Rebecca STEPANSKI

1909-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Rebecca STEPANSKI

Ci-Contre : Rebecca STEPANSKI, Base de données des victimes de la Shoah, Yad Vashem. 

Sa naissance et sa famille

Rebecca, aussi appelée Rivka, Stepanski, est née Franz le 11 septembre 1909 au 25 rue de la Forge Royale, dans le 11ème arrondissement de Paris. Elle épouse Henri Stepanski, lui aussi né à Paris, le 7 avril 1932.

Leur acte de mariage permet de fournir certaines informations concernant leurs parents respectifs. Le père d’Henri Stepanski est tailleur et réside avec sa femme, sans profession, au 82 rue Championnet, tandis que M. Franz, le père de Rebecca, est boucher. Il vit avec sa femme, elle aussi sans profession, au 25 rue de la Forge Royale. Les deux parents de Rebecca, nés russes, ont été naturalisés Français au milieu des années 1920.

C’est ainsi toute une famille qui est ancrée au sein de la capitale, et qui subit les conséquences de la guerre, allant des difficultés du quotidien sous l’occupation à la répression en raison de leur statut de juifs.

Le mari de Rebecca, Henri, est dentiste et ancien militaire. Ils ont deux enfants : Jeanine, née le 4 février 1933, et Daniel, né le 7 janvier 1937. Henri est arrêté en décembre 1941, dans le cadre de ce qui fut appelé par la suite “la rafle des notables”, interné à Compiègne et déporté par le convoi n° 1 du 27 mars 1942 à Auschwitz où il meurt le 1er avril suivant. Rebecca vit alors seule avec ses deux enfants pendant près de trois ans, sans nouvelles de son mari. Daniel et Jeanine vont à l’école, le plus jeune est en 10ème, Jeanine en 6ème du Lycée Janson de Sailly (1943-1944), l’ainée est scolarisée au Lycée Molière.

Henri Stepanski,
Base de données des victimes de la Shoah, Yad Vashem.

De l’arrestation à la déportation

Comme certaines familles juives parisiennes, Rebecca et ses enfants traversent les années de guerre avant d’être rattrapés à leur tour par le processus génocidaire décidé par les autorités nazies. C’est au 60 rue de la Faisanderie que la Gestapo arrête la mère et ses deux enfants, le 14 juillet 1944.

Photographies de l’immeuble où vivait la famille Stepanski au 60 rue de la Faisanderie, Paris
Photographies d’Anne-Marie Poutiers.

Le témoignage de la gardienne de l’immeuble permet d’affirmer que cette arrestation a bien été menée par la police politique allemande, une institution répressive qui cristallisa ses actions autour de la traque des Juifs à partir de 1942. La sœur de Rebecca, Simone Cumet, a également confirmé le motif de cette arrestation, en donnant pour motif le statut de juif de la famille, lorsqu’elle fit après la guerre une demande de régularisation de titre des enfants et de la mère Stepanski comme « non rentrés ».

Cette arrestation survient alors que le débarquement a déjà eu lieu et que les alliés progressent vers Paris. Lorsqu’elle arrive à Drancy, les autorités du camp de Drancy lui confisquent une somme de 1004 francs pour laquelle un reçu lui est délivré le 19 juillet 1944. Un numéro d’internement est assigné à Rebecca : le numéro 25255. Sur la fiche de renseignements rédigée lors de son arrivée, nous pouvons observer la présence de la lettre B : cette lettre signifie que Rebecca, et ses enfants par conséquent, sont déportables de suite.

Comment s’est déroulé son séjour à Drancy ? Peu d’informations permettent de répondre à cette question, mais une lettre écrite par Rebecca, sous le nom de Renée Stepanski, à l’intention du Dr. Encausse le 30 juillet 1944, qu’elle remercie pour l’aide reçue, nous permet d’en savoir plus sur la situation de la mère de famille.

«Nous partons très loin dès demain matin. Je ne pars pas désespérée. J’espère que nous reviendrons très bientôt et que nous nous reverrons». Aucune information n’est donnée aux personnes détenues dans les camps d’internement, comme en témoignent ces quelques mots de Rebecca, et avant la terreur de la déportation, l’espoir persiste. Plusieurs questions tourmentent Rebecca, où vont-ils, pour quoi faire, quand reviendront-ils ? Des questions qui resteront sans réponse.

Elle mentionne également son mari, Henri, dans l’espoir de le revoir et de « reconstruire un foyer » : elle ne sait donc pas avant d’être déportée qu’elle est en réalité veuve, montrant que les informations circulent très peu voire pas du tout en dehors des camps.

Le convoi part de Drancy le 31 juillet 1944 et arrive à Auschwitz le 03 août 1944.

À l’arrivée à Auschwitz, tous les déportés sont triés : c’est ce qu’on appelle la sélection. Cette sélection se fait alors directement au sein de l’enceinte du centre de mise à mort, la voie ferrée ayant été prolongée depuis peu par les déportés eux-mêmes. Il s’agit de séparer les personnes en bonne santé, pouvant travailler pour le compte de l’Allemagne, de celles qui ne le sont pas. Les plus sains et les plus forts sont envoyés travailler, tandis que les plus faibles sont immédiatement gazés (enfants, mères, personnes âgées). Comme Rebecca était accompagnée de ses enfants, elle a été envoyée à la mort dès son arrivée. Elle a été déclarée morte administrativement le 05 août 1944 avec ses enfants. Ils avaient 34 ans, 11 ans et 7 ans.

Dans divers documents officiels de l’après-guerre, Rebecca a été déclarée morte à Drancy, et non pas à Auschwitz. Cependant, en 2003, une rectification est faite concernant le cas de Rebecca, confirmant son décès dans le centre de mise à mort d’Auschwitz le 5 août 1944, en raison de son statut de juive.

Maurice Stepanski, le frère de son mari a fourni à Yad Vashem un témoignage confirmant que Rebecca Stepanski est morte pendant l’Holocauste, et elle a donc été officiellement considérée comme une victime de la Shoah.

Dernière lettre envoyée par Rebecca Stepanski, depuis Drancy, au docteur Encausse le 30 juillet 1944.

Arbre généalogique de la famille Stepanski.

Sources :

  • Photographies de Rebecca et d’Henri Stepanski, Base de données des victimes de la Shoah, Yad Vashem
  • Photographies du 60, rue de la Faisanderie, Paris : photographies d’Anne-Marie Poutiers
  • Dossier Rebecca Stepanski, SHD-DAVCC, conservé à Caen.
  • Dossier Henri Stepanski, SHD – DAVCC, conservé à Caen

 

Bibliographie :

  • POUTIERS Anne-Marie, neuf élèves de 3e1, 3e2 et 3e3, Mémorial des enfants juifs du lycée Molière morts en déportation à Auschwitz (et de leurs familles), 1942-1944, Salavre, Editions Cleyriane, 2023.

 

This biography of Rebecca STEPANSKI has been translated into English.

Contributeur(s)

Francisco Santos, Benjamin, élèves de Terminale du lycée Molière, Paris. Solal Magnan, Lila-Rose Choisy-Bourgade, élèves en hypokhâgne AL au lycée Janson-de-Sailly. encadrés par Jennifer Ghislain, Anne-Marie Poutiers (lycée Molière) et Alexandre Bande (lycée Janson-de-Sailly).

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