Marie GOURENZEIG

1924- ? | Naissance: | Arrestation: | Résidence: ,

Marie GOURENZEIG

Ci-Contre : Acte de naissance de Marie. Source : Archives de Paris

Marie Gourenzeig est née le 10 février 1924 dans le 12ème arrondissement de Paris. Elle a passé toute son enfance au 397 rue des Pyrénées à Paris dans un quartier cosmopolite, où se concentrait une multitude de communautés différentes. Elle est née dans une famille immigrée polonaise. Cette famille simple mais heureuse était composée de son père : Nouissen Gourenzeig, né le 6 novembre 1900, de sa mère : Rosa Tukir, née le 29 décembre 1899, de son frère aîné : Zalo, né le 12 avril 1921, d’elle, la cadette, de son frère : Joseph, né le 8 février 1927 et de la benjamine : Paulette, née le 30 juillet 1932.

 

Le 397 rue des Pyrénées Paris. Source : Photo Christèle Vial

Marie a été scolarisée à l’école communale de la rue de Belleville, juste à côté de chez elle. Selon son frère Joseph, ses carnets scolaires sont élogieux20. Toujours d’après Joseph, son caractère frivole lui aurait permis de ne pas se rendre compte de la montée de l’antisémitisme. Sa sœur Paulette la décrit comme une très belle jeune femme brune qu’elle compare à la vedette américaine Hedy Lamarr. D’ailleurs Marie s’intéressait beaucoup aux vedettes, au cinéma. Dans sa chambre, il y avait des photos des stars de l’époque. Marie dessinait également beaucoup. Paulette dit d’elle qu’elle était une véritable artiste.

Hedy Lamarr.
Source :https://www.franceculture.fr/cinema/hedy-lamar
Crédits : George Rinhart – Getty

Au printemps 1940, après l’offensive allemande, son père, sentant un certain danger, l’envoie, elle et toute sa famille, se mettre à l’abri dans un petit village non loin de Sens, chez une vieille Anglaise. Mais la famille regagne Paris quelques jours plus tard avant l’entrée des Allemands dans la capitale française.

En 1941, Marie, comme tous les membres de sa famille, perd la nationalité française en vertu du décret-loi du 22 juillet 1940. D’après un article du journal Le Monde : « La loi de 1940 […] portait officiellement sur « la révision des naturalisations » mais son article premier évoquait « la révision de toutes les acquisitions de nationalité française ». C’est très différent, la naturalisation et l’acquisition de nationalité n’ont rien à voir. Numériquement d’abord, les acquisitions de nationalité sont deux fois plus nombreuses que les naturalisations. Juridiquement ensuite, les enfants de parents naturalisés français sont Français, alors que les personnes naturalisées sont nées étrangères. »

Après la perte de la nationalité française, le père de Marie décide de chercher un nouvel endroit pour installer sa famille en zone libre. Marie part de Paris à Lyon à 17 ans, ce qui correspond à 1941. Elle tente avec sa famille de traverser la ligne de démarcation une première fois. Lors de cette première tentative, un passeur les attend à la gare de Lyon Le jour du départ, la mère de Marie tente de retarder le départ car elle ne veut pas quitter sa maison, et, pour faire patienter le passeur, elle envoie Marie, 17 ans et Paulette, 9 ans. Seulement, lors de l’arrivée de Joseph, André et de la mère à la gare, ils ne retrouvent pas Marie et Paulette, qui étaient censées être avec le passeur.  Rosa, Joseph et André prennent le train en espérant retrouver Paulette et Marie, mais ne les trouvant pas, la mère décide de descendre à la gare de Dijon et part retrouver ses filles. Les garçons restent seuls dans le train.

De retour à Paris, la mère revient au 397 rue des Pyrénées, leur ancien appartement. Là-bas, elle retrouve Marie et Paulette et, durant environ 2 mois, elles attendent le retour des garçons emprisonnés à Autun après avoir été arrêtés en tentant de passer la ligne de démarcation.

