Gilberte REHNS

1910-1944 | Naissance: | Résidence:

Gilberte REHNS

Ce travail a été réalisé par un groupe d’élèves volontaires de la classe de 3ème 6 du collège Victor Duruy de Châlons-en-Champagne, sur leur temps libre, encadrés par moi, leur professeur d’histoire-géographie. Ces 6 élèves sensibilisés au travail de mémoire de la Shoah par un EPI intitulé « Chemins de mémoire » ont travaillé sur une famille dont les membres ont été déportés ensemble : la famille Rehns, Georges, Sarah et Gilberte.

Nous nous sommes réunis 2h tous les 15 jours à partir du mois de février et nous avons dépouillé les archives fournies par « Convoi 77 ». Les élèves travaillaient par équipe de deux sur chacun des membres et très vite, ils se sont demandés s’il y avait encore des descendants de cette famille car Gilberte avait une soeur et un frère. Ils ont « fouillé » sur internet sur les sites officiels comme ceux du Mémorial de la Shoah ou de Yad Vashem, des sites de généalogie et ont rapidement réussi à établir un arbre généalogique des ancêtres et des descendants de la famille Rehns, notamment du côté de leur fille Andrée Bodenheimer. 

Ils ont trouvé que ses deux filles se sont mariées l’une Nadine à M. Lefort des Ylouses et l’autre Anne-Marie à M. Duval. Tout simplement, un patronyme étant plus courant que l’autre, ils ont cherché des descendants « Lefort des Ylouses » sur internet et sont tombés sur « Juliette Lefort des Ylouses » à qui ils ont écrit une lettre le 7 mars 2023, sans trop savoir si l’adresse postale était la bonne. Le 15 mars nous avions une réponse par mail et nous étions bel et bien entré en contact avec les descendants de la famille Rehns ! Après plusieurs échanges par mail, Mme Nadine Lefort des Ylouses (la grand mère de Juliette et petite fille de Georges et Sarah) a souhaité parlé aux 6 élèves et nous avons fait une visio conférénce le 14 avril. Les élèves avaient préparé leurs questions et ont pu échanger avec elle et enrichir leurs connaissances sur la famille Rehns. Mme Lefort nous a gracieusement envoyé toutes les photos dont nous avions besoin et nous a envoyé le livre qu’elle avait écrit sur sa famille pour ses enfants, nous permettant ainsi d’avoir des informations fiables et précises.

Lorsque le travail a été terminé au début du mois de juillet,  je l’ai transmis à Mme Lefort pour relecture et pour qu’elle nous autorise à le communiquer à Convoi 77. Voici sa réponse : « Je viens de prendre connaissance de toutes les pièces que vous m’avez envoyé et je voulais non seulement vous donner mon accord mais aussi vous féliciter (vous et vos élèves) pour le merveilleux travail que vous avez accompli. »

Mme Lefort nous a malheureusement quitté à la fin du mois d’août. Cependant mes élèves et moi sommes heureux d’avoir contribué à perpétuer la mémoire de sa famille à travers ce travail et nous avons conscience d’avoir eu beaucoup de chance de faire sa connaissance et d’avoir pu échanger avec elle.

Cécile Boudes

 

1) Avant la guerre

Je m’appelle Gilberte, Betty, Mathilde REHNS et je suis née le 25 octobre 1910 à Paris dans le 16ème arrondissement.

J’ai une sœur ainée, Andrée et un jeune frère, Jacques.

Je vis chez mes parents Georges et Sarah REHNS au 80 boulevard Flandrin dans le 16ème arrondissement car je ne suis pas mariée. Dans notre milieu, c’est mal vu d’habiter seule si une jeune fille n’est pas mariée.

Acte de naissance de Gilberte Rehns

 

Avec mes parents, nous menons une existence aisée et avons un train de vie luxueux, mais nous sommes discrets et austères. Mes parents pratiquent l’alpinisme et font des croisières lointaines.

Une fois par an, ils nous organisent un grand voyage : c’est devenu une tradition et ils louent tous les étés une maison en Bretagne, à Saint Briac au bord de la mer, où nous passons nos vacances en famille.

