Georges HOFENUNG

1925 - 1945 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Georges HOFENUNG, 1925 – 1945

 

Georges, photographie transmise par son neveu, Didier Norynberg

 

Avant d’entamer le travail de défrichement des archives, la première étape a été de rechercher si la famille Hofenung avait des descendants. Fouiller dans le passé et rédiger des biographies n’est pas un acte anodin et les descendants devaient être au courant que des élèves allaient lire et travailler sur leurs archives et donc être au courant d’aspects privés et douloureux de leurs vies.

Dans les documents que nous avons eu à notre disposition rien n’indiquait que Georges ou ses sœurs avaient eu des enfants.

Dans son témoignage pour la USC Shoah Foundation, sa sœur Sarah Hofenung dit n’avoir pas eu d’enfant. Les documents indiquaient que son autre sœur, Rosa, avait été mariée à  Srul Norynberg et qu’ils avaient vécu à Vanves mais ils ne mentionnaient pas d’enfants.

A la Bibliothèque historique des postes et des télécommunications, rue Pelleport, on trouve un grand nombre  de vieux annuaires conservés sur microfilms: Srul Norynberg apparaît encore à la même adresse dans les années 80.

 

microfilms

 

rue Pelleport avant-guerre

 

Nous avons contacté le service des Archives de Vanves :

« Après vérification dans les documents d’archives que nous conservons, je vous précise que, lors des recensements de 1962 et 1968, résidaient au 53, boulevard du Lycée à Vanves Srul NORYNBERG, brocanteur, sa femme Rosa, née HOFENUNG, et leur fils Didier NORYNBERG, né en 1954………qui mentionne sur copainsdavant (un site internet pour retrouver d’anciens élèves) à la rubrique « Parcours scolaire » le collège Saint Exupéry de  Vanves (1965-1969) et le lycée Michelet de Vanves (1969-1972). »

La professeure d’histoire-géographie est partie à la recherche du téléphone de Didier Norynberg. Quelques vérifications dans les pages blanches et sur facebook…….plus tard, elle a contacté quelqu’un qui lui semblait être de sa famille et qui lui a donné le numéro de téléphone de Didier Norynberg.

 

Didier Norynberg, à l’école à Vanves. Nous avons eu la chance de l’interviewer …..des années après cette photo!

Extraits des retranscriptions réalisées par les élèves de l’interview de Didier Norynberg mené

par les mêmes élèves de la classe le 4 février et le 11 mars 2021:

Etre un passeur :

  • Est-ce que c’est toujours aussi dur de parler de ce qui s’est passé à votre famille?
    • Didier Norynberg : C’est pas facile, mais bon maintenant… depuis quelques années en vieillissant j’y arrive plus je pense, il y a quelques années j’aurai refusé d’en parler mais là maintenant je suis plus à l’aise, le fait de transmettre à mes enfants aussi qui eux-mêmes m’ont posé des questions en sortant de l’adolescence c’est là qu’ils ont vu, ils se sont intéressés, ils s’intéressent à leur origine, à leur famille, ce qui est arrivé.

 

  • Et le fait qu’une classe d’élèves travaille à la rédaction de quatre membres de la famille, ça fait quoi en fait?
    • Didier Norynberg: Je trouve que moi je suis un passeur donc finalement pour l’histoire ça marque bien sûr et en même temps il y a très peu de déportés vivants, moi je suis fils de déportés, c’est à moi de faire le rôle de passeur et bien sûr finalement qu’on s’intéresse à ce qui fait partie de l’Histoire française et peut-être mondiale on peut dire que ça me plaît, j’adhère à ça. On ne se souvient plus de ces gens-là, ils ont pratiquement tous disparus, c’est des gens qui ont plus de 90 ans maintenant il reste très très peu de déportés, c’est à nous fils ou filles de déportés de passer le message et ainsi de suite dans la vie, c’est ça finalement, si on passe pas cette histoire, elle sera oubliée, il faut se remémorer cette histoire dramatique qui s’est passée en France et dans d’autres pays c’est un génocide, expliquer le pourquoi, s’interroger sur ce qu’ont voulu faire les SS c’est-à-dire éradiquer toute une population par rapport à une religion. Ça me plaît bien que vous vous intéressiez à ça.

