Jacques BERKOWICZ

1919-? | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Jacques BERCOWICZ

Notre démarche

En novembre 2022, nous avons présenté aux élèves de Terminale spécialité Histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques le projet d’écriture des deux biographies d’un couple de déportés – Marie et Jacques Berkowicz. L’intérêt immédiat d’une majorité d’entre eux nous a conduit à organiser rapidement une première séance méthodologique afin de familiariser les élèves – une dizaine pour chaque membre du couple – au travail d’analyse d’archives. La première phase de recherche a débuté courant janvier. En raison du nouveau calendrier des épreuves du bac et parce que le projet concerne des élèves de niveau Terminale, le temps imparti pour la recherche a été très concis. Nous avons débuté à partir d’archives provenant du Service Historique de la Défense de Caen. La Division archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) conserve les archives sur les victimes civiles des deux guerres mondiales. Les éléments du dossier traitent exclusivement de la séquence après-guerre et contiennent les extraits du dossier d’indemnisation constitué par Jacques. Ils lui ont permis de faire valoir ses droits mais sont en revanche très répétitifs et contiennent peu d’éléments sur la période d’avant l’occupation ou sur la séquence « déportation ». Les archives nous ont donc fait « commencer par la fin ».

Après la passation des écrits de spécialité en mars, nous nous sommes remis au travail. Nous avons opté pour un élargissement de nos recherches afin de couvrir toute la séquence. Nous avons donc contacté le mémorial de la Shoah. Madame Claire Stanislawski, documentaliste du service Archives du Mémorial, a accepté de nous recevoir. Nous nous sommes rendus sur place le 16 mai 2023. La rencontre a été d’une grande richesse. Nous avons pu avoir accès à des documents portant sur la séquence 1940-1944. Il s’agit d’abord des fiches de recensement individuel établies par la préfecture de la Seine en 1940. Elles comportent des informations sur l’état-civil, la profession et la date d’arrestation et de déportation de Jacques et de Marie. Les fiches du fichier de contrôle établies par la préfecture de la Seine en 1941 complètent ces informations ainsi que les fiches d’internement du camp de Drancy. Nous avons pu avoir accès à la période centrale : l’occupation, l’arrestation et la déportation de Jacques et de Marie. Madame Stanislawski nous a conseillé de contacter les archives nationales afin d’obtenir des renseignements sur la naturalisation de Jacques et de Marie et sur une éventuelle spoliation (dossier aryanisation) de son commerce. Le Chargé d’étude nous a informé qu’il était ouvrier et qu’il ne dirigeait pas d’entreprise. Aucun dossier d’aryanisation n’existait donc à son nom. Il a en revanche évoqué une confusion entre la sœur et la femme de Jacques. Jacques a été déporté avec sa sœur Cyvia qui est morte en déportation.

Les élèves au Mémorial de la Shoah

Notre notice biographique

Jacques BERKOWICZ est né le 1er août 1919 à Varsovie en Pologne d’après son certificat de naissance traduit du polonais. Son prénom originel n’est pas Jacques et semble avoir été francisé ou changé lors de sa naturalisation (en date du 16 juin 1939). Jacques se prénomme Icchok, un prénom hébraïque, qui se trouve, francisé, en Isaac. De nombreux juifs polonais naturalisés transforment Icchok en Jacques peut être sous l’injonction des autorités françaises ou de leur propre initiative. Dans son dossier de naturalisation, Jacques se fait appeler Jack.

D’après le certificat de naissance de Jacques contenu dans le dossier, Jacques est né dans la Maison n°32. 1776a. cette indication se réfère probablement au numéro de cadastre que nous n’avons pu retrouver. Son père se nomme David et sa mère est également polonaise et se nomme Fejga Laja ZABRONECKA (ces prénoms sont confirmés dans la fiche médicale complétée par Jacques à son retour de déportation.) L’acte de naissance précise la confession israélite de la famille.

Jacques a également une sœur, Cywia Berkowicz, née le 23 janvier 1921. Elle est arrêtée le 28 septembre 43 (d’après une note des autorités françaises après-guerre au sujet de l’attribution de son titre « mort pour la France ») à Nice. Cywja est internée à Drancy le 6 octobre 1943. Sur sa carte d’internement à Drancy faite le 28 octobre 1943, indique le nom de sa belle-sœur – Marie Kupferberg – et la date de naissance de cette dernière, peut-être pour la protéger. Jacques son frère et d’autres témoins certifient après la guerre en 1959, devant la justice française que Cywja avait bien pris le nom de sa belle-sœur. Cywja est donc déportée sous le nom de sa belle-sœur, Marie Kupferberg, par le convoi le 28 octobre 1943 par le convoi 61. Cywja est indiquée comme morte le 28 octobre à Drancy (donc le jour de sa déportation) par les autorités françaises après la guerre.

