation raciale de son arrestation (« 29.6.44 » et « Origine juive »)[211].
Figure 68. Détail de la « Liste nominative des agents arrêtés par les Allemands et sans nouvelles » (26/09/1946), p. 28 (© Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques. Source : SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 4, en ligne : archives.sncf.com p. 18).
Entretemps, les démarches de Cécile/Cypora continuent. Le 2 février 1946, elle est à l’origine de deux « Fiche[s] de renseignement » identiques portant sur une personne arrêtée, déportée et déportée hors de France, au sujet de son mari, arrêté par la « Police française » avec la motivation suivante : « Israélite »[212].
Figure 69. Une des deux fiches de renseignement remplies pour le compte de « Walter Cupora » (sic) le 12/02/1946 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Puis, le 15 janvier 1947 elle présente une « DEMANDE formulée en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un ‘‘non-rentré’’ » au Service de l’Etat Civil du Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre[213]. Cette demande enrichie le dossier n° 42.153 concernant l’incertitude sur le sort du Nathan/Neuschem WALTER, à cause de l’absence de documents et de témoins sur sa mort.
Le 12 juillet 1947, le « Bureau de l’État-Civil Déportés » du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre délivre enfin l’« Acte de disparition » de Nathan/Neuschem WALTER, comportant l’annotation « Déporté racial ». On y intègre les principales informations sur son arrestation, son internement et son départ en déportation ; « Arrêté 29 Juin 1944 à Paris. Interné à Drancy. Déporté 31 Juillet 1944 en direction d’Auschwitz (Pologne) ». Cet acte permet à la famille du disparu de demander « un jugement déclaratif d’absence » simplement écrivant une « simple lettre au Procureur de la République du domicile du disparu »[214].
Cécile/Cypora WALTER signe le 18 août 1947 un document attestant la réception de l’acte de disparition de son mari[215]. Or elle ne tarde pas à écrire la « simple lettre », car le Procureur de la République près le Tribunal Civil de la Seine (7e Section) écrit à son tour au Ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre une lettre qui est tamponnée « arrivée » le 23 et le 24 février 1948. Le Procureur demande un avis, la transmission du dossier et la vérification de l’existence d’un acte de décès[216].
Sans plus attendre, c’est le « Chef du Bureau de l’Etat-Civil Déportés », pour le compte du Ministre qui écrit le 11 mars 1948 à « Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de 1re Instance de la Seine – 7ème section. Paris ». On y confirme que ce dossier ne contient « aucun document permettant de conclure au décès », mais on y revient sur la date et le lieu d’arrestation, le lieu d’internement et la date de déportation : « le 31 juillet 1944 en direction d’Auschwitz (Pologne) ».
Le ministre communique ainsi son « avis » : « de fixer la date du décès au 5 août 1948 [sic ! il faut lire 1944], soit 5 jours après le départ du camp d’internement en France et le lieu de décès à Auschwitz, lieu de destination du convoi dont faisait partie le disparu. » La justification de ce calcul fait partie de la partie pré-dactylographié de la lettre, qui appartient donc aux connaissances acquises par le Bureau de l’Etat-civil Déportés sur l’assassinat systématique et rapide de catégories spécifiques des individus déportés en tant que « Juifs » :
C’est en effet la règle suivie par mes services lorsqu’ils sont saisis d’une demande de régularisation de l’état-civil d’un Israélite de plus de 55 ans ou de moins de 14 ans, cas où ils établissent un acte de décès en se basant sur la documentation concernant les camps de déportés israélites, d’après laquelle les déportés de cet âge étaient systématiquement exterminés dès leur arrivée au camp soit approximativement 5 jours après leur départ de France[217].
Or, Nathan/Neuscheim avait environ 45 ans au moment de sa déportation, mais sa blessure de guerre rend très probable une sélection comme « inapte au travail » et donc un assassinat immédiat.
Figure 70. Détail de la lettre envoyée par le chef du Bureau de l’état-civil déportés, Paris, le 11/03/1948 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Le 30 avril 1948 le Tribunal civil de la Seine impose la rédaction d’un acte de décès dans les registres de l’État civil. Toutefois, dans cet acte on ne suit pas l’avis circonstancié du ministre et on affirme que Nathan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER est décédé le jour et dans le lieu de son départ pour la déportation : le 31 juillet 1944 à Drancy[218].
Figure 71. Sur la gauche : acte de décès dactylographié de Nathan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER enregistré dans l’état civil du 10e arrondissement de Paris le 19/06/1948 (© Archives de Paris, 10D 488, Actes d’état civil, 10e arr., Décès, 1948, Acte n° 1.736, en ligne).
En même temps, la « Section des Prisonniers et des Déportés Civils » de la SNCF, dirigée par Paul GITTON, continue de s’intéresser au sort de Nathan/Neuschem WALTER et des autres « agents déportés ». Le 23 septembre 1948 elle envoie une note informative à la sous-direction de l’Etat-Civil et des Fichiers (Direction du Bureau National des Recherches) du Ministère des Anciens Combattant et des Victimes de Guerre. Ce sont les informations reçues « de M. MICHEL Emmanuel, Président des Déportés Patriotes, Comité de Trouville, Pavillon 6, Gare de Deauville (Calvados) concernant des agents S.N.C.F. déportés non rentrés ».
Sur Nathan/Neuschem WALTER, ou plutôt sur son convoi, on relate ainsi des rumeurs sans aucun fondement ni de source précise :
déporté le 31.7.1944, une partie de ce convoi est venue à Auschwitz et a été réembarquée pour une autre destination inconnue, on présume Bresual ; l’autre partie est restée à Birkenau quelques jour et, ensuite, a été exterminée[219].
Le suivi du service de GITTON à la SNCF continue, car le 21 septembre 1949 il sollicite à nouveau le Bureau des Fichiers et de l’état-civil déportés « au sujet de M. WALTER Neuchem ». Toutefois, on y apprend de manière étonnante que « toutes les recherches faites pour retrouver la famille de l’intéressé sont restées infructueuses », alors qu’à cette date il aurait été facile d’écrire directement à son père et à sa veuve, à la dernière adresse postale parisienne de l’« ex-agent ». Paul GITTON demande surtout à connaître « la date de décès fixée […] et si la mention ‘‘mort pour la France’’ a été attribuée à M. WALTER Neuschem »[220].
Les objectifs statistiques et mémoriels du service dirigé par Paul GITTON à la SNCF est perceptible aussi grâce à la documentation conservée au Service Archives et Documentation du Groupe SNCF. On y trouve d’une part des fiches individuelles permettant de connaître les principales informations sur ces agents et sur les démarches entreprises après leur disparition et jusqu’au mois de décembre 1950[221].
Figure 72. Fiche de « Neuchem WALTER » (recto et verso) dans le dossier « Agents arrêtes, incarcérés, déportés par les Allemands pour différents motifs (vols, résistance, actes anti-allemands…). – Agents déclarés disparus (1942-1945) » (© Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques. Source : SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, en ligne : archives.sncf.com).
C’est précisément le 30 décembre 1950 que d’autre part Paul GITTON prépare la fin de l’activité de son service, signant une série de documents récapitulatifs du travail de recherche et de suivi de la « Section des Prisonniers et des Déportés Civils » de la SNCF. Nathan/Neuschem WALTER occupe la dernière place de la « Liste nominative des agents disparus (arrêtés par les Allemands ou par des tiers pour le compte des Allemands) »[222] :
| Nom et prénoms – Date de naissance | WALTER Neuchem 13.10.1899 |
| Grade – Résidence – Région | Cantonn[ier] Aux[ilier] – Paris – Rég[ion] Est |
| Date d’arrestation | 29.6.1944 |
| Motifs | Origine Juive |
| Observations | – Acte de disparition n° 42.153 du 12.7.1947
– Jugement déclaratif de décès demandé. |
Figure 73. « Liste nominative des agents disparus (arrêtés par les Allemands ou par des tiers pour le compte des Allemands) » (30/12/1950), p. 4 (© Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques. Source : SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 1, en ligne : archives.sncf.com. 183).
Il n’a pas été possible de savoir si le travail de la Section dirigée par Paul GITTON s’est poursuivi après cette date, mais il est certain que ces documents de synthèse ont été réalités dans le contexte de la préparation de la retraite de cet homme. Un article de l’hebdomadaire de la SNCF Notre Métier du 12 mars 1951 publie son portrait photographique et précise son poste de « chef d’études administratives adjoint au Service central du Personnel », où « il fut chargé en 1944 de la recherche des nombreux cheminots et de leurs familles déportés et fusillés dont la S.N.C.F. était sans nouvelle »[223].
Figure 74. Détail de l’article « Un départ au service du personnel » paru dans le magazine Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français (© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Source : Notre Métier, n° 290, 12/03/1951, p. 9, en ligne : gallica.bnf.fr).
Une autre importante démarche administrative entreprise par Cécile/Cypora WALTER est celle pour obtenir – auprès du Ministère des Anciens combattants et des Victimes de Guerre – la reconnaissance du statut de « déporté politique ». Cette demande (n° 16.132) est présentée le 18 février 1952 et reçoit différents avis favorables par l’administration à partir du 22 mars 1955. Le 5 mai 1955 le ministère envoie à Cécile/Cypora WALTER la carte de déporté politique n° 117.505.901, en tant que veuve de Nathan/Neuschem WALTER. Très important pour notre reconstruction biographique, la « Décision portant attribution de titre » comporte non seulement la « période d’internement prise en compte » (« du 26 [sic ! il faut lire 30] juin 1944 au 30 juillet 1944 », mais également la « période de déportation prise en compte » : du départ du convoi (« du 31 juillet 1944 ») à la date avancée par le ministre pour la mort de Nathan/Neuschem à Auschwitz : le « 5 août 1944 »[224].
Or, nous avons vu que l’acte de décès établi en 1948 affirme que Nathan/Neuschem est mort à Drancy le 31 juillet 1944.
