Arrestation: | Résidence: ,

Émile Smadja, 1902 – 1944

Biographie par Lucile Etienne, sous la direction de Denis BAUD, son professeur d’histoire au lycée Pierre Mendès-France à Tunis.

Informations véridiques sur Emile Smadja
Informations vérifiées/trouvées sur internet
Informations fournies par des personnes rencontrées à l’ancienne adresse d’Emile
Smadja
Elle était là, face à la mer, le regard dans le vide. Liliane songeait à son père et
à sa vie qui, aussi belle fut-elle, s’interrompit brutalement du fait de la tyrannie nazie.
A cause d’hommes comme Hitler, son père lui fut arraché et elle savait qu’elle n’était
pas la seule à qui c’était arrivé. Elle n’avait que très peu de souvenirs de lui;
pourtant, elle avait l’impression de se rappeler de son parfum mentholé et
charbonneux qui la rassurait tant quand il la prenait dans ses bras, de son sourire
éclatant qui était toujours scotché à son visage, de son regard tendre, chaleureux et
protecteur et de cette flamme, cette passion pour la vie qui brûlait ardemment au
fond de ses beaux yeux couleur chocolat. Ah ses yeux ! Ses yeux qui se fermèrent
pour la dernière fois beaucoup trop tôt. Il n’avait pas tout vécu, il n’avait pas tout vu.
Elle, et sa mère avant elle, avaient fait des recherches et avaient cherché à savoir ce
qui était arrivé. Pourquoi avait-il disparu?
Émile Smadja est né le 12 février 1902. C’était un petit garçon plein de vie et de
bonne humeur. Dès la naissance, cette passion pour la vie brûlait au fond de son
regard. Il est né à Tunis, dans le quartier de Lafayette dans le centre ville de la
capitale tunisienne qui était sous domination française depuis 1881. Il vivait à
proximité de la grande synagogue. Étant né de deux parents juifs, il se fit circoncire
dans cette même synagogue au bout du huitième jour de son existence. Le petit
Émile grandit donc dans un foyer juif avec deux parents qui l’aimaient du fond du
cœur et qui faisaient de leur mieux pour qu’Émile et ses six frères et sœurs aient tout
ce qu’ils voulaient. Il avait fait ses premiers pas vers ses un an et avait rapidement
commencé à parler, criant continuellement des mots dénués de sens tels que
“babou” ou encore “mawa”. Quoi de plus normal pour un enfant si jeune? Puis les
années passèrent et le bébé se métamorphosa en jeune garçon. Le jour de sa
première rentrée, Emila avait fièrement mis son sac à dos bleu marine sur son dos
et avait arboré son plus beau sourire avant de quitter sa maison pour se rendre à
pied à l’école. Il s’intégra très facilement dans sa nouvelle école, il était mignon,
gentil et sociable : l’ami idéal. Il allait jouer pratiquement tous les jours avec ses amis
dans le quartier; ils couraient partout, jouaient au loup, allaient manger des makrouts
chez le pâtissier ou des pommes d’amour chez le vendeur ambulant d’en face. Ce
groupe d’enfants pourtant si différents passaient tout leur temps ensemble. C’était
un réel mélange culturel; ils étaient tous juifs, maltais, italiens ou français. Eh oui, le
quartier Lafayette était l’endroit où vivaient tous les étrangers et c’est probablement
cela qui rendait ce quartier si unique. Mais que ce soit Jacob, Manuel, Roberto,
Pierre ou Émile, ils aimaient tous les mêmes choses. Ils adoraient embêter la
grand-mère de Joseph en allant lui voler quelques belles tartes aux fraises ou aller
jouer au foot dans le parc du Belvédère avec le beau ballon en cuir de Roberto. Ils
aimaient jouer aux billes sur le trottoir en face de la synagogue et faire des tournois
tout en observant avec admiration les plus grands voyous qui fumaient dans le café
d’à côté. Ah, ils étaient si attachants !
Au fil des années, Émile grandit et devint un jeune homme plein d’énergie,
désireux de profiter au maximum de la vie. Il parcourait la ville avec ses amis à vélo,
il aurait vraiment aimé avoir une mobylette mais cela coûtait bien trop cher. Il se
contentait donc de son vélo qui lui était tout de même bien utile. Il passait son temps
à flâner et à tenter de draguer quelques jolies jeunes filles mais Émile était bien trop
poli pour insister et avait donc souvent du mal à y arriver alors qu’au contraire ses
amis ne semblaient pas du tout gênés à l’idée d’accoster des jeunes filles. D’ailleurs,
les nombreuses sorties d’Émile l’avaient conduit à une baisse de ses résultats à
l’école, ce qui avait bien énervé ses parents et son père ne s’était certainement pas
retenu de lui faire la morale. Malgré le temps qui passait, Émile continuait à accorder
de l’importance à la pratique religieuse. Il allait à la synagogue tous les vendredis
soirs et les samedis et suivait à la lettre le shabbat. Le jour de ses treize ans, il
n’était pas peu fier lors de la célébration de la bar-mitzvah. Plus tard, il avait eu le
privilège, pour la première fois, de monter au chiffer pour lire avec fierté la Torah à la
synagogue. Par la suite, il éprouvait le même plaisir à le faire, au plus grand bonheur
de ses parents et du rabbin Jérémie.
