Elie NAHMIAS

1926-1992 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Elie NAHMIAS

Introduction

Nous allons essayer de reconstituer le parcours d’un déporté juif de la Seconde Guerre mondiale du nom de Elie Nahmias en utilisant au mieux les différentes sources à notre disposition.

Elie Nahmias est né le 16 juin 1926 en France, à Lyon. Il est le fils d’Israel et d’Ester.

En 1943, Elie Nahmias a 17 ans, il prépare un CAP (certificat d’aptitude professionnelle). Il travaille comme apprenti-bottier.

Il est arrêté le 1er juillet 1944 à Lyon.

Il raconte qu’il déposait des plis (courrier) pour la résistance, dans un bâtiment de la rue Victor Hugo. C’est en sortant de l’immeuble qu’il fut interpellé par Klaus Barbie, au nom de la « police Allemande ». Le jeune Elie lui avait alors présenté sa fausse carte d’identité, dépourvue du tampon juif mais qui comportait ses vrais prénoms : Élie et Ismaël. Il témoigne : « Alors il m’a dit « tu es juif », je lui ai dit « non, je suis musulman ». Alors il m’a dit « Récite moi un verset du Coran », et j’en étais bien incapable ». C’est ainsi qu’il s’est fait arrêter par l’officier de police SS. Après un court interrogatoire durant laquelle il a reconnu être juif, il a été emmené à la prison de Montluc. Il a ensuite été déporté le 28 juillet 1944 au camp de Drancy. (source 44W13 ; les références des sources des Sources des archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon sont nommées par leur numéro de dossier, voir listing précis en annexe)

Ci-dessous, nous pouvons le voir lors du procès de Klaus Barbie, entre le 11 mai et le 3 juillet 1987. Il était présent en tant que témoin de la partie civile.

Nous savons donc qu’il a survécu à sa déportation du 31 juillet 1944, en direction de Auschwitz.

En 1968, il est de nationalité française. Il travaille comme cordonnier et habite 21 rue Dumont à Lyon. Il est « israélite ».

Elie Nahmias est présent lors du second procès de Klaus Barbie, en 1987, pour lequel il est partie civile. Il y a alors une confrontation entre le témoin et le responsable des terribles crimes. Elie dévoile son témoignage au tribunal, il affirme : « je n’ai jamais fait de résistance, je m’étais simplement porté volontaire pour secourir les victimes civiles des bombardements américains fin mai 1944. ».

Voici deux extraits du témoignage d’Élie Nahmias lors du procès de Klaus Barbie.

Sur la gauche nous retrouvons un passage qui concerne son statut de juif ainsi que son assurance pour reconnaître l’accusé.

Sur la droite, nous apercevons un extrait traitant de son arrestation en mai 1944.

 

Sources : 44W135

Ce procès s’est ouvert le 11 mai 1987. Il se divise en plusieurs étapes, comme l’énonciation de divers témoignages de témoins qui racontèrent leur histoire à l’encontre de Klaus Barbie auprès de la cour, la lecture de l’acte d’accusation, l’examen des charges retenues contre Barbie, les plaidoiries des parties civiles…

Le verdict est énoncé le 4 juillet : Klaus Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Cela signifie qu’il est incarcéré jusqu’à sa mort.

 

 

L’arrestation

Elie Nahmias est arrêté le 1er juillet 1944 à Lyon, Rue Victor Hugo.

Nous avons remarqué qu’il y avait deux explications différentes concernant les raisons et circonstances de l’arrestation d’Elie Nahmias. Nous pouvons lire ces deux versions dans les confrontations

Version Allemande :

Elie Nahmias aurait était arrêté alors qu’il était juif et résistant, pendant qu’il déposait des plis pour un mouvement de résistance.

Par la suite du procès, Barbie se permet aussi de nier les faits par rapport à l’arrestation d’Elie Nahmias en prétendant qu’il n’aurait “jamais arrêté quelqu’un en pleine rue” et qu’il ne l’aurait non plus « jamais reconnu comme juif ».

Dialogue entre l’inculpé et la partie civile

De plus, Barbie refuse de parler et exige que ce soit ses avocats qui le fassent à sa place. Cela déplaît à la partie civile, qui eux aussi refusent de répondre aux questions devant l’attitude de Barbie.

Version d’Élie Nahmias lors de la confrontation avec Klaus Barbie pour le second procès :

« En sortant de l’immeuble Élie rencontre subitement Klaus Barbie, ou plus précisément c’est lui qui l’a rencontré en disant « Police Allemande ». Il lui a demandé ses papiers et il lui a dit textuellement : « Fais pas le con, je suis armé ! » ; Il a jeté un coup d’œil rapide sur les papiers d’Elie et il l’a emmené tout de suite au siège de la Gestapo, place Bellecour. Il a demandé à Élie s’il était juif et Élie lui a répondu qu’il était musulman. Il lui a alors demandé de lui réciter un verset du Coran, ce qu’ Élie a été naturellement incapable de faire. C’est Barbie lui même qui a conduit gentiment Elie, ne l’a ni brutalisé ni menacé avec une arme. Barbie lui a toujours parlé en Français.