La correction de cette erreur historique est tardive, dix-sept ans après la mort de Cécile/Cypora WALTER. Seulement le 27 décembre 2001, un arrêté du ministère de la Défense décide enfin de suivre l’avis du ministre du 11 mars 1948 : on ordonne ainsi d’apposer sur l’acte de décès la mention « Mort en déportation », affirmant que cela s’est produit « le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne) »[225].
Figure 75. Journal officiel de la République française, Lois et décrets, 134e année, n° 51, 01/03/2002, p. 3940 et 3943 (détails).
Figure 76. Détail de l’acte de décès dactylographié de Nathan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER enregistré dans l’état civil du 10e arrondissement de Paris le 19/06/1948 : rectification inscrite le 06/03/2003 (© Archives de Paris, 10D 488, Actes d’état civil, 10e arr., Décès, 1948, Acte n° 1736, en ligne : « ‘‘Mort en déportation’’ et rectifié par décision du 03 mars 2003 (arrêté du 27 décembre 2001 du Ministère de la Défense) en ce sens que le défunt est décédé le 05 août 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine). Paris, le 06 mars 2003 »).
Les démarches entreprises pour connaître la vérité sur le sort de Nathan/Neuschem WALTER ont aussi exploré la piste du camp d’Auschwitz. Déjà une annotation du 14 décembre 1954 dans une « Fiche de contrôle » de la « Section de la documentation et des recherches » du ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre contenait en bas l’observation « Rien à Auschwitz »[226].
Figure 77. Fiche de contrôle de la « Section de la documentation et des recherches » du Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre, novembre-décembre 1954 (© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
En 1965, l’Ambassade de France auprès de la République Fédérale d’Allemagne permet de solliciter le Service International des Recherches (à Arolsen) au sujet du sort à Auschwitz de Nathan/Neuschem WALTER, mais le résultat communiqué au mois de novembre 1965 est « Néant »[227].
C’est ainsi que la nouvelle « Fiche de contrôle » établie en décembre 1965 reprend essentiellement les informations déjà connue par le Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre dix ans auparavant[228].
Figure 78. Fiche de contrôle de N athan/Neuschem (« Neuschein ») WALTER, 02/12/1965
(© Service historique de la Défense. Source : SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694).
Nous constatons ainsi les longues et multiples démarches entreprises par la veuve de Nathan/Neuschem WALTER, afin d’obtenir la reconnaissance d’abord de son décès puis du statut de déporté politique. Les services de la SNCF ont également un rôle dans la recherche de la vérité sur le sort de cet agent, mais semblent peu efficace dans la recherche de sa veuve : Paul GITTON semble plus intéressé par un comptage statistique, au service de la mémoire d’une société qui a joué un rôle clé dans l’engrenage génocidaire dont M. WALTER est une des nombreuses victimes.
C. La mémoire publique de Nathan/Neuschem WALTER
Dans cette dernière sous-partie nous analysons comment le travail des pouvoirs publics, de la SNCF et des acteurs de la mémoire de la Shoah en France ont porté – jusqu’à la publication de cette biographie en ligne – la mémoire publique de Nathan/Neuschem WALTER.
Comme nous l’avons vu, au moins depuis le 31 août 1945, le Service des prisonniers et déportés de la SNCF est actif auprès des pouvoirs publics pour connaître le sort de Nathan/Neuschem WALTER, arrêté et intenté à cause de son « origine Juive »[229].
Or, le 29 novembre 1946 l’hebdomadaire de la SNCF Notre Métier publie une « Liste des agents S.N.C.F. non rapatriés d’Allemagne (au 30 juin 1946) », dans le but d’obtenir des « renseignement complémentaires ». En trois pages fort denses, ces agents sont classés en quatre catégories : « Prisonniers de guerre », « Travailleurs déportés (S.T.O.) », « Mobilisés et F.F.I. disparus » et « Déportés politiques »[230].
Nathan/Neuschem WALTER s’y retrouve parmi les derniers déportés politiques, le statut attribué aux victimes des persécutions raciales.
On y publie une série d’informations succinctes, compte tenu des contraintes éditoriales : d’abord, l’année et le lieu de naissance (« 1899 Lublin (sic), Pologne ») ; puis, des informations sur son poste et son affectation (« cantonnier Paris-Est, Région Est ») ; enfin, des informations synthétiques sur son arrestation, son internement de sa déportation (« arrêté 29-6-44, Drancy, déporté 31-7-44 Auschwitz »)[231].
Figure 79. Détail de la couverture du magazine Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français (© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Source : Notre Métier, n° 82, 29/11/1946, en ligne : gallica.bnf.fr).
Figure 80. Détail de l’article « Liste des agents S.N.C.F. non rapatriés d’Allemagne (au 30 juin 1946) » paru dans le magazine Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français (© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Source : Notre Métier, n° 82, 29/11/1946, p. 8, 9 et 12, en ligne : gallica.bnf.fr).
Cet article participe en réalité non seulement du travail de la section dirigée par Paul GITTON, mais plus en général des efforts de la SNCF pour s’inscrire pleinement cette société et ses agents dans la France combattante et résistante, malgré les ombres portées par le rôle crucial dans les politiques de l’occupant.
Cet hebdomadaire de la SNCF, au moins dès janvier 1945, affiche les « citations à l’ordre de la S.N.C.F. »[232] et, dès mars 1945, les inscriptions d’agents « au livre d’or – Famille cheminote des armées »[233] ; toujours en mars 1945 on y met en avant « la place de choix » occupée par la « Résistance-Fer » à l’exposition FFI du Palais Berlitz[234], le rôle de la SNCF dans « le rapatriement des Français détenus en Allemagne »[235] ; au mois d’avril 1945, on commence à valoriser les « cheminots rapatriés d’Allemagne »[236] et, le 25 mai, les soins apportés dans les hôpitaux parisiens aux « déportés rapatriés de Buchenwald »[237]. Ces efforts culminent dans l’appel à témoignages et à documents lancé le 8 juin 1945 « Pour constituer le Mémorial de la S.N.C.F. en guerre »[238].
Dans ce contexte, c’est au moins à partir du 6 juillet 1945 que la section dirigée par Paul GITTON publie des listes de « prisonniers et déportés » dans le même hebdomadaire de la SNCF, sollicitant « les personnes susceptibles de donner des renseignements […] de les fournir au Bureau des Prisonniers et Prisonniers Civils de la S.N.C.F., 8 rue de Londres Paris (9e) »[239].
Et c’est toujours à partir de l’été 1945 que les premières « plaques commémoratives » commencent à être posées dans les gares et dans d’autres locaux relevant des activités de la SNCF[240].
Or, il serait intéressant de connaître la place de Nathan/Neuschem WALTER dans le travail de préparation et de réalisation des « plaques commémoratives ». Nous nous sommes appuyés principalement sur les indications très précieuses mises en ligne[241], complétées par les aimables échanges entretenus avec le Cercle Généalogique des Cheminots. Nous devons à son président, Henri DROPSY[242], le signalement de trois plaques sur lesquelles le nom Nathan/Neuschem WALTER a été inscrit parmi les cheminots morts du fait de la Seconde Guerre mondiale.
Deux plaques commémoratives signalées par M. DROPSY se concentrent autour de la Gare de Lyon, centre du complexe parisien de la Région Sud-Est, là où Nathan/Neuschem aurait été en service au moment de son arrestation, même si nous ne disposons pas de documents datés qui seraient explicites sur ce passage.
La première plaque est aujourd’hui perdue. Elle était localisée « dans l’entrée à gauche » de l’« Ex-Direction du Matériel », au numéro 15 de la rue Traversière (Paris, 12e arr.). Elle commémorait les 145 cheminots morts pour faits de guerre lors des deux conflits mondiaux et rattachés à trois services : « La S.N.C.F. à ses morts : Service central 1er et 2e arrondis[semen]ts V[oie] – Service de la construction – Service régional, 1er arrondissement V[oie et] B[âtiments] »[243].
Figure 81. Plaque commémorative « La S.N.C.F. à ses morts… » dans l’entrée du numéro 15 de la rue Traversière (Paris 12e arr., ancien bâtiment de l’« Ex-Direction du Matériel », aujourd’hui perdue (© Cercle Généalogique des Cheminots – Henri DROPSY).
A la dernière ligne de la dernière colonne, nous retrouvons « WALTER Neuchen cant[onnier] aux[iliaire] ».
Figure 82. Détail de la plaque commémorative « La S.N.C.F. à ses morts… » dans l’entrée du numéro 15 de la rue Traversière (Paris 12e arr., ancien bâtiment de l’« Ex-Direction du Matériel », aujourd’hui perdue (© Cercle Généalogique des Cheminots – Henri DROPSY).
On peut avancer l’hypothèse que cette grande plaque correspond à celle qui est inaugurée le 23 août 1947 dans le hall du bâtiment parisien de la rue Traversière. Il s’agit à cette époque des locaux du « Service régional V[oie et] B[âtiments] à Paris »[244], exactement le service dans lequel travaillait Nathan/Neuschem WALTER[245].
Figure 83. Détails du numéro 123 de l’hebdomadaire Notre Métier, du 4 novembre 1947 (© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Source : Notre Métier, n° 123, 04/11/1947, p. 6-7, en ligne : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6685787r/f6.item et gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6685787r/f7.item).
Or, la mémoire de Nathan/Neuschem WALTER aurait été ainsi honorée seulement 42 jours après l’établissement, le 12 juillet 1947, de son « Acte de disparition » par le Bureau de l’état-civil déportés du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, qui avait également reconnu le caractère « racial » de sa déportation[246].