 

Fils de déportés :

  • Quand est-ce que vous avez appris que vous étiez un descendant de déportés et quelle a été votre première réaction en l’ayant su ?
    • Didier Norynberg : Je l’ai appris…je devais avoir 12 ans vraiment, avant j’étais…Mes parents me ménageaient, ils n’en parlaient pas de toute manière. Et même encore on va dire même à votre âge encore ils ne m’en parlaient pas tellement… J’étais dans les mouvements avec mes cousins…on s’est investi là-dedans. Disons qu’on s’est renseigné par nous-mêmes quoi…….C’est des mouvements à Paris qui étaient exclusivement réservés à des gens un peu comme moi..…filles et garçons qui avaient eu des parents qui ont souffert de la déportation, de la guerre, de la déportation, des privations, des choses comme ça. C’était un centre de documentation et en même temps il y avait aussi des colonies de vacances, y’ avait plein de choses comme ça. Voilà.

 

  • Est-ce que lorsque vous avez appris pour la déportation de vos parents, vous avez pu en parler librement avec eux ou pas ?
    • Didier Norynberg: Oui j’ai pu, oui oui, mais j’y allais petit à petit parce que pour ces gens-là c’était très douloureux d’en parler quoi. Le fait d’en parler ils se remémoraient quand ils étaient en camp, et eux ils se reconstruisaient et ils essayaient d’oublier. On n’oublie pas les choses comme ça, mais bon…voilà et puis en même temps on épargne ses enfants quand même pour les choses délicates comme ça, un vécu comme ça, on a peut-être tendance à épargner les enfants.

 

La déportation :

  • Est-ce que votre mère vous en a parlé ?
    • Didier Norynberg: Oui, quand elle a vu que vraiment je…. C’est moi qui lui en ai parlé en premier, c’est pas elle qui m’en a parlé. Elle a vu que je m’y intéressais, j’avais vu certains films comme «Nuit et brouillard», j’ai lu les livres de Lanzmann , j’ai lu les livres d’ Elie Wiesel et effectivement, elle m’a expliqué petit à petit. Elle m’a expliqué ce qui s‘est passé, y ’a eu une rafle, ce qu’on appelle les rafles, elle m’a expliqué qu’ils portaient l’étoile jaune, qu’ ils ont été dénoncés, qu’il y a eu une collaboration française ça aussi c’est important de le dire, il y a eu des résistants mais il y a une partie qui a collaboré. Elle m’a expliqué son passage à Drancy, elle a été embarquée dans les camions à bestiaux et après direction les camps. Et elle m’a expliqué certaines choses qui se sont passées dans les camps, quelques souvenirs qu’elle avait avec sa sœur, ses amis, ses camarades de camp comment ça se passait un peu, entre les nazis et la Wehrmacht, elle me racontait quand même que la Wehrmacht était quand même plus….. la Wehrmacht c’était des Allemands mais des militaires, des jeunes qui étaient appelés, alors que les nazis c’étaient un parti politique au départ.

 

  • Est-ce que vous avez cherché à savoir ce qui est arrivé à votre famille ?
    • Didier Norynberg : J’essayais bien-sûr mais bon c’est difficile…Les parents ils en parlaient très peu, ma famille pareil…Bon, c’était très douloureux pour eux, parce que bon moi je ne l’ai pas vécu c’est eux qui l’ont vécu donc ils se mettaient à pleurer au bout de deux minutes…Alors, je les épargnais aussi…Après de toute manière, on voit tout de suite dans les sites, quand on se documente. J’ai pas mal de documents, j’en ai encore d’ailleurs et on voit des photos…Par exemple dans un film, enfin on voit vraiment ce qu’il s’est passé. Après dans ma famille, si je savais, ma mère m’avait dit qu’elle était privée de tout…c’était horrible. Il n’y avait pas à manger, ils étaient traités comme des bêtes. Ils sont partis après les rafles, ils sont partis dans des wagons à bestiaux …Comme des bêtes quoi, où on met les bêtes quand on les transporte. Et puis femmes, enfants, vieillards, après ils ont fait le tri dans les camps…il fallait rester en vie voilà ce qu’elle me disait ma mère, il fallait absolument rester en vie. Ils étaient très solidaires entre déportés pour rester en vie. C’était la seule chose qu’il espérait.