Après huit semaines d’incarcération, Joseph et André retrouvent leur mère et leurs sœurs. Consciente que la police pourrait venir à tout moment, la mère envoie ses enfants dormir au 6ème étage, dans la chambre de bonne d’André. Dès le lendemain, la mère décide de les emmener chez une tante, Boulevard Richard Lenoir. Déterminée et sans aucune peur, elle ne laisse pas place à la discussion et cherche sans plus attendre un passeur.

Lors de leur deuxième tentative, la famille prend à nouveau le train en direction de Lyon ; ils descendent un peu avant Chalon-sur-Saône, pour tenter de traverser la ligne de démarcation à pied. Les conditions de trajet durant leur passage à pied sont assez dures car, quand ils traversent la ligne, c’est l’hiver. Ils marchent donc dans la neige durant des heures, dans le froid, pendant la nuit. Après une nuit de marche, ils atteignent la zone libre et toquent à chaque porte du petit hameau où ils ont fini par arriver. Après de longues minutes, une paysanne finit par leur ouvrir. Elle les fait entrer chez elle et les installe devant la cheminée. Cependant, après quelques instants, la paysanne leur annonce qu’elle va appeler les gendarmes. Quelques heures plus tard, ces derniers arrivent et interrogent la famille. Puis, ils la placent dans un train en direction de Lyon tout en les informant qu’ils vont prévenir leur père.

La famille finit par retrouver Noussen qui les conduit à leur nouvel appartement. Il se situe 11 place Antonin Gourju, à quelques rues de la place Bellecour, près de la Saône, dans le centre de Lyon. Ils réussissent à vivre convenablement et, parfois, ils arrivent même à se procurer du beurre et des œufs au marché noir.

Le 18 juillet 1944, durant l’après-midi, Joseph et les parents de Marie se font arrêter. Marie et André, quant à eux, ne sont pas arrêtés tout de suite car André s’est caché dans un placard. De son côté, Marie s’est enfuie avec les ouvriers de l’entreprise du père, Dora et Michel grâce à Joseph qui s’est accroché avec un des policiers.

Mais, quelques jours plus tard, alors qu’elle est dans l’appartement de la famille, les hommes de la Gestapo reviennent dans le but de voler les bijoux et toutes choses de valeur de la famille. C’est à ce moment-là que Marie se fait arrêter. La famille est internée et déportée à cause d’une lettre anonyme les dénonçant.

À partir de là, tout se déroule très vite. Elle est incarcérée à Montluc jusqu’au 24 juillet 1944. Cette prison se situe au 4 rue Jeanne Hachette. Elle a été construite en 1921. Au départ, c’est une prison militaire mais elle devient une prison allemande de janvier 1943 jusqu’au 24 août 1944. Les conditions de détention sont horribles : les cellules font 6 mètres sur 6 pour 8 à 10 personnes. Les lits à barreaux sont remplacés par des sacs de paille. Par cellule, il n’y a qu’un seul seau qui sert de toilettes et qu’un bol pour se laver. On sert seulement du pain noir pour les repas. Les prisonniers n’ont que 45 minutes de sortie par jour. Les maladies, comme le typhus, se rependent très vite ainsi que les poux, les puces et les rats. Dans la prison, il y a ce qu’on appelle « la baraque aux Juifs », un bâtiment de 30 mètres sur 6 mètres situé dans la cour. Les Juifs y sont entassés sans possibilité de se laver. C’est là que le père et les frères de Marie sont emprisonnés. Marie, quant à elle, se situe avec sa mère, probablement dans l’atelier ou la baraque de la prison.