Grâce aux informations fournies par Henri DROPSY, nous apprenons que cette inscription a été affectée par les travaux entrepris dans cette entrée, lors d’un changement de services. Elle est alors recouverte par une plaque de plâtre, puis remplacée par la pose d’une plaque noire, dont M. DROPSY nous a fourni une photographie. Ici, les noms des trois sections et les postes des victimes sont omis, laissant à la dernière ligne de la dernière colonne la simple inscription « WALTER Neuchen ».
Figure 84. Plaque commémorative « La S.N.C.F. à ses morts » dans l’entrée du numéro 15 de la rue Traversière (Paris 12e arr., ancien bâtiment de l’« Ex-Direction du Matériel » ; les traces de cette plaque ont été perdues (© Cercle Généalogique des Cheminots – Henri DROPSY).
Après la vente du bâtiment, le nouveau relevé effectué le 23 juin 2017 par Henri DROPSY a permis de constater l’état de dégradation de la plaque : de l’inscription concernant Nathan/Neuschem WALTER subsistent alors seulement les deux dernières lettres du prénom, suivies par son grade[247].
Figure 85. Détail de la plaque commémorative « La S.N.C.F. à ses morts… » dans l’entrée du numéro 15 de la rue Traversière (Paris 12e arr., ancien bâtiment de l’« Ex-Direction du Matériel » ; la plaque y est partiellement détruite (© Cercle Généalogique des Cheminots – Henri DROPSY).
C’est dans ces circonstances que, toujours grâce à Henri DROPSY, nous apprenons qu’une nouvelle plaque est réalisée et posée dans un bâtiment relevant du service du Matériel de la SNCF : le campus CAMPRA, dans la commune de Saint-Denis (Seine – Saint-Denis). M. DROPSY nous a communiqué qu’au début du mois de juillet 2025 ce bâtiment se trouve vidé des services SNCF qui l’occupaient, mais conserve cette inscription, qui est une dérivation de la grande plaque de la rue Traversière[248]. On y retrouve, à la dernière ligne de la dernière colonne, le nom « WALTER Neuchen ».
Figure 86. Plaque commémorative « La S.N.C.F. à ses morts… », réplique de celle de la rue Traversière, actuellement dans l’entrée du campus SNCF CAMPRA, anciens locaux du service du matériel (La Plaine Saint-Denis) (© Cercle Généalogique des Cheminots – Henri DROPSY).
Des trois plaques commémoratives signalées par Henri DROPSY, la seule qui est actuellement accessible au public se trouve dans le Hall 1 de la gare de Lyon, à Paris, face aux dernières voies de cet espace très fréquenté (M-N)[249].
Figure 87. Trois plaques commémoratives d’agents de la SNCF « tombés au champ d’honneur, guerre de 1914-1918 » (partie supérieure-gauche), « morts pour la France, guerre de 1939-1945 » (partie supérieure-droite) et « tués par faits de guerre, 1939-1945 » (partie inférieure) (© Photographie d’Ilario MOSCA, 10/06/2025).
La plus importante des trois plaques posées à proximité (« A la mémoire des agents de la S.N.C.F. tués par faits de guerre, 1939-1945 ») présente le nom de « WALTER Neuschen, cantonnier auxiliaire » dans la partie « Voie et Bâtiments – Section de Paris I ».
Il n’a pas été possible d’identifier la date ou la période de réalisation ou de pose de cette plaque. Toutefois, sa préparation aurait pu occuper les services de la SNCF quelques années après la fin de la guerre, car encore le 21 septembre 1949 Paul GITTON écrit au Bureau des Fichiers et de l’état-civil déportés « au sujet de M. WALTER Neuchem » et s’intéresse à l’éventualité que « la mention ‘‘mort pour la France’’ [lui soit…] attribuée »[250]. Or, comme la plaque la plus petite, réservée aux « agents morts pour la France », ne présente pas de doublons avec la grande plaque, on peut avancer l’hypothèse que ce travail d’investigation entrepris par Paul GITTON ait retardé la pose de ces plaques, au moins dans la version qui est encore visible.
Figure 88. Détail de la photographie précédente, concernant la partie « Voie et bâtiments, Section de Paris I » de la plaque « A la mémoire des agents de la S.N.C.F. tués par faits de guerre » (© Photographie d’Ilario MOSCA, 10/06/2025).
Il est nécessaire de remarquer que ces listes publiques ne permettent pas de connaître le sort ni le parcours et la carrière singuliers de ces agents. Nathan/Neuschem WALTER n’est d’ailleurs pas le seul de ces agents qui est décédé à Auschwitz-Birkenau, car c’est le cas, d’une part, de Salomon CHICH (1911-1942), déporté en tant que « Juif »[251] ; mais aussi, d’autres part, d’agents arrêtés et déportés pour des actes de sabotage en Allemagne – Raymond (Charles Jean) DOLOY (1922-27/04/1944)[252] – ou à cause de leurs engagements et actions communistes, comme Ernest (Maurice) CLÉMENT (1902-19/02/1943)[253] et Émile DESPLANQUES (1914-19/09/1942)[254]. Et il faut ajouter que Nathan/Neuschem WALTER et Salomon CHICH ne sont pas non plus les seules victimes de la Shoah dans cette plaque, car c’est aussi le cas de Sabetaï (Victor) TOROSS, dont le nom a été ajouté dans un autre moment : cet expéditionnaire né à Paris le 29 octobre 1912 est rentré à la SNCF après son service militaire, en janvier 1937, mais est licencié le 1er novembre 1941, après la publication du second Statut des Juifs ; il est interné au camp de Drancy le 5 mai 1944, déporté le 15 mai, avec le convoi n° 73, à destination de Kaunas, dans l’actuelle Lituanie, et n’a pas survécu[255].
Le cas de Nathan/Neuschem WALTER nous a permis d’illustrer l’intérêt précoce de la SNCF pour connaître le sort de ses agents, dans le but de promouvoir la mémoire particulière de ces victimes de la Seconde Guerre mondiale. Ces efforts se poursuivent encore au 21e siècle grâce à l’engagement de bénévoles et d’associations spécialisées, qui profitent des possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’informatique et de la communication pour publier des images et des répertoires, mais également pour promouvoir la mémoire de cheminots aux parcours très différents, y compris les victimes de la Shoah.
Une illustration de ces efforts accomplis sur une longue durée dans le milieu de la mémoire cheminote est le travail de Henri DROPSY sur la biographie de Nathan/Neuschem WALTER, qui a mobilisé différents documents et a apporté des éléments nouveaux par rapport au site du Mémorial de la Shoah de Paris. Le travail de Henri DROPSY a conduit à la publication en ligne, le 13 juin 2019, de la fiche individuelle n° 6.552.465 dans la section Conflit : 1939-1945 de la base de données « Mémorial Gen Web »[256], portée par l’association ACAM-MÉMORIAL.
Concernant plus spécifiquement la place de Nathan/Neuschem WALTER dans la mémoire des victimes de la Shoah, nous verrons qu’il s’agit une place le plus souvent collective, qui nécessitait un traitement biographique et microhistorique comme celui proposé dans cette biographie.
La première étape cruciale est le travail entrepris depuis 1975 par Serge KLARSFELD, couronné par la publication en 1978 de son Mémorial de la Déportation des Juifs de France, qui met à la disposition d’un large public la liste des environ 75.000 déportés juifs de France[257].
Figure 89. Couverture de 1re édition de Serge KLARSFELD, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Listes alphabétiques par convois des Juifs déportés de France, historique des convois de déportation, statistiques de la déportation des Juifs de France, Paris, Beate et Serge Klarsfeld (publié par l’Association pour le jugement des criminels nazis qui ont opéré en France), 1978.
Le nom de Nathan/Neuschem WALTER grâce au travail de Serge KLARSFELD, est intégré dans de nombreuses plateformes et dans plusieurs bases de données dédiées aux victimes de la Shoah, comme le site du mémorial Yad Vashem de Jérusalem[258] ou du celui de l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington[259].
Sur le Mur des noms du Mémorial de la Shoah à Paris, Nathan/Neuschem WALTER est inscrit dans l’année 1944 et sous les lettres « W-X ». Il est présent sur la dalle n° 41, dans la colonne n° 14, dans la rangée n° 2[260].
Figure 90. Mémorial de la Shoah (Paris), emplacement dans le mur des noms des individus déportés en 1944 en tant que juifs et dont le nom de famille commence par la lettre « W-X » (© Mémorial de la Shoah, Paris (France). Photographie d’Ilario MOSCA. Dalle n° 41, colonne n° 14, rangée n° 2).
Figure 91. Emplacement précis des inscriptions concernant les époux WALTER, sur le « mur des noms » du Mémorial de la Shoah, Paris (© Mémorial de la Shoah, Paris (France). Photographie d’Ilario MOSCA. Dalle n° 41, colonne n° 14, rangée n° 2).
Conclusion
Nous avons retracé et en partie éclairé le parcours, le milieu et la mémoire posthume de Nathan/Neuschem WALTER : il n’est pas simple de le définir, ce polonais de famille juive arrivé en France à 14 ans, inscrit dans le milieu du commerce et, grâce à ce dernier, marié une première fois avec une fille d’immigré. Son parcours apparaît peu linéaire, en particulier ses errements professionnels entre le commerce et l’artisanat, dans le milieu parisien des immigrés d’Europe orientale. Ses liens avec la pratique religieuse juive semblent limités à son premier mariage, alors que même sa naturalisation et sa participation à la campagne de France de 1940 ne le protègent pas de la persécution antisémite, l’arrestation, l’internement et la déportation, ce qui le conduit rapidement à la mort. Une importante parenthèse – qui mérite d’autres approfondissement – est son embauche à la SNCF, précisément pendant que dans la même ville de Paris commencent les grandes rafles de l’été 1942.
Ce lien avec la SNCF et la motivation « raciale » des actes qui l’ont éloigné de ce métier constituent les deux piliers de la mémoire de ce parcours.
