Adèle HUMMEL (épouse ERLENBACH), 1873-1944
Adèle Hummel photo sur le certificat de nationalité de la République de Salvador. 1942
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Naissance et milieu social
Adèle Hummel naît le 23 novembre 1873 à Fürth, en Bavière, non loin de Nuremberg, dans une famille juive solidement implantée[1]. Son père, Simon Hummel (1834-1901), et sa mère, Betty Schweizer (1843-1905), appartiennent à une lignée d’industriels locaux. En effet, son grand-père maternel, Abraham Schweizer, est pionnier de la fabrication de montures de lunettes en acier à Fürth. Il fonde vers 1852 sa manufacture de lunettes A. Schweizer qui prospère ensuite entre les mains de la famille[2][3]. Abraham Schweizer recrute des artisans opticiens de France et transforme rapidement la production artisanale en fabrication industrielle de lunettes en métal[4]. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’entreprise familiale exporte déjà des montures à travers l’Europe[2]. Le père et la mère d’Adèle reprennent la direction de l’entreprise à la mort d’Abraham Schweitzer, en 1866. Simon Hummel était auparavant marchand de biens manufacturés.
Abraham Schweitzer, grand-père maternel d’Adèle Hummel
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Usine Schweizer à Forcheim
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Dans les années 1920, l’affaire prendra le nom d’Optische Fabrik A. Schweizer GmbH (Manufacture optique A. Schweizer), une marque qui existe toujours de nos jours[5].
Adèle grandit dans une famille nombreuse, avec cinq frères. Le frère aîné, Max, est né le 13 septembre 1863. Viennent ensuite Moritz (Maurice), sourd de naissance, né en 1865 ; Abraham Adolf, né en 1868 ; Theodor[1-1], en 1871, et Robert Isidor, né en 1875. Adèle n’a qu’une sœur, Sigmunde, dite « Mundi », née le 6 septembre 1872, qui épouse le 31 mai 1895, à la mairie de Fürth, Oskar Ludwig Wulff, un commerçant d’Hambourg. Nous la retrouverons plus tard dans la vie d’Adèle.
De la jeunesse d’Adele, nous ne savons rien sinon qu’elle vit dans un milieu très aisé et dans une ville, une des rares d’Allemagne, voire d’Europe, où les Juifs sont ancestralement bien traités.
Fûrth : une ville où les Juifs vivent bien
La communauté juive de Fürth, déjà présente depuis le XVe siècle et qui a accueilli des Juifs chassés d’autres villes d’Allemagne, va jouer un rôle essentiel dans la vie économique, éducative et religieuse locale. Commerces, brasseries (la ville en compte des centaines), banques : à Fürth les Juifs jouissent d’une intégration peu commune en Europe. En 1719, le Reglement für Allgemeine Judenschafft garantit, contre une somme d’argent, aux Juifs de la ville des droits particuliers en matière de liberté religieuse. Deux délégués juifs sont envoyés au conseil de la ville, mais la communauté juive a son propre conseil, son orphelinat (le premier de tout l’Allemagne), son hôpital et ses écoles et lycées. Peu après la naissance d’Adèle, on compte quatre membres juifs parmi les magistrats et onze représentants juifs parmi les conseillers municipaux.

Vieux cimetière juif de Fürth, ouvert en 1607
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Grâce à la vitalité de sa culture et au prestige de ses érudits et rabbins Fürth gagne le surnom de « Jérusalem franconienne »[6]. Ses prestigieuses yeshivas (écoles de formation religieuse) y attirent des étudiants juifs de toute l’Europe. La Altschul construite entre 1617 et 1618 et la grande synagogue baroque de Fürth, érigée en 1719, symbolise ce dynamisme spirituel et culturel, et trois autres synagogues, dont une construite en 1868, accueillent les fidèles jusqu’à la Seconde Guerre mondiale[7].