Malgré de nombreuses demandes de renseignement aux différents centres d’archives polonais (AGAD, AAN, Archiwa Państwowe…) facilitées par Livia, une élève parlant le polonais, nous n’avons pas réussi à obtenir plus d’informations sur l’enfance de Jacques dans son pays natal.

Jaques se rend en France en 1933 avec ses parents. Ils résident au 36 rue de Bondy. Il travaille alors en tant que tailleur, et reçoit un salaire de 300 francs par mois. En 1938, Jacques envoie une lettre au ministre de la Justice et demande à être naturalisé français. Il s’engage à verser 500 Francs en échange.  Simultanément, le 24 mai 1938, son père David Berkowicz, signe au commissariat de police, la permission pour son fils de se naturaliser et de faire son service militaire. En août 1938, Jaques demande un examen médical auprès du Dr. Chapelau de la police municipale nécessaire pour constituer son dossier de naturalisation. Les résultats de l’examen sont positifs : il mesure 1m70 pour 69kg, et ne présente aucun signe de maladie ou d’infection. Il obtient alors un certificat l’attestant favorable au service armé. Jaques obtient la nationalité française par décret le 16 juin 1939 (acte n°833239) bien que certains documents évoquent la date d’août 1939 (fiche médicale de retour de déportation).

En octobre 1940, Jacques Berkowicz est fiché par les autorités françaises à la suite de la première ordonnance allemande prescrivant le recensement des Juifs en zone occupée. Un fichier des Juifs est établi par la préfecture de la Seine. Il s’agit de fiches de recensement individuel. Le document nous informe sur l’état civil de Jacques. Le nom est conforme. L’adresse donnée par Jacques est en revanche surprenante. Ce dernier se dit domicilié à Grenoble dans l’Isère en zone libre au 17 rue Thiers à Grenoble. Dans la mesure où les recensements n’ont lieu qu’à Paris, on peut se demander s’il a menti sur son domicile afin d’éviter d’être fiché en zone occupée ou bien s’il vit réellement à Grenoble et a fait l’objet d’un recensement lors d’un bref passage à Paris.

La fiche du fichier de contrôle établie par la préfecture de la Seine en 1941 complète ces informations. L’état-civil est identique tout comme la profession. En revanche, Jacques déclare cette fois habiter à Paris au 19 boulevard Saint Martin dans le 10e arrondissement avec sa jeune sœur Cywia née en 1921. Jacques à 22 ans et sa sœur 20 ans. Il se déclare célibataire. Jacques perd lui aussi sa nationalité par décret du 22 12 1941 publié au Journal officiel du 26 décembre 1941 après examen au cours de la séance 333 du 27 juin 1941 par la commission 1 et fait l’objet d’une fiche « J » à la préfecture de Paris n°72097.

Les élèves devant les fiches de la préfecture lors de leur visite au Mémorial en mai 2023.

Jacques se marie à Marie Kupferberg de son nom de jeune fille ou Kuperberg (cela varie selon les docs) ou Krygerberg (sur la liste originale du convoi 77) le 15 avril 1943 à Montauban (sud ouest).

Avant la déportation, sa dernière résidence connue est au 65 rue de Clignancourt dans le 18e (d’après la fiche médicale élaborée par les autorités françaises à son retour). Mais sur le formulaire de demande d’attribution du titre de déporté, il est mentionné que son adresse au moment de l’arrestation est l’hôtel Clignancourt, rue de Clignancourt alors que sur le registre d’Auschwitz à l’arrivée, il est domicilié 5 rue de l’Asile Popincourt. Ces trois adresses sont identiques sur les documents concernant Marie ce qui semble indiquer qu’ils vivent ensemble avant leur arrestation. Aucune mention n’est faite de la situation professionnelle de Jacques avant son arrestation. Sa fiche de demande d’attribution du titre de déporté politique précise qu’il se trouvait alors « dans l’impossibilité de travailler ». Les informations, parfois contradictoires, des documents d’archives nous amènent à faire des hypothèses sur la situation familiale et professionnelle de Jacques. A-t-il cherché à volontairement dissimuler certains aspects ou s’agit-il d’une imprécision liée à la pluralité des sources ?