Émile connaissait tout le monde dans le quartier. C’était un jeune homme
serviable. C’est ainsi qu’il se faisait un plaisir de rendre visite à Sarah Adelman, une
très vieille femme du quartier qui était d’une bonté extraordinaire et qui avait vu tout
le monde grandir, y compris les parents d’Émile. Il s’occupa d’elle en lui rendant
visite tous les jours, pendant deux ans, jusqu’à sa mort. La disparition de Sarah
Adelman affecta Émile bien plus que ce qu’il voulut montrer. Cette même année,
Émile rentra au lycée Carnot, un très bon lycée, Émile avait décidé de se reprendre
en main et était décidé à avoir de bonnes notes. Il retrouva ses fidèles compagnons,
Jacob, Manuel, Roberto, Pierre avec qui il avait fait les 400 coups. Il travailla bien
toute sa scolarité, tout en continuant de s’amuser avec ses amis et de profiter de sa
jeunesse. Il aimait par exemple aller au cinéma le dimanche soir avec ses amis. Il
allait à Mon Ciné, le petit cinéma du quartier. Il aimait l’ambiance de cet endroit, les
grands rideaux rouges qui ornaient chaque côté de ce grand écran qui semblait
régner sur la salle, les dizaines de sièges tout confort sur lesquels on pouvait
facilement dormir. Puis vint l’année où il reçut son diplôme. Sa mère était tellement
fière, son père aussi d’ailleurs; dans leurs yeux à tous les deux perçait cette lueur de
fierté. Ils avaient un sourire resplendissant lorsqu’ils disaient à tout le monde que
leur fils était désormais bachelier. Ce jour-là, Émile fit la fête toute la nuit, d’abord
avec ses parents et sa famille. Sa grand-mère avait organisé un festin digne des
plus grands rois. Il y avait du ajlouk de carottes et d’aubergines, des bricks
délicieuses, des fricassés, du couscous au poisson, de la mloukhia, du ojja aux
merguez, des bombolonis succulents, des yoyos et des makrouts sans oublier les
dattes et le melon. Émile n’avait jamais au grand jamais aussi bien mangé, sauf
peut-être à l’occasion de certaines fêtes juives. Il restait de la nourriture encore deux
jours après. Le soir, après le dîner, Émile était sorti avec ses amis dans une sorte de
bar où se tenait un concert très sympathique. Ils avaient chanté et dansé toute la
nuit. Ils avaient rigolé en évoquant avec émotion leurs souvenirs d’enfance.
Quelques mois plus tard, Émile ouvrit son propre commerce grâce à l’argent
offert par son père pour son diplôme. Il commença modestement. Il vendait des
tissus, de la laine et de la soie. Si, au début, il eut beaucoup de mal à se faire
connaître et à se faire un nom dans le domaine, avec le temps, son échoppe devint
assez réputée dans le quartier, lui offrant une certaine stabilité financière. Émile
décida alors de quitter le foyer familial pour prendre son envol, au plus grand dam de
sa mère qui se refusait à voir grandir son enfant mais à la plus grande fierté de son
père qui voyait en lui un jeune homme sur le chemin de la réussite. Pour apaiser sa
mère, il ne s’installa qu’à quelques rues, derrière la grand synagogue, au 16 rue
Glatigny. C’était un joli immeuble à trois étages avec une façade de couleur ocre.
L’appartement était simple mais chaleureux et l’on s’y sentait bien. C’était parfait
pour Émile .
Le 21 septembre 1924 fut le jour qui transforma sa vie. Ce jour-là, une
magnifique jeune fille rentra dans son échoppe et demanda un tissu en coton pour
tailler une robe à sa sœur. Cette jeune femme s’appelait Lucie – Esther. Ce fut le
coup de foudre. Dès le premier regard
échangé, Émile voulut la revoir pour
mieux la connaître. Ses longs cheveux,
sombres comme l’ébène, attachés en
chignon, ses yeux marron chocolat de
biche, sa silhouette frêle et féminine, son
sourire éclatant, tout absolument tout lui
plaisait chez elle. A cet instant, il avait pris
son courage à deux mains et il lui avait
demandé s’il pouvait la revoir. A son
grand étonnement, elle avait accepté avec
un sourire chaleureux. C’est ainsi que,
pendant des mois, ils se virent
régulièrement. Ils allaient au restaurant,
au cinéma, ils se baladaient. Ils parlaient
beaucoup et rigolaient aussi. Émile la
présenta à sa famille, qui tomba sous son
charme. Aux yeux de sa mère, c’était la
femme idéale, jeune, belle et … juive.