 

  • Et Rosa ?
    • Didier Norynberg : Ma mère je crois que sa vie, je crois qu’elle s’est arrêtée à la déportation, ma tante c’est pareil puisqu’elles sont revenues toutes les deux … Sarah et puis Rosa. J’ai l’impression que leur vie elle s’est arrêtée là. Et j’ai des petits flashs de jeunesse oui…voilà bon, maroquinier…voilà ils avaient des voisins. Ça allait il paraît…mes grands-parents étaient religieux, en plus ils venaient de Pologne, donc ils parlaient pas trop français. Il y avait un dialecte qu’on appelle chez les Israélites d’Europe centrale…c’est le yiddish. C’est un dialecte qui ressemble un peu à l’Allemand d’ailleurs… si quelqu’un fait de l’Allemand. Ils parlaient dans leur langue, mes parents comprenaient bien sûr. Ils le parlaient couramment, et puis moi j’apprenais un petit peu avec ma mère et puis voilà.

 

  • Vous vous ne gardez pas de ressentiment contre les Allemands?
    • Didier Norynberg:Non, non non. Je peux pas en avoir parce que déjà je ne l’ai pas vécu, non je peux pas. Envers les nazis oui, mais pas les Allemands non, c’est un peuple, j’ai pas plus de ressentiment pour les Allemands que je pourrais en avoir sur certains Français qui ont collaboré et que je mets au même niveau que les nazis. Quand il y a eu le gouvernement de Vichy, avec Laval, Pétain, moi je les place pareil parce que c’est des gens qui étaient quand même français, qui ont fait du zèle et qui ont participé à la déportation de personnes, d’enfants…qui sont jamais revenus. Donc non, j’en veux pas aux Allemands.

 

  • Quelles ont été les conséquences pour Rosa après la guerre ?
    • Didier Norynberg: Elle se faisait suivre. Ma mère elle était, je l’ai toujours vu, en société, elle était rigolote, elle cachait tout ça. En privé, elle était malade, et puis en suite elle avait une santé très très fragile. Comme c’est la plus jeune, c’est celle qui a pris le plus dans les camps je pense avec les privations… elle a pas eu ses règles pendant un an… enfin, elle a raconté des choses comme ça. Après ça lui a déclenché des maladies et d’ailleurs à la fin de sa vie, à cause d’un diabète, elle a été amputée des deux jambes. Enfin voilà, elle a eu une fin de vie très… elle est décédée très jeune, elle avait 68 ans……Au départ y’ avait absolument rien, c’est des gens qui ont été déportés mais il faut dire en même temps quand ils sont partis en déportation certains ne sont pas revenus, ils ont perdu la moitié de leur famille ils sont revenus dans des conditions qu’on a expliquées, malades, c’était des cadavres et en même temps ils avaient perdu leur maison. Ce qu’il faut dire c’est qu’ils ont été spoliés pendant le temps qu’ils sont partis en déportation, on leur a pris leur maison, on leur a pris leurs meubles, on leur a pris leur identité, ils n’avaient plus rien, plus rien. Il a fallu se reconstruire, se reloger, reprendre une vie normale, ça n’a pas été facile et le fait d’avoir une carte d’handicapée ça donnait déjà des petits avantages une reconnaissance, ma mère était à 100%.

 

La vie à Paris après la guerre :

  • Didier Norynberg : Je sais que mon grand-père était maroquinier, c’était son métier…Je sais qu’il a travaillé un peu comme ouvrier puis après je crois qu’il a eu un petit commerce. Bon ils étaient modestes, ils habitaient rue Félix Terrier dans le XXe. Ma mère me racontait que dans la cour il y avait Django Reinhardt qui jouait de la guitare, qu’il était avec sa caravane…c’était l’époque du swing donc ils allaient quand même danser entre jeunes. Ils ont vécu un peu avant la déportation, ils ont quand même eu des petits bonheurs quand même. Ensuite bon le reste ils étaient très discrets, ils n’ont pas eu trop le temps.

