Robert AARONSON

1890-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Robert AARONSON

Ci-Contre : Robert avec sa femme et ses deux nièces en 1938,
Archives familiales

 

Biographie de Robert Moïse Benoît Aaronson
11 janvier 1890. Nancy – 3 août 1944. Auschwitz

Dans le cadre de notre parcours citoyen, les Secondes 10 ont travaillé sur la biographie de Robert Aaronson. Héros de la Première Guerre mondiale, il est arrêté et déporté le 31 juillet 1944, par le convoi 77.

Issu d’une famille nombreuse

Robert Moïse Benoît Aaronson est né le 11 janvier 1890 à Nancy, en Meurthe et Moselle. Robert appartient à une famille nombreuse, dont il est le benjamin. Ses parents se sont mariés à Paris en 1883. Le père, Salvator Aaronson, négociant en tissus en gros, est né le 1er mars 1857 à Paris IVe et y réside jusqu’à son mariage. Sa famille est venue de Lettonie (sous occupation russe) et son père, Louis Aaronson, qui décède en août 1884 à l’âge de 57 ans, était fabricant de casquettes ou chapelier dans le Marais. Sa présence à Paris est attestée en juin 1856, quand il épouse Henriette Bloch, elle-même née à Paris en 1837. Louis Aaronson obtient le droit de résidence en France et celui de jouir de ses droits civils tant qu’il y résidera le 24 juillet 1877 (source : archives des Alsaciens et Lorrains optant pour la nationalité français. Mairie du IVe de Paris). La famille a donc un enracinement en France de longue date.

La mère de Robert, Delphine Wahl, est née à Réguisheim (Bas-Rhin) en 1861, mais quand elle épouse Salvator Aaronson, elle réside à Paris avec Fanny Bloch Wahl, sa mère, modiste dans le Marais, son père étant décédé.

On ne sait pas ni quand ni pourquoi les deux époux ont quitté Paris pour Nancy, mais le départ se fait peu de temps après leur mariage, le 29 novembre 1883. Sans doute y ont-ils de la famille, notamment un cousin, Nathan Weill qui y est marchand de cuir ou chapelier et sera témoin de la naissance de Louis et de Berthe.

Delphine est mère au foyer et donne naissance à cinq enfants : Louis (en hommage au père de Salvator, décédé juste avant la naissance du bébé), né le 14 octobre 1884, mais malheureusement décédé à quelques semaines le 12 novembre 1884; Berthe, née le 2 février 1886; Louis, né le 14 décembre 1886; et André Samuel, né le 20 février 1888. Tous les enfants portent des prénoms français et sont nés à Nancy, au domicile familial situé au 46, rue des Ponts.

La rue des Ponts est une rue très ancienne de Nancy située dans le quartier Saint Sébastien. Elle était très commerçante. Leur maison n’existe plus aujourd’hui, car le quartier a fait l’objet d’une modernisation dans les années 1960 et un centre commercial y a été construit. Nous avons trouvé quelques vues très anciennes de la rue des Ponts. On peut aisément imaginer que Robert et sa famille ont côtoyé ces commerces et y sont peut-être entrés.

Vue du 42 de la rue des Ponts (fin XIXe siècle) Tapisserie Auguste Poinsignon

Épicerie, 82, rue des Ponts à Nancy

Le marché, quartier Saint- Sébastien

La famille s’installe ensuite au 1, rue Saint Dizier dans le même quartier. C’est aussi une rue très animée, avec de nombreux commerces et elle est desservie par le tramway.

Robert est bon élève et alors qu’il est en 10e au Lycée en 1897, il est nommé neuf fois, comme l’indique l’Est Républicain du 9 août 1897.

Carte postale de la rue Saint-Dizier à Nancy (début du XXe siècle)

Robert, sa sœur et ses deux frères sont orphelins très jeunes. Leur père décède le 26 novembre 1900, à Nancy mais est enterré dans un caveau au cimetière du Montparnasse en 1902, et leur mère meurt en 1903. Des tuteurs sont désignés pour veiller à l’éducation de la fratrie. La vente de l’entreprise de Salvator aux frères Jacob, vers 1904, semble se faire avec difficultés.

