Serge BLUMBERG
Source : ©photo personnelle de M.Levha, fils de Madeleine Blumberg
Serge Blumberg naît le 17 juillet 1930 à Paris XVIIIe.
Il est le quatrième enfant et deuxième fils de Rose Blumberg, née en 1896 à Constantinople, mais dont la mère était née en Ukraine, et d’Ibersz, dit Armand, Blumberg, un tailleur juif d’origine polonaise, né en 1895 à Varsovie.
Tables décennales Naissances 18e arrondissement
Blumberg Serge ©Archives numérisées de Paris
Son père Armand et sa mère Rose
©Photos personnelles de M.Levha
Armand est naturalisé français en même temps que son épouse et leurs enfants, le 6 mars 1929 à Paris. Serge, né après leur naturalisation, est déclaré français, né en France d’un père français. Ce qui se traduira, dans le langage du camp de Drancy par l’expression « français d’origine » (F.O. sur sa fiche d’internement).
Certificat de nationalité
Blumberg Serge ©SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 247 294 74929
Serge a deux sœurs ainées : Anna, née en 1922, Madeleine, née en 1926, et un frère aîné, André, né en 1928.
Anna et Madeleine / André
©photos personnelles de M.Levha
Outre ses sœurs aînées et son grand frère, il a également une petite sœur, Simonne, née en 1932, qui sera une enfant cachée à partir de 1943. En juillet 1944, il a un petit frère : Alain Louis, né en 1944.
Simonne et Serge Blumberg
©photo personnelle de M.Levha
Alain Louis
Seul membre de la famille dont nous n’avons pas la photo car Alain naît à Drancy et est assassiné à Birkenau. Il a 15 jours.
Serge, comme son frère André, fréquente une école Rue Charles Hermite, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, non loin de la porte d’Aubervilliers et du domicile familial du 48 de la rue Charles-Lauth, et une autre rue de la Guadeloupe, près de la rue de la Chapelle.
Selon les souvenirs que sa sœur Madeleine a confiés à son fils, les enfants ont une enfance heureuse malgré un père assez dur.
Avec sa sœur Simonne, il est caché en 1943 dans une ferme du Loiret, chez Mme Boulland et Mademoiselle Simon. Toutefois, il est renvoyé à Paris le 1er janvier 1944 car la situation est compliquée pour les deux femmes. Seule Simonne reste cachée dans la ferme, jusqu’à la fin de la guerre.
Serge a 14 ans en 1944.
L’arrestation
La famille est arrêtée le samedi dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, à 1 heure de matin, dans son appartement de la rue Charles Lauth, par la Gestapo. Les nazis sont venus en nombre, bloquent les issues et utilisent des phares pour éclairer les façades et la cour des immeubles.
Les Grinberg, leurs voisins, sont arrêtés en même temps. Les circonstances de l’arrestation (la dénonciation volontaire ou involontaire d’un autre habitant de l’immeuble, arrêté la veille et interné à Drancy) sont expliquées dans la notice biographique d’Armand Ybersz, le père de Serge. Mais il faut rappeler que ces familles s’étant déclarées comme juives auprès des autorités, elles étaient fichées. Leur adresse était connue.
Serge est embarqué avec son père, Armand, sa mère enceinte, Rose, et ses trois frères et sœurs (Anna, Madeleine, André) et internés à Drancy, où sont rassemblés les Juifs arrêtés à Paris et dans toute la France. Ils y restent 23 jours.
Sa mère accouche dans le camp le 17 juillet d’un garçon, Alain Louis. C’est le jour où Serge a 14 ans. Au camp de Drancy, Serge reçoit le matricule 24.954. Il est affecté, comme son frère André, à l’escalier 18, chambrée 4. Ils sont en compagnie de Maurice Grinberg, leur voisin et copain.
Le départ et l’arrivée à Auschwitz-Birkenau
Le 31 juillet 1944, la famille Blumberg est déportée dans le convoi 77, direction Auschwitz-Birkenau. Le bébé Alain-Louis est transporté dans une caisse, remplie de gaze.
A l’arrivée du convoi à Auschwitz, dans la nuit du 3 août, Anna, Madeleine, André et leur père Armand sont sélectionnés sur la rampe d’Auschwitz, à la descente du train, pour entrer dans le camp.
A 14 ans, Serge n’aurait pas dû être sélectionné pour le travail. Comme quelques autres adolescents de son âge de différents convois, il est pourtant entré dans le camp pour y travailler.