Privé de sépulture par l’organisation génocidaire nazie et resté sans descendance directe, Nathan/Neuschem WALTER mérite que son histoire personnelle soit connue et encore approfondie, mais aussi inscrite dans les contextes de l’Europe, de la France et du Paris de son époque.
Les institutions, les enseignants, les chercheurs, les archivistes, les documentalistes, les passionnés et les curieux d’histoire – grâce à leur travail infatigable et à leur passion – constituent les parties prenantes de cette mémoire et des valeurs humanistes qui contribuent à sensibiliser contre toute attitude, contre toute idéologie et contre tout engrenage conduisant à priver de leur la dignité – voire de leur vie – des groupes d’êtres humains.
Il est bien évidemment très souhaitable que d’autres initiatives de mémoire individuelle et collective contribuent à commémorer ce parcours tragique : la pose d’un pavé de la mémoire (sur le modèle des Stolpersteine de l’artiste berlinois Gunter DEMNIG) face au domicile parisien Nathan/Neuschem WALTER (101 de la rue du Faubourg du Temple) et la pose d’une inscription dans le cimetière parisien de Bagneux, où ont été inhumés ses parents, ses femmes et nombre de ses proches ; réaliser une prosopographie des agents de la SNCF victimes de la persécution raciale serait sûrement très éclairant aussi pour des parcours comme celui-ci, qui semble atypique ; nous appelons de nos vœux également des instruments de recherche et la mise à disposition de la documentation archivistique sur les soldats engagés dans la bataille de France (1939-1940), ce qui permettrait d’en savoir plus sur ce chapitre de la vie de Nathan/Neuschem WALTER et de nombreux autres engagés – français et étrangers.
Le travail de mémoire qui est présenté ici s’enracine ainsi dans l’histoire pour éclairer le passé, mais aussi nos choix quotidiens, nous appelant à être sans cesse des ambassadeurs engagés d’humanisme et d’ouverture.
Contributeur(s)
La biographie de Nathan/Neuschem WALTER est rédigée par Ilario MOSCA, reprenant les analyses effectuées en cours d’histoire par les apprentis des classes Première A et Première C 2024/2025 du CFA IGENSIA Alternance à Nanterre (Hauts-de-Seine). Le CFA (Centre de Formation d’Apprentis) IGENSIA Alternance Paris est une entité à statut associatif fédérée au sein dans du Groupe IGENSIA Education.
Nous soulignons que les apprentis de la Première A et de la Première C ont commencé leur année de formation 2024/2025 au siège parisien de la rue de Paradis (10e arr.), près du domicile de plusieurs protagonistes de cette biographie. Depuis janvier 2025, ils ont investi le nouveau campus des Groues, dans la ville de Nanterre (Hauts-de-Seine).
Figure 92. Photographies prises pendant l’une des séances de travail des groupes d’apprentis de Première A et de Première C 2024/2025 du CFA IGENSIA Alternance Paris, dans le campus de Nanterre (© Groupe IGENSIA Education. Photographie d’Ilario MOSCA).
Le projet a été porté par leur enseignant en Histoire-Géographie-EMC, Ilario MOSCA, docteur en histoire. Il a d’abord préparé les dossiers documentaires et accompagné les classes dans leur travail, en cours d’histoire. Dans un deuxième temps, il a mis en forme les analyses des apprentis et il a rédigé les deux biographies.
Appliquant la méthode historique, ces biographies pourront nécessiter de corrections et intégrations, mais elles sont le fruit d’un travail de documentation et de vérification.
Après la conclusion, le lecteur trouvera les notes et le dictionnaire des abréviations utilisées, en référence aux principaux dépôts d’archives mobilisés et aux publications citées. Une attention particulière a été portée aux ressources accessibles en ligne, dans la perspective que ces recherches et d’autres encore soient poursuivies et entreprises largement.
REMERCIEMENTS
Ce double travail de recherche et de mémoire est relancé, de concert et grâce au soutien du Mémorial de la Shoah de Paris, dans le cadre du projet pédagogique et mémoriel porté par l’association « Convoi 77 », qui a mis à notre disposition une riche documentation comprenant les dossiers personnels des époux WALTER conservés par la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains du Service historique de la Défense de Caen et les registres d’écrou de la Préfecture de Police : qu’elle soit encore une fois remerciée pour ces pistes et ses nombreux apports tout au long de ce projet.
Ce travail a été rendu possible grâce au soutien et à l’aide de plusieurs personnes qui, à différents titres, ont fourni du soutien, mais également des informations et des autorisations précieuses.
Nous remercions d’abord Sébastien MALIGE, directeur du CFA IGENSIA Alternance Paris pour son soutien et la confiance accordée, ainsi que Séverine PRAGNON, formatrice au sein du même CFA, pour les échanges riches et stimulants.
Au sein de de l’association « Convoi 77 », nous remercions particulièrement Claire PODETTI, pour son soutien, son écoute et les nombreuses pistes et mises en relations, ainsi que Laurence KLEJMAN, pour les contributions et les échanges enrichissants et Georges MAYER.
Un grand merci à Maurice, pour son investissement dans ces recherches.
Des remerciements spéciaux vont aux membres de la famille TYSZLER, pour leur soutien et leur bienveillance, ainsi que pour les informations et les documents partagés avec une grande générosité : en particulier, merci à Pierre BLEIBERG, ainsi qu’au docteur Jean-Jacques TYSZLER et à sa mère Paulette TYSZLER née FREJTAK, cachée en région parisienne pendant l’Occupation nazie et engagée avec force en tant que témoin.
Nous remercions le Mémorial de la Shoah de Paris pour son accueil et son soutien ; nous remercions tout particulièrement les cinq documentalistes qui ont soutenu ce travail : Claire STANISLAWSKI (Projets pédagogiques et Service Archives), Elise LELLOUCHE (Service Photothèque), Laura PAOLI, Sarah LECHNER et Céleste ESPINASSE.
Nous remercions également les nombreuses personnes qui ont facilité nos recherches : Serge KLARSFELD ; Julia HADDAD, chargée de patrimoine culturel du CASIP-COJASOR ; Henri DROPSY, Président du Cercle Généalogique des Cheminots ; Philippe LANDAU, Conservateur des Archives Consistoriales de Paris ; Gabriel CRABIFOSSE, de la Conservation du cimetière parisien de Bagneux ; Agnès POURQUIER et Morgane CARTE, du Centre National des Archives du Personnel de la SNCF à Béziers ; Olga DUK, du service Photo Archive du mémorial Yad Vashem de Jérusalem ; Vital ZAJKA et Tom TEARNEY, des Archives du YIVO Institute for Jewish Research de New York ; Florence WAGNER, du Service des pensions et des risques professionnels du Service historique de la Défense ; Ludivine PICHOT, du Centre des Archives de l’Armement et du Personnel Civil du Service historique de la Défense ; Natalia KRYNICKA, de la Maison de la culture yiddish ; le personnel des Arolsen Archives (International Center on Nazi Persecution), des Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine, des Archives de Paris, des Archives départementales du Val-d’Oise et des Archives de la Préfecture de Police et de son Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles.
Un remerciement spécial à Federica.
ABREVIATIONS ARCHIVISTIQUES
AN = Archives Nationales (Pierrefitte-sur-Seine)
AP-AEC = Archives de Paris, Actes d’état civil (Paris) [deux chiffres = arrondissement parisien / D = Décès ; M = Mariages ; N = Naissances], fonds partiellement accessible en ligne : archives.paris.fr
AP-RP/PHA = Archives de Paris, Recensement de la population, Population de résidence habituelle (Paris), fonds partiellement accessible en ligne : archives.paris.fr
APP = Archives de la Préfecture de Police (Le Pré-Saint-Gervais)
SARDO = Service Archives Documentation du Groupe SNCF – Centre national des Archives historiques (Le Mans)
SHDC-DAVCC = Service historique de la Défense, Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (Caen)
YIJRA-UGIF = Yivo Institute for Jewish Research Archive (New York), Union Générale des Israelites de France, Records, 1940-1944, en ligne.
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Andrieu 2000 = Claire ANDRIEU (sous la direction de), La persécution des Juifs de France, 1940-1944, et le rétablissement de la légalité républicaine. Recueil des textes officiels, 1940-1999, Paris, La documentation Française (Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France), 531 p., en ligne : vie-publique.fr
Backouche 2019 = BACKOUCHE Isabelle, Paris transformé. Le Marais, 1900-1980. De l’îlot insalubre au secteur sauvegardé, Paris, Créaphis (Lieux habités), 439 p.
Beider 2001 = BEIDER Alexander, A Dictionary of Ashkenazic given Names. Their Origins, Structure, Pronunciation, and Migration, Bergenfield (N.J.), Avotaynu Inc., XLIII-682 p.
Berlière 2018 = BERLIÈRE Jean-Marc, Polices des temps noirs. France 1939-1945, Paris, Perrin, 1358 p., en ligne : shs.cairn.info
Bleiberg 2024 = BLEIBERG Pierre, Fragments de vie. Histoires de ma famille de 1900 à 1945, Damgan, 65 p.
Broch 2016 = BROCH Ludivine, Les cheminots, Vichy et la Shoah. Des travailleurs·ordinaires, Paris, Tallandier, 382 p.
Bruttmann et al. 2023 = BRUTTMANN Tal, HÖRDLER Stefan et KREUTZMÜLLER Christoph, Un album d’Auschwitz. Comment les nazis ont photographié leurs crimes, Paris, Éditions du Seuil, 304 p.
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Doulut et al. 2018 = DOULUT Alexandre, KLARSFELD Serge et LABEAU Sandrine, Mémorial des 3943 rescapés juifs de France (convois 1-82). Liste & témoignages, Paris, The Beate Klarsfeld Foundation – Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France et Après l’oubli, 286 p., en ligne : klarsfeld-ffdjf.org
Doulut 2025 = DOULUT Alexandre, La Déportation des juifs de France. Changement d’échelle, Paris, CNRS Editions, 484 p., en ligne : shs.cairn.info
Feigelson 2004 = FEIGELSON Raphaël, Raphaël Feigelson, déporté de France au camp d’Auschwitz-Birkenau, témoignage vidéo, Paris, Mémorial de la Shoah, 1:34:12, en ligne : youtu.be
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Notes & références
[1] Beider 2001, p. 373-374.