Acte de décès de Salvatore Aaronson (1900)

Acte de décès de Delphine Aaronson (1903)

Robert est confié à Albert Cahen, cousin, rentier et père du professeur et linguiste Maurice Cahen qui est le mari de sa tante paternelle, Berthe. Quand il fait son service militaire dans l’artillerie, en 1911, Robert est “attaché stagiaire” et demeure 25 rue des Ecoles dans le Ve arrondissement de Paris, où réside sa grand-mère Wahl, qui est la tutrice de son frère André. En 1912, il vit 19, rue Guy de la Brosse, dans le Ve arrondissement, près de la Sorbonne, chez les Cahen. C’est en tout cas ce dont se souvient sa nièce, Henriette Cahen, encore vivante en 2020. Il résidera à Paris jusqu’à son arrestation en 1944, dans différents quartiers, dont le VIIIe et le XVIIIe, où il vit en 1931 et le Ier où il est en 1939. Durant son service, il est temporairement réformé pour bronchite chronique et semble avoir une santé précaire, qui sera aggravée par la guerre.

Sa fiche matricule nous permet d’avoir des renseignements sur son physique et son niveau d’instruction. Il est relativement grand pour l’époque, car il mesure 1 mètre 74. La moyenne de la taille des hommes est alors inférieure à 1 mètre 70. Ses yeux sont verts et ses cheveux châtains. Son visage est allongé, son nez est droit et moyen. Son niveau d’instruction est bon : 4 sur une échelle de 5. Cela signifie qu’il a obtenu un brevet d’instruction primaire. Il s’agit du diplôme avant le baccalauréat.

Extrait de la fiche matricule de Robert Aaronson

Robert Aaronson, héros de la Grande Guerre

Mobilisé le 3 août 1914, il rejoint le 12e régiment d’artillerie basé à Saint-Dié. Il participe à la bataille de la Marne, et en 1915 dans le secteur de Notre-Dame-de-Lorette. Il y obtient une citation à l’ordre de l’armée:

« Chargé de la direction de l’équipe téléphonique de la batterie, a su remplir son rôle de façon parfaite en toutes circonstances et rendre les plus grands services pendant les combats du 28 mars au 5 avril 1915 »

Il obtient quatre autres citations avant la fin de la guerre. Il est blessé à deux reprises.

Extrait de la fiche matricule de Robert Aaronson

En 1918, Robert est détaché à l’Aéronautique et rejoint l’escadrille F 60 du 2e groupe d’aviation. Il est démobilisé le 8 août 1919. Robert Aaronson a donc fait toute la campagne militaire depuis août 1914. Il est déclaré en invalidité temporaire pour bronchite chronique.

En raison de ses brillants états de services, il reçoit la Croix de guerre et est fait chevalier de la Légion d’honneur. En juin 1938, il est reconnu inapte pendant sa période obligatoire et n’accomplit que quatre jours. Il est rayé des cadres le 29 mars 1939… mais en mai 1939, il serait affecté, en cas de conflit, au ministère de l’Air.

Faits-d’armes de Robert Aaronson Archives israélites de France (1919)

Ses deux frères ont aussi été mobilisés. Louis Aaronson, commerçant, a servi dans l’infanterie. André Samuel Aaronson, fabricant de mouchoirs dans le Sentier, a combattu dans l’Artillerie. Il est aussi cité à l’ordre de son régiment pour avoir « assuré le service de sa pièce jusqu’à ce qu’elle soit mise hors de combat par l’explosion d’un obus de gros calibre ». Il reçoit la Croix de guerre.

L’après-guerre, vie professionnelle et mariage

De retour à la vie civile, Robert exerce le métier de représentant pour plusieurs firmes, comme le montre l’extrait du registre du commerce de 1928. Il est, cette même année, administrateur de la Société Parisienne des produits mondiaux, créée par M. Chantrel.

