Rosa HOFENUNG

1928 - 1996 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Rosa  HOFENUNG, 1928 – 1996

Rosa, photographie transmise par son fils, Didier Norynberg

Avant d’entamer le travail de défrichement des archives, la première étape a été de rechercher si la famille Hofenung avait des descendants. Fouiller dans le passé et rédiger des biographies n’est pas un acte anodin et les descendants devaient être au courant que des élèves allaient lire et travailler sur leurs archives et donc être au courant d’aspects privés et douloureux de leurs vies.

Dans les documents que nous avons eu à notre disposition rien n’indiquait que Rosa, sa sœur Sarah et son frère Georges avaient eu des enfants.

Les documents mentionnaient le nom du mari de Rosa: Srul Norynberg et leur adresse à Vanves mais pas d’enfants.

Dans son témoignage pour la USC Shoah Foundation Spielberg, Sarah, sa sœur, dit n’avoir pas eu d’enfant.

 

 

 

A la Bibliothèque historique des postes et des télécommunications, rue Pelleport, on trouve un grand nombre  de vieux annuaires conservés sur microfilms: Srul Norynberg apparaît encore à la même adresse dans les années 80.

microfilms

 

rue Pelleport avant-guerre

 

Nous avons contacté le service des Archives de Vanves :

« Après vérification dans les documents d’archives que nous conservons, je vous précise que, lors des recensements de 1962 et 1968, résidaient au 53, boulevard du Lycée à Vanves Srul NORYNBERG, brocanteur, sa femme Rosa, née HOFENUNG, et leur fils Didier NORYNBERG, né en 1954………qui mentionne sur copainsdavant à la rubrique « Parcours scolaire » le collège Saint Exupéry de  Vanves (1965-1969) et le lycée Michelet de Vanves (1969-1972). »

La professeur d’histoire-géographie est partie à la recherche du téléphone de Didier Norynberg. Quelques vérifications dans les pages blanches et sur facebook…….plus tard,  elle a contacté quelqu’un qui lui semblait être de sa famille et qui lui a donné le numéro de téléphone  de Didier Norynberg.

 

Didier Norynberg, à l’école à Vanves. Nous avons eu la chance de l’interviewer …..des années après cette photo!

 

Extraits des retranscriptions réalisées par les élèves de l’interview de Didier Norynberg mené par les mêmes élèves de la classe le 4 février et le 11 mars 2021:

 

Etre un passeur :

  • Est-ce que c’est toujours aussi dur de parler de ce qui s’est passé à votre famille?
    • Didier Norynberg : C’est pas facile, mais bon maintenant… depuis quelques années en vieillissant j’y arrive plus je pense, il y a quelques années j’aurai refusé d’en parler mais là maintenant je suis plus à l’aise, le fait de transmettre à mes enfants aussi qui eux-mêmes m’ont posé des questions en sortant de l’adolescence c’est là qu’ils ont vu, ils se sont intéressés, ils s’intéressent à leur origine, à leur famille, ce qui est arrivé.

 

  • Et le fait qu’ une classe d’élèves travaille à la rédaction de quatre membres de la famille , ça fait quoi en fait?
    • Didier Norynberg: Je trouve que moi je suis un passeur donc finalement pour l’histoire ça marque bien sûr et en même temps il y a très peu de déportés vivants, moi je suis fils de déportés, c’est à moi de faire le rôle de passeur et bien sûr finalement qu’on s’intéresse à ce qui fait partie de l’Histoire française et peut-être mondiale on peut dire que ça me plaît, j’adhère à ça. On ne se souvient plus de ces gens-là, ils ont pratiquement tous disparus, c’est des gens qui ont plus de 90 ans maintenant il reste très très peu de déportés, c’est à nous fils ou filles de déportés de passer le message et ainsi de suite dans la vie, c’est ça finalement, si on passe pas cette histoire, elle sera oubliée, il faut se remémorer cette histoire dramatique qui s’est passée en France et dans d’autres pays c’est un génocide, expliquer le pourquoi, s’interroger sur ce qu’ont voulu faire les SS c’est-à-dire éradiquer toute une population par rapport à une religion. Ça me plaît bien que vous vous intéressiez à ça.