Rosenstraße 11, 90762 Fürth, Allemagne
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Mariage et famille
Le 10 juin 1900, Adèle Hummel épouse Arnold Erlenbach, un négociant de Fürth spécialisé dans le Feingold und Blattmetall (or fin et métal en feuille), c’est-à-dire la fabrication de métaux précieux en feuilles[8]. Arnold, né le 4 mars 1868 à Fürth, dirige sa propre entreprise locale dans ce domaine. Le couple s’installe en ville, au n°11 de la Rosenstraße, une adresse du centre de Fürth[1].
Deux enfants naissent de leur union. Ludwig, né le 19 mars 1901, décède quelques semaines plus tard, le 23 avril 1901[9]. Certaines sources généalogiques ont suggéré par erreur que Ludwig aurait vécu jusqu’en 1955, mais les registres d’état civil de Fürth confirment son décès en bas âge en 1901.
Simon Hummel, père d’Adèle Hummel.
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Stefan, leur second fils, naît le 19 août 1902[9]. La sœur d’Adèle, Mundi, est partie vivre à Hambourg, où elle donne naissance à un fils en 1896, qui était également prénommé Ludwig[2-2].
En 1901, la même année que la naissance et la mort de son bébé Ludwig, Adèle perd son père Simon, puis sa mère Betty le 28 juillet 1905[10]. Le 6 juillet 1917, Adèle subit un nouveau drame : son mari Arnold meurt à l’âge de 49 ans[3-3][8]. Devenue veuve, Adèle élève alors seule Stefan. Sa sœur, divorcée en 1910, est revenue vivre à Fürth en 1928. Adèle reste active au sein de la communauté juive de Fürth pendant tout l’entre-deux-guerres, participant à la vie sociale et caritative de la ville.
Montée des persécutions
Le 30 janvier 1933, l’arrivée au pouvoir d’Hitler et des nazis en Allemagne bouleverse brutalement la situation des Juifs allemands. Dès les premiers mois, les persécutions se succèdent : boycott des commerces juifs, exclusion des Juifs de nombreuses professions libérales et de la fonction publique, etc. Un premier décret nazi vient même définir qui est considéré comme « Juif » ou « non-Aryen ». Les Lois de Nuremberg promulguées en septembre 1935 aggravent encore la ségrégation : elles interdisent les mariages ou relations extraconjugales entre Juifs et non-Juifs, retirent aux citoyens juifs leur nationalité allemande (les reléguant au statut de « ressortissants de l’État ») et ouvrent la voie à la spoliation légale de leurs droits et de leurs biens[11].
Mundi va rendre visite en septembre 1933 à son fils, Ludwig Wulff, qui se trouve à Milan. Elle a tenté de faire prolonger son passeport depuis là-bas.
Adèle a alors plus de soixante ans. Elle assiste, impuissante, au rétrécissement progressif de son « cercle du possible ». Les contraintes et menaces contre les Juifs s’intensifient chaque année un peu plus. Néanmoins, Adèle peut encore voyager à l’étranger pour un temps : en septembre 1937, elle obtient un passeport allemand (Cf. NB) et se rend en Angleterre pour assister au mariage de son neveu Sidney Hummel, célébré à Londres le 16 septembre 1937[12]. Cette parenthèse en Angleterre lui redonne espoir. Elle y retrouve une partie de sa famille qui a pu fuir l’Allemagne : son frère Moritz Hummel s’est réfugié à Londres quelques années plus tôt avec son épouse, Emilie. Moritz – qui était sourd de naissance – a pu reconstruire sa vie en Grande-Bretagne, à l’abri des persécutions, et c’est son fils Sidney qui vient d’y fonder un foyer en 1937[13]. Après cette brève échappée familiale outre-Manche, Adèle est toutefois revenue vivre en Allemagne.
(NB : Aucune copie numérisée du passeport d’Adèle Erlenbach (Hummel) n’est aujourd’hui accessible. Une source d’archives locales atteste toutefois qu’elle a demandé la délivrance d’un passeport afin d’assister au mariage de son neveu Sidney Hummel à Londres le 16 septembre 1937, ce qui établit l’existence d’une démarche officielle, même en l’absence du document original.)