Émile, lui, l’aimait pour cela mais aussi et
surtout pour sa gentillesse, sa bonté, sa
compassion, son soutien sans faille, sa
fidélité, son endurance et sa
persévérance dans les difficultés. Il l’aimait pour ce qu’elle était à l’intérieur. Il la
demanda donc en mariage; elle accepta émue, les larmes aux yeux. Ils se marièrent
donc le 1er décembre 1925, à la grande synagogue de Tunis. C’était le rabbin
Abraham qui l’avait marié à Lucie.
Ils s’installèrent ensemble dans l’appartement d’Émile, rue Glatigny. Ils eurent
six enfants. Simone Smadja naquit le 19 décembre 1926. Ce fut un bouleversement
dans la vie d’Émile. Il était si heureux d’être devenu père…. Le jeune couple s’adapta
rapidement à ce nouveau mode de vie. Ils voyaient cette venue au monde comme
une bénédiction de Dieu. De la même manière, ils considérèrent la venue au monde
de leurs cinq autres enfants comme une bénédiction et furent très heureux. Il y eu
Victor, né le 11 juillet 1931, puis Sion, né le 8 janvier 1934, William, né le 15 mai
1936, Liliane, née le 6 juillet 1939 et finalement Mireille, née le 19 janvier 1942. Ils
eurent la chance de trouver un appartement plus grand dans le même immeuble, au
premier étage.
Leur vie était paisible et joyeuse. Pourtant il était déjà arrivé que des
événements aient troublé le cours de celle-ci. La célèbre chanteuse Habiba Msika
habitait dans une maison située dans la rue perpendiculaire. Elle était juive comme
eux. Et même si elle était connue mondialement, elle n’avait pas laissé la célébrité
lui monter à la tête et la changer. C’était une femme vraie et fidèle qui venait à
chaque fois qu’elle en avait l’occasion à la grande synagogue. Elle ne pouvait pas
venir souvent, étant donné qu’elle voyageait beaucoup. C’est ainsi qu’elle avait
rencontré Lucie Esther Smadja, un vendredi soir. Elles avaient sympathisé et discuté
de longues heures. Par la suite, dès que Habiba revenait à Tunis, les deux femmes
se voyaient. Habiba prenait dans ses bras la petite Simone et lui racontait ses
voyages et ses nouvelles aventures, y compris amoureuses. Elle lui parlait de cette
vie pleine de paillettes qui semblait attirante, mais qui en réalité était dure et
éprouvante. Elle lui parlait de ses engagements et de tout ce qu’elle voulait faire.
Lucie s’était maintes et maintes fois inquiétée pour son amie, qui à cause des
scandales qu’elle avait provoqués, s’était souvent retrouvée menacée de mort.
Comme la fois où elle avait joué dans une pièce appelée Patrie, pièce dans laquelle
elle avait scandé des propos indépendantistes. Puis, un jour, un drame se produit.
Habiba avait beaucoup parlé à Lucie de Eliahou Mimouni, son ancien amant. Jamais
elle ne se serait douté qu’il était fou. Cet homme s’était introduit chez Habiba et
l’avait brûlée vive, causant sa mort le lendemain. Cette nouvelle, qui avait la une de
tous les journaux de l’époque tels que “la presse”, avait ravagé Lucie. Émile avait dû
passer des mois à consoler sa femme, choquée par cette disparition si brutale. La
douleur s’estompa cependant avec le temps.. La vie continuait.
Le commerce d’Émile devenait de plus en plus florissant. Afin de développer de
nouveaux partenariats, il souhaitait maintenant aller en France. Il visait plus haut,
toujours plus haut, pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Il voulait leur
offrir le meilleur. Mais les procédures étaient longues et compliquées. La situation
était d’autant plus compliquée que, vers cette époque là, le régime nazi étendait son
influence en Europe. Les années 30 étaient calmes à Tunis, mais en Europe et
notamment en Allemagne, une haine grandissante envers les Juifs déferlait dans
toutes les villes. L’antisémitisme gagnait du terrain partout et même dans certains
endroits de Tunis alors que les Juifs avaient touojurs été bien acceptés et intégrés.
En réponse, ceux de Tunis, dont beaucoup d’amis d’Émile, avaient décidé de
boycotter les marques allemandes. Ils l’avaient d’ailleurs encouragé à faire de
même. Lui s’inquiétait pour sa famille et ne voulait pas que cette vague de haine
envers les juifs n’affecte ses enfants et sa femme. Il pressentait que tout cela allait
mal se terminer et que la situation allait s’aggraver. Les faits lui donnèrent
malheureusement raison. La France céda et se plia aux exigences de l’Allemagne
dès 1940. Tout bascula alors. À partir du mois d’octobre, des décrets antisémites
comme la loi sur le statut des juifs commencèrent à être promulgués un peu partout.