 

Fils de déportés :

  • Quand est-ce que vous avez appris que vous étiez un descendant de déportés et quelle a été votre première réaction en l’ayant su ?
    • Didier Norynberg : Je l’ai appris…je devais avoir 12 ans vraiment, avant j’étais…Mes parents me ménageaient, ils n’en parlaient pas de toute manière. Et même encore on va dire même à votre âge encore ils ne m’en parlaient pas tellement… J’étais dans les mouvements avec mes cousins…on s’est investi là-dedans. Disons qu’on s’est renseigné par nous-mêmes quoi……. C’est des mouvements à Paris qui étaient exclusivement réservés à des gens un peu comme moi..…filles et garçons qui avaient eu des parents qui ont souffert de la déportation, de la guerre, de la déportation, des privations, des choses comme ça. C’était un centre de documentation et en même temps il y avait aussi des colonies de vacances, y’ avait plein de choses comme ça. Voilà.

 

  • Est ce que lorsque vous avez appris pour la déportation de vos parents, vous avez pu en parler librement avec eux ou pas ?
    • Didier Norynberg: Oui j’ai pu, oui oui, mais j’y allais petit à petit parce que pour ces gens là c’était très douloureux d’en parler quoi. Le fait d’en parler ils se remémoraient quand ils étaient en camp, et eux ils se reconstruisaient et ils essayaient d’oublier. On n’oublie pas les choses comme ça, mais bon…voilà et puis en même temps on épargne ses enfants quand même pour les choses délicates comme ça, un vécu comme ça, on a peut être tendance à épargner les enfants.

 

La déportation :

  • Est-ce que votre mère vous en a parlé ?
    • Didier Norynberg: Oui, quand elle a vu que vraiment je…. C’est moi qui lui en ai parlé en premier, c’est pas elle qui m’en a parlé. Elle a vu que je m’y intéressais, j’avais vu certains films comme «Nuit et brouillard», j’ai lu les livres de Lanzmann , j’ai lu les livres d’ Elie Wiesel et effectivement, elle m’a expliqué petit à petit. Elle m’a expliqué ce qui s‘est passé, y ’a eu une rafle, ce qu’on appelle les rafles, elle m’a expliqué qu’ils portaient l’étoile jaune, qu’ ils ont été dénoncés, qu’il y a eu une collaboration française ça aussi c’est important de le dire, il y a eu des résistants mais il y a une partie qui a collaboré. Elle m’a expliqué son passage à Drancy, elle a été embarquée dans les camions à bestiaux et après direction les camps quoi. Et elle m’a expliqué certaines choses qui se sont passées dans les camps, quelques souvenirs qu’elle avait avec sa sœur, ses amis, ses camarades de camp comment ça se passait un peu, entre les nazis et la Wehrmacht, elle me racontait quand même que la Wehrmacht était quand même plus….. la Wehrmacht c’était des Allemands mais des militaires, des jeunes qui étaient appelés, alors que les nazis c’étaient un parti politique au départ.

 

  • Est-ce que vous avez cherché à savoir ce qui est arrivé à votre famille ?
    • Didier Norynberg : J’essayais bien-sûr mais bon c’est difficile…Les parents ils en parlaient très peu, ma famille pareil…Bon, c’était très douloureux pour eux, parce que bon moi je ne l’ai pas vécu c’est eux qui l’ont vécu donc ils se mettaient à pleurer au bout de deux minutes…Alors, je les épargnais aussi…Après de toute manière, on voit tout de suite dans les sites, quand on se documente. J’ai pas mal de documents, j’en ai encore d’ailleurs et on voit des photos…Par exemple dans un film, enfin on voit vraiment ce qu’il s’est passé. Après dans ma famille, si je savais, ma mère m’avait dit qu’elle était privée de tout…c’était horrible. Il n’y avait pas à manger, ils étaient traités comme des bêtes. Ils sont déjà partis après les rafles, ils sont partis dans des wagons à bestiaux ce qu’on appelait…Comme des bêtes quoi, où on met les bêtes quand on les transporte. Et puis femmes, enfants, vieillards, après ils ont fait le tri dans les camps…il fallait rester en vie voilà ce qu’elle me disait ma mère, il fallait absolument rester en vie. Ils étaient très solidaires entre déportés pour rester en vie. C’était la seule chose qu’il espérait.