Décision d’exil et départ de Fürth
En 1938, la pression sur les Juifs allemands devient écrasante. Le régime nazi utilise notamment la Reichsfluchtsteuer (l’« impôt de fuite du Reich ») – un lourd droit de sortie instauré en 1931 – pour dépouiller de leurs biens les Juifs qui tentent de fuir le pays. Quiconque quitte l’Allemagne sans s’acquitter de cette taxe voit ses biens intégralement confisqués et s’expose à des poursuites fiscales[11].
Le 26 août 1938, Adèle Erlenbach prend la décision de quitter l’Allemagne. Ce jour-là, elle se fait enregistrer officiellement comme émigrante auprès des autorités allemandes, règle la lourde taxe d’émigration exigée, puis quitte Fürth pour Milan en Italie[13]. Elle vient de réussir à s’exiler in extremis : quelques semaines plus tard, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, le pogrom de la Nuit de Cristal déferle sur toute l’Allemagne. À Fürth, la grande synagogue de 1719 et la maison du gardien sont incendiées et vandalisées par les nazis du NSDAP. L’orphelinat est également en feu et les pompiers ont l’ordre de ne pas éteindre l’incendie, mais de limiter son extension en ville. La synagogue a entièrement brûlé [4-4]. Le 12 novembre, le régime impose collectivement aux Juifs allemands une amende d’un milliard de reichsmarks pour « dédommager » l’État des dégâts de la Nuit de Cristal. Adèle a échappé de peu à ces violences, mais son exil en Italie ne signifie pas pour autant la sécurité.
La fuite : Italie, Belgique, France
Merano : une oasis juive… pour un temps
Fin 1938, Adèle est donc réfugiée en Italie. En novembre de la même année, elle séjourne à Merano, une ville thermale dans le Tyrol du Sud, auprès de sa sœur Mundi[14]. Dans cette ville, qui avait été autrichienne avant la Première Guerre mondiale, une communauté juive de 600 personnes prospérait. Un sanatorium accueillait des tuberculeux juifs (dont des artistes, tel Franz Kafka, et scientifiques célèbres), des hôtels cachers furent construits. De 1933 à 1939, de nombreux Juifs persécutés en Europe s’y réfugient. Des écoles sont construites pour leurs enfants.
Son fils Stefan, qui vivait encore avec elle en 1936, quitta l’Allemagne le 26 août 1938 pour s’installer en Italie, où il travailla comme employé de commerce, mais vécut ensuite à Zurich, au 22 Schmelzbergstraße, où il traversa la guerre en sécurité. L’Italie fasciste de Mussolini, quoiqu’initialement moins violente envers les Juifs allemands exilés, adopte dès 1938 ses propres lois raciales antisémites (les décrets-lois du 17 novembre 1938). La situation se dégrade avec l’éclatement de la guerre en 1939, qui élargit encore les dangers. Adèle quitte l’Italie peu après. Elle passe par la Belgique, puis entre en France à une date indéterminée, comme beaucoup de réfugiés juifs originaires d’Allemagne à la veille de la guerre. On ignore par quels réseaux elle a pu organiser son passage vers la France, mais la Sûreté nationale française ouvre un dossier à son nom lorsqu’elle arrive sur le territoire. Comme de nombreux exilés, Adèle doit multiplier les étapes et les stratagèmes pour tenter de trouver un lieu sûr. La question reste entière de savoir pourquoi elle n’a pas suivi son fils en Suisse et pour quelles raisons elle a entrepris, à son âge, un si périlleux périple. A-t-elle été internée comme allemande au début de la guerre, à Gurs ou ailleurs dans le Sud de la France, cela reste à déterminer.