Au siège de la Gestapo, Barbie a fait monter Elie dans son bureau, a appelé sa secrétaire et a procédé à un interrogatoire de police. A ce moment là, Francis André dit « gueule tordue » bien connu à Lyon est entré dans le bureau de Barbie en disant qu’il en avait manqué un rue Victor Hugo. Mais Barbie a refusé de me remettre à Francis André. Barbie a questionné Elie en lui demandant si il était Juif et Elie a bien été obligé de le reconnaître. Lorsque ce court interrogatoire a été terminé, Elie a repris ses affaires qui avaient été sorties de ses poches et qui étaient sur le bureau, et il s’apprêtait à partir lorsque Barbie a dit en Allemand à sa secrétaire : « Kleine Vurruck » c’est à dire ; «  le petit, il est fou ! » Puis Barbie a ensuite fait conduire Elie par quelqu’un jusqu’à la cave, et il est resté avec d’autres pendant environ 3 minutes. »

Extrait d e la confrontation Elie/Barbie

Ces deux versions s’expliquent dans le cadre du procès et des inculpations portées contre Klaus Barbie. Celui-ci soutient donc qu’Elie Nahmias était opposant politique et résistant et qu’il n’a pas été arrêté lors d’une rafle de juifs ni en raison du fait qu’il est juif.

Déportation

Suite à son arrestation, le 1er juillet 1944 dans la rue, Elie Nahmias, a été emprisonné à Montluc.

Archives Montluc

Lorsqu’il est arrêté, il est détenu en (« Mtlc Ba » pour « Montluc Baraque »). La majorité des hommes juifs sont enfermés à Montluc en « Ba » qui correspond à la baraque en bois dans la cour surnommée « La baraque aux Juifs » c’est le cas d’Elie Nahmias.

Il est emprisonné à Montluc avec notamment Monsieur Marcel Bloch Dassault et trois membres de la famille Emir. Il y a rencontré Monsieur Pfeiffer qui est assassiné place Bellecour le 27 juillet 1944.

Nous avons deux photos de cet endroit datant du 24 novembre 1944. (Source 4544W17)

Par ailleurs, à la période où il arrive à Montluc, les arrestations de personnes juives sont très nombreuses et la prison est surpeuplée avec près de 1 300 personnes enfermées en même temps pour 127 places dans cette prison à l’origine.

Il reste à Montluc jusqu’au 26 Juillet 1944.

Il est ensuite transféré à Drancy. Dans ses déclarations pour le procès, il indique qu’à Drancy, où il reste quelques jours, il y avait 400 enfants qui n’avaient plus de parents, et parmi eux, les enfants d’Izieu.

Il explique également que des Parisiens ont manifesté à Drancy pour sortir les enfants du camp.

Après les « quelques jours » à Drancy, Elie Nahmias est déporté au camp de Auschwitz-Birkenau (Les enfants d’Izieu ont été déportés par des convois antérieurs). Ceux ci sont assassinés dans la journée de l’arrivée. Elie Nahmias est enregistré sous le matricule B3877, c’est à dire qu’il est sélectionné pour travailler.

Par la suite, il est envoyé a Gross-Rosen et pour finir à Dachau puis dans différents kommandos de Dachau.

Il suit donc le même parcours de déportation que Lazare Lombroso, un autre déporté du convoi 77.

Il est libéré le 30 avril 1945 et rapatrié en France le 13 juillet 1945.

 

Retour et état de santé

Elie Nahmias a été déporté en août 1944 à Auschwitz, transféré à Dachau puis libéré le 30 avril 1945 par l’armée américaine.

A son retour en France le 13 juillet 1945, il habite à 21 rue Dumont, Lyon puis 61 rue Fabia, toujours à Lyon.

Un document nous donne des indications sur son état physique de retour des camps :

4544W30

Il s’agit d’une carte d’invalidité et nous pouvons remarquer qu’il est invalide à 75 %.

Un autre document nous montre encore une fois à quel point il a souffert pendant son internement, ce qui a impacté son état physique à son retour :

4544W30

Celui-ci nous explique dans le titre qu’Elie Nahmias a des difficultés à rester debout. C’est une carte qui lui sert à obtenir une réduction pour acheter un billet S.N.C.F.

Il est aussi enregistré en tant que déporté politique comme le montre cette carte :

4544W30

Sa vie a été bouleversée par sa déportation, il prend donc part au procès Klaus Barbie en tant que partie civile. Il témoigne la 19 juillet 1983.

Témoin au procès de Klaus Barbie : nos sources principales

En 1944, Barbie a fui en direction des États-Unis, pour travailler dans les service secrets américains pendant 3 ans. La France réclame une première fois, en 1948 son extradition, sans succès.

En 1951, Barbie est exfiltré vers l’Argentine. De là, il s’installe en Bolivie, où il y restera 30 ans. Il devient citoyen bolivien le 3 octobre 1957 sous le nom de Klaus Altmann.