 

  • Et Rosa ?
    • Didier Norynberg : Ma mère je crois que sa vie, je crois qu’elle s’est arrêtée à la déportation, ma tante c’est pareil puisqu’elles sont revenues toutes les deux … Sarah et puis Rosa. J’ai l’impression que leur vie elle s’est arrêtée là. Et j’ai des petits flashs de jeunesse oui…voilà bon maroquinier…voilà ils avaient des voisins. Ça allait il paraît…mes grands-parents étaient religieux, en plus ils venaient de Pologne, donc ils parlaient pas trop français. Il y avait un dialecte qu’on appelle chez les Israélites d’Europe centrale…c’est le yiddish. C’est un dialecte qui ressemble un peu à l’Allemand d’ailleurs… si quelqu’un fait de l’Allemand. Ils parlaient dans leur langue, mes parents comprenaient bien sûr. Ils le parlaient couramment, et puis moi j’apprenais un petit peu avec ma mère et puis voilà.

 

  • Vous vous ne gardez pas de ressentiment contre les Allemands?
    • Didier Norynberg:Non, non non. Je peux pas en avoir parce que déjà je ne l’ai pas vécu, non je peux pas. Envers les nazis oui, mais pas les Allemands non, c’est un peuple, j’ai pas plus de ressentiment pour les Allemands que je pourrais en avoir sur certains Français qui ont collaboré et que je mets au même niveau que les nazis. Quand il y a eu le gouvernement de Vichy, avec Laval, Pétain, moi je les place pareil parce que c’est des gens qui étaient quand même français, qui ont fait du zèle et qui ont participé à la déportation de personnes, d’enfants…qui sont jamais revenus. Donc non, j’en veux pas aux Allemands.

 

  • Quelles ont été les conséquences pour Rosa après la guerre ?
    • Didier Norynberg: Elle se faisait suivre. Ma mère elle était, je l’ai toujours vu, en société, elle était rigolote, elle cachait tout ça. En privé, elle était malade, et puis en suite elle avait une santé très très fragile. Comme c’est la plus jeune, c’est celle qui a pris le plus dans les camps je pense avec les privations etc … elle a pas eu ses règles pendant un an… enfin, elle a raconté des choses comme ça. Après ça lui a déclenché des maladies et d’ailleurs à la fin de sa vie, à cause d’un diabète, elle a été amputée des deux jambes. Enfin voilà, elle a eu une fin de vie très… elle est décédée très jeune, elle avait 68 ans……Au départ y’ avait absolument rien c’est des gens qui ont été déportés mais il faut dire en même temps quand ils sont partis en déportation, certains ne sont pas revenus, ils ont perdu la moitié de leur famille ils sont revenus dans des conditions qu’on a expliquées, malades, c’était des cadavres et en même temps ils avaient perdu leur maison. Ce qu’il faut dire c’est qu’ils ont été spoliés pendant le temps qu’ils sont partis en déportation, on leur a pris leur maison, on leur a pris leurs meubles, on leur a pris leur identité, ils n’avaient plus rien, plus rien. Il a fallu se reconstruire, se reloger, reprendre une vie normale, ça n’a pas été facile et le fait d’avoir une carte d’handicapée ça donnait déjà des petits avantages une reconnaissance, ma mère était à 100%.