 

L’antisémitisme aujourd’hui :

  • Qu’est-ce que vous penser de l’antisémitisme de nos jours et à l’époque aussi?
    • Didier Norynberg : Je pense que pour moi l’antisémitisme comme le racisme c’est la peur de l’autre c’est la non découverte de l’autre et puis je dirai aussi que je crois que les gens ont besoin d’un bouc émissaire dans la vie, c’est toujours la faute de quelqu’un …………moi je sais que ma famille ils sont arrivés pendant la crise de 29 …… regardez j’ai encore ça c’est une carte de séjour et y’ a marqué réfugié donc voilà on est exactement comme les réfugiés qui viennent maintenant du Liban, d’Afrique ,du Mali, voilà de tous les pays. On était des réfugiés, on fuyait, on fuit toujours un pays pourquoi parce qu’il faut toujours avoir des boucs émissaires, c’est comme ça la vie, c’est le côté humain que je n’aime pas et c’est dommage …….ce qui est toxique moi j’essaie de l’éliminer quand je vois ça je me bats pour ça . C’est des préjugés.

 

Quelques temps plus tard, à la fin de l’année, voici ce que Didier Norynberg tenait à dire :

« Ni oubli ni pardon……Sous l’empire russe sont nés en Pologne mes grands-parents Leizer et Riwka Hofenung fuyant la Pologne et les pogroms ils vont immigrer, rejoindre la France, le pays des droits de l’homme. Ils auront cinq enfants Léon, Symcha, Sarah, Georges et Rosa ma maman. Ils s’installent boulevard de Ménilmontant puis rue Félix Terrier. Ils vont vivre heureux dans ce quartier où vivent de nombreux immigrés. Ils vont apporter à la France une richesse, une culture juive et slave.

Ils ont vécu le Front populaire de 1936 à 1938. C’étaient des gens simples. Mon grand -père avait une voix de ténor à la Ivan Rebroff, Georges jouait du piano mais ce bonheur va être écourté. On est en 1939 la guerre éclate, elle va durer 5 ans. Par malheur, dénoncés, puis arrêtés par la milice française, direction Drancy puis le voyage dans des wagons à bestiaux vers Birkenau la solution finale, ma grand-mère Riwka sera assassinée par les SS. Seule ma mère encore ado et ma tante Sarah reviendront dans des conditions pitoyables. Georges va subir la marche de la mort si jeune et mourir à Dachau. Léon a aussi survécu après 7 ans d’internement dans un camp militaire. Mon grand-père et Symcha ont échappé aux rafles et vivront.

Je suis le passeur de mémoire, ce fils de déporté qui avait une famille. Mon combat contre l’antisémitisme, le racisme, l’obscurantisme je le mènerai tant que je vivrai.

A ma famille.

Le 23 juin 2021 »

Histoire de la famille de la Pologne à la France :

Leizer Hofenung et Riwka Roland se sont mariés à Varsovie dans leur pays natal, probablement de manière religieuse à la synagogue et se sont mariés civilement une nouvelle fois à Paris, à la mairie du 20ème arrondissement, place Gambetta en 1925.

Ils ont eu 6 enfants : Léon Hofenung né le 15 septembre 1915, Symcha (Simon) Hofenung né le 15 avril 1918, Sarah Hofenung née le 24 mai 1921, Georges Hofenung né le 23 mars 1925, Rosa Hofenung née le 15 janvier 1928 et Jean Hofenung né le 9 octobre 1932 et décédé le 4 mars 1933 (l’année où Hitler fut nommé chancelier). Les deux premiers enfants sont nés en Pologne et les quatre derniers en France.

Leizer est arrivé en France en décembre 1919. C’est en 1929 qu’il dépose une demande de naturalisation de la famille qu’il obtient la même année. Dans laquelle est évoqué: son travail d’ouvrier maroquinier, le fait qu’il a servi dans l’armée russe durant la Première Guerre mondiale et qu’il a par la suite été employé dans les services technique du Nord-Pas-de-Calais.

 

Arbres généalogiques réalisés par les élèves :

         

Le dernier enfant Jean, retrouvé sur filae, n’était pas présent dans les documents :

Acte de naissance et de décès de Jean HOFENUNG

 

Lors de la visite du mémorial de la Shoah à Drancy en juin 2021 la classe a pu entendre Sarah. Son témoignage était brut, percutant, émouvant, touchant.

Témoignage de Sarah Hofenung pour la Visual Shoah Foundation en 1996, un mois après le décès de sa sœur Rosa

 

Elle raconte la vie en France avant la guerre:

Sarah Hofenung fait le portrait d’une famille unie, élevée dans beaucoup d’amour. La famille est très pauvre et tous ses amis le sont aussi. Ses parents sont des immigrés venus de Varsovie, ils détestaient la Pologne, un pays où les violences antisémites étaient nombreuses, ils avaient toujours peur de la population.