[2] AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH, lettre du 15/12/1924, cinquième ligne.
[3] Beider 2001, p. 392-393.
[4] AP-RP/PHA, D2M8 594, 11e arr., Saint-Ambroise, 1936, p. 873 (73 Avenue de la République), ménage n° 13, en ligne.
[5] La référence à cette ville de Lublin se retrouve dans les publications de Serge KLARSFELD (à partir de 1978) et dans les travaux qui les reprennent, comme la notice individuelle déjà citée du Mémorial de la Shoah.
[6] Nous remercions Anna ANDRUSZKIEWICZ pour sa disponibilité et son aide dans l’identification de la ville de Lubien. Des traces documentaires et mémorielles de la présence juive à Lubień Kujawski sont matérialisées par exemple dans l’unité archivistique conservée au Żydowski Instytut Historyczny im. Emanuela Ringelbluma (The Emanuel Ringelblum Jewish Historical Institute) de Varsovie (Pologne), voir la notice en ligne : yerusha-search.eu (dernière consultation 23/06/2025).
[7] Nous avons effectué notamment une recherche dans ce sens dans une base de données en ligne dédiée aux communautés juives dans le royaume du Congrès (Jewish communities in Congress Poland), sur le site « Topografic Maps of Eastern Europe. An Atlas of the Shtetl », en ligne : easteurotopo.org (dernière consultation 23/06/2025).
[8] AN, BB/11/8559, 33179 x 24, Dossier de naturalisation de David Enoch WALTER et de Chawa née RAUF, demande de naturalisation et traduction de l’acte de mariage ; ce dossier contient aussi une traduction de l’acte de naissance de David WALTER.
[9] AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH, demande de naturalisation.
[10] AN, BB/11/8559, 33179 x 24 et AN, BB/11/8561, 33287 x 24, demandes de naturalisation.
[11] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 10962, fiche du 15/10/1946.
[12] AN, BB/11/8559, 33179 x 24 et AN, BB/11/8561, 33287 x 24, attestation de la concierge de l’immeuble, 14/01/1925.
[13] Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Pédard, Vente du 21/07/1926, annexe portant sur les locataires et les locations.
[14] Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Pédard, Plan de l’immeuble du 19 Rue Charlemagne.
[15] Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Walter, demande de renseignement du 10/08/1942.
[16] Backouche 2019, p. 167-168.
[17] Backouche 2019, p. 201-206.
[18] Backouche 2019, p. 163-172.
[19] Backouche 2019, p. 173 et suivantes.
[20] AP-AEC, 10M 399, 1924, f° 37 r°, Acte n° 220 du 14/02/1924, en ligne.
[21] Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11950/C, 38e quartier (Porte Saint-Denis), 44e feuille, en ligne
[22] AP-AEC, 2N 114, 1905, f° 59 r°, Acte n° 337 du 22/05/1905, en ligne.
[23] AN, Naturalisations, BB/11/8561, 33287 x 24.
[24] Weil 2004, p. 98-101.
[25] AP-AEC, 4M 196, 1904, f° 78 v°, Acte n° 695 du 26/07/1904, en ligne.
[26] La nationalité « russe » du père de Dora WINISKI (Jacob) est affirmée dans le dossier de naturalisation présenté par Jean BARUCH en 1911 : AN, Naturalisations, BB/11/5241, Dossier 1755 x 11, BARUCH Jean et WINISKI Dora.
[27] Dans une lettre du 05/01/1911 qui accompagne sa demande de naturalisation, Jean BARUCH affirme être « marié en France depuis six ans avec une Française » (AN, Naturalisations, BB/11/5241, Dossier 1755 x 11).
[28] La demande de naturalisation indique qu’il habite en France « depuis 1899 », pour sa présence effective, nous calculons à partir des périodes indiquées dans les annotations datées au 09/05/1911 à sa demande de naturalisation : « Rapport. En France depuis 15 ans et en justifié depuis 12 » (AN, Naturalisations, BB/11/5241, Dossier 1755 x 11).
[29] AN, Naturalisations, BB/11/5241, Dossier 1755 x 11 ; selon l’acte de mariage religieux juif (ketouba) du 26/07/1904, Jean BARUCH serait né à « Kalish (Russie) », c’est-à-dire la ville où réside en 1911 son père et qui est le chef-lieu de la province où se trouve Dobra (Archives du Consistoire Israélite de Paris, Temple de la rue des Tournelles, GG37, acte n° 4376).
[30] Archives du Consistoire Israélite de Paris, Temple de la rue des Tournelles, GG37, Ketouba ou acte de mariage religieux n° 4376, 26/07/1904.
[31] L’Univers israélite, 79e année, n° 24, 22/02/1924, p. 653, en ligne : gallica.bnf.fr. Le registre des actes de mariages de la synagogue des Tournelles est absent pour ce semestre aux Archives du Consistoire Israélite de Paris.
[32] Article 8 du Code civil, Version en vigueur du 28 juin 1889 au 14 août 1927, en ligne : legifrance.gouv.fr
[33] AN, Naturalisations, BB/11/5241, Dossier 1755 x 11.
[34] AN, Naturalisations, BB/34/436, Document 179, Décret de naturalisations du 29 juin 1912, art. III (art. 8 § 5 n° 2 du code civil), p. 7, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
[35] AN, BB/11/8561, 33287 x 24.
[36] AN, Naturalisations, BB/34/454, Document 169, Décret de naturalisations du 30 juin 1925 (art. 8 § 5 n° 2 du code civil), p. 7, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
[37] AN, Naturalisations, BB/34/454, Document 170, Décret de naturalisations du 30 juin 1925 (art. 12 § 2 du code civil), p. 4, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
[38] AN, Naturalisations, BB/11/8561, Dossier 33287 x 24, demande de naturalisation du 07/01/1925.
[39] AN, Naturalisations, BB/11/8561, Dossier 33287 x 24, lettre du 15/12/1924.
[40] AN, Naturalisations, BB/11/8561, Dossier 33287 x 24, demande du 07/01/1925 et note du 18/03/1925.
[41] AN, Naturalisations, BB/34/455, Document 45, Décret de naturalisations du 15/09/1925, p. 11 (article 1er, par application de l’art. 8 § 5 n° 2 du code civil), en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
[42] AN, Naturalisations, BB/34/455, Document 54, Décret du 15/09/1925 (« vu l’article 18 du code civil », « vu la loi du 5 août 1914 », « vu le décret en date de ce jour qui confère la nationalité française à des étrangers ayant épousé des françaises »), p. 1 et 5, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr et siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
[43] AN, BB/11/8561, 33287 x 24.
[44] Annuaire général des sociétés françaises par actions, cotées et non cotées, et des principales sociétés étrangères, Paris, A. Lajeune Vilar, 1897, p. 772-773, en ligne : gallica.bnf.fr
[45] Il est par exemple « mélangeur de produits chimiques » dans les fiches électorales de 1926 : Archives de Paris, D4M2 905, Elections, 1921-1939, Ville de Paris, Liste de 1926, sub nomine, en ligne.
[46] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 10962.
[47] La société « Dynamic » est citée comme son employeur dans le recensement de la population de 1926 : AP-RP/PHA, D2M8 227, 4e arr., Saint-Gervais, 1926, p. 181 (ménage n° 8), en ligne. Depuis la fin de l’année 2025, la base de données Les gens de Paris 1926-1936 a été mise en ligne à l’adresse archives.paris.fr.
[48] Le site Data for Financial History permet d’effectuer des recherches dans publications de l’Annuaire Desfossés des années 1931, 1933, 1937, 1939-1940, 1945, 1948 et 1953 ; pour cette société, voir en ligne : dfih.fr ; pour un exemple de fiche sur cet annuaire (celle de 1931), voir en ligne : dfih.fr
[49] AP-RP/PHA, D2M8 553, 4e arr., Saint-Gervais, 1926, p. 126 (ménage n° 159), en ligne.
[50] Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Walter, demande de renseignement du 10/08/1942.
[51] C’était le cas déjà en 1900 (AP-AEC, V4E 8130, 2e arr., 1900, f° 95 v°, Acte de mariage n° 446 du 19/07/1900, en ligne) et encore en 1920 (AP-AEC, 10N 454, 1920, f° 71 v°, Acte n° 2094 du 23/04/1920, en ligne).
[52] AN, Naturalisations, BB/11/8561, 33287 x 24.
[53] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 1706, 6e bureau, 1912, n° 418, en ligne.
[54] AP-AEC, 10M 399, 1924, f° 37 r°, Acte n° 220 du 14/02/1924, en ligne.
[55] AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH.
[56] Annuaire Universel Paris-Adresses, 41e années, Paris, 1931, p. 2000, en ligne ; Annuaire Universel Paris-Adresses, 42e années, Paris, 1932, tome I, p. 924, en ligne et tome II, p 1538, en ligne ; AP-RP/PHA, D2M8 581, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1936, p. 182, ménage n° 5, en ligne.
[57] AP-AEC, 10M 399, 1924, f° 37 r°, Acte n° 220 du 14/02/1924, en ligne.
[58] AP-RP/PHA, D2M8 246, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1926, p. 20 (13-15 Rue des Petites Ecuries), en ligne ; AP-AEC, 10M 373, 1919, fos 55, Acte n° 536 du 03/04/1919, en ligne.
[59] AP-AEC, 11M 540, 1928, f° 121 r°, Acte n° 1605 du 26/07/1928, en ligne.
[60] AP-RP/PHA, D2M8 395, 1931, p. 1102 et AP-RP/PHA, D2M8 593, 1936, p. 993 (11e arr., Folie-Méricourt, 117 Avenue Parmentier, en ligne).