 

La vie à Paris après la guerre :

  • Didier Norynberg : Je sais que mon grand-père était maroquinier, c’était son métier…Je sais qu’il a travaillé un peu comme ouvrier puis après je crois qu’il a eu un petit commerce. Bon ils étaient modestes, ils habitaient rue Félix-Terrier dans le XXe. Ma mère me racontait que dans la cour il y avait Django Reinhardt qui jouait de la guitare, qu’il était avec sa caravane…c’était l’époque du swing donc ils allaient quand même danser entre jeunes. Ils ont vécu un peu avant la déportation, ils ont quand même eu des petits bonheurs quand même. Ensuite bon le reste ils étaient très discrets, ils n’ont pas eu trop le temps.

 

L’antisémitisme aujourd’hui :

  • Qu’est-ce que vous penser de l’antisémitisme de nos jours et à l’époque aussi?
    • Didier Norynberg : Je pense que pour moi l’antisémitisme comme le racisme c’est la peur de l’autre c’est la non découverte de l’autre et puis je dirai aussi que je crois que les gens ont besoin d’un bouc émissaire dans la vie, c’est toujours la faute de quelqu’un …………moi je sais que ma famille ils sont arrivés pendant la crise de 29 …… regardez j’ai encore ça c’est une carte de séjour et y’ a marqué réfugié donc voilà on est exactement comme les réfugiés qui viennent maintenant du Liban , d’Afrique , du Mali, voilà de tous les pays. On était des réfugiés, on fuyait, on fuie toujours un pays pourquoi parce qu’il faut toujours avoir des boucs émissaires, c’est comme ça la vie, c’est le côté humain que je n’aime pas et c’est dommage …….ce qui est toxique moi j’essaie de l’éliminer quand je vois ça je me bats pour ça . C’est des préjugés.

 

Quelques temps plus tard, à la fin de l’année, voici ce que Didier Norynberg tenait à dire :

« Ni oubli ni pardon……Sous l’empire russe sont nés en Pologne mes grands-parents Leizer et Riwka Hofenung fuyant la Pologne et les pogroms ils vont immigrer, rejoindre la France, le pays des droits de l’homme. Ils auront cinq enfants Léon, Symcha, Sarah, Georges et Rosa ma maman. Ils s’installent boulevard de Ménilmontant puis rue Félix Terrier. Ils vont vivre heureux dans ce quartier où vivent de nombreux immigrés. Ils vont apporter à la France une richesse, une culture juive et slave.

Ils ont vécu le Front populaire de 1936 à 1938. C’étaient des gens simples. Mon grand -père avait une voix de ténor à la Ivan Rebroff, Georges jouait du piano mais ce bonheur va être écourté. On est en 1939 la guerre éclate, elle va durer 5 ans. Par malheur, dénoncés, puis arrêtés par la milice française direction Drancy puis le voyage dans des wagons à bestiaux vers Birkenau la solution finale, ma grand-mère Riwka sera assassinée par les SS. Seule ma mère encore ado et ma tante Sarah reviendront dans des conditions pitoyables. Georges va subir la marche de la mort si jeune et mourir à Dachau. Léon a aussi survécu après 7 ans d’internement dans un camp militaire. Mon grand-père et Symcha ont échappé aux rafles et vivront.

Je suis le passeur de mémoire, ce fils de déporté qui avait une famille. Mon combat contre l’antisémitisme, le racisme, l’obscurantisme je le mènerai tant que je vivrai.

A ma famille.

Le 23 juin 2021 »

 

Histoire de la famille de la Pologne à la France :

Leizer Hofenung et Riwka Roland se sont mariés à Varsovie dans leur pays natal, probablement de manière religieuse à la synagogue et se sont mariés civilement une nouvelle fois à Paris, à la mairie du 20ème arrondissement, place Gambetta en 1925.

Ils ont eu 6 enfants : Léon Hofenung né le 15 septembre 1915, Symcha (Simon) Hofenung né le 15 avril 1918, Sarah Hofenung née le 24 mai 1921, Georges Hofenung né le 23 mars 1925, Rosa Hofenung  née le 15 janvier 1928 et Jean Hofenung né le 9 octobre 1932 et décédé le 4 mars 1933 (l’année où Hitler fut nommé chancelier).

Les deux premiers enfants sont nés en Pologne et les quatre derniers en France.