Registre du commerce de la Seine (1928)

En 1933, il épouse Renée Marie Pécaud, modiste parisienne née le 2 décembre 1900 dans le VIe arrondissement de Paris. Elle est plus jeune que lui. Ses parents sont Pierre Pécaud, architecte, né à Saint Nazaire en Loire Inférieure, le 8 mai 1879, et Louise Ambroisine Roussey, couturière. Peut-être l’a-t-il rencontrée lors de ses tournées ? Il vend des tissus et la mère de sa femme est modiste.

Arbre généalogique simplifié de Robert Aaronson et de Renée Pécaud

Document réalisé par les élèves de la classe de seconde 10

 

Acte de mariage de Robert Aaronson et Renée Pécaud

Il habite avec son épouse 20, boulevard Montmartre à Paris.

Occupation et arrestation

À partir des documents d’archives, il est possible de reconstituer en partie la vie de Robert sous l’Occupation. Il est demeuré avec son épouse dans la capitale et n’a pas cherché à rejoindre la zone non occupée. Français, héros de la Grande Guerre, marié avec une « aryenne », il ne peut pas imaginer être en danger. Il est néanmoins victime de la législation antisémite. Par exemple, il ne peut plus exercer son métier de représentant. Il ne peut pas quitter son logement sans autorisation et est soumis au couvre-feu. Il mène une vie que l’on pourrait qualifier de semi-clandestine et se cache pour éviter d’être arrêté.

Pourtant, il l’est le 13 juillet 1944 vers midi, chez lui. Après avoir été gardé quelques heures, il est transféré rue des Saussaies dans les locaux de la Sipo-SD, la police de sûreté allemande. Il est interné le 15 juillet 1944 au camp de Drancy. On peut imaginer son épouse se démener pour le faire libérer en insistant sur le patriotisme de son mari, ses décorations et son engagement pour la France. Un engagement patriotique qui, justement, lui aurait valu d’être repéré par l’occupant.

Procès-verbal d’arrestation de Robert Aaronson (13 juillet 1944)

CDJC

On retrouve dans le procès-verbal établi par le Commissariat Général aux Questions Juives, section de Paris X, la justification de son arrestation : « juif faisant une dangereuse propagande, difficile à surprendre ; se cache avec beaucoup de précaution ». Il était surveillé depuis plusieurs jours, voire semaines, et c’est la Sipo-SD qui avait confié cette mission aux autorités françaises. Les inspecteurs de la police française, ou plutôt les miliciens, ainsi que l’indique la femme de Robert Aaronson, remarquent qu’il « n’était pas présent à son domicile après 20 heures ». Depuis le 7 février 1942, selon une ordonnance prise par les Allemands, les Juifs n’ont pas le droit d’être en dehors de leur domicile entre 20 heures et 6 heures du matin. Robert est donc déjà en infraction rien que pour cela.

Un détail nous a interpellés. Les inspecteurs mentionnent le fait que Robert Aaranson « ne présente pas un visage typiquement judaïque », ce qui lui aurait permis « d’échapper aux surveillances dont il était l’objet ». C’est une théorie raciste inspirée des préjugés physiques antisémites. Selon les nazis, les Juifs avaient le nez recourbé, les doigts crochus, les yeux saillants, les dents sales et serrées, les oreilles saillantes et une longue barbe. En France sous l’Occupation, ces préjugés sont repris par George Montandon, un médecin anthropologue français né en Suisse, professeur à l’école d’Anthropologie de Paris, qui développe un racisme dit « scientifique ». Il prétend pouvoir déterminer l’origine des personnes qu’il examine selon des critères physiques. Montandon pratique des « visites raciales » et des « examens anthropométriques ». Il délivre ainsi des « certificats de non-appartenance à la race juive ». Cela relève de la pseudo science, mais est pris très au sérieux.

Certains y sont sensibles tels les deux inspecteurs ou miliciens qui ont arrêté Robert Aaranson. On notera ici un double discours nazi. En effet, les nazis ont imposé aux Juifs le port de l’étoile jaune pour les reconnaître dans l’espace public, ce qui indiquerait que les Juifs n’étaient pas reconnaissables selon leur apparence physique.

