Germaine ISRAEL

1889-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Germaine ISRAEL née JOSEPH

Cette biographie est un travail collectif des élèves de la classe de Terminale ST2S3 du lycée Rosa Parks de Thionville (année scolaire 2023-2024). Les élèves ont travaillé à partir d’un ensemble de documents réuni par leur professeur. Les sources utilisées se trouvent à la fin de la biographie. De nombreux types de documents sont employés (documents administratifs, coupures de journaux, extraits des archives de l’UGIF, témoignages de filles survivantes du convoi 77). Les élèves et leur professeur remercient Jan Altshool, descendante de Germaine Israël-Mortier pour ses informations et la permission d’utiliser les photographies de Germaine, ainsi que Becky Imhauser qui nous a mis en relation.

Enfance

Germaine Joseph, fille de Félix Joseph, maître boucher et de Mélanie Borg est née à Sarreguemines en Moselle, le 20 novembre 1889 (1). Comme les autres communes de l’actuel département de la Moselle, la ville de Sarreguemines est annexée à l’Empire allemand de 1871 à 1919. Félix Joseph, son père, né en 1839, est un combattant durant la guerre qui a opposé la France à la Prusse en 1870 (2). Germaine a plusieurs frères et sœurs (3), dont deux frères, Paul Joseph et Camille Joseph, et une sœur, Clemence Joseph Kahn qui s’est mariée avec Arthur Kahn qui habite à Sedalia (Missouri) aux États-Unis (4).

Premier mariage et Première Guerre mondiale

À une date inconnue, la jeune Sarregueminoise quitte la Lorraine et traverse l’Atlantique. Le 11 novembre 1910, le journal The Sedalia Democrat annonce publiquement le mariage à New York de Germaine Joseph, jeune française très appréciée par la société de Sedalia dans le Missouri avec George Press, fils du propriétaire de la société « Palace Clothing ». Les jeunes mariés ont pour projet de réaliser un voyage de noces dans l’Est des Etats Unis et veulent visiter Washington, Philadelphie, Buffalo, Chicago et d’autres villes (5).

Germaine et George Press à Sedalia (collection particulière)

Germaine et George Press à Sedalia (archives privées)

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Germaine est alors en Lorraine avec son bébé Madeline.

Quelques jours avant le 20 septembre 1914, Germaine reçoit un télégramme : elle apprend qu’un incendie s’est déclaré le 30 août 1914 dans l’entreprise familiale et que son mari George Press est décédé suite à d’atroces brûlures (6). Elle envoie une lettre à sa famille américaine, parue dans The Sedalia Democrat du 20 octobre 1914 (7). Germaine est bouleversée par cette terrible nouvelle et explique qu’elle aimerait se rendre à Sedalia pour rejoindre sa belle-famille mais qu’aucun train ne circule en France dans la région de Sarreguemines et que les automobiles ont été réquisitionnées par le gouvernement pour être utilisées dans le cadre de la guerre. Germaine essaye de surmonter son chagrin ; et pour ne pas y penser elle s’engage à la Croix-Rouge : elle aide les infirmières qui soignent les soldats blessés (8).

Second mariage

Encore jeune, veuve et maman d’une petite fille, Germaine se remarie.

Le 28 août 1916, à Sarreguemines, Germaine épouse Lucien Israël-Mortier, un marchand de chevaux, né le 19 juillet 1874 à Louvigny (9). Quatre garçons naissent de cette union : Raoul Eugène né le 21 février 1917, Jean né le 10 juillet 1918, Jacques né le 9 août 1920 et Guy né le 17 juillet 1931 (10).

En février 1919, le père de Germaine, Félix Joseph, âgé de 79 ans, décède à son domicile à Sarreguemines, là où il a toujours vécu. Son décès résulterait de difficultés de santé liées aux mauvaises conditions de vie durant la Première Guerre mondiale (11).

Germaine, Lucien Mortier et Madeline

Germaine, Lucien Israël-Mortier et Madeline (archives privées)

Germaine a bien du travail avec ses garçons et sa fille : le 21 novembre 1924, habitant avec sa famille au 1 rue Vauban à Metz, elle fait paraître une petite annonce dans le journal Le Lorrain car elle est à la recherche d’une aide à domicile (12).