Son arrestation a lieu le 19 juillet 1944 à Paris par la police française (Fiche de demande d’attribution du titre de déporté politique). La rubrique « circonstances » précise que Jacques s’est fait arrêter, place Voltaire, à la suite d’une demande de papiers d’identité. Selon sa fiche médicale, il se rendait chez « ces parents » rue Voltaire. Plusieurs certificats établis après son retour témoignent de son arrestation en compagnie de sa femme Marie Kupferberg ou Berkowicz. La cause de l’arrestation n’est pas établie par les autorités françaises mais précisée dans le document de demande d’attribution par la mention « certainement israélite ».

Dessin de Salomé Navaro (élève de TG6 du lycée Camille Claudel)

Jacques est interné du 19 juillet (la date du 22 figure sur la fiche de contrôle) au 30 juillet 1944 à Drancy sous le matricule n° 22549. Sa femme est également internée à Drancy sous le matricule n°22550. A Drancy, il n’est pas dans la même cellule que sa femme. Elle est au 2e étage, escalier 18, Jacques dans le même escalier mais au 4e. Sur le fichier de la préfecture, il se déclare « célibataire ». Jacques, comme sa femme, est classé dans la catégorie B des détenus à déporter immédiatement. Avant d’être déporté, tous deux avaient été déplacés aux escaliers 1, 2, 3 comme le voulait le protocole. Il est ensuite déporté le 31 juillet 44 vers Auschwitz par le convoi 77, dernier convoi parti de France depuis la gare de Bobigny. Les bus de transport jusqu’à la gare de Bobigny se présentait le matin de la déportation afin d’acheminer les groupes vers la gare, point de déportation.

Dessin de Salomé Navaro (élève de TG6 du lycée Camille Claudel)

Il est inscrit dans le camp sous le matricule B. 3686. Il est libéré en janvier 1945 au motif de l’avance alliée. La période de déportation prise en compte par le ministère des anciens combattants va jusqu’au 15 mai 1945. Un certificat de déportation lui est délivré le 9 mars 45.

Photo élèves

Jacques est rapatrié le 16 juillet 1945 par le centre de « Paris Lutetia » avec la carte n°2287154. D’après sa fiche médicale, Jacques est dans un état général « moyen ». Il est négatif au typhus mais souffre de « calcifications dans le champ pulmonaire droit » et de « petits nodules sous claviculaires gauches ». Dans cette fiche il se déclare de nouveau tailleur et donne les prénoms de « Jacques-Marie ».

Il donne deux adresses.

  • lors de la constitution de son dossier de déporté 46 rue de la Folie Méricourt 11e en 1954
  • lors de l’attribution du titre de déporté politique 19 boulevard Saint Martin 3e en 1955

Jacques se lance enfin, 8 ans après son retour, dans la procédure de reconnaissance et d’indemnisation. Son dossier pour l’attribution du titre de déporté politique instruit le 21 novembre 1953 précise que la documentation allemande sur le camp d’Auschwitz est très incomplète et qu’il n’a pas été possible de trouver la trace de son internement. Dans ce document, Jacques se déclare désormais « gérant de société ». L’avis de la Commission départementale de la Seine est favorable en dépit de la mention « rapatriement tardif » et Jacques obtient le titre de déporté politique le 2 juin 1955. Il reçoit la décision de l’attribution du titre de déporté politique le 23 juin 1955 (carte n°110116174). Il perçoit une indemnité de 12 000 francs par chèque sur le Trésor de France le 10 septembre 1956 du ministère des anciens combattants et victimes de guerre au titre de déporté ou interné politique.

Contrairement à Marie qui selon l’acte de décès, est décédée à Dijon le 16 juillet 2009 à 22h15, 2 rue de Jules Violle (au centre gériatrique de Champmaillot), nous n’avons aucune information sur Jacques. Nos recherches sur d’éventuels descendants sont restées sans suite. Jacques est inscrit sur le mur des noms du Mémorial de la Shoah dalle n° 4, colonne n° 2, rangée n° 1

Contributeur(s)

Biographie réalisée par les élèves de terminale de la spécialité HGGSP du lycée Camille Claudel de Palaiseau – année scolaire 2022-2023 et leur professeur : Killian Legrand – Candice Vettier – Julie Patoz – Eva Morelli – Livia Combret – Fabiola Laho
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