Rosa GOURENZEIG

1899-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: , ,

Rosa GOURENZEIG ou Rajzla GURENCAJG née CUKIER ou TUKIER

Ci-Contre : Acte de mariage de Noussen et Rosa. Source : Archives de Paris, cote 20M79

Rosa GOURENZEIG, que l’on trouve dénommée de différentes manières selon les sources : Tukier CUKIER, GURENCAJG ou Rajzla CUKIER, serait née à Varsovie ou à Kiev, deux villes appartenant à l’empire russe.

D’après l’acte de mariage, elle est née le 6 ou le 18 décembre 1899 à Varsovie. Elle est la fille de Jankiel Cukier, un commerçant, et de Rywka Gentner.

Nous ne savons pas précisément à quelle période elle quitte son pays pour rejoindre la France. D’après l’extrait des minutes du tribunal de commerce du département de la Seine, Rosa aurait épousé Nusen Ber GURENCAJG, plus souvent appelé Noussen Gourenzeig avant de venir en France car il est noté «marié sous le régime russe».

Extrait des minutes du tribunal de commerce du département de la Seine
Source : Archives nationales, cote dossier 662

En fait, d’après la fiche matricule militaire de Noussen, ce mariage a eu lieu le 4 juin 1919 à Varsovie.

Fiche matricule militaire de Noussen. Source : Archives de Paris, cote D4RI 3686

Peut-être ont-ils eu besoin, pour des raisons administratives, de se marier également en France, car nous savons qu’ils se sont mariés le 17 septembre 1929 à Paris. Toujours d’après l’extrait des minutes du tribunal de commerce du département de la Seine, nous apprenons que Noussen obtient en 1920 l’autorisation de domicile en France, nous pouvons supposer qu’il en a été de même pour Rosa.

Selon Joseph GOURAND, son fils, ils se seraient installés 397 rue des Pyrénées, ce qu’attestent le recensement de 1931 et le propriétaire Monsieur Leblond.

Certificat de Domicile. Source : PAVCC du SHD de Caen

Dans ce quartier parisien où vivait une multitude de communautés, ils ont eu quatre enfants : André, Marie, Joseph et Paulette.

Durant sa vie à Paris, Rosa GOURENZEIG a l’habitude de cuisiner des carpes farcies et des clepors, plats typiques de son pays d’origine. Aussi, le vendredi soir, lors du début de shabbat, elle met un voile sur la tête et pleure devant les bougies allumées en pensant à sa famille restée en Pologne12. Même si elle conseille régulièrement son mari sur sa production, on dirait aujourd’hui de Rosa que c’était une femme au foyer qui s’occupait de son intérieur et de ses enfants. D’ailleurs Paulette raconte que sa mère l’emmenait parfois au cinéma. Paulette dit également que sa mère parlait essentiellement en russe, en polonais et en yiddish, mais connaissait mal le français.

Au printemps 1940, après l’offensive allemande, Noussen l’envoie avec leurs enfants pour se mettre à l’abri dans un petit village près de Sens, chez une vieille Anglaise. Ils regagnent tous Paris quelques jours plus tard, avant que les Allemands entrent dans la capitale.

Rosa, qui avait obtenu la nationalité française par naturalisation, le 15 septembre 1938, grâce à un décret du président de la République Albert Lebrun,

Extrait du décret du 15 septembre 1938 accordant la nationalité française. Source : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/mm/media/download/FRAN_0312_38517_L-medium.jpg

la perd le 21 août 1941 car le gouvernement de Vichy met en place une loi demandant d’annuler les naturalisations accordées aux Juifs notamment.

D’après l’article du journal Le Monde mis en ligne le 5 décembre 2015 « Le décret-loi du 22 juillet 1940 prévoyait, lui, la révision systématique de toutes naturalisations accordées depuis 1927 – 1927, parce que la loi du 10 août 1927, qui en remplaçait une fort ancienne de 1889, facilitait l’acquisition de la nationalité française en réduisant de dix à trois ans la durée de domiciliation sur le territoire […] et en multipliant les cas d’accession automatique. De fait, de 1917 à 1940, près de 900 000 personnes ont acquis la nationalité française. […] Pendant quatre ans, la Commission va exclure de la communauté française 15154 personnes, dont le Journal officiel va publier les listes – un peu moins de la moitié auraient été Juifs, encore qu’il soit difficile de l’établir. C’est peu, sur le nombre de personnes susceptibles d’être déchues (900 000) – c’est que la Commission, même si la loi n’en soufflait mot, était d’abord dirigée contre les Juifs. Les étrangers juifs étaient depuis octobre 1940 internés dans un camp spécial ou en groupement d’étrangers – les dénaturalisés aussi. Le premier convoi de déportés (27 mars 1942) change la nature de la dénaturalisation, c’est bien vers la mort que les sages de la commission envoyaient désormais les déchus juifs de la nationalité. »