Germaine s’installe avec son mari et ses enfants au 2 rue Saint-Charles à Metz. C’est à cette même adresse que Lucien Mortier prend à sa charge une boucherie (réouverture annoncée par le journal Le Lorrain le 18 août 1932 (13)).

Germaine est très occupée. En mars 1933, elle passe une annonce sur le journal Metzer Freies Journal car elle a besoin d’une personne pour le ménage et pour l’éducation de Guy, son petit dernier, alors âgé de 20 mois (14).

Lucien tombe malade, il est rongé par un « mal sournois » (15) et ne peut plus travailler à la boucherie alors, le 4 septembre 1937, Germaine vend son fonds de commerce, elle laisse la boucherie à Albert Collignon originaire de Strasbourg (16).

Lucien est rattrapé par la maladie et décède le 30 mai 1938 : une cérémonie funéraire juive est organisée à Metz au Cimetière Israélite (17).

Germaine est veuve pour la seconde fois.

Germaine Joseph et sa famille dans la tourmente des débuts de la Seconde Guerre mondiale

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et déclenche la Seconde Guerre mondiale en Europe. Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.

Deux garçons de Germaine sont alors mobilisés pour défendre la patrie française : l’un part combattre sur la ligne Maginot et son frère est engagé dans l’armée de l’air. Pendant plusieurs semaines, Germaine n’a plus de nouvelles de ses deux garçons happés par la guerre (18).

Le 20 mai 1940, Jean Israël-Mortier, fils de Germaine et de Lucien, est tué dans un combat à Oramont (dans le Nord de la France). Le jeune soldat était alors âgé de 21 ans 10 mois et 10 jours (19).

Le sort de Germaine durant cette période demeure inconnu.

Germaine Joseph à Paris

En janvier 1944, Germaine est employée à l’Union Générale des Israélites de France. Elle est employée comme comptable dans le centre Vauquelin, situé 9 rue Vauquelin à Paris (20). A cette époque, elle se fait connaître sous le nom de Germaine Mortier. On peut penser qu’elle utilise cette partie du nom de famille pour cacher le fait qu’elle est juive.

Dans le centre Vauquelin, des orphelines logent (elles n’étaient pas toutes réellement orphelines, certaines familles juives les avaient mises là en pension dans l’espoir de les cacher et de les sauver du danger des nazis).

Le 8 juillet 1944, Germaine Mortier est nommée « chef de service », c’est-à-dire directrice du centre Vauquelin (21). Le 11 juillet 1944, Georges Edinger, Président Général de l’Union Générale des Israélites de France, lui donne le pouvoir d’effectuer « toutes les démarches » pour tenir le livre de police de l’internat (22), ce qui signifie le pouvoir de consigner les allées et venues des pensionnaires et des visiteurs.

Arrestation et déportation

La guerre touche à sa fin mais le commandant du camp de Drancy, Alois Brunner, fait arrêter tous les enfants des maisons de l’UGIF.

La nuit du 21 au 22 juillet 1944, à 5 heures du matin, les SS ont débarqué et ont emmené à Drancy les filles en chemise de nuit. Yvette Lévy, victime de cette rafle, se souvient que toutes les filles ont chanté durant le trajet pour se donner du courage (23).

Toujours selon Yvette Lévy, Germaine est revenue à l’internat quelques jours plus tard pour aller chercher quelques affaires aux filles internées à Drancy (24).

Dans le camp de Drancy, Germaine, qui parle allemand probablement du fait de son origine mosellane, fait office d’interprète, selon le témoignage de Germaine Wagensberg, une autre fille du centre Vauquelin (25).

La déportation vers Auschwitz débute le 31 juillet 1944 à la gare de Bobigny où les déportés sont entassés avec leurs bagages dans des wagons à bestiaux. On prépare le convoi 77, le dernier grand convoi de la guerre. Le nom de Germaine figure dans la liste originale du convoi de déportation n° 77 (26).