Émile perdit à de nombreuses reprises l’espoir d’aller en France pour son travail,
mais à chaque fois il se reprenait et se disait que tout était possible; pourtant Lucie
ne voyait pas d’un très bon œil le fait que son mari veuille aller en France pendant
cette période si troublée. Malgré les réticences de sa femme, il continua de
demander une autorisation pour aller à Lyon pour raisons commerciales et
professionnelles.
Un jour, le 11 juillet 1942, une lettre arriva. Quelle bonne nouvelle pour Émile ! Il
allait enfin pouvoir se rendre en France en tant que client de la Maison
Jacquemetton à Lyon et ce, malgré ses origines juives. Son épouse voyait les
choses très différemment. Emile ne laissa pas passer l’occasion; il se rendit donc à
Lyon pour acheter des pièces de soierie aux établissements Sommer, une entreprise
avec laquelle il entretenait des liens commerciaux de longue date. Il avait été
identifié par le gouvernement de Vichy comme “ressortissant tunisien israélite”. Et
malgré le système mis en place à l’époque, le voyage se passa bien. Il rentra
rapidement à Tunis auprès de sa famille, au grand soulagement de sa femme et de
ses six adorables enfants, il put donc reprendre dans ses bras la petite Mireille qui
n’avait que six mois. Au moment des retrouvailles, il avait serré dans ses bras
chacun de ses enfants pendant de longues minutes, conscient de la chance qu’il
avait eu de ne pas avoir été arrêté.
Dans le même temps, les choses s’envenimaient dans le monde entier, y
compris en Tunisie. En novembre
1942, les Allemands débarquèrent
en Tunisie et prirent le contrôle du
pays dans le but de gêner les Alliés.
Les officiers SS avaient à présent le
contrôle. Les juifs de Tunisie
souffrirent beaucoup. Émile vit des
amis de toujours se faire arrêter, se
faire frapper, se faire rabaisser. Il y
en eut tellement, à l’instar de son
bon ami Jérémie Ellman, un homme
si gentil. Depuis quelques années,
Émile et lui allaient souvent
ensemble à la synagogue et au
café. Jérémie avait une femme, Freda, et d’adorables enfants agés de cinq et huit
ans. Il tenait une pâtisserie reconnue qui s’appelait les Délices de Tunis. Que ce soit
Simone, Sion ou encore Victor, tous adoraient les succulents bamboulins que
Jérémie faisaient avec tout l’amour du monde. Et cet homme si cher au cœur de la
famille Smadja avait été frappé puis arrêté par les soldats SS. Soudainement, ils
étaient entrés dans la petite pâtisserie, criant en allemand des mots que tous
imaginaient rabaissant. Avec violence, ils renversèrent les gâteaux, jetant tout au
sol. Ils poussèrent Jérémie à terre, ricanaient avec arrogance, parfaitement
conscients de leur supériorité dans cette situation et ils se mirent à le frapper avec
des barres; ils malmenèrent ensuite sa pauvre femme qui jusqu’ici avait tenu
fermement dans ses bras ses enfants terrorisés. Personne ne sut pourquoi ils s’en
prirent à lui ce jour-là mais, ce qui est sûr, c’est que personne ne revit Jérémie par la
suite. La nouvelle de cette arrestation si brutale avait fait le tour du quartier en peu
de temps, causant une vague d’effroi et de peur. Un ami cher à Émile avait disparu,
le laissant terrifié par rapport à la suite et peiné à un point incommensurable.
Pendant six mois, toute la famille vécut dans la peur. Ils avaient aussi
remarqué l’hostilité croissante des Arabes envers les Juifs tunisiens. Était-ce parce
que ceux-ci pensaient que les Juifs étaient responsables de la présence allemande
ou bien était-ce de la méchanceté gratuite? On ne le saura jamais réellement.
Pendant cette période, Émile avait souvent dû fermer son magasin en urgence à la
vue des soldats SS. Il avait interdit à ses enfants d’aller jouer. Les rues auparavant si
animées étaient désertes. Il n’y avait plus les cris de joie des enfants dans la rue
lorsque le marchand de glace passait, il n’y avait plus d‘enfants qui jouaient aux
billes sur le trottoir. Les adolescents ne faisaient plus de tour à vélo dans le quartier,
ils ne rendaient plus visite aux plus âgés, les hommes ne se retrouvaient plus dans
les cafés pour parler pendant des heures, les femmes ne se retrouvaient plus sur les
marchés pour papoter en achetant des légumes frais. Même les oiseaux semblaient
s’être cachés; on ne les entendait plus chanter le matin et réveiller les habitants par
leurs cris stridents. Les soirs, Émile regardait par la fenêtre de sa chambre et
constatait avec désespoir que les rues étaient vides et silencieuses; les seuls bruits
étaient ceux des feuilles mortes roulant sur le trottoir ou encore les vieux journaux
qui s’envolaient poussés par le vent chaud et doux de Tunis. Ce quartier, jadis si
lumineux et plein de vie où l’on voyait de partout les gens sourirent, était alors
désert, laissant place à la morosité et à la mélancolie. Les Juifs avaient toujours
montré qu’ils étaient fiers, fiers de leur religion, de leur foi, de leurs lieux de culte et
de leurs traditions. Ils devaient alors se cacher; ils avaient la désagréable impression
d’être faibles et de ne plus pouvoir dire qui ils étaient. Mais que pouvaient-ils faire?