Zone libre et clandestinité
Après la défaite française et l’entrée des armées hitlériennes, Adèle se retrouve en zone non occupée (dite zone libre). Elle trouve refuge à Saint-Paul-de-Fenouillet, un petit village des Pyrénées-Orientales où survivent alors de nombreux Juifs étrangers (principalement allemands). Saint-Paul-de-Fenouillet est un petit centre industriel dont la population ouvrière, en partie composée de travailleurs immigrés, avait déjà manifesté sa solidarité aux Républicains espagnols, en particulier lors de la Retirada. Ils sont 27 réfugiés juifs recensés dans ce village en juin 1941, certains sont déjà passés par les camps de la région, Saint-Cyprien, Gurs dans les Basses-Pyrénées, Rivesaltes. Si le régime de Vichy administre la « zone libre », la situation reste précaire. Le 26 août 1942, dans le cadre d’une opération contre les Juifs étrangers dans le département, dans le sillage de la grande rafle du Vél’ d’Hiv’ survenue à Paris, des gendarmes français arrêtent huit Juifs étrangers de Saint-Paul-de-Fenouillet[5-5] et les conduisent au camp d’internement de Rivesaltes[6-6]. Adèle échappe à cette rafle de justesse. Ce n’est pas le cas de Johanna Buxbaum Kazda et Henrich Schuloff, avec lesquels elle sera ensuite déportée.
Citoyenne salvadorienne

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Le 16 septembre 1942, Adèle reçoit à son adresse à Saint-Paul-de-Fenouillet un certificat de nationalité de la République du Salvador (grâce auquel on a sa photographie). On ignore quand elle a fait les démarches, mais le timing semble adéquat. Le consulat de la République du Salvador lui a délivré ce certificat, qui devrait la mettre à l’abri, puisque le Salvador est un pays neutre.
On peut imaginer que c’est son fils qui a fait la démarche depuis Zurich, au courant de l’effort intensif que fournissait le premier secrétaire du consulat du Salvador à Genève George Mandel-Mantello (1903-1992), né Gyorgy Mandl. Ce fils d’une famille juive orthodoxe aisée de la ville de Bistrita, en Transylvanie, homme d’affaires, a été fait Consul honoraire de la République salvadorienne pour la Roumanie, la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Depuis 1939, « il a délivré des milliers de documents de citoyenneté salvadorienne à des réfugiés juifs dans l’Europe occupée par les nazis entre 1942 et 1944 », indique l’USHMM[7-7]. En août 1942, un poste est créé spécialement pour lui en Suisse par le Consul général et colonel Jose Arturo Castellanos. Malgré les milliers de demandes qui affluent par le biais des organisations et individuellement, on peut constater que la réponse faite à Adele n’a pas pris tellement longtemps !
En novembre 1942, lorsque les troupes allemandes envahissent et occupent toute la France (mettant fin à la zone libre), la traque s’intensifie encore. De nombreux Juifs de Saint-Paul-de-Fenouillet sont arrêtés dans les mois qui suivent, puis acheminés vers le camp de transit de Drancy par les gendarmes français et déportés à Auschwitz. Adèle parvient à y échapper plusieurs mois dans la région. Le certificat de nationalité a-t-il joué un temps son rôle protecteur ou s’est-elle cachée ? Elle a alors plus de 70 ans.
Finalement, en juin 1944, malgré sa « citoyenneté » salvadorienne, Adèle Erlenbach est arrêtée (on pense près de Perpignan), très probablement lors d’une rafle menée par les forces d’occupation allemandes ou la Milice française. Les circonstances exactes de son arrestation restent floues, mais il semble qu’elle ait été arrêtée avec deux autres Juifs et transférée peu après vers Paris. Sont envoyés le même jour à Paris également, outre le couple Kazda / Schuloff déjà mentionné, Henri Levin et Hilde Sternhell. Ils se trouveront dans le même convoi de déportation du 31 juillet 1944.
Drancy, convoi 77, Auschwitz
Après son arrestation, Adèle est internée au camp de Drancy, près de Paris – sinistre antichambre d’où sont déportés les Juifs arrêtés en France. Les registres de Drancy indiquent qu’au 2 juillet 1944, Adèle Erlenbach y est détenue sous le matricule 24.687. À cette date, les Alliés avancent vers Paris, les voies ferrées sont bombardées sans cesse, mais le directeur du camp de Drancy, le SS Aloïs Brunner veut continuer à déporter vers Auschwitz un maximum de personnes, internées au camp ou raflées dans la rue… et les maisons d’enfants de l’UGIF. Quand Adèle arrive à Drancy, un convoi de 1.100 personnes, dont 161 enfants, est parti peu avant, le 30 juin. Elle fera partie du prochain pour Auschwitz, programmé pour la fin du mois[8-8].