Son père Leizer est venu en France après la guerre et a travaillé pour les services de déminage près de Lille. Ses parents ne tarissaient pas d’éloges sur les gens du Nord, leur accueil et leur gaieté. Ils n’étaient pas antisémites.

Son père a installé la famille à Paris, sans doute pour le travail. Il était ouvrier et travaillait dans la maroquinerie. La famille a habité d’abord Ménilmontant, leur appartement n’avait ni eau, ni électricité, ni gaz. La famille est toujours très pauvre mais heureuse. Ils ont eu ensuite un appartement dans le XXème par la mairie de Paris avec beaucoup plus de confort: il y avait de l’électricité! Mais pas de salle de bains.

Ses parents étaient très croyants et appliquaient les règles alimentaires casher. Georges et son père croyaient aux lendemains qui chantent prédits par le communisme. Leur communisme était un « communisme biblique ».

 

On a peu appris sur la vie de Georges par les documents. On sait juste qu’il était apprenti mécanicien boulevard de Charonne dans le 20ème. Il n’y a plus de témoins directs qui peuvent raconter qui était Georges, ce qu’il aimait. Les seules traces sur sa personnalité sont dans le témoignage de sa sœur Sarah qui l’aimait beaucoup: « C’était un merveilleux garçon, il n’a jamais eu ses vingt ans ». Georges, comme son père, « croyait aux lendemains qui chantent  » promis par le communisme. Le communisme de Leizer était un « communisme biblique ».  Le fils et le père croyaient à la bonté des hommes, Georges disait à Sarah: « tu sais, tous les hommes sont frères ».

 

L’arrestation et la déportation

Georges Hofenung obtient la nationalité Française en 1929 à 4 ans.

Membre d’une famille juive, il est arrêté et interné à Drancy le 25 juillet 1944 à l’âge de 19 ans.

Ensuite, il est déporté le 31 juillet 1944 au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne, annexée par l’Allemagne, où il reste 5 à 6 mois à partir du 4 août 1944. Il n’est pas mort à cet endroit comme beaucoup peuvent le croire.

 

Les élèves ont rencontré Daniel Urbejtel (1) le 30 mars 2021. Il a été déporté dans le même convoi que Sarah, il a raconté le contexte de l’époque et sa déportation :