[61] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308.
[62] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308.
[63] AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Dossier de naturalisation de Nathan WALTER et de Micheline Rachel née BARUCH, demande de naturalisation.
[64] AP-RP/PHA, D2M8 246, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1926, p. 143-145 (1/3 Rue d’Enghien), en ligne et D2M8 248, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1926, p. 251-251 (43 Rue du Faubourg Saint-Denis), en ligne.
[65] Cette vérification a été effectuée d’abord consultant les registres relatifs à plusieurs adresses puis, le 1er novembre 2025, sur la plateforme en ligne Les gens de Paris 1926-1936, à l’adresse archives.paris.fr.
[66] AP-RP/PHA, D2M8 227, 4e arr., Saint-Gervais, 1926, p. 181 (19 Rue Charlemagne), ménage n° 8, en ligne.
[67] La seule piste différence concerne un certain David WACHOLDER, né à Varsovie le 27/03/1903, habite le 27 août 1943 au numéro 131 de la rue des Pyrénées et exerce la profession de « coupeur fourreur » (YIJRA-UGIF, Record Group n° 210, Microfilm n° 490, Folder n° 22.3.1, W, Carte UGIF n° 14800, en ligne : digipres.cjh.org).
[68] AP-RP/PHA, D2M8 246, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1926, p. 25 (20 Passage Brady), ménage n° 3, en ligne ; AP-AEC, 20M 347, 1922, f° 131 r°, Acte n° 520 du 21/03/1922, en ligne.
[69] Les informations que ce couple fournit dans son dossier de naturalisation, présenté en janvier 1928, permettent de comprendre ses origines et son parcours. Ils sont issus de quatre parents nés à Varsovie, mais le petit frère de Jacques – Simon – « se trouvait en France depuis 2 ans en 1914 – s’est engagé à la Légion étrangère et a disparu au front en 1916, à Verdun ». En revanche, Jacques passe la période de la Première Guerre mondiale dans le territoire polonais occupé par l’armée allemande et arrive en France en janvier 1920, où il se marie avec sa femme le 21 mars 1922. AN, Naturalisations, BB/11/11000, Dossier 64242 x 28, en ligne : siv.archives-nationales.culture.gouv.fr ; le couple WACHHOLDER est naturalisé le 24 juillet 1928.
[70] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308.
[71] AP-RP/PHA, D2M8 373, 4e arr., Saint-Gervais, 1931, p. 132 (19 Rue Charlemagne), ménage n° 143, en ligne.
[72] Archives commerciales de la France, 03/05/1935, p. 1933, en ligne : gallica.bnf.fr
[73] Le Temps, 75e année, n° 26907, 04/05/1935, p. 6, en ligne : gallica.bnf.fr : « Jacques Wachholder, maroquinier, 13 et 15, rue des Petites-Écuries, avec succursale 120 ‘‘A’’, Village Suisse, et demeurant 90, passage Brady. (M. Guinot, syndic.)
[74] AP-RP/PHA, D2M8 553, 4e arr., quartier Saint-Gervais, 1936, p. 126 (19 rue Charlemagne), ménage n° 159, en ligne.
[75] AP-RP/PHA, D2M8 594, 11e arr., quartier Saint-Ambroise, 1936, p. 873 (73 avenue de la République), ménage n° 13, en ligne. Aucune autre information n’a été retrouvée sur cet individu.
[76] Archives de la Ville de Paris, D4M2 905, Élections, 1921-1939, Liste de 1938, sub nomine, en ligne.
[77] AP-RP/PHA, D2M8 392, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1931, p. 246, ménage n° 6, en ligne.
[78] AP-AEC, 10M 435B, 1938, Acte n° 480 du 03/05/1938, en ligne.
[79] Archives Départementales du Val-d’Oise, Matrices cadastrales et états de section après 1914, Garges-lès-Gonesse, Matrices des propriétés bâties, 3 P 1183 (1916-1954), case 330, en ligne : archives.valdoise.fr
[80] AN, BB/11/8561, 33287 x 24, Demande de naturalisation du 07/01/1925.
[81] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 62590.
[82] AP-RP/PHA, D2M8 581, 10e arr., Porte Saint-Denis, 1936, p. 182-183, ménage n° 5, en ligne.
[83] Fiche individuelle sur le site du Mémorial de la Shoah, Paris (France), en ligne : ressources.memorialdelashoah.org (dernière consultation 17/07/2025).
[84] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308
[85] Sur ce fichier, voir Joly 2011, notamment p. 371.
[86] AN, F9 5629, Fichier 028664_L, Fiche individuelle de « WALTER Neuschem » dans le fichier de contrôle du service juif de la Préfecture de Police (1941-1944), recto.
[87] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, « Demande de recherche de déporté » du 23/11/1945.
[88] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151 (enregistrement du 11/10/1940) et Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 17581.
[89] AP-AEC, 4D 289, 1940, Acte n° 481 du 15/03/1940, f° 49 r°, en ligne.
[90] Archives de Paris, Cimetières, Registres journaliers d’inhumation, Bagneux, en ligne, 17/03/1940 (p. 28).
[91] Andrieu 2000, p. 49 et 89.
[92] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 17581.
[93] Andrieu 2000, p. 89.
[94] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151 (enregistrement du 11/10/1940)
[95] Voir Claire ZALC, Dénaturalisés. Les retraits de nationalité sous Vichy, Paris, Seuil (Univers Historique), 2016, en ligne : shs.cairn.info
[96] Andrieu 2000, p. 256.
[97] Andrieu 2000, p. 49.
[98] AN, F9 5629, Fichier 028664_L.
[99] AN, F9 5666, Fichier 079460_L.
[100] AN, F9 5629, Fichier 028664_L.
[101] AN, F9 5666, Fichier 079460_L.
[102] Le 21/01/1952 deux témoins, résidant au numéro 16 de la rue Charlemagne, produisent deux attestations identiques – certifiées par le commissaire de police du 4e arrondissement : ils y déclarent « avoir bien connu Monsieur WALTER Neuschein, mort en déportation, quand il habitait au 19 Rue Charlemagne à Paris IV, et qu’il résidait encore à cette adresse le 1er septembre 1939 » (SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219).
[103] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Registre du commerce (1920-1954), D33U3, 700, p. 151 (enregistrement du 11/10/1940) et Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2541, n° 17581.
[104] C’est l’adresse à laquelle il est enregistrée en automne 1941, à l’intérieur de sa fiche individuelle du fichier de contrôle tenu par le service juif de la Préfecture de Police entre l’autonome 1941 et la libération 1944 (Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5629, Fichier 028664_L, recto ; voir Joly 2011, notamment p. 371).
[105] AP-AEC, 4M 306, 1942, Acte n° 84 du 17/03/1942, f° 15 r°, en ligne.
[106] YIJRA-UGIF, Record Group n° 210, Microfilm n° 490, Folder n° 22.3.1, W, Cartes UGIF nos 26849 et 26850, en ligne : digipres.cjh.org.
[107] Backouche 2019, p. 17.
[108] Backouche 2019, p. 31-32.
[109] Backouche 2019, p. 50-51.
[110] Backouche 2019, p. 220.
[111] Archives de Paris, 1900W 217, Dossiers d’expropriation et de gérance d’immeubles de la zone de l’îlot 16, OP 13 – ILOT 16, 17-19 Rue Charlemagne, Dossier Walter, demande de renseignement du 10/08/1942 et arrêté du 13/10/1942.
[112] Archives Nationales, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse », lettre de l’administrateur provisoire au chef du service de contrôle des administrateurs provisoires, section V B, (Paris, 27/08/1942) ; l’information sur les « 400 mètres carrés » concerne uniquement la maison et il donc probable que la lettre contienne ici une faute (merci à Georges MAYER pour l’attention portée à ce passage).
[113] Il gagne 450 francs par semaine (Archives Nationales, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse », lettre de l’administrateur provisoire au chef du service de contrôle des administrateurs provisoires du 27/08/1942 et proposition de rémunération d’administrateur provisoire du 22/09/1942).
[114] Archives Nationales, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse ».
[115] AN, AJ38/3 283, dossier 26035 « WALTER David, Garges-lès-Gonesse ».
[116] Bleiberg 2024, p. 45-46.
[117] AP-AEC, 4M 306, 1942, Acte n° 84 du 17/03/1942, f° 15 r°, en ligne.
[118] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 2835.
[119] AP-RP/PHA, D2M8 584, 1936, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, p. 364, ménage n° 16, en ligne.
[120] AP-AEC, 10D 466, 1940, Actes nos 2643-2644 du 14/10/1942, f° 91 v°, en ligne.
[121] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5629, Fichier 028662_L.
[122] Archives commerciales de la France, 19/09/1925, p. 1890 et L’Ordre, 31/01/1932, p. 3.
[123] Archives de Paris, Tribunal de Commerce de la Seine, Fichiers des particuliers du registre du commerce (1920-1954), D34U3, 2448, n° 31258 et Archives Nationales, AJ38/2 140, dossier 11566, « TYSZLER Henri, Paris ».
[124] Archives de Paris, Plan parcellaire municipal de Paris (fin 19e siècle), PP/11907/B, 40e quartier (Hôpital Saint-Louis), 47e feuille, échelle 1/500 (détail), en ligne.
[125] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5666, Fichiers 079454_L et 079460_L.
[126] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 2835.
[127] AP-RP/PHA, D2M8 584, 1936, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, p. 363-366, en ligne ; AP-RP/PHA, D2M8 874, 1946, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, ménages nos 9321-9352, en ligne.
[128] AN, Naturalisations, BB/11/8559, Dossier 33179 X 24, WALTER David Enoch et WALTER née FAUF Chawa.