La baraque aux Juifs dans la cour de promenade principale
Source : Archives départementales du. Rhône
Cote 4544 W 17

L’emplacement de la baraque aux Juifs aujourd’hui. Source : Photo Christèle Vial

Plan de la prison Montluc
Source : http://museedelaresistanceenligne.org/media496-Plan-de-la-prison-de-Montluc-Lyon#fiche-tab

Le 24 juillet 1944, elle part pour Drancy. Le camp de Drancy est composé de 3 sites distincts, 3 blocs de bâtiments formant la lettre «U». La partie gauche est pour les prisonniers incarcérés en cellules, ils sont souvent fusillés. La partie droite regroupe toutes les personnes qui doivent être déportées. Le bâtiment du milieu contient les Mischlingen, c’est-à-dire les hommes ou les femmes aryens mariés à un Juif. La journée, ils sont libres de sortir dehors mais, la veille d’un convoi de déportation, un grillage est installé pour isoler le bâtiment de droite. Les grilles du camp sont gardées par des gendarmes français. Pendant leur internement au camp, précisément le 28 juillet 1944, la cour a été grillagée pour séparer les Juifs des autres prisonniers.  Le 31 juillet 1944, soit 17 jours avant la libération du camp, Marie quitte Drancy avec sa famille en direction de Auschwitz en Pologne. Les conditions dans le train sont épouvantables : les wagons servent normalement pour transporter les bêtes et des centaines de Juifs y sont entassés. De plus, les prisonniers n’ont pas à manger ni à boire pendant le voyage qui dure trois jours et deux nuits. De nombreux malheureux sont morts de malnutrition, de maladies ou de suicides. Les cadavres sont mêlés aux vivants, rendant le trajet encore plus difficile.

Juifs internés dans le camp de Drancy, France, entre 1941 et 1944
Source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM
Source : http://www.ajpn.org/images-camps/1287327403_juifs.jpg

Une fois arrivés et descendus du train, les SS procèdent à une sélection. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les frères et le père de Marie sont conduits à Auschwitz. La mère de Marie part directement dans la chambre à gaz. Quant à Marie, elle est reconnue apte au travail. Elle suit alors probablement le trajet emprunté par Régine Skorka-Jacubert qui voyageait dans le même train qu’elle. Celle-ci raconte qu’après la sélection les femmes sont conduites dans une baraque où elles doivent se déshabiller, où elles sont tondues et rasées : il s’agit probablement du sauna, la salle de désinfection et d’enregistrement. Ensuite Marie, comme les autres femmes, a dû prendre une tenue parmi un tas de vêtements civils destiné aux prisonnières. Probablement comme les autres femmes de son convoi, elle a ensuite été conduite dans une baraque en bois située dans l’ancien camp des Tsiganes. Dans un premier temps, Marie et ses camarades sont mises en quarantaine, c’est-à-dire que, durant la journée, elles sont conduites à l’extérieur du camp pour transporter des pierres.

Après une période indéterminée à Auschwitz, Marie est déportée à Kratzau. Peut-être est-elle partie en même temps que Régine Skorka-Jacubert, le 28 octobre 1944 ? Kratzau est un camp de travail et de concentration en Tchécoslovaquie où les femmes et les hommes sont mélangés. D’après Régine Skorka-Jacubert, les conditions de trajet sont épouvantables. Les femmes sont serrées les unes contre les autres au point de ne plus pouvoir bouger. Il y a une chaleur insupportable, un manque cruel de nourriture et d’eau.