« J’ai très peu de souvenirs du temps que j’ai passé à Drancy pour différentes raisons, la première hélas est que nous n’y sommes pas restés longtemps mais la seconde c’est parce que ce qui s’est passé après dépasse tellement l’imaginaire qu’aujourd’hui encore je sais pas si je vais trouver les mots pour décrire l’indescriptible. Toujours est-il que le 31 juillet 1944 donc un mois avant la libération de Paris alors que le débarquement américain a déjà eu lieu sur les côtes normandes que longtemps avant il y en avait déjà eu lieu un en Afrique. Voilà que le 31 juillet 1944 est organisé un convoi qui s’est révélé être le dernier grand convoi qui est parti vers l’Est, et ce jour-là les mêmes autobus parisiens mais en nombre cette fois pour ceinturer les abords du camp de Drancy et nous avons été transportés dans une gare qui est la gare de Bobigny qui était une gare de petite ceinture qui servait davantage de gare de marchandises. Bobigny étant une commune tout près de Drancy et nous arrivons donc devant cette gare où est constitué un train mais je découvre avec stupeur que c’est un train composé de wagons de marchandises. Je n’avais pas conscience à l’époque que nous étions une marchandise et sans savoir où allait nous conduire ce train, la seule perspective de voyager dans un wagon de marchandise n’inaugurait rien de bon. J’imagine sans en être certain que le contenu de chaque autobus était affecté à un wagon. Donc je monte dans le wagon qui m’est affecté et je fais le tour du propriétaire, c’est très vite fait, le wagon était vide, il y avait par terre de la paille, au fond deux citernes, l’une remplie d’eau potable, l’autre vide destiné à ce que vous imaginez et si à l’époque, moi j’avais 13 ans je n’étais pas le plus jeune, il y avait des enfants qui n’étaient pas scolarisés, il y avait des bébés qui pleuraient , qui pleuraient parce qu’ils étaient impressionnés par l’environnement dans lequel ils se trouvaient, les bébés n’avaient pas plus la chance d’avoir près d’eux leurs éducatrices , il y avait au fond des personnes plus âgées qui elles aussi se lamentaient, peut-être étaient-elles en train de prier [………..] A peine fermées les portes ont été scellées de l’extérieur et la partie ouverte destinée à l’aération qui existe sur ces wagons de marchandise a été en partie obstruée par une planche qui a été clouée de travers dans la perspective compréhensible d’essayer d’empêcher toute évasion possible mais dont la première conséquence a été la limitation de l’aération, manque de pot il a fait très chaud les premiers jours du mois d’août 44. A l’époque on parlait pas de canicule, il a fait vraiment très chaud. Et lorsque tous les wagons ont été ceinturés de la sorte le train s’est ébranlé, il est parti sans que bien entendu la destination nous soit indiquée par la voix nasillarde de la SNCF. Le train est parti. Et il a circulé, nous avons été enfermés dans ce train pendant trois jours et trois nuits beaucoup plus longtemps qu’il est nécessaire pour parcourir les 1200 km qui nous séparait de la destination finale. Il y avait des bombardements massifs sur l’Europe [………..] Au terme de trois jours le train s’est définitivement arrêté et pour la première fois les portes se sont ouvertes et c’est là où nous avons compris que nous étions arrivés au terme de notre voyage, ce terme hélas était le camp d’Auschwitz dont je n’avais jamais entendu parlé. Auschwitz qui était un camp d’extermination doublé d’un camp de concentration. Mais c’était en réalité un camp d’extermination soit immédiate soit un camp d’extermination par le travail mais ça je le découvre petit à petit. Après que les portes aient été ouvertes que les ordres étaient vociférés en allemand, encore fallait-il les comprendre. Mon frère qui avait choisi l’allemand en première langue me servait de traducteur, donc les haut-parleurs nous intimaient l’ordre de descendre schnell schnell. Tout le monde ne descendait pas, les bébés qui ne marchaient pas restaient sur la paille à pleurer ceux qui n’étaient pas sûrs de leur équilibre restaient ç’aurait été mon cas aujourd’hui, puisqu’aujourd’hui pour me déplacer j’ai besoin d’une canne. Mais tous ceux qui normalement pouvaient tenir debout sont descendus avec difficultés parce que, quelques jours plus tôt il avait été relativement difficile de monter dans un wagon dans lequel les marches ne sont pas surbaissées comme dans les wagons actuels mais vous imaginez combien c’est plus difficile d’en descendre quand il faut faire vite. Quand pendant trois jours on n’a pas eu le moindre espace pour dérouiller ses muscles, et comme il faut faire vite si on rate la marche on tombe, on est à peine tombés que les chiens viennent vous mordre aux mollets. Les SS avaient dressés des chiens, des chiens de bergers comme suppléants et c’est là où a lieu la première sélection.»

 

Les marches de la mort

D’après nos documents, notamment la fiche du Service international des recherches (International Tracing Service, ITS) créé en 1943 par les Alliés, sous l’égide de la Croix-Rouge britannique, il a de nouveau été déporté mais cette fois à Dachau, un camp de concentration.

 

Fiche du Service international des recherches

 

Fiche camp de Dachau source Arolsen

 

Il est transféré dans ce camp le 28 janvier 1945, puis à l’infirmerie de Dachau le 3 mars 1945 où il décède neuf jours plus tard. A Dachau, chacun avait un numéro de matricule, le sien était le 139533.

Au milieu de l’hiver 1944-45, les prisonniers de Dachau et d’autres camps sont évacués. En raison de l’avancée de l’armée rouge qui vient d’envahir la Pologne et la Hongrie. C’est à ce moment précis que Georges entame les « marches de la mort ». Nous avons découvert qu’il a bien subi les « marches de la mort », les dates des documents à notre disposition concordent avec ces marches qui ont eu lieu en janvier 1945. [marches de la mort , source USHMM]

 

Qu’a-t-on appelé marche de la mort?

On a appelé les marches de la mort, la déportation de prisonniers dans d’effroyables conditions voulant les mener à leur perte.