[129] Voir notamment Maurice RAJSFUS, Des Juifs dans la Collaboration. L’Ugif (1941-1944), Bordeaux, Éditions du Détour, 2022, en ligne : shs.cairn.info
[130] YIJRA-UGIF, Record Group n° 210, Microfilm n° 490, Folder n° 22.3.1, W, Cartes UGIF nos 26849-26851, en ligne : digipres.cjh.org.
[131] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichier 246850_L.
[132] APP, CC2/8, numéro d’ordre 11747 et AN, F9 5787, Cahier n° 14, fichiers 0142_L et 0143_L.
[133] SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, Fiche de Neuchem WALTER, en ligne : archives.sncf.com
[134] Broch 2016, p. 206-219.
[135] Fontaine 2017, p. 31.
[136] Andrieu 2000, p. 57.
[137] SARDO, 25/LM/256, Dossier n° 3, en ligne : archives.sncf.com, p. 80-81.
[138] Andrieu 2000, p. 102-103 ; sur l’application par la SNCF, voir SARDO, 25/LM/256, Dossier n° 3, en ligne : archives.sncf.com.
[139] SARDO, 25/LM/256, Dossier n° 3, en ligne : archives.sncf.com, p. 115-116.
[140] Le formulaire de la SNCF pour les deux cas exige la référence de la citation au Journal Officiel : SARDO, 25/LM/256, Dossier n° 3, en ligne : archives.sncf.com, p. 88.
[141] En août 1941, c’est ce document ou « une pièce officielle pouvant en tenir lieu » qui est demandée « à l’égard des agents tombant sous le coup de la loi du 2 juin 1941 portant statut des juifs » : SARDO, 25/LM/256, Dossier n° 3, en ligne : archives.sncf.com, p. 91.
[142] SARDO, 303/LM/1, Dossier n° 2, en ligne : archives.sncf.com.
[143] SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 1, en ligne : archives.sncf.com p. 183.
[144] SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, Fiche de Neuchem WALTER, en ligne : archives.sncf.com et Broch 2016, p. 43.
[145] SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 4, en ligne : archives.sncf.com p. 18
[146] Voir, par exemple, le Journal Officiel de l’Etat français. Lois et décrets… publié ce même jour (66e année, n° 155), en ligne : gallica.bnf.fr.
[147] Andrieu 2000, p. 68.
[148] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, deux fiches de renseignements du 12/02/1946.
[149] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, « Demande en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un ‘‘non-rentré’’ » du 15/01/1947, p. 1.
[150] AP-RP/PHA, D2M8 874, 1946, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, ménages n° 9322 et 9350, en ligne ; SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, « Certificat de domicile » du 15/01/1947.
[151] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694 [(Dossiers individuels des déportés et internés résistants – Statut politique), Dossier individuel de personnel de WALTER, CYPORA / TYSZLER], déclarations du 08/11/1947.
[152] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, Formulaire du 28/01/1952.
[153] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, « Décision » communiquée par lettre du 18/04/1955.
[154] Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1272, nous soulignons ; cf. Berlière 2018, p. 751-752.
[155] Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1316 ; l’en-tête laisse du formulaire, conservé dans les Archives de Serge KLARSFELD, laisse toutefois penser qu’il a été produit entre le mois d’octobre 1942 et le mois de juillet 1943.
[156] Berlière 2018, p. 772 et 886-889.
[157] Klarsfeld 1992.
[158] Lehr 2024, p. 25-29.
[159] Berlière 2018, p. 750-754.
[160] Berlière 2018, p. 887.
[161] APP, CC2/8, numéros d’ordres 11697-11698, 11707, 11739-11741, 11743-11753 ; Madame Marguerite ULLMANN (numéro d’ordre 11742), née à Valenciennes le 11/11/1888 et habitant au 119 Avenue de Clichy (Paris, 17e arr.) entre au dépôt le 30/06/1944 à 1h00 pour le compte des « Affaires juives », mais elle y sort uniquement le lendemain, 1er juillet à 15h00. La phase citée est tirée du formulaire déjà cité que Cécile/Cypora WALTER présente en 1952.
[162] Lehr 2024, p. 32.
[163] Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1554-1555 et 1558.
[164] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5787 (Cahiers de mutation de Drancy, n° 14 : entrées à Drancy du 9 avril au 5 juillet 1944), fichiers 0142_L et 0143_L ; cf. Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1862.
[165] Wieviorka A. 2000, p. 33-34.
[166] Mémorial de la Shoah, Paris (France), Carnets de fouilles de Drancy, Carnet n° 152, Reçu n° 6096 (30/06/1944), en ligne : ressources.memorialdelashoah.org
[167] Wieviorka A. 2000, p. 18 et 33-35
[168] La plupart des sommes déposées (74,63 %) sont inférieures à 1.000 francs (Wieviorka A. 2000, p. 20).
[169] Voir les prix pratiqués à Paris entre fin juin et début juillet 1944 : « le pain, dont le prix est officiellement fixé à 3,75 francs le kilo, se monnaie couramment au marché noir entre 20 et 35 francs le kilo » (Muracciole 2013, p. 52, ainsi que p. 53 pour le salaire minimum de 2.400 francs par mois).
[170] Klarsfeld 2019, vol. II, p. 1861-1866 ; selon Pinol les déportés sont 1.146 (Pinol 2022, p. 299).
[171] AN, F9 5787 ; sur la correspondance entre les blocs et les escaliers (chacun comportant quatre étages), voir Lafitte et A. Wieviorka 2015, p. 62.
[172] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichier 246850_L.
[173] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246850_L et 246825_L ; voir Convoi 77, Comment lire le fichier du camp de Drancy ?, article en ligne : convoi77.org (dernière consultation : 31/05/2025).
[174] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246850_L et 246825_L.
[175] Laffitte et Wieviorka 2015, p. 254-255.
[176] D’après sa thèse publiée en 2025, Alexandre DOULUT affirme que le « nombre définitif de déportés du convoi 77 s’établit à 1.305 partants » (Doulut 2025, p. 433-434).
[177] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5705, fichier 168119_L, fiche du camp de Drancy de Sarah KELECHIAN née SAPSA ; AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5616, fichier 013384_L, fiche de recensement de KELECHIAN née SAPSA Sarah. La lettre « A » annotée sur sa fiche de Drancy indique le fait qu’elle est mariée avec un « aryen » et qu’elle n’est pas jugée déportable immédiatement. Sarah KELECHIAN est libérée le 18 août 1944 du camp de Drancy avec d’autres 1.393 personnes (Mémorial de la Shoah, Paris (France), CCCLXXV-8f, Liste des personnes libérées du camps de Drancy le 18/08/1944, p. 7, n° 672). Nous remercions Mme Céléste ESPINASSE du Mémorial de la Shoah pour nous avoir fourni l’explication de cette annotation et pour nous avoir transmis la date de libération de cette internée.
[178] Voir la biographie rédigée sous la direction de Mme Fabienne MASSARD-WIMEZ sur le site du projet Convoi 77 : en ligne : convoi77.org (dernière consultation 01/07/2025). Voir également ROMON François, « BERNARD Jean-Guy », Le Maitron. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, version mise en ligne le 06/04/2017, dernière modification le 06/04/2017, : maitron.fr
[179] Voir la biographie rédigée par Isis ARTHEAU, sous la direction de Mme Marie-Anne MATARD-BONUCCI. sur le site du projet Convoi 77 : en ligne : convoi77.org (dernière consultation 03/07/2025).
[180] Doulut et al. 2015, p. 15.
[181] Doulut et al. 2015, p. 15 et Doulut et al. 2018, p. 65-66, où différentes corrections sont apportées à cette liste.
[182] Mémorial de la Shoah, Paris (France), C77, p. 61, en ligne : ressources.memorialdelashoah.org
[183] Lévy 2004, 56:46-1:00:49 en ligne : youtu.be
[184] Ce trajet est analysé et cartographié sur le site du mémoriel Yan Vashem, « Convoi 77 de Drancy, Camp, France à Auschwitz Birkenau, Camp d’extermination, Pologne le 31/07/1944 », en ligne : collections.yadvashem.org
[185] Czech 1990, p. 678-679.
[186] Feigelson 2004, 44:40-45:29 en ligne : youtu.be
[187] Lévy 2004, 1:02:20-1:04:25 en ligne : youtu.be
[188] Yad Vashem Photo Archive – Archives photographiques du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem, FA268/26.
[189] Yad Vashem Photo Archive – Archives photographiques du Mémorial Yad Vashem de Jérusalem, FA268/32.
[190] Bruttmann et al. 2023, p. 174-175 et 200, voir en particulier les photographies nos 27 et 33 de l’« Album d’Auschwitz ».
[191] Doulut et al. 2018, p. 66.
[192] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichier 246826_L, verso de la fiche du camp de Drancy de Cécile/Cypora WALTER née TYSZLER, mise à jour jusqu’à la Libération.
[193] Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308.
[194] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichier 246826_L, « Libérée par les Russes le 8/5/45 et rapatriée à Paris le 28/5/45 ».
[195] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 2835.
[196] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 10962.
[197] AP-RP/PHA, D2M8 874, 1946, 10e arr., Hôpital Saint-Louis, ménages nos 9321-9351, en ligne.
[198] École d’économie de Paris, « CAOUTCHOUC MANUFACTURÉ « DYNAMIC » (Compagnie de) », Data for Financial History. A comprehensive database on the French stock markets since 1795, 2010-2018, en ligne : dfih.fr/issuers (entrées de l’Annuaire Desfossés disponibles pour les années 1931, 1933, 1937, 1940, 1945, 1948, 1953), dernière consultation 09/06/2025.
[199] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 10962.
[200] Archives de la Fondation Casip-Cojasor, Fonds du service social, Dossier n° 10962.