En 1972, la France formule alors une nouvelle fois une demande d’extradition, rejetée par la Cour Suprême bolivienne. Klaus Barbie est protégé par le régime bolivien. Le 25 janvier 1983, Klaus Barbie est arrêté. Il est alors extradé vers la France le 5 février 1983. Il est conduit temporairement à la prison de Montluc, lieu où étaient détenues ses victimes durant la guerre, puis il est transféré dès le lendemain à la prison Saint-Joseph de Lyon.

Klaus Barbie avait été condamné à mort par contumace deux fois, en 1952 et 1954, mais quand il revient en France la peine de mort ayant été abolie, il a donc fallu le juger une nouvelle fois.

Klaus Barbie ayant déjà été jugé en 1952 et 1954, ne put être jugé une fois de plus pour les mêmes faits. Trois faits sont donc retenus pour ce nouveau procès.

  • la rafle de l’Union générales des israélites de France le 9 février 1943,
  • la rafle des enfants d’Izieu le 6 avril 1944,
  • le dernier convoi ayant quitté Lyon pour Auschwitz le 11 août 1944.

Le juge d’instruction est Monsieur Riss.

Klaus Barbie est poursuivi pour crimes contre l’humanité et complicité.

Ce procès commence le 11 mai et se termine le 3 juillet 1987. Il aboutira à la réclusion criminelle à perpétuité pour Klaus Barbie.

Tous les groupes ont beaucoup utilisé le procès verbal de confrontation entre Elie Nahmias et Klaus Barbie pour avoir des informations. (Source 4544W13)

Elie Nahmias va tout d’abord décrire précisément son arrestation, faite par Barbie lui-même, son court interrogatoire et sa déportation à Drancy, qui a eu lieu le 28 juillet 1944. Puis, l’inculpé et la partie civile entament un dialogue.

Les avocats de Elie Nahmias sont Maître Berman et Maître Hecrenroth.

Elie Nahmias a été convoqué plusieurs fois par le juge d’instruction mais n’a pas comparu le 11 avril 1985.

Dans ce procès, deux points sont importants pour la partie civile et Elie Nahmias va être particulièrement interrogé sur ces points :

Elie Nahmias dit qu’il reconnaît Klaus Barbie comme étant celui qui l’arrêté en raison de sa confession juive.

Ensuite, Elie Nahmias parle des enfants d’Izieu, car il a été en détention avec eux à Drancy et s’est occupé d’eux. Il a été témoin de leur déportation.

Elie Nahmias indique qu’il était en présence des enfants d’Izieu, et il a assuré que dès leur arrivée à Auschwitz, ils ont été brûlés.

Suite à la confrontation du 19 juillet 1983, Elie Nahmias a reçu une lettre injurieuse venant de l’Ambassade de la république d’Irak, qu’il a perçue comme une menace et a donc souhaité qu’une enquête soit faite pour en identifier l’auteur.

Enveloppe dans laquelle Elie Nahmias a reçu la lettre injurieuse

Lettre injurieuse anonyme adressée à Elie Nahmias

Mais Christian Riss ne peut pas enquêter sur des affaires dont il n’est pas saisi, et a donc transmis la lettre de Mr Berman à Monsieur le Procureur de la République de Lyon.

Sources:

  1. Source : DAVCC SHD de Caen
  2. Source : ITS (International Tracing Services) de Bad Arolsen
  3. Certificat de dépôt à la Préfecture de Police de Paris

Monsieur Philippon, médiateur du Mémorial National de la prison de Montluc s’est rendu aux archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon et nous a communiqué les résultats de ses recherches

Sources des archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon :

  • Fonds Montluc 3335W (archives en ligne), « le fonds Montluc » aux archives départementales du Rhône et métropolitaines sous la côte 3335W.  Il s’agit des documents rassemblés ou produits par la police judiciaire après la guerre pour retrouver la trace des victimes de la prison de Montluc.
  • Source : Fonds 4544W 13 (Procès de Klaus Barbie)
    Il s’agit du procès-verbal de confrontation entre Elie Nahmias et Klaus Barbie.
  • Source : Fonds 4544W 17 (Procès de Klaus Barbie)

documents 1 et 2 Photographies de la baraque surnommée « la baraque aux Juifs » prise par le SRIJ (Service régional de l’identité judiciaire) le 24 novembre 1944.

  • Source : Fonds 4544W 30 (Procès de Klaus Barbie)

 

Liens:

  1. https://www.memorialdelashoah.org/
  2. https://archives.rhone.fr/ark:/28729/fzlr8t4vkx0n/442b4697-bacc-43ae-9f1b-4d38b868613d
  3. https://archives.rhone.fr/ark:/28729/fzlr8t4vkx0n/3e4babde-3170-42ca-887d-0ae90e4f3eb9
  4. Carte créée spécialement pour le projet par des élèves pour le déporté Lazare Lombroso : https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/trajet-de-lazare-lombroso_730665#5/48.822/20.168

Contributeur(s)

La classe de 3e5 du collège Christiane Bernardin (Francheville) et leur professeure d’histoire Mme Grieneisen.
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