« Les gardiens SS avaient reçu l’ordre strict de tuer les prisonniers qui ne pouvaient plus marcher ou se déplacer. Dans les conditions extrêmement dures de l’hiver 1944-45, les évacuations se firent de plus en plus par des marches forcées, dans des wagons à ciel ouvert ou, en Baltique, dans de petites embarcations. Le nombre de morts par épuisement et hypothermie, le long des routes, augmenta considérablement. Cela suscita de la part des prisonniers la perception, compréhensible, que les Allemands voulaient les tuer tous par ces marches. Le terme « marche de la mort » fut probablement inventé par les prisonniers des camps de concentration.

Presque jusqu’au dernier jour de la guerre, les autorités allemandes firent marcher des prisonniers vers différents endroits du Reich. Le 1er mai 1945, les prisonniers qui avaient été évacués de Neuengamme vers la côte de la mer du Nord, étaient encore embarqués sur des bateaux. Des centaines d’entre eux moururent quelques jours plus tard lorsque les Britanniques bombardèrent les navires, pensant qu’ils transportaient des militaires allemands.

Les évacuations des camps de concentration avaient trois objectifs :

1) les autorités SS ne voulaient pas que les prisonniers tombent vivants aux mains des ennemis et qu’ils racontent leur histoire aux libérateurs alliés et soviétiques.
2) Les SS estimaient qu’ils avaient besoin des prisonniers pour maintenir, là où c’était possible, la production d’armements.
3) Certains chefs SS, dont Himmler, croyaient de façon irrationnelle que les prisonniers juifs des camps de concentration pouvaient être utilisés comme monnaie d’échange pour négocier une paix séparée à l’Ouest qui aurait permis la survie du régime nazi.

Durant l’été et les premiers mois de l’automne 1944, la plupart des évacuations se firent par train ou, dans le cas des positions allemandes isolées dans les pays baltes, par bateau. Alors que l’hiver approchait, cependant, et que les Alliés atteignaient les frontières allemandes et contrôlaient totalement le ciel allemand, les SS firent de plus en plus évacuer à pied les prisonniers des camps de concentration de l’est et de l’ouest. »

 

SOURCE de la carte et du texte: Le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) (en français : Musée des États-Unis du mémorial de l’Holocauste) une institution nationale américaine, située à Washington, D.C. Le musée est consacré à la documentation, aux recherches et aux travaux sur l’histoire de la Shoah.

 

Le mariage de Rosa Hofenung au premier plan à côté de son mari Srul Norynberg en 1952. Sarah est derrière Rosa, Leizer à la droite de Sarah

Georges n’était pas présent pour le mariage de sa sœur Rosa

 

Exposition des documents et objets provenant des archives des familles de la classe


Reconstitution d’une pièce d’un appartement de l’époque               

 

         

     Pièce rassemblant les documents prêtés par les parents d’élèves et les collègues

 

 Documents prêtés par des parents d’élèves. Les prisonniers au stalag, les fascicules de mobilisation

 

 

 

 

Georges n’est jamais revenu

Ce projet nous a permis de mieux comprendre ce que pouvaient vivre les Juifs à travers les années. Et aussi de se remémorer les visages, les événements, la vie, des victimes pour que cela ne se reproduise plus.

 

Georges_HOFENUNG
microfilms
rue Pelleport il y a longtemps. (1)
Didier Norynberg, à l’école à Vanves. Nous avons eu la chance de l’interviewer …..des années après cette photo! (1)
arbre 3 (1)
arbre
arbre Georges
Acte de naissance et de décès de Jean HOFENUNG (1)
Témoignage de Sarah Hofenung pour la Visual Shoah Foundation en 1996, un mois après le décès de sa soeur Rosa. (1)
Fiche du Service international des recherches.
Fiche camp de Dachau source Arolsen
Le mariage de Rosa Hofenung au premier plan à côté de son mari Srul Norynberg en 1952. Sarah est derrière Rosa. Leizer à la droite de Sarah. (1)
Reconstitution d’une pièce d’un appartement de l’époque. (1)
marches de la mort, source USHMM
restitution 2
reconstitution pièce HOFENUNG
Georges n’est jamais revenu 1
Georges n’est jamais revenu 2

Contributeur(s)

Biographie réalisée par les élèves du collège Saint Germain de Charonne, sous la direction de leur professeure d‘Histoire Géographie, Madame Artur.
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