Je suis très proche de ma sœur Andrée, mariée à André BODENHEIMER et de mes nièces Nadine et Anne-Marie. Nous sommes une famille unie et nous passons de bons moments avec nos cousins.

Jusqu’à la guerre, ma famille a mené cette vie, intéressante et privilégiée. Nous avions toujours fait partie de ces juifs français qui se considéraient d’abord comme français. Chez nous la religion était secondaire. Les juifs français ne se sentaient pas solidaires des juifs étrangers, nouvellement naturalisés. Mes parents avaient foi en la France. Leur conviction était profonde : « La France est notre pays » et ils n’avaient pas conscience du danger.

2) Pendant la guerre

Au moment de l’exode, toute ma famille se réfugie à Bagnoles-de-l’Orne, une petite ville de Basse-Normandie, où nous avons des amis. Mon frère, ma sœur Andrée et ses deux petites filles et moi passons une année dans une maison avec jardin louée par mes parents, où nous rejoignent la belle-mère d’Andrée, Hedwige BODENHEIMER, puis son mari André après sa démobilisation.

Puis nous rentrons à Paris où mon père n’a plus le droit de gérer son entreprise « Les parfums Violet ». Nous vivons continuellement avec la peur au ventre, je sursaute à chaque coup de sonnette, à chaque bruit, j’ai peur d’être arrêtée. Une telle existence use les gens, nous devons nous méfier de tout et de tous et mentir sans arrêt. La tension est permanente et ne nous quitte pas.

Par deux fois nous avons eu l’occasion de quitter la France soit pour aller rejoindre ma tante maternelle Elise qui vivait à Londres, soit auprès d’amis proches de ma sœur aux Etats-Unis, mais mes parents, déjà âgés et inconscients du danger qu’ils nous faisaient tous prendre, n’ont pas souhaité changer leurs habitudes et nous sommes restés à Paris, au 80 boulevard Flandrin.

Depuis juin 1942, nous sommes obligés de porter l’étoile jaune sur nos vêtements, achetée avec nos tickets de rationnement. Nous sommes forcés de nous plier au rythme imposé par Vichy et les Allemands : interdiction de sortir, sauf à des heures précises et limitées, même pour faire des courses ou nous rendre à des visites médicales ; pas de cinéma ni de radio, les sorties dans les jardins publics sont interdites.

Heureusement, je me rends utile à l’UGIF, c’est l’Union Générale des Israélites de France. C’est grâce à l’amitié de ma sœur avec André Baur, fondateur de l’UGIF que j’apporte mon aide aux familles nécessiteuses ou aux enfants seuls, mais peut-être aussi que nous avons été protégés pendant presque toute la durée de la guerre.

3) La déportation

Après le débarquement du 6 juin 1944, restés à Paris, mes parents (que j’ai refusé de quitter) et moi, sommes arrêtés à notre domicile le 19 juillet 1944. Nous avons été envoyés à Drancy puis déportés, dans le dernier convoi, celui qui a le numéro 77, vers Auschwitz le 31 juillet.

Dès notre arrivée à Auschwitz, les nazis nous ont conduit mes parents et moi dans la chambre à gaz, ne nous laissant aucune chance de survie.

 

Zoé Humblot, Valentina Labernia San Miguel, 3ème6

 

Toutes les photos nous ont été transmises par Mme Nadine Lefort des Ylouses, petite fille de Georges et Sarah Rehns, ainsi que le livre qu’elle a écrit à l’intention de sa famille « Hier et maintenant ». Elle nous a autorisé à les publier pour le site Convoi 77.

Les élèves ont pu échanger avec Mme Lefort des Ylouses lors d’une visio conférence en avril 2023 et lui ont posé des questions pour enrichir leurs propos sur la famille.

 

Les productions qui apparaissent à la fin de la vidéo ont été faites dans le cadre du cours d’arts plastiques par Zoé Humblot et Valentina San Miguel pour l’EPI « Chemins de mémoire ».

Contributeur(s)

Zoé Humblot, Valentina Labernia San Miguel, 3ème6 au Collège Victor Duruy (Châlons en Champagne), sous la direction de leur enseignante Cécile Boudes.
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