Selon le témoignage de Germaine Wagensberg, Germaine n’a pas passé la sélection (27). Quand ce fut le tour de Germaine, une jeune fille de l’internat, Rachel Honigmann, s’est attachée au bras de la directrice, refusant de la laisser partir. Mais selon Germaine Wagensberg, ni Germaine, ni Rachel n’ont pu passer la sélection. Elles ont été dirigées vers les chambres à gaz.

Germaine est morte à Auschwitz à l’âge de 54 ans (28).

Sources :

  1. SHD : AC 21 P 464447 (bulletin de naissance).
  2. « Parent died in Lorraine », The Sedalia Democrat, 28 mars 1919, p. 3.
  3. The Sedalia Democrat, 28 mars 1919, p. 3.
  4. « Home of kin of Mrs. Kahn in Lorraine confiscated », The Sedalia Democrat, 1 octobre 1940, p. 1.
  5. « George Press is to wed », The Sedalia Democrat, 11 novembre 1910, p. 15.
  6. « Fatal explosion », The Sedalia Democrat, 31 août 1914, p. 1-8.
  7. « A letter from Mrs. Press », The Sedalia Democrat, 20 octobre 1914, p. 7.
  8. The Sedalia Democrat, 20 octobre 1914, p. 7.
  9. AC 21 P 464447 (bulletin de mariage) ; « Sedalian weds in France », The Sedalia Democrat, 24 juin 1917, p. 1.
  10. AC 21 P 464447 (fiche familiale d’état-civil).
  11. « Parent died in Lorraine », The Sedalia Democrat, 28 mars 1919, p. 3.
  12. Le Lorrain, 21 novembre 1924.
  13. « Réouverture de la boucherie populaire », Le Lorrain, 18 août 1932.
  14. Metzer Freies Journal, 1 mars 1933, p. 12.
  15. Le Lorrain, 2 juin 1938 (nécrologie de Lucien Mortier).
  16. Le Lorrain, 5 septembre 1937.
  17. Le Lorrain, 2 juin 1938.
  18. « Home of kin of Mrs. Kahn in Lorraine confiscated », The Sedalia Democrat, 1 octobre 1940, p. 1.
  19. « Johann Israël », SHD : AC 21 P 49218, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523ceba640278
  20. « Réponse à la note du 10 mars 1944. Personnel régulièrement employé », Yivo Institute for Jewish Research, Archives de l’Union Générale des Israélites de France, Série 5, 46, Report of section 21, nov.1943 – juillet 1944 (Box 44, Folder 3, Reel MK 490.42 (RG 210)
  21. « Rapport du 15 juin au 15 juillet 1994 », Yivo Institute for Jewish Research, Archives de l’Union Générale des Israélites de France, Série 5, 46, Report of section 21, nov.1943 – juillet 1944 (Box 44, Folder 3, Reel MK 490.42 (RG 210)). Le document comprend probablement la signature autographe de Germaine.
  22. Mémorial de la Shoah, CDXI-102.
  23. Yvette LEVY née DREYFUSS, projet Convoi 77.
  24. Yvette LEVY née DREYFUSS, projet Convoi 77.
  25. Germaine WAGENSBERG, projet Convoi 77.
  26. Liste originale du convoi de déportation.
  27. Germaine WAGENSBERG, projet Convoi 77.
  28. Une biographie complémentaire de Germaine Joseph est parue : J. Altshool, « Germaine Press. Heartache & Heroism », dans B. Imhauser, All Around Dowtown. Sedalia, Missouri, vol.2, 2023. p. 74-75.

Contributeur(s)

Daniela A. C., Marie Jade A., Nausicaa B., Laiyna B., Kahina C., Noélia C. Lou C., Antoni C., Lynn D. F. L., Elsa D., Léa E., Mattéo G., Solène G., Julien H. Abdelbari K., Eva K. Lily K., Gersende L., Aurélien M., Yanis M.-Y., Sarrah M., Juliette Peace N., Cecilya R. Sarah S., Lena S.-F., Charlotte S., Alicia S., Eva T., Malorie T., Lisa T. Raphaël T.

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