[201] Archives Départementales du Val-d’Oise, Bureau d’enregistrement de Gonesse (1767-1969), Décès, successions et absences : tables et fiches alphabétiques, 3 Q 4526 (volume n° 15, 1947-1954), W-199, en ligne : archives.valdoise.fr
[202] Archives de Paris, Cimetières, Registres journaliers d’inhumation, Bagneux, en ligne, 09/10/1950 (p. 146).
[203] AN, Naturalisations, BB/11/8559, Dossier 33179 X 24, WALTER David Enoch et WALTER née FAUF Chawa.
[204] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichier 246826_L ; SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, Lettre du 14/02/1955 et carte de rapatriement.
[205] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Copie manuscrite certifiée conforme (du 12/02/1948) du certificat délivré le 23/07/1945.
[206] AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246826_L et 246851_L ; voir également AN – Mémorial de la Shoah, Paris (France), F9 5736, fichiers 246830_L et 246854_L.
[207] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, deux fiches du 31/08/1945 ; le 30 juin 1944 est la date de l’entrée des époux WALTER au dépôt de la Préfecture de Police, la veille de leur internement à Drancy.
[208] Nous avons sollicité le personnel du Centre d’Archives multirégional de Béziers (archives du personnel), que nous remercions pour la vérification effectuée. Les documents de la période 1939-1945 du Service Archives Documentation SNCF du Mans sont accessibles en ligne : archives.sncf.com.
[209] Sa taille aurait été alors de 1,63 et la « taille rectifiée » de 1,64 m (Archives de Paris, Registres de recrutement militaire, D4R1 2637, 3e bureau, 1926, n° 308).
[210] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, « Demande de recherche de déporté » du 23/11/1945.
[211] SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 4, en ligne : archives.sncf.com à la p. 18 du fichier.
[212] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, deux fiches de renseignements du 12/02/1946.
[213] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, « Demande… » en une feuille recto-verso du 15/01/1947.
[214] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Acte de disparition 12/07/1947 ; il était également possible, d’une part, de transformer la transformation de cet acte « en jugement déclaratif de décès », une fois passé « un délai de cinq ans partant du jour de la disparition » ; d’autre part, il était possible de transformer cet acte « en acte de décès si les précisions nécessaires sont fournies ».
[215] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219 : « Je soussigné Madame Walter reconnais avoir reçu l’acte de disparition de Walter Neuschein dossier numéro 42153. A Paris, le 18 août 1947. Signature : Mme Walter ».
[216] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Lettre arrivée le 23 et le 24/02/1948.
[217] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Lettre du 11/03/1948, nous soulignons en italique les parties inscrites au sujet du cas de Nathan/Neuschem WALTER, avec une encre et une machine à écrire différentes.
[218] AP-AEC, 10D 488, 1948, Acte n° 1736 du 19/06/1948, en ligne.
[219] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, copie de missive du 23/09/1948 ayant pour objet « Agents déportés ».
[220] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, lettre du 21/09/1949, ayant pour objet : « Au sujet de M. WALTER Neuchem » ; dans le même dossier, la réponse du 09/12/1949 communique, au nom du Ministre, la date (11/09/1948) de l’avis favorable à la déclaration judiciaire de décès.
[221] SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, Fiche de Neuchem WALTER, en ligne : archives.sncf.com.
[222] SARDO, 25/LM/1940, Dossier n° 1, p. 4, en ligne : archives.sncf.com à la p. 183 du fichier.
[223] SNCF, Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français, n° 291, 12/03/1951, p. 9, en ligne : gallica.bnf.fr
[224] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Demande du 18/02/1952 et deux lettres du 02/05/1955.
[225] Journal officiel de la République française, Lois et décrets, 134e année, n° 51, 01/03/2002, p. 3940 et 3943 ; cf. legifrance.gouv.fr. Une note du 06/03/2003 accompagne l’acte de décès déjà cité du 19/06/1948.
[226] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, Fiche de contrôle de la « Section de la documentation et des recherches » du Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre, novembre-décembre 1954.
[227] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, Fiche sur papier en-tête de l’ambassade de France auprès de la RFA, datée du mois de novembre 1965.
[228] SHDC-DAVCC, AC 21 P 690694, Fiche de contrôle datée du 02/12/1965.
[229] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, deux fiches du 31/08/1945.
[230] SNCF, Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français, n° 82, 29/11/1946, p. 8-12, en ligne : gallica.bnf.fr
[231] SNCF, Notre Métier : revue éditée par la Société nationale des chemins de fer français, n° 82, 29/11/1946, p. 12, en ligne : gallica.bnf.fr
[232] Notre Métier, n° 7, 12/01/1945, p. 25, en ligne : gallica.bnf.fr.
[233] Notre Métier, n° 10, 09/03/1945, p. 37, en ligne : gallica.bnf.fr.
[234] Notre Métier, n° 10, 09/03/1945, p. 38-39, en ligne : gallica.bnf.fr.
[235] Notre Métier, n° 11, 23/03/1945, p. 41, en ligne : gallica.bnf.fr.
[236] Notre Métier, n° 13, 20/04/1945, p. 49, en ligne : gallica.bnf.fr.
[237] Notre Métier, n° 16, 25/05/1945, p. 60-61, en ligne : gallica.bnf.fr.
[238] Notre Métier, n° 18, 08/06/1945, p. 66-67, en ligne : gallica.bnf.fr.
[239] Notre Métier, n° 22, 06/07/1945, p. 80, en ligne : gallica.bnf.fr.
[240] Notre Métier, n° 23 du 13/07/1945 (p. 82), n° 26 du 13/07/1945 (p. 92-93, avec photographies), n° 33 du 19/10/1945 (p. 120, avec photographies), n° 37 du 16/11/1945 (p. 136), n° 39 du 30/11/1945 (p. 145),
[241] Fiche individuelle n° 6552465, de « WALTER Neuschem, 1939-1945 », dont l’auteur principal est Henri DROPSY (en 2024 et 2025, Président du Cercle Généalogique des Cheminots), sur le site MémorialGenWeb, mise en ligne le 13/06/2019 : memorialgenweb.org (dernière consultation 17/07/2025).
[242] Nous le remercions particulièrement pour les informations et les photographies qu’il nous a adressées.
[243] Voir « Plaques commémoratives des gares. Classées par commune. État des relevés effectués au 14 mai 2024 », en ligne : genealogie.cheminots.free.fr (dernière consultation 22/06/2025) ; cf. la photographie et le relevé publiés dans « Plaque commémorative SNCF (Relevé n° 59177, de Stéphane PROTOIS, 10/03/2012) », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025) et la photographie publiée dans « PARIS (75) Direction du Transport rue Traversière », dans la section « Plaques de Gare » du site Rail & Mémoire, mis en ligne le 18/12/2010, : railetmemoire.blog4ever.com (dernière consultation 22/06/2025).
[244] Notre Métier, n° 123, 04/11/1947, p. 6-7, en ligne : gallica.bnf.fr et gallica.bnf.fr.
[245] SARDO, 118/LM/110, Dossier n° 1, Fiche de Neuchem WALTER, en ligne : archives.sncf.com
[246] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, Acte de disparition 12/07/1947.
[247] Cf. « Plaque commémorative SNCF (Relevé n° 59177) », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025) et « Photo monument » n° 59177, sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025).
[248] Nous remercions Henri DROPSY pour ces informations. Cf. « Plaques commémoratives des gares. Classées par commune. État des relevés effectués au 14 mai 2024 », en ligne : genealogie.cheminots.free.fr (dernière consultation 22/06/2025).
[249] Voir « Plaque commémorative SNCF (Relevé n° 45998) », sur le site MémorialGenWeb, mis en ligne le 22/10/2009 : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025) et « Photo monument » n° 45998, sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025).
[250] SHDC-DAVCC, AC 21 P 549219, lettre du 21/09/1949, ayant pour objet : « Au sujet de M. WALTER Neuchem » ; dans le même dossier, la réponse du 09/12/1949 communique, au nom du Ministre, la date (11/09/1948) de l’avis favorable à la déclaration judiciaire de décès.
[251] Fiche individuelle n° 6044787, de « CHICH Salomon, 1939-1945 », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025).
[252] Fiche individuelle n° 6043506, de « DOLOY Raymond Charles Jean, 1939-1945 », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025). Voir Fontaine 2017, p. 522.
[253] Fiche individuelle n° 7229941, de « CLÉMENT Ernest Maurice, 1939-1945 », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025). Voir Fontaine 2017, p. 389-391, avec une photographie signalétique prise dans le camp, où il porte le triangle rouge.
[254] Fiche individuelle n° 6044783, de « DESPLANQUES Émile, 1939-1945 », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025). Voir Fontaine 2017, p. 505, avec un portrait photographique.
[255] Fiche individuelle n° 6044780, de « TOROSS Sabetaï Victor, 1939-1945 », sur le site MémorialGenWeb, en ligne : memorialgenweb.org (dernière consultation 22/06/2025) ; notice individuelle sur le site du Mémorial de la Shoah, Paris (France), avec une photographie et le reçu tiré du cahier de fouille de Drancy, en ligne : ressources.memorialdelashoah.org (dernière consultation 05/07/2025).
[256] Fiche individuelle n° 6552465, de « WALTER Neuschem, 1939-1945 », dont l’auteur principal est Henri DROPSY (en 2024 et 2025, Président du Cercle Généalogique des Cheminots), sur le site MémorialGenWeb, mise en ligne le 13/06/2019, : memorialgenweb.org (dernière consultation 17/07/2025).
[257] Klarsfeld 1978.
[258] Il s’agit de traductions automatiques depuis l’hébreu, toute faisant référence à la traduction en anglais de Klarsfeld 1978 ; notice n° 3228050 en ligne en anglais : collections.yadvashem.org et en français: collections.yadvashem.org
[259] Notice n° 5376183, en ligne : ushmm.org
[260] Nous reprenons l’emplacement sur le mur de noms de la notice individuelle sur le site du Mémorial de la Shoah, Paris (France), en ligne ressources.memorialdelashoah.org.
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