Leizer est arrivé en France en décembre 1919. C’est en 1929 qu’il dépose une demande de naturalisation de la famille qu’il obtient la même année. Dans laquelle est évoqué : son travail d’ouvrier maroquinier, le fait qu’il a servi dans l’armée russe durant la 1ère Guerre mondiale et qu’il a par la suite été employé dans les services technique du Nord-Pas-de-Calais.

 

Arbres généalogiques réalisés par les élèves :

 

 

Le dernier enfant Jean, retrouvé sur filae, n’était pas présent dans les documents :

Acte de naissance et de décès de Jean HOFENUNG

 

Lors de la visite du mémorial de la Shoah à Drancy en juin 2021 la classe a pu entendre Sarah. Son témoignage était brut, percutant, émouvant, touchant.

Témoignage de Sarah Hofenung pour la Visual Shoah Foundation en 1996, un mois après le décès de sa sœur Rosa

 

Elle raconte la vie en France avant la guerre:

Sarah Hofenung fait le portrait d’une famille unie, élevée dans beaucoup d’amour. La famille est très pauvre et tous ses amis le sont aussi. Ses parents sont des immigrés venus de Varsovie, ils détestaient la Pologne, un pays où les violences antisémites étaient nombreuses, ils avaient toujours peur de la population.

Son père Leizer est venu en France après la guerre et a travaillé pour les services de déminage près de Lille. Ses parents ne tarissaient pas d’éloges sur les gens du Nord, leur accueil et leur gaieté. Ils n’étaient pas antisémites.

Son père a installé la famille à Paris, sans doute pour le travail. Il était ouvrier et travaillait dans la maroquinerie. La famille a habité d’abord Ménilmontant, leur appartement n’avait ni eau, ni électricité, ni gaz. La famille est toujours très pauvre mais heureuse. Ils ont eu ensuite un appartement dans le XXème par la mairie de Paris avec beaucoup plus de confort: il y avait de l’électricité! Mais pas de salle de bains.

Ses parents étaient très croyants et appliquaient les règles alimentaires casher. Son père et son frère Georges croyaient aux lendemains qui chantent prédits par le communisme. Leur communisme était un « communisme biblique ».

 

L’arrestation et la déportation

Rosa Hofenung est née le 15 janvier 1928 à Paris dans le 12e arrondissement. Elle est née dans une famille juive et avait une sœur, Sarah, et trois frères nommés Georges, Symcha et Jean. Jean, Georges, Symcha et Rosa sont tous les trois nés pendant l’entre-deux-guerre.

Hitler fut nommé chancelier l’année de la mort de Jean en 1933 tandis que Staline était déjà au pouvoir depuis 1929. La Seconde Guerre mondiale débuta en 1939 et finit en 1945 avec la capitulation de l’Allemagne nazie et celle du Japon après le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de la Shoah (1941- 1945) environ 6 millions de juifs furent tués par l’Allemagne nazie et les autres pays alliés des nazis.

Rosa menait une vie paisible. Rosa était une femme heureuse qui jouissait des petits plaisirs de la vie comme le chant, la danse ou encore la couture.

Cette vie tranquille fut stoppée le 25 juillet 1944 par la Gestapo qui vint l’arrêter chez ses parents suite à une dénonciation.

Elle fut envoyée dans le camp d’internement de Drancy dont elle ressortit cinq jours plus tard pour malheureusement être déportée dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau dans lequel elle restera près d’un an.

 

Les élèves ont rencontré Daniel Urbejtel (1) le 30 mars 2021. Il a été déporté dans le même convoi que Rosa, il a raconté le contexte de l’époque et sa déportation :