Le 31 juillet 1944, Adèle est embarquée de force dans un convoi (qui sera ultérieurement désigné comme le 77) au départ de Bobigny, en direction d’Auschwitz-Birkenau[15]. Ce convoi emporte 1306 personnes – le dernier grand convoi de Juifs à quitter la France occupée. Le plus jeune déporté à bord n’a que 15 jours (un bébé né à Drancy), le plus âgé a plus de 80 ans. Les conditions du transport sont effroyables : entassés à 60 par wagon de marchandise, sans espace, presque sans eau ni vivres, dans la chaleur étouffante de l’été, nombre de déportés (notamment les malades et les vieillards) ne survivent pas au voyage de trois jours ou deviennent fou.
Nous ne savons pas ce qu’il est advenu d’Adèle. Si elle a réussi à tenir bon jusqu’à l’arrivée du train à Auschwitz, dans la nuit du 3 août 1944, son âge (70 ans) la désignait assurément à la chambre à gaz dès la sélection sur le quai. Aucune trace ultérieure ne témoigne ni de sa survie, ni de sa mort. Les déportés qui sont directement envoyés à la chambre à gaz avant d’être brûlés dans les fours crématoires d’Auschwitz ne sont inscrits sur aucune liste. Seuls ceux qui entreront dans le camp et seront tatouées sont dûment enregistrés dans « l’usine de mort » que décrira plus tard dans un livre une des déportées survivantes du convoi 77, Régine Jacubert.
Les registres mentionnent Adèle Erlenbach comme verschollen (« disparue ») à Auschwitz. Aucune tombe ne porte son nom, puisqu’aucun corps ne fut jamais retrouvé. « La tombe qui lui était réservée à côté de celle de son mari resta vide », écrit un rédacteur d’une notice à Fürth.
Famille et traces
Le destin d’Adèle Erlenbach illustre la violence des années 1930-1945. Sa famille n’a pas été épargnée. Sa sœur aînée Sigmunde Wulff, qui avait partagé son exil italien en 1938, disparaît elle aussi dans la Shoah (elle est identifiée comme victime des persécutions nazies dans les archives de Fürth)[16].
La femme de son frère Theodor, et leur fils Walter Simon (né en 1907) et leur fille Elsbeth ont tous les trois été déportés sans retour depuis Nuremberg.
En revanche, Stefan Erlenbach, le fils d’Adèle, survit à la guerre grâce à son refuge en Suisse. Après 1945, on retrouve sa trace dans les dossiers de restitution : il apparaît comme ayant droit et héritier de la maison familiale du 11, Rosenstraße, à Fürth[17][18]. La propriété d’Adèle, restée vide pendant la guerre, a été restituée symboliquement à son fils – une absence concrète, mais visible, selon les mots d’un témoin. Stefan Erlenbach est décédé en 1995, après avoir perpétré la mémoire de sa famille.
Mémoire et inscription dans l’histoire
Le nom d’Adèle Hummel, épouse Erlenbach, figure aujourd’hui dans le Gedenkbuch (Livre du Souvenir) du Bundesarchiv allemand, la base mémorielle recensant les victimes juives de la Shoah originaires d’Allemagne. Son nom est également gravé sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah à Paris, année 1944, parmi les 76 000 Juifs déportés de France.
À Fürth, son histoire s’insère dans celle – plus vaste – d’une communauté autrefois florissante (la fameuse « Jérusalem franconienne »), communauté presque entièrement anéantie par les nazis après 1938[19].
Ainsi se déroule, dans l’ordre implacable des faits, la vie d’Adèle Hummel Erlenbach. Une biographie brève mais précise, patiemment reconstituée malgré les silences des archives, et qui dit la place d’une femme, d’une famille, d’une ville, dans l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe. La mémoire d’Adèle Hummel tient aujourd’hui dans des registres, des pierres, des noms gravés – et dans la fidélité de celles et ceux qui la racontent.
SOURCES
- Archives de Fürth et de Merano, base « Jüdisch in Fürth »[8][13],
- FürthWiki (liste des victimes de la Shoah à Fürth)[1],
- Mémorial de la Shoah
- bases généalogiques (Geni, Ancestry),
- ainsi que diverses publications historiques sur la communauté juive de Fürth et la Shoah.