Les enfants grandissaient dans la peur et dans l’incompréhension; ils ne pouvaient
pas comprendre pourquoi cela arrivait. Qu’avaient-ils fait de mal? C’est ce que
demandait tous les soirs Liliane à son père. Que pouvait-il lui répondre? Que
pouvait-il dire à sa fille?
Mais à chaque malheur, à chaque sombre épreuve, il y a une issue, une lumière
au bout du tunnel. Cette lumière représentait les alliés qui débarquèrent en Tunisie
en mai 1943. Ils libérèrent le pays de l’occupation allemande, apportant ainsi la paix
dans ce pays soumis à la crainte depuis six mois. Les rues recommencèrent à se
remplir d’enfants, de femmes et d’hommes qui semblaient reprendre goût à la vie.
Émile revoyait ces sourires si chaleureux dans la rue qui lui avaient tant manqué. La
vie reprit son cours et tout semblait aller pour le mieux. Émile avait même reçu une
lettre l’autorisant à retourner une fois de plus à Lyon pour son commerce. Certes,
Lyon était encore sous occupation allemande, mais les rumeurs couraient selon
lesquelles l’Allemagne nazie faiblissait. C’est donc confiant qu’il partit à Lyon dans le
but d’acheter des nouvelles pièces de soierie et de vendre certaines des siennes. Il
avait serré sa femme dans ses bras et il l’avait embrassée tendrement en la
rassurant et en lui chuchotant à quel point il l’aimait. Il prit ensuite le soin de serrer
dans ses bras chacun de ses enfants puis partit…
Il se rendit à la Goulette où se trouvait le port de Tunis pour ensuite embarquer
dans un grand bateau qui devait se rendre à Marseille. Le voyage en mer se passa
merveilleusement bien, il était détendu et avait pu profiter du vent marin qui fouettait
contre sa peau. Il aimait cette odeur fraîche et revigorante qui lui rappelait ses
sorties à la plage avec ses amis et sa famille. Après être arrivé à Marseille, il se
rendit à la gare et prit le train en direction de Lyon. En arrivant, il se rendit à l’hôtel
des quatre nations, 9 rue Sainte Catherine. C’était petit mais chaleureux; le
personnel était gentil et accueillant. C’était la première fois qu’il logeait à l’hôtel; la
dernière fois, il avait logé chez un ami juif à son cousin. Il avait d’ailleurs été d’une
gentillesse infinie et il lui avait présenté d’autres Juifs mais, en cette sombre période
de juillet 1944, peu nombreux étaient les Juifs qui avaient échappé à l’impitoyable
boucher de Lyon, Klaus Barbie. Oh, mon Dieu ! Émile frissonnait dès qu’il entendait
ce nom qui lui inspirait un dégoût sans nom; il était horrifié par l’existence d’un
homme si cruel. Désireux de ne pas s’éterniser à Lyon, Émile était allé dès le
lendemain acheter ses pièces de soierie. Sur le chemin du retour, il avait acheté un
souvenir pour sa femme; il s’agissait d’une petite boîte finement décorée en bois
avec des bordures dorées. Il était rentré à l’hôtel et avait tout préparé pour son
départ le lendemain. Pendant cette nuit du 4 juillet 1944, il fut réveillé par des cris et
des appels à l’aide, il se leva donc rapidement et se rua vers la fenêtre de sa
chambre. Le stress monta en lui en voyant en face des soldats de Vichy rentrer et
sortir des immeubles poussant devant eux des hommes et des femmes. Il y avait
des enfants qui pleuraient et qui restaient accrochés aux robes de leurs mères, les
femmes à terre traînées par les cheveux par des soldats qui n’exprimaient aucun
sentiment ni même une once de pitié. Il comprit rapidement ce que cela voulait dire:
une raffle était en train de se produire. Le commerçant tunisois s’habilla en toute
hâte et tenta de s’échapper mais il se rendit rapidement compte que c’était
impossible. Puis, tout à coup, la porte de sa chambre vola en éclats; le
gouvernement le connaissait, il avait déjà été identifié en 1942 comme ressortissant
tunisien israélite. Ils le poussèrent violemment contre un mur et mirent sens dessus
dessous la chambre d’hôtel. Tout se passa si vite. Il fut menotté puis emmené
dehors.