« J’ai très peu de souvenirs du temps que j’ai passé à Drancy pour différentes raisons, la première hélas est que nous n’y sommes pas restés longtemps mais la seconde c’est parce que ce qui s’est passé après dépasse tellement l’imaginaire qu’aujourd’hui encore je sais pas si je vais trouver les mots pour décrire l’indescriptible. Toujours est-il que le 31 juillet 1944 donc un mois avant la libération de Paris alors que le débarquement américain a déjà eu lieu sur les côtes normandes que longtemps avant il y en avait déjà eu lieu un en Afrique. Voilà que le 31 juillet 1944 est organisé un convoi qui s’est révélé être le dernier grand convoi qui est parti vers l’Est, et ce jour-là les mêmes autobus parisiens mais en nombre cette fois pour ceinturer les abords du camp de Drancy et nous avons été transportés dans une gare qui est la gare de Bobigny qui était une gare de petite ceinture qui servait davantage de gare de marchandises. Bobigny étant une commune tout près de Drancy et nous arrivons donc devant cette gare où est constitué un train mais je découvre avec stupeur que c’est un train composé de wagons de marchandises. Je n’avais pas conscience à l’époque que nous étions une marchandise et sans savoir où allait nous conduire ce train, la seule perspective de voyager dans un wagon de marchandise n’inaugurait rien de bon. J’imagine sans en être certain que le contenu de chaque autobus était affecté à un wagon. Donc je monte dans le wagon qui m’est affecté et je fais le tour du propriétaire, c’est très vite fait, le wagon était vide, il y avait par terre de la paille, au fond deux citernes, l’une remplie d’eau potable, l’autre vide destiné à ce que vous imaginez et si à l’époque, moi j’avais 13 ans je n’étais pas le plus jeune, il y avait des enfants qui n’étaient pas scolarisés, il y avait des bébés qui pleuraient , qui pleuraient parce qu’ils étaient impressionnés par l’environnement dans lequel ils se trouvaient, les bébés n’avaient pas plus la chance d’avoir près d’eux leurs éducatrices , il y avait au fond des personnes plus âgées qui elles aussi se lamentaient, peut-être étaient-elles en train de prier[………..].A peine fermées les portes ont été scellées de l’extérieur et la partie ouverte destinée à l’aération qui existe sur ces wagons de marchandise a été en partie obstruée par une planche qui a été clouée de travers dans la perspective compréhensible d’essayer d’empêcher toute évasion possible mais dont la première conséquence a été la limitation de l’aération, manque de pot il a fait très chaud les premiers jours du mois d’août 44. A l’époque on parlait pas de canicule, il a fait vraiment très chaud. Et lorsque tous les wagons ont été ceinturés de la sorte le train s’est ébranlé, il est parti sans que bien entendu la destination nous soit indiquée par la voix nasillarde de la SNCF. Le train est parti. Et il a circulé, nous avons été enfermés dans ce train pendant trois jours et trois nuits beaucoup plus longtemps qu’il est nécessaire pour parcourir les 1200 km qui nous séparait de la destination finale. Il y avait des bombardements massifs sur l’Europe[………..]Au terme de trois jours le train s’est définitivement arrêté et pour la première fois les portes se sont ouvertes et c’est là où nous avons compris que nous étions arrivés au terme de notre voyage, ce terme hélas était le camp d’Auschwitz dont je n’avais jamais entendu parlé. Auschwitz qui était un camp d’extermination doublé d’un camp de concentration. Mais c’était en réalité un camp d’extermination soit immédiate soit un camp d’extermination par le travail mais ça je le découvre petit à petit. Après que les portes aient été ouvertes que les ordres étaient vociférés en allemand, encore fallait-il les comprendre. Mon frère qui avait choisi l’allemand en première langue me servait de traducteur, donc les haut-parleurs nous intimaient l’ordre de descendre schnell schnell. Tout le monde ne descendait pas, les bébés qui ne marchaient pas restaient sur la paille à pleurer ceux qui n’étaient pas sûrs de leur équilibre restaient ç’aurait été mon cas aujourd’hui, puisqu’aujourd’hui pour me déplacer j’ai besoin d’une canne. Mais tous ceux qui normalement pouvaient tenir debout sont descendus avec difficultés parce que, quelques jours plus tôt il avait été relativement difficile de monter dans un wagon dans lequel les marches ne sont pas surbaissées comme dans les wagons actuels mais vous imaginez combien c’est plus difficile d’en descendre quand il faut faire vite. Quand pendant trois jours on n’a pas eu le moindre espace pour dérouiller ses muscles, et comme il faut faire vite si on rate la marche on tombe, on est à peine tombés que les chiens viennent vous mordre aux mollets. Les SS avaient dressés des chiens, des chiens de bergers comme suppléants et c’est là où a lieu la première sélection. »

 

Zalie Waldhorn et Germaine Wagensberg, elles-mêmes déportées par le convoi 77, ont témoigné de la déportation à Drancy, Birkenau et Kratzau.