N’ayant plus la nationalité française, le père décide d’aller en zone libre avec sa famille. Il part en premier, en éclaireur. Il est arrêté en tentant de passer la ligne de démarcation et passe deux semaines en prison à Chalon-sur-Saône. Après cet échec, il fait appel à un passeur et parvient jusqu’à Lyon où il s’installe. De là, il envoie un passeur pour qu’il aille chercher sa femme et ses enfants. Le passeur vient chercher Rosa à Paris, mais elle est paniquée et désemparée à l’idée d’abandonner les souvenirs qu’elle a dans cette ville.

Le lendemain, elle part à la gare de Lyon avec ses fils, ses filles étant parties un peu plus tôt. Dans le train, elle ne les retrouve pas. Elle décide donc de descendre à Dijon puis de retourner à Paris pour les retrouver. Pendant ce temps, ses fils continuent le chemin avec le passeur, mais ils sont arrêtés en tentant de passer la ligne de démarcation et emprisonnés à Chalon-sur-Saône, puis à Autun.

Après 8 semaines de captivité, les garçons rentrent à Paris. Comme ils sont recherchés par la police, Rosa décide de quitter Paris avec ses enfants pour se réfugier en zone libre et retrouver son mari. Elle trouve un passeur qui les conduit jusqu’à la ligne de démarcation vers Chalon-sur-Saône. Là, c’est sous la neige qu’ils doivent traverser la ligne. Les bas de soie de Rosa lui collent aux jambes. Arrivée à Lyon, son mari lui retire à la pince à épiler les morceaux de bas incrustés dans la chair.

Son appartement à Lyon est situé au cinquième étage du 11 place Antonin Gourju, dans le 2ème arrondissement. Il est composé de deux grandes pièces meublées de bahuts et d’une cuisine à la lyonnaise.

Rosa est heureuse. En effet, elle est entourée de sa famille. Le travail de son mari permet de subvenir aux besoins de tous. Mais le 9 novembre 1942, tout change : c’est le jour où les Allemands franchissent la ligne de démarcation. Rosa s’est demandée si un départ pour la Suisse ne serait pas plus sûr mais son mari refuse, ce qui crée des tensions entre eux18. Le ravitaillement est difficile : Rosa qui était une femme forte perd beaucoup de poids. Paulette raconte que souvent le menu était constitué de fèves cuites à l’eau. Rosa se désolait de ne pas pouvoir nourrir sa famille comme elle l’aurait souhaité.

Le 18 juillet 1944, comme l’atteste son acte de disparition, Rosa est arrêtée chez elle avec son mari, son fils Joseph et les deux ouvriers polonais de son mari par la Gestapo française. Ils sont conduits au siège de la Gestapo situé place Bellecour depuis le 26 mai 1944 : des bombardements alliés ont détruit l’ancien siège avenue Berthelot.

Acte de disparition. Source : PAVCC du SHD de Caen

Pendant ce temps, André est caché dans l’armoire de leur appartement et a échappé à la vue des soldats de la Gestapo. Son autre fille, Marie, s’est évadée et Paulette a été confiée à une famille à la campagne. Rosa est, néanmoins, une maman et doit s’inquiéter à la fois pour Marie qui s’est enfuie dont elle n’a pas de nouvelles, pour Paulette qui est à la campagne chez des inconnus et pour André, qui est un enfant à la santé fragile et à l’écart des autres.

Son arrestation est probablement due à une lettre de dénonciation de la belle-mère de son cousin, une épicière lyonnaise, mais cela n’est pas confirmé, ce n’est qu’une hypothèse de Joseph et de son père.

Après avoir passé une nuit dans les locaux de la Gestapo, elle est séparée de son mari et de son fils à la prison de Montluc, située au 4 Rue Jeanne Hachette.

 

La baraque aux Juifs dans la cour de promenade principale
Source : Archives départementales du. Rhône
Cote 4544 W 17

L’emplacement de la baraque aux Juifs aujourd’hui. Source : Photo Christèle Vial

Plan de la prison Montluc
Source :http://museedelaresistanceenligne.org/media496-Plan-de-la-prison-de-Montluc-Lyon#fiche-tab

Son séjour là-bas dure au total 6 jours, du 19 juillet au 24 juillet 1944. Les hommes sont séparés des femmes, les jeunes enfants placés dans des hôpitaux. Rosa, quant à elle, est peut-être installée dans l’atelier ou dans la baraque de la prison. Au début de son séjour, elle est seule mais, quelques jours après, elle est rejointe par sa fille Marie, qui a été retrouvée.