Ils le mirent avec un autre groupe de Juifs. Les femmes pleuraient et étaient
dévastées de devoir laisser leurs enfants derrière elles, tandis que les hommes
tentaient de rester de marbre pour montrer par leur courage que tout allait bien se
passer mais on voyait clairement au fond de leurs yeux cette lueur de crainte qui
brûlait. Émile, quant à lui, semblait de l’extérieur parfaitement calme mais, en réalité,
il pensait à ses enfants, à leurs sourires qu’il ne reverrait plus, aux moments de leurs
vies qu’il allait manquer; il n’allait pas les voir grandir, il n’allait pas pouvoir être là
pour leurs premières peines de coeurs, leur communion, leur mariage et sa femme,
oh sa courageuse femme qu’il allait laissée avec six enfants à sa charge. Il l’aimait
tellement; il pensait à cette boîte en bois qu’elle ne recevra jamais, à son odeur qu’il
ne sentira plus, à ses beaux yeux qu’il ne verra plus. Il ne se faisait pas d’illusion; il
savait très bien ce que cette arrestation signifiait. Si seulement il n’était pas parti!
Une fois que tous les prisonniers furent regroupés, ils furent mis dans de gros
camions en direction d’une prison à Lyon. Il s’agissait de la prison de Montluc, elle
était connue pour être un lieu de transit pour les prisonniers. Beaucoup de
personnes connues y avaient été emprisonnés tels que Jean Moulin en 1943, ce
grand résistant dont Emile avait tant entendu parlé. Emile ne resta pas longtemps
dans cette prison. Au bout de quelques jours, les gardes regroupèrent un certain
nombre de prisonniers et les firent installer dans des camions. Ce jour-là, Emile et
pleins d’autres prisonniers, autant des femmes que des enfants, furent transportés
vers Drancy. Là bas, il y avait plein de Juifs de toute la France. Ils étaient tous réunis
en attendant d’être déportés ailleurs. C’était un camp de transit… En arrivant, Émile
avait rapidement compris que c’était le début de sa descente aux enfers; il allait
souffrir. Les installations étaient rudimentaires. Il n’y avait pas beaucoup de
nourriture, les bâtiments étaient sales et délabrés. Émile attendit pendant une
semaine, passant ses journées à observer la cour extérieure où les femmes faisaient
la vaisselle avec une installation rudimentaire et où les enfants jouaient, insouciants.
Il pensait à ses enfants. Au moins, ils étaient en sécurité, c’était le plus important.
Émile avait aperçu deux ou trois fois, celui qu’on appelait Aloïs Brunner, un homme
cruel, froid et sans cœur. Après une semaine dans le camp, il fut embarqué de force
dans un train; les soldats les poussaient violemment dans des wagons séparant
femmes et enfants. Ils étaient entassés et ils n’avaient quasiment pas de place pour
bouger. Pendant trois jours, le train avait roulé sans arrêt, Émile avait réussi à se
trouver un coin pour s’asseoir. Il observait encore et toujours; il voyait les vieillards
mourir de fatigue, les enfants mourir de faim, les plus robustes tenaient le coup. Tout
le monde baignait dans ses propres excréments causant des hauts de coeurs
insupportables. En arrivant, ils furent tous mis en ligne.Ils étaient 1309, dont 324
enfants et nourrissons. C’était le convoi n°77, son convoi, sa mise à mort… il avait
42 ans. Il savait que passé 30 ou 35 ans, il était considéré comme trop vieux. Il
tourna la tête et regarda un homme dans un uniforme de nazi trier comme de
vulgaires objets les enfants, les hommes, les femmes et les veillards en deux
catégories.Puis, Il tourna la tête vers les soldats allemands et entendit l’un d’entre
eux dire: “Auschwitz”. A ce moment précis, le masque de marbre qu’avait arboré
Émile jusqu’ici se fissura et laissa place à une multitude de larmes qui glissèrent le
long de ses joues salies et creusées par la faim. Il prit conscience de la mort qu’il
allait subir et comprit réellement que, plus jamais, il ne retournerait chez lui. Il avait
tant entendu parler d’Auschwitz, ce camp de la mort où des millions de Juifs étaient
massacrés. Il savait que Rudolph Höss était alors en charge de cet horrible camp.
Était-ce cet homme qui triait les prisonniers le visage neutre? Il ne le savait pas.
Arrivé devant lui, l’homme le regarda de haut, un sourire arrogant en coin, il semblait
se satisfaire de voir le désespoir prendre possession d’Émile. Il dit un mot en
allemand et Émile fut placé dans un des deux groupes, le groupe où il y avait des
enfants, des vieillards, des hommes de son âge, des femmes de la cinquantaine.