 

Zalie Glowinski née Waldhorn et Germaine Wagensberg

 

Rosa fut déportée en raison de sa judéité ainsi que son frère Georges, sa mère et sa sœur, qui survivra, par le même convoi. Sa sœur, Sarah, fut arrêtée deux jours avant. La Gestapo trouva l’adresse de son domicile sur elle et alla chercher le reste de la famille.

 

page 3 du dossier de déporté politique

 

Elle a été transférée dans le camp de Kratzau où elle est restée jusqu’à la libération, c’est-à-dire le 9 mai 1945 par les armées Russes et Américaines. Kratzau était un sous-camp de Gross-Rosen (Kratzau indiqué par une flèche rouge sur la carte)  (2)

 

Le camp de concentration de Gross-Rosen fut créé, en août 1940, comme un sous-camp du camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut nommé d’après le village voisin de Gross-Rosen (appelé aujourd’hui Rogoznica) situé à environ 60 km de Wroclaw (l’ancienne Breslau), dans l’ouest de la Pologne actuelle. Il devint un camp autonome en mai 1941.

Gross-Rosen devint le centre d’un complexe industriel et le pôle administratif d’un vaste réseau d’au moins 97 sous-camps. Au 1er juin 1945, le complexe de Gross-Rosen comptait 76 728 prisonniers dont près de 26 000 femmes, juives pour la plupart. Ce fut l’une des plus grandes concentrations de femmes de l’ensemble du système concentrationnaire nazi.

Source USHUMM

 

La vie d’après

A sa sortie du camp, Rosa passe un examen médical décrivant son état général jugé  » moyen »: Scoliose gauche et amaigrissement global marqué sont indiqués.

Le 5 mars 1952, un document de renseignement (provenant du dossier de demande d’attribution du statut de déporté politique) est rempli par Rosa indiquant le motif supposé de son arrestation et les personnes déportées avec elle, “Faisant partie de la résistance”, “ma mère et mon frère, déportés non revenus”.

Le titre de déportée politique ne lui est attribué que le 1er juin 1953, sûrement grâce aux témoignages. Les périodes prises en compte sont les suivantes :

  • Période d’internement prise en compte : du 25 au 30 juillet 1944
  • Période de déportation prise en compte : du 31 juillet au 15 mai 1945

 

Le mariage de Rosa Hofenung au premier plan à côté de son mari Srul Norynberg en 1952. Sarah est derrière Rosa. Leizer à la droite de Sarah

 

Lors de la rencontre avec Daniel Urbejtel un élève a posé une question sur la vie « d’après »:

Où est-ce que vous êtes allé vivre après cela? Vous avez fait des études? Qu’est-ce qui s’est passé après?:

« Ça s’est un point sur lequel on insiste pas souvent et je ne veux pas vous apitoyer mais essayer de vous mettre à la place d’un gamin qui a 14 ans, qui sort de l’enfer, qui revient, qui n’est accueilli pas personne et qui doit reprendre ses études et moi mes études je les ai reprises en octobre de l’année suivante c’est à dire en 46, à la rentrée 46. J’ai passé en gros une année en déportation, une année en convalescence et quand je me retrouve sur les bancs de l’école je me suis dit mais qu’est-ce que je fais là? Qu’est-ce que je fais là? Car j’étais un peu plus âgé que mes camarades puisque j’avais perdu deux ans par rapport au calendrier donc j’avais plutôt 16 ans alors qu’eux en avaient 14 mais c’était pas une différence d’âge mais une différence de génération. Du reste j’ai tout de suité été élu délégué