À la prison se côtoient les résistants, les civils, les opposants au régime nazi et les Juifs qui subissent plus de mauvais traitements par rapport aux autres prisonniers. En effet, les hommes, comme le mari et le fils de Rosa, sont installés dans « la baraque aux Juifs ». Les conditions de détention sont horribles : les cellules sont très étroites, elles accueillent 8 à 10 personnes dans la même pièce. De plus, les prisonniers n’ont pas de lits (ces derniers avaient été supprimés à la suite d’une évasion), seulement trois sacs de paille, une bassine d’eau pour se laver et un seau commun à tous les prisonniers. Ils doivent donc supporter une odeur nauséabonde et une hygiène déplorable. Leurs seules activités sont les sorties de 45 minutes par jour. Les prisonniers ont pour seules nourritures fournies par la prison un morceau de pain noir et rassis ainsi qu’un morceau de viande dure. Le soir, la Croix-Rouge vient leur apporter un bol de soupe. Il y a également des maladies dues aux mauvaises conditions de vie, des poux, des puces et des rats.

Après, Rosa est déplacée vers le camp de transit de Drancy le 24 juillet 1944.

 

Juifs internés dans le camp de Drancy, France, entre 1941 et 1944
Source :source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM
Source : http://www.ajpn.org/images-camps/1287327403_juifs.jpg

 

Extrait de la liste du convoi au départ de Drancy en direction d’ Auschwitz. Source : Copy of 1.1.9.9 / 11191135
in conformity with ITS Digital Archive, Arolsen Archives
Alphabetical lists of Jews deported from transit camp Drancy (Original transport lists in possession of Bureau National de Recherches Francais)

Le camp de Drancy est composé de 3 sites distincts, 3 blocs de bâtiments formant la lettre «U». La partie gauche est pour les prisonniers incarcérés en cellules, ils sont souvent fusillés. La partie droite regroupe toutes les personnes qui doivent être déportées. Le bâtiment du milieu contenait les Mischlingen, c’est-à-dire les hommes ou les femmes aryens mariés à un Juif. La journée, ils sont libres de sortir dehors mais, la veille d’un convoi de déportation, un grillage est installé pour isoler le bâtiment de droite.

Les grilles du camp sont gardées par des gendarmes français. Pendant leur internement au camp, précisément le 28 juillet 1944, la cour a été grillagée pour séparer les Juifs des autres prisonniers.

Par la suite, le 31 juillet 1944, soit 17 jours avant la libération du camp de transit de Drancy, Rosa et sa famille sont envoyées à Auschwitz Birkenau en prenant le train, le convoi 77, (dernier convoi de déportés de Drancy), composé de 986 hommes et femmes et 324 enfants.

Les conditions dans le train sont épouvantables : les wagons servent normalement pour transporter les bêtes et des centaines de Juifs y sont entassés. De plus, les prisonniers n’ont pas à manger ni à boire pendant le voyage qui dure trois jours et deux nuits. De nombreux malheureux sont morts de malnutrition, de maladies ou de suicides. Les cadavres sont mêlés aux vivants, rendant le trajet encore plus difficile.

En arrivant à Birkenau, les SS procèdent à une sélection. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Rosa est séparée de ses fils et de son mari qui sont conduits à Auschwitz. Elle est aussi séparée de Marie qui est sélectionnée pour entrer dans le camp de Birkenau, alors qu’elle est envoyée à la douche. Nous ne pouvons qu’imaginer les derniers moments de Rosa. Elle se retrouve seule, sans ceux qui lui sont chers, au milieu d’une foule d’étrangers. Ils sont conduits dans une vaste pièce où ils doivent se déshabiller devant des inconnus. Et puis ils doivent entrer dans les douches où aucune eau ne coule, où les soldats déversent du Zyklon B. Rosa a alors dû sentir l’air lui manquer, la vie l’abandonner, la mort arriver. Son corps a ensuite été brûlé dans un four crématoire et ses cendres se sont mêlées à celles de plus d’un million de personnes.

À 45 ans, Rosa a perdu la vie car le système nazi lui reprochait d’être née.

Emilie, Romane, Sarah et Tom

Contributeur(s)

Emilie, Romane, Sarah, Tom, élèves de 3ème1 collège de la Haute Azergues
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