Le camp de travail dispose de plusieurs ateliers : peinture, usine, armement et textile dans lequel les prisonnières travaillent jusqu’à 12 heures par jour avec la faim au ventre qui les tenaille. D’après le fichier de Drancy, Marie a travaillé à la fabrique de munitions. Chaque matin se tient un appel pour vérifier la présence de tous les prisonniers. Les Allemands usent de beaucoup de violence envers les prisonniers te les prisonnières. Les femmes du camp sont à peine vêtues et elles s’habillent avec ce qu’elles trouvent. Selon le témoignage de R. Skorka-Jacubert, il y a de grosses différences entre les nationalités et les religions. Les Juifs sont ceux qui sont le plus maltraités. Les prisonniers de ce camp sont en sous-alimentés et souffrent d’un manque de sommeil. Le travail n’est pas forcément désagréable mais il est très éprouvant à cause de la famine et de la fatigue. Quand le travail est réalisé correctement et qu’il dépasse la moyenne de ce qui est attendu, des bonus sont accordés. Ces bonus représentent des distributions de nourriture un peu plus conséquentes comme de la confiture, du lait et de la margarine. Concernant l’hygiène, les prisonnières du camp ont une grande difficulté à pouvoir se laver et laver leurs vêtements. Elles doivent se contenter de se laver de manière superficielle à l’usine où elles travaillent, lieu dans lequel l’eau est disponible. Elles n’ont aucune ration de savon ou de lessive. Certaines femmes finissent par avoir de l’eczéma sévère sur leur corps parce qu’elles ne peuvent pas se laver correctement après avoir manipulé du mazout. Il y a la présence de nombreuses maladies dues aux mauvaises conditions de vie comme des cas de phlegmon, d’entérite, de diarrhée grave et bien d’autres maladies.

D’après le fichier de Drancy, le camp de Kratzau a été libéré vers le 20 mai 1945 par les Russes et Marie a été rapatriée le 14 ou le 22 juin par le train.

Fichier de Drancy. Source : Mémorial de la Shoah, Archives nationales (cote sur le document)

Joseph retrouve Marie dans une cantine communautaire à Paris grâce à des amis, Max et Henri. Ces derniers laissent Joseph seul pour qu’il parle à sa sœur Marie. Ils sont très émus de se retrouver. Marie lui raconte comment elle s’est évadée d’un camp puis comment s’est passé son périple en Allemagne.

Joseph lui propose de la récupérer chez lui dans l’appartement mais la cohabitation se révèle rapidement difficile. Marie est restée traumatisée de ses déportations dans plusieurs camps. Elle se montre agressive dans chaque discussion, Joseph ne la comprend pas.

Le fait d’avoir retrouvé Marie pousse Joseph à vouloir récupérer Paulette. Ils discutent de cette idée mais Marie refuse d’accompagner Joseph jusqu’à Villefranche-sur-Saône chez les métayers qui accueillent la petite sœur.

Il décide de partir seul mais la famille d’accueil tente de convaincre Joseph que Paulette est bien avec eux. Finalement, Joseph retourne à Paris avec Paulette retrouver Marie mais de nouveau, une fois l’émotion des retrouvailles passée, la cohabitation avec Marie devient tendue.

Un jour, en rentrant de son travail, Joseph retrouve Paulette en pleurs. Elle lui raconte avoir été frappée par Marie. Furieux, Joseph s’en prend à sa sœur qui s’empresse de porter plainte au commissariat. Le commissaire comprend que Marie est traumatisée par les violences subies dans les camps. On peut imaginer selon certains témoignages de déportées qu’elle a peut-être subi des viols. Le commissaire propose à Joseph de signer l’internement de Marie en psychiatrie pour se séparer d’elle. Mais ce dernier préfère lui chercher un appartement pour apaiser les relations. Marie s’installe rue Vignon, non loin de l’église de la Madeleine dans un logement où elle a vécu toute sa vie.

À partir de ce moment ils perdent contact et on retrouve peu d’informations sur Marie. D’après Paulette, Marie ne se serait jamais mariée et n’aurait pas eu d’enfants. Elle aurait passé son temps à peindre, menant une vie de bohème. Paulette l’aidait secrètement à subvenir à ses besoins en envoyant par exemple des personnes acheter ses tableaux.

Même si Marie a survécu, les évènements douloureux qu’elle a endurés l’ont brisée. Joseph et Paulette ont perdu à jamais leur grande sœur.

Elena, Flavie, Loukas et Quentin

Contributeur(s)

Elena, Flavie, Loukas et Quentin, élèves de 3ème1 collège de la Haute Azergues
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