Cette biographie a été rédigée par Samira Haber et Léonard Baumgart, élèves du Lycée français international de Düsseldrof, sous la direction de Mme Berthod en 2024-25
Notes & références
[1] Fürther Opfer der Shoah/E – FürthWiki www.fuerthwiki.de
[2] [4] [5] History | Schweizer Optik www.schweizer-optik.com
[3] optik-akademie.com www.optik-akademie.com
[6] [7] [19] 15 faits fascinants sur Fürth : Explorer le cœur de la Franconie – Explorial explorial.com
[8] [9] [10] [12] [13] [14][16] Personen – Jüdisch in Fürth – GF-Franken.de
juedisch-in-fuerth.repositorium.gf-franken.de
[11] Contrôle des capitaux — Wikipédia wikipedia.org
[15] Les déportés – COMMÉMORATION- 31 juillet 1944 commemoration.convoi77.org
[17] [18] Fürth, Rosenstr. 11, Wohnhaus; Georg u. Anna Bruder; ehem. jüd. Eigentümer: Ernst u. Stefan Erlenbach – Deutsche Digitale Bibliothek www.deutsche-digitale-bibliothek.de : état des biens juifs spoliés et des restitutions à Fürth.
[1-1] Theodor, ingénieur, propriétaire d’usine et associé de la société Schweizer, épouse Rosa Merzbacher le 25 mars 1906. Ils ont une fille prénommée Elsbeth Friederike et un fils, Walter Simon.
[2-2] Ludwig Wulff a eu un fils, prénommé Eric qui a témoigné pour la notice biographique de sa grand-mère Sigmunde, juedisch-in-fuerth.repositorium.gf-franken.de
[3-3] Dans les cinq années qui suivent, au moins quatre frères et sœurs d’Arnold décèdent. Une de ses sœurs mourra dans le ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie occupée, une autre en Palestine, en 1942.
[5-5] Cf https://66.pcf.fr « Les étrangers à Saint-Paul-de-Fenouillet (1939-1944). Entre répression officielle et solidarité de la population », conférence de Georges Senlis, site internet du PCF, Fédération des Pyrénées-Orientales, 23 août 2022.
[6-6] Du 11 au 26 août 1942, plus de 700 Juifs étrangers furent arrêtés dans les Pyrénées Orientales et transférés au camp de transit de Drancy. Cf Alexandre Doulut, Les Juifs au camp de Rivesaltes : internement et déportation (1941-1942), Lienart éditions – 2014.
[7-7] Malgré son statut diplomatique, il avait été arrêté en Hongrie. Les certificats originaux sont restés en Suisse et, en 2009, le fils de George Mantello, Enrico, a fait don de plus de 1.000 certificats au Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis, dont celui d’Adèle Hummel Erlenbach. « En plus de délivrer des papiers de citoyenneté, Mandel-Mantello s’est donné beaucoup de mal pour diffuser des rapports sur le massacre des Juifs d’Europe après avoir reçu une copie des Protocoles d’Auschwitz du chef du bureau palestinien à Budapest au début du mois de juin 1944. Il s’agissait de rapports détaillés sur les massacres perpétrés à Auschwitz, basés sur des informations fournies par des évadés du camp au printemps 1944, ainsi que de rapports sur la déportation des Juifs hongrois », dit la notice qui lui est consacrée sur le site du musée. Selon, The Times of Israel du 17 mai 2016, le consul Castellanos a sauvé plus de25.000 Juifs avec l’ «Action Salvador”. Le film The Rescue lui est consacré.I Il a été fait Juste parmi les Nations en 2010..
[8-8] Un convoi de 257 personnes a quitté Drancy pour Bergen-Belsen le 23 juillet. Il était principalement composé de femmes de prisonniers, d’enfants (77) de prisonniers, ainsi que de quelques « personnalités » comme l’ex-ministre de la Marine marchande, maire du Havre, Léon Meyer, âgé de 75 ans, et qui a survécu.
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