Johanna Barasz, déléguée adjointe à la DILCRAH : „La haine se porte bien”

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Depuis la création de Convoi 77, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) fait partie des partenaires du projet, à qui elle apporte notamment un précieux soutien financier. Une collaboration qui entre dans le cadre d’un plan de lutte global contre la haine.

Johanna Barasz, déléguée adjointe au sein de la DILCRAH, fait le point sur les enjeux de cette lutte aujourd’hui.

Pouvez-vous nous présenter la mission de la DILCRAH?

Nous travaillons avec l’ensemble des ministères pour élaborer et mettre en œuvre des mesures de politiques publiques pour lutter contre la haine. Cela se traduit dans un plan interministériel, dont deux des principaux axes sont la lutte contre la haine en ligne et l’éducation.

Avec le ministère de l’Education nationale, nous accompagnons par exemple les personnels par de la formation et de la production de ressources. Nous avons pour cela créé le site „Éduquer contre le racisme et l’antisémitisme” sur lequel les enseignants qui veulent se former et créer des séquences avec leurs élèves sur ces sujets peuvent trouver des documents de travail.

Nous avons également créé une équipe nationale et des équipes académiques qui peuvent intervenir dans les établissements en cas de problème, c’est-à-dire suite à des propos, des agressions, des violences ou des contestations d’enseignements.

Vous parlez de contestations d’enseignements. Qu’en est-il du négationnisme? Est-il présent?

C’est difficile à mesurer précisément. Dans les signalements d’incidents faits par les établissements scolaires, il y a peu de cas de négationnisme au sens propre, c’est-à-dire de cas de contestation même de l’existence de la Shoah. En revanche, on sait que des formes de banalisation ou de minimisation sont bien présentes.

Des élèves, par exemple, considèrent qu’il y aurait « deux poids, deux mesures », qu’on en ferait « plus sur les Juifs », « plus sur la Shoah » que sur d’autres périodes historiques. Il s’agit là de concurrence victimaire ou mémorielle. La plupart du temps, les enseignants peuvent répondre à ces propos, qui relèvent à la fois de l’ignorance et des préjugés, par la pédagogie et l’apport de connaissances. D’où l’intérêt de projets comme Convoi 77. Mais si on n’y répond pas, on laisse le champ libre aux « vrais » négationnistes, qui ont là un terreau pour prospérer.

Ces „vrais” négationnistes sont notamment très présents sur Internet où ils véhiculent des discours structurés. Ces propos sont le fait d’entreprises idéologiques qui maîtrisent parfaitement leurs sujets et leur audience. Ces deux phénomènes – la banalisation de la Shoah en salles de classe et les théories négationnistes sur Internet – peuvent s’alimenter l’un l’autre. Et il ne sont pas en régression, loin de là.

Selon des chiffres du ministère de l’Intérieur datant de 2018, cette année-là a marqué une augmentation de 74% des actes et menaces antisémites en France. Cette augmentation s’est-elle poursuivie?

L’année suivante, l’augmentation a été moins importante mais il y en a quand même eu une. En 2020, nous observons une nette baisse mais cela est dû aux effets du confinement, qui a un impact sur la délinquance en général car les gens ne se voient pas ou ne se côtoient pas aussi souvent, cela fait donc nettement baisser les agressions. Mais ce qui est sûr, c’est que la tendance n’est pas bonne. La haine se porte bien.

Il y a eu, ces quinze dernières années, des actes épouvantables perpétrés sur des personnes parce qu’elles étaient juives. On peut notamment citer, entre autres, l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, les assassinats perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban en 2012, l’attentat au magasin Hyper Cacher en 2015, ou encore les meurtres de Sarah Halimi en 2017 et de Mireille Knoll en 2018. Et ce qui est d’autant plus inquiétant, particulièrement en ce qui concerne les actes de Mohamed Merah par exemple, c’est qu’ils ont rencontré – chez une toute petite minorité, mais cela reste préoccupant – une adhésion.

De manière générale, ce que l’on constate, c’est que quand l’antisémitisme croit et se manifeste, ce n’est jamais bon signe pour le reste de la société et pour les autres minorités. On est dans un moment de crispation, de repli identitaire, d’inquiétude sur l’avenir et de remise en cause d’un certain nombre de valeurs et de principes. Depuis les attentats de 2015, cet effet est encore renforcé.

Comment agit-on contre cela?

En faisant preuve d’une grande modestie. Il n’y a pas de baguette magique. Il faut s’appuyer sur des leviers multiples. Le principal, car il détermine tout le reste, c’est le levier éducatif : l’école et tous ceux qui, à côté de l’éducation, travaillent au contact des jeunes et des moins jeunes. Car il ne faut pas oublier que les auteurs de propos racistes, antisémites ou homophobes ne sont pas forcément des jeunes.

Aux Etats-Unis, un sondage a montré que c’était plutôt les internautes les plus âgés qui partageaient le plus de fake news. Ils sont moins sensibilisés que les jeunes à la manière dont fonctionnent les préjugés, les stéréotypes et le complotisme. Or, ce public-là ne fait pas partie du système scolaire donc, pour les sensibiliser, nous devons avoir recours à des moyens autres qu’éducatifs. Une des options est de soutenir des projets, notamment culturels, comme des productions cinématographiques ou théâtrales, qui pourraient les amener à réfléchir sur ces sujets.

D’ailleurs on doit réfléchir collectivement à ces questions-là. Cela ne peut pas se faire uniquement avec les pouvoirs publics. On a besoin des associations, du monde de la culture et de l’éducation. Ces acteurs sont non seulement des alliés mais probablement les principaux moteurs d’une action efficace contre la haine.

Selon vous, quel est le rôle d’un projet comme Convoi 77 dans la lutte contre l’antisémitisme?

La connaissance de la Shoah n’est pas un vaccin contre l’antisémitisme mais elle impose une réflexion et une ouverture. L’éducation est la mère des batailles donc, quand Georges Mayer nous a présenté son projet, nous n’avons pas hésité longtemps à entrer dans l’aventure.

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce projet c’est qu’il ne s’agit pas uniquement de fournir des informations mais de mettre les élèves dans une posture active de chercheurs. Cela les rend alertes par rapport à la manière dont s’écrit l’Histoire et, en miroir, ils comprennent aussi comment se fabriquent les fake news et les théories du complot. Nous sommes très enthousiasmés par le travail de Convoi 77. Et au fil des ans, notre enthousiasme ne s’est pas affaibli.

Johanna-Barasz
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