Ils furent ensuite contraints de suivre un officier, pendant que d’autres nazis les
poussaient avec les extrémités de leurs armes à feu. Ils furent emmenés à
Auschwitz- Birkenau ( Auschwitz II). Là, on leur retira tous leurs objets de valeur,
leurs montres, colliers, bracelets, pendentifs; ensuite ils furent emmenés chez le
coiffeur. Émile se laissa faire tandis qu’un coiffeur lui tondait la tête, le regard vide.
Ils étaient des centaines les uns derrière les autres, se soumettant au même rituel
dégradant. Le père de famille fut ensuite mis dans une énorme chambre à gaz où il y
avait déjà des femmes, des enfants et des nourrissons qui pleuraient. Il y avait aussi
des hommes assis, les yeux fermés, songeant probablement à leur mort imminente.
Une fois que la chambre à gaz fut remplie, les soldats fermèrent la porte. Émile se
demanda ce qui était arrivé à l’autre groupe de personnes, sachant qu’ils avaient
pris une autre direction complètement opposée. Tout à coup, un gaz sorti des
énormes tubes positionnés aux quatres coins de la salle. Les hommes et les
femmes commencèrent à tousser, à avoir du mal à respirer, les enfants pleuraient,
les hommes tapaient sur les portes dans l’espoir de pouvoir sortir. Les femmes
s’agitaient comme si elles cherchaient une bouffée d’air. Leurs expressions étaient
horrifiantes, les gens ne parvenaient plus à parler. Émile ne pouvait plus sentir l’air
passer correctement dans ses poumons, il vit sa vie défiler devant lui, ses souvenirs,
ses sorties au parc du Belvédère avec ses amis, les pommes d’amours du
marchand ambulant d’en face, sa première rentrée, ses tours en vélo, sa première
communion, sa rencontre avec Lucie, son mariage, ses merveilleux enfants. Sa vie
avait été remplie de bénédictions et d’évènements heureux malgré les difficultés. Il
souffrait aujourd’hui pour une seule et unique raison, parce qu’il était juif, parce qu’il
lisait la torah, parce qu’il suivait la loi mosaïque, qu’il croyait aux dix
commandements, parce qu’il voulait suivre l’exemple d’Abraham et être l’ami de
Dieu, parce qu’il attendait encore le messie. C’était injuste! Il ferma les yeux,
attendant que la mort l’emporte. Son expression devint tendue et il chercha l’air
partout. Il convulsa puis ouvrit les yeux une dernière fois pour voir le plafond gris de
cette sombre salle avant de rendre l’âme. C’était le 31 juillet 1944. C’était le tout
dernier convoi envoyé à Auschwitz.
Et Lucie, sa femme, elle qui était restée à Tunis et qui l’attendait patiemment.
Elle avait compris que quelque chose s’était passé quand le lendemain de la date à
laquelle il devait rentrer, personne n’avait franchi la porte de l’appartement. Au fond
d’elle, une voix lui soufflait sans cesse que c’était fini, qu’il lui était arrivé le pire, mais
elle refusait d’y croire. Elle ne voulait pas y croire. Elle s’était persuadée qu’il avait
eu des problèmes de transport, ou que son travail l’avait simplement obligé à rester
plus longtemps. C’était possible! N’est-ce pas? Quand ses enfants lui demandaient
quand leur père allait rentrer, elle leur répétait encore et encore qu’il allait bientôt
rentrer. Bientôt. Ce n’était qu’une question de temps, n’est-ce pas? Une semaine
passa, deux semaines, un mois… Quand elle sortait, elle voyait dans les yeux des
gens cette lueur de pitié qu’elle ne voulait pas voir. Ses amies étaient venues la voir,
ainsi que des amis de la famille, des cousins, des oncles et des tantes. Ils lui
expliquaient tous la même chose, il n’allait pas revenir. Il était parti pour un monde
meilleur lui répétait-on. Mais elle n’en avait que faire des autres mondes, elle le
voulait à ses côtés et était persuadée que quelque part, de l’autre côté de la
Méditerranée, il pensait à elle. Il ne pouvait pas disparaître, il ne pouvait pas
l’abandonner. Dans les bras de qui allait-elle se blottir quand elle irait mal? Qui allait
la faire vivre, la rendre heureuse? Qui allait élever ses enfants, elle n’y arriverait pas
toute seule. Il était le seul à la faire rire quand ça n’allait pas, le seul à parvenir à la
faire danser dans le salon même quand elle était fatiguée de sa longue journée. Elle
ne voulait pas perdre espoir. Ce soir-là, elle s’était écroulée à terre en pleurs,
refusant d’admettre qu’il pouvait être mort. Son cœur était déchiré, elle ne pouvait le
supporter. Elle voulait y croire.