Il reçoit le matricule B.3701, proche de celui de son frère André, B.3697 et de son père, B. 3698. Son père a donc su que son fils avait été sélectionné pour entrer dans le camp. Mais il était très fréquent que les familles soient séparées à l’arrivée. Après la séance du tatouage, Armand n’a peut-être plus aucun contact avec son ou ses fils, d’autant que les convois de déportés d’Europe arrivaient à un rythme infernal.
Déportation
Blumberg André ©Mémorial de la Shoah
Le camp de Sachsenhausen
Nous retrouvons la piste de Serge au camp de concentration de Sachsenhausen, près d’Orianenbourg, à 30 kilomètres au nord de Berlin, entre le 17 et 23 décembre 1944. Serge porte le matricule 118103 (numéro 30 sur la feuille). Il y est arrivé le 27 novembre 1944, avec 15 camarades déportés, qui ont moins de 18 ans.
A Sachsenhausen, il est employé comme « maurerlehrling », c’est-à-dire « apprenti maçon ».
Le camp est alors commandé par Anton Kaindl, SS-Obersturmbannführer puis SS-Standartenführer. Il existait plus de cent « Kommandos » (camps annexes) extérieurs, dont un kommando de fausse-monnaie où opéraient des détenus juifs, sans doute ayant été bijoutiers quand ils étaient des citoyens libres.
Serge est déclaré mort le 1er février 1945, au camp de Sachsenhausen. On ne connaît pas les conditions de son décès, mais ce camp et ses kommandos étaient très durs[1]. Son nom apparaît sur la plaque commémorative, apposée sur le mur extérieur du camp, inaugurée par les Klarsfeld en 2015.
Arrival lists of CC Sachsenhausen, May 1944 – April 1945, DocID: 4095470,
Blumberg Serge ©Arolsen Archives
Après la guerre
C’est son père, Armand, qui fait les démarches pour la reconnaissance du statut de son fils comme déporté politique et pour acter de son décès. Lui-même déporté, il a besoin de donner des précisions sur le sort de ses enfants. Mais comme on ne sait ni où ni quand est mort Serge, les démarches sont longues et compliquées.
Un acte de disparition est établi le 29 novembre 1951.
Le 5 octobre 1954, Serge avait été reconnu « déporté politique », ce qui signifie qu’il a été arrêté dans le cadre de la politique antijuive menée conjointement par l’occupant nazi et le gouvernement français de Vichy. Une carte de déporté de couleur bleue est remise à Armand au nom de son fils ce même jour.
Le 5 avril 1955, Armand reçoit au nom de son fils le « pécule » de 12.000 francs concédé aux déportés juifs comme dédommagement. Sont prises en compte ses journées d’internement à Drancy (7 / 30 juillet 1944) et de déportation (31 juillet / 5 août). A ce moment-là, on ignore que Serge est entré dans le camp d’Auschwitz et qu’il a poursuivi un rude périple avant de trouver la mort dans des conditions non-éclaircies.
Finalement, Armand obtient une décision judiciaire de décès de Serge, le 16 mai 1958, quatorze ans après son extermination. Comme il est né en France, il obtiendra la mention « Mort pour la France », le 24 novembre 1958, qui sera reportée sur son acte de décès, à la mairie du XVIIIe arrondissement.
L’association Les Fils et Filles de Déportés Juifs de France (FFDJF) a établi en 2015 la liste des 16 jeunes garçons qui ont été assassinés dans le camp de Sachsenhausen. Parmi les adolescents du convoi 77, on note les noms de Gérald Idzkowski, âgé de 17 ans au moment de sa mort, et Joseph Tabak, qui comme Serge, avait 14 ans.
Attribution du titre de déporté politique
Blumberg Serge © SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 247 294 74929
Déclaration judiciaire de décès
Blumberg Serge © SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 247 294 74929
Paiement du pécule aux déportés
Blumberg Serge © SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 247 294 74929
Merci à Monsieur Lionel Levha, fils de Madeleine, pour avoir partagé les souvenirs de la famille Blumberg avec nous. Merci de nous avoir permis d’utiliser les photos de la famille.
Merci à Muriel BAUDE, enseignante au lycée St Charles à St Pierre de la Réunion, qui a commencé ce travail biographique en 2018 et aux élèves de Terminale du lycée Camille Guérin de Poitiers qui ont continué cette biographie.
Biographie réalisée par Sarah, Mascha, Romane, Iris-Jeanne, Alexandre, Tom et Ajda, élèves de Terminale du lycée Jacques Cartier de Saint-Malo.
[1] Renseignements sur Serge Blumberg fournis par le Mémorial de Sachsenhausen à Serge Klarsfeld en juin 2014.
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