Deux récits de l’arrestation de Robert sont archivés. Dans le premier (celui ci-dessus), il est fait mention de deux inspecteurs désignés uniquement par leur numéros 100 et 130 pour ne pas être identifiés. Dans le second, un témoignage de Renée Pécaud Aaronson après la guerre, elle mentionne la présence de trois miliciens commandés par un dénommé Besson de la milice Déat. Ils ont prétexté un contrôle d’identité pour emmener Robert Aaronson. Après l’avoir interrogé dans les locaux du Commissariat aux Affaires juives de la rue Notre-Dames-des Victoires, ils l’ont livré à la police allemande, plus précisément au siège de la Police de Sûreté Allemande, qui comprenait dans ses services la section IV, la gestapo, comme indiqué sur le PV de police.

Deux jours après, il est transféré à Drancy. On ne sait rien de ce court séjour rue des Saussaies, mais aucune personne qui y a été interrogée n’en est sortie indemne. On peut supposer que, comme tous les autres tombés entre les mains de la gestapo, Robert Aaronson a subi des violences, sinon des tortures.

A Drancy, il est enregistré sous le matricule 25191. Il dépose au camp de Drancy, selon sa fiche de fouille, 26 777 francs et six bons du Trésor de cinq-mille francs. Il ignorait donc totalement ce qui allait lui arriver quand il a été arrêté!

Demande d’attribution de titre de déporté politique (1955)

Son épouse mentionne deux témoins de l’arrestation de son mari. Ils habitent le même immeuble. C’est une procédure normale, car les familles des déportés doivent prouver que la déportation a été faite pour des raisons politiques (raciales) et non de droit commun.

Le 28 juillet, Robert Aaronson peut faire parvenir pour la dernière fois des nouvelles à son épouse. Alors que son statut de « conjoint d’aryen » aurait dû lui assurer une relative protection, surtout en ces temps où les troupes alliées avançaient sur Paris, Robert ne bénéficie pas de ce statut. Ses sorties nocturnes étaient-elles liées à des activités anti-allemandes? Sa femme n’en a rien dit et n’a pas déposé de dossier en ce sens pour lui faire reconnaître un statut de Déporté-Résistant. Elle précise que le motif de l’arrestation est “israélite”.

Robert est déporté sans retour le 31 juillet 1944, quelques semaines avant la libération de Paris à laquelle il aurait certainement participé en raison de son engagement militaire passé, selon ce qu’écrit sa veuve Renée Aaronson. “ Officier de réserve admis à l’honorariat le 14 avril 1914 à la suite de l’ablation d’un rein. Pouvait prendre les armes pour libérer Paris”. Sans doute avaient-ils tous deux imaginé ce moment!

Demande d’attribution de titre de déporté politique (1955)

DAVCC, dossier 21 P 416 299

Après la guerre Renée Aaronson essaie de connaître le sort de son époux. Il est décédé à Auschwitz. Elle obtient pour lui le statut de déporté politique en 1957. La mention Mort pour la France est inscrite sur son acte de décès le 13 avril 1965, à la mairie du IXe arrondissement. Renée, en mauvaise santé, est prise en charge par Henriette Cahen, une nièce de Robert. Elle est enterrée à Dourdan, dans l’Essonne et sur sa tombe est rappelé le nom de Robert Aaronson.

Décision d’attribution de la carte de déporté politique (1957)

DAVCC, dossier 21 P 416 299

 

Robert en famille, 1938,
archives familiales CAHEN

 

Sources

  • Service Historique des Armées

– Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), dossiers 21 P 416 299 et 21 P 244 123

  • Mémorial de la Shoah

– Fiches Drancy, carnet de fouilles et cahier de mutations

  • Archives municipale de Paris en ligne

– Registres matricules de Robert Moïse Benoît Aaronson

  • Archives municipales de Nancy

– Extraits d’actes de naissance, de décès des membres de la famille de Robert Aaronson

Contributeur(s)

Les élèves de la classe de seconde 10 du professeur Dimitri Vouzelle, enseignant d’histoire-géographie du lycée international Charles de Gaulle de Dijon, année scolaire 2022- 2023
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