de classe tellement les camarades ont senti que j’avais une expérience qu’eux n’avaient pas, que n’avaient pas non plus les enseignants et heureusement pour eux et donc j’étais à la fois différent de mes camarades de classe dont j’enviai la spontanéité, leur joie de vivre et moi non, l’adolescence avait été plombée par ce que j’avais découvert et vis à vis des enseignants j’avais aussi une expérience de l’inhumanité dont l’homme est capable et eux pouvaient en avoir connaissance intellectuellement mais moi je l’avais vécu dans ma chair donc ça a été très difficile de reprendre des études. Je suis désolé chère amie mais devoir apprendre des leçons et faire mes devoirs ça me paraissait d’un dérisoire alors que moi j’avais hâte de devenir un citoyen. Il a fallu quand même que je bachote, ça a été difficile, il y a peut-être pas assez, suffisamment d’études sur le retour à la vie. De reprendre pied dans un monde qui n’est pas le paradis mais qui est quand même plus doux que l’univers concentrationnaire. Quand vous n’avez aucun lien, il n’ y avait aucune relation sociale. Certains d’ailleurs n’ont pas survécu du reste à cette réadaptation. Mais si j’ai réussi c’est parce que peut-être de nature, en tout cas c’était la seule porte de sortie moi je ne voyais d’avenir que dans le futur et le fait d’être porté sur l’avenir mais protéger de m’installer dans la victimisation dans laquelle certains se complaisent un peu. Et ça m’a protégé aussi de la haine, de l’esprit de revanche. Mobiliser tous ces efforts vis à vis de l’avenir c’est aller de l’avant alors que se lamenter c’est rester en l’arrière, c’est retomber dans ses misères alors que c’est pas la bonne attitude pour un chrétien. Nous sommes en pleine période carême, c’est même la semaine sainte et c’est pas innocent de parler de l’univers concentrationnaire en cette période là où à l’époque la notion de carême ne me disait rien parce que je n’étais pas catéchisé mais ma déportation a été une année de carême. Du reste il y a 75 ans le carême de 45 a été un des plus durs que j’ai vécu et qui me dispense de faire carême les autres années parce que j’ai fait pendant un an un carême de dépouillement imposé »

 

En 1961 Rosa est mariée et sans profession. A sa sortie des camps, elle était malade, méconnaissable et non apte à travailler mais eut tout de même un enfant du nom de Didier. Elle garda d’horribles séquelles de sa déportation. Ayant été amputée et n’ayant pas d’emploi, elle passa le reste de sa vie à s’occuper de son fils accompagné de son mari M. Norynberg.

Nous avons communiqué avec son fils Didier ce qui nous a permis de récolter quelques informations sur Rosa en tant que femme et mère et non en tant que juive comme on l’a toute sa vie considérée. Elle n’a parlé que très tard à Didier de ce qu’il lui été arrivé sûrement à cause des blessures.

Didier Norynberg , le fils unique de Rosa et Srul.

 

Rosa à gauche, Srul au centre et leur fils unique Didier

 

Exposition des documents et objets provenant des archives des familles de la classe

 


Reconstitution d’une pièce d’un appartement de l’époque

 

Pièce rassemblant les documents prêtés par les parents d’élèves et les collègues

Documents prêtés par des parents d’élèves les prisonniers au stalag, les fascicules de mobilisation

 

Ce projet nous a permis de mieux comprendre ce que pouvait vivre les Juifs à travers les années. Et aussi de se remémorer les visages, les événements, la vie, des victimes pour que cela ne se reproduise plus.

 

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Zalie Glowinski née Waldhorn et Germaine Wagensberg
page 3 du dossier de déporté politique
USHUMM
Rosa à gauche, Srul au centre et leur fils unique Didier.
Rosa, photographie transmise par son fils, Didier Norynberg.

Contributeur(s)

Biographie réalisée par les élèves du collège Saint Germain de Charonne, sous la direction de leur professeure d‘Histoire Géographie, Madame Artur.
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