Des mois passèrent, et il n’était toujours pas rentré. Dans le quartier, tout le
monde disait qu’il était mort, les enfants d’Émile et de Lucie pleuraient tous les soirs,
ne comprenant pas pourquoi leur père n’était pas là. Lucie avait baissé les bras, elle
n’avait plus goût à la vie, tout semblait avoir perdu de ses couleurs. Le beau ciel bleu
azur lui paraissait gris foncé et morne. Le marché du quartier si animé lui paraissait
ennuyant. Un jour, le beau-frère d’Émile vint la voir et la supplia de se reprendre
pour elle, pour ses enfants. Elle ne pouvait plus continuer ainsi, elle devait se battre
pour Émile et pour ses enfants, eux qui avaient perdu leur père. C’était ce qu’il aurait
voulu. Il lui demanda l’autorisation de faire une demande d’enquête pour tenter de
comprendre; elle n’y avait pas pensé avant, elle se sentit bête de ne pas y avoir
songé. Elle l’encouragea à y aller de suite. C’est ainsi que le 26 juillet 1945, une
demande d’enquête sur Emile Smadja fut envoyée à la police par le beau-frère de
celui-ci, Alexandre Cacoub. Rapidement, ils reçurent des réponses. Émile Smadja
avait été arrêté lors d’une rafle à Lyon et déporté à Drancy puis Auschwitz. Cette
nouvelle détruisit le peu d’espoir qu’avait encore Lucie. Elle le savait au fond d’elle,
mais en avoir la confirmation était pour elle plus horrible que tout. C’était un coup de
poignard qu’on lui enfonçait directement en plein cœur. C’était la confirmation de sa
plus grande crainte.
Les années passèrent, la douleur était encore présente mais elle s’était
atténuée. Lucie se battait maintenant pour ses enfants en essayant de leur offrir la
meilleure vie possible. Cela n’avait pas été facile. On lui a un jour annoncé que
quelqu’un avait vu son mari dans un autre camp qu’Auschwitz, il aurait été aperçu au
camp de Stutthof, malade en novembre 1944. Même si elle voulait y croire, elle
voulait croire qu’il aurait pu survivre, elle s’était résignée. La probabilité pour qu’il
n’ait pas été gazé à Auschwitz était très faible et même s’il avait réussi à échapper à
cette mort atroce, aurait-il réellement pu
survivre à la dureté de la vie dans les camps.
Aurait-il pu survivre à la malnutrition, au
manque d’hygiène, aux maladies? Aurait-il pu
supporter les dures et longues journées de
travail sous les ordres incessants des soldats
SS? Aurait-il supporté d’être battu, roué de
coups ? Aurait-il pu avoir accès à l’eau qui était
si rare? Elle ne le savait pas et en toute
sincérité, elle préférait se dire qu’il était mort
sans trop souffrir plutôt que de se dire qu’il
avait vécu toutes ces abominations. Elle
refusait d’imaginer ce qu’avaient vécu les gens
dans les camps. Le 6 août 1947, Lucie reçut
l’acte de disparition de son mari, rendant
officielle sa mort. Le 24 septembre 1952, elle
avait fait une demande d’enquête pour
connaître les motifs de l’arrestation de son
mari. Elle demanda des indemnités pour ses
enfants et la mention de mort pour la France
qu’elle reçut en 1954. Mais les motifs étaient
déjà connus, il était simplement juif…
Liliane, l’une de ses filles, des années après, avait voulu obtenir plus de
réponses. Mais elle n’avait rien trouvé de plus. Il avait disparu pour une seule et
unique raison: il était juif comme des millions d’autres… On lui avait arraché son
père parce que sa religion n’était pas la même que les Nazis, parce qu’il n’était pas
de la race aryenne, parce qu’il parlait hébreu. Elle s’était tant de fois demandé
comment l’humanité pouvait être si cruelle. Mais c’était ainsi, tel était l’homme, d’une
cruauté profonde. A cause de cette cruauté, son père ne l’avait jamais vu grandir; se
dire que son père, cet homme au cœur si pur, avait été arraché à sa vie avant
l’heure, la rendait malade. Elle aurait tant aimé lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle se
souvenait de lui. Elle aurait aimé lui dire qu’il était un homme extraordinaire, gentil et
courageux, lui dire que sa mère l’aimait aussi, lui dire que même si elle ne l’avait
connu que peu de temps, il était le meilleur père qu’elle aurait pu avoir. A la fin de la
guerre, seuls 251 déportés de son convoi avaient survécu, 847 avaient été
exterminés dans les chambres à gaz le jour de leur arrivée. Peut-être un des
survivants se souvenait-il de cet homme assis par terre dans le train, le regard dans
le vide? Il était dans le tout dernier convoi en direction d’Auschwitz, le convoi 77…

Contributeur(s)

Lucile ETIENNE, élève du lycée Pierre Mendes-France de Tunis, sous la direction de son professeur d'histoire, monsieur Denis BAUD.
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