Sarah FRANKFOWER

1921-2006 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Sarah FRANKFOWER

Ce travail a été réalisé par les élèves de 3ème Badinter du collège Marais de Villiers à Montreuil-sous-Bois encadrés par leur enseignante d’histoire-géographie Claire Bertrand.

Le projet a en réalité débuté durant l’année 2019-20 mais l’épidémie du COVID-19 avait stoppé nos énergies. A cette époque, nous avions peu d’archives. Au cours de l’année scolaire 2022-23, un nouveau projet est donc construit avec pour mission de recueillir de nouvelles archives et de découvrir l’existence d’éventuels descendants. Après avoir écrit un message sur Facebook à toutes les personnes portant le nom de Frankfower en juin 2022, Carole, fille de l’un des rescapés, prit contact en août 2022. Avec de nouvelles archives et la rencontre de Carole, notre travail a été facilité même si certains points restent en suspens.

Nous vous proposons de découvrir notre travail.

Une famille d’origine polonaise

Fanny – Rosa – Sarah
Gitla – Gypojiale (mère) – Perla – Jacob – Wolf (père)
Joseph
Source : Photo de famille prêtée par Carole Frankfower, petite-fille de Wolf et Gypojiale
Date estimée en 1930-31

Les parents de Sarah sont tous les deux nés en Pologne. Elle est la quatrième enfant d’une fratrie de huit enfants ainsi que ses frères et sœurs.

Son père Wolf Frankfower est né le 24 juin 1888 dans une petite ville de 5000 habitants à environ 80 kilomètres au nord de Varsovie à Ciechanow (aussi écrit Créchanow dans les documents d’archives). Il est né de l’union de Samuel et Freja Bicaze eux-mêmes de nationalité polonaise et de religion juive.

Ville de Ciechanow vers 1910
Source

Son père rencontre Gypojiale Aguemann (dont l’orthographe va varier dans les documents d’archives) qui est née à Varsovie le 28 juin 1890 de Radine et Bassa Crikman. Ses parents se marient le 28 mars 1909 dans cette même ville.

Ville de Varsovie vers 1900
source : vanupied.com

De cette union vont naître huit enfants dont sept  à Varsovie : Fanny, née le 6 mars 1910 ; puis, Rosa le 15 avril 1916 ; Jacob (Jacques) le 11 avril 1918 ; Sarah, le 10 août 1921 ; Joseph, le 17 septembre 1922 ; Gitla (Gisèle) née le 10 août 1925 et Perla (Pauline, Paulette) le 28 décembre 1928.

Le dernier enfant Maurice est né à Paris (12ème) le 11 mars 1931.

L’installation en France

Son père Wolf Frankfower arrive en France le 26 novembre 1929 de manière régulière après avoir obtenu un visa. Nous ne savons pas si toute la famille est arrivée en même temps que le père de famille ou après s’être installé dans la région parisienne et nous ne connaissons pas les motivations qui ont poussé les Frankfower à quitter leur pays natal (victimes de pogroms, pauvreté ?).

Source : Archives nationales de Pierrefitte.

Photographie prise en décembre 2022 par Claire Bertrand

La famille de Sarah s’installe dans la commune des Lilas au 10 rue de la république dans un quartier ouvrier dont les maisons d’un étage sont construites en briques. Elles sont l’œuvre de l’architecte Emile Cacheux, spécialiste du logement social en France dont ces habitations ont été bâties dans les années 1870.

Son père devient cordonnier qui a été enregistré le 1er mai 1930 et déclaré officiellement par le tribunal du commerce le 7 juin 1930. Une nouvelle déclaration suit en février 1935 le reconnaissant comme cordonnier entrepreneur.

Source : archives de Carole Frankfower

Grâce à la liste de recensement de la commune des Lilas datant de 1936, nous apprenons que Sarah et sa famille (hormis l’aînée des enfants, Fanny) sont installées durablement à cette adresse jusqu’à leur arrestation. D’après le registre, Sarah est sans profession.

Archives municipales des Lilas

Les arrestations et la déportation

Entre 1940 et 1944, malgré une protection relative, la famille se voit menacer par les mesures antisémites de l’Etat français ou pour des activités d’ordre politique. Tout d’abord, Jacques (Jacob) est arrêté pour son militantisme communisme jugé dangereux dès septembre 1939, puis interné dans le camp de Vernet dans les Pyrénées entre octobre 1939 et septembre 1942 avant d’être déporté vers Auschwitz dans le convoi n°37 où il va mourir.

Puis c’est Joseph qui va être arrêté lors de la rafle dite du billet vert 14 mai 1941, rafle qui visait principalement à arrêter les hommes étrangers de religion juive. Il est interné à Pithiviers puis convoyé vers Drancy d’où il est déporté le 17 juillet 1942 par le convoi n°6. Il meurt à Auschwitz.

Ensuite Gitla (ou Gisèle), apprentie maroquinière, est à son tour arrêtée, internée à Drancy le 19 février1944 avant d’être déportée 7 mars par le convoi 69. Elle ne reviendra pas.

La famille Frankfower est progressivement décimée par les mesures antisémites du gouvernement de Vichy dont les dernières arrestations vont concerner quatre nouveaux membres au mois de juillet 1944 alors que le nord de la France est progressivement libéré par les alliés à la suite du débarquement en Normandie.

Wolf espérait pouvoir protéger sa famille avec cette autorisation de travail délivrée par les autorités allemandes dont la validité expirait le 24 août 1944. Malgré cette carte, Wolf, sa femme et leur fille Sarah sont arrêtés à leur domicile aux Lilas le 21 juillet 1944 et internés à Drancy. Le jeune frère de Sarah, Maurice est à son tour raflé rue des Rosiers à Paris.

 

Source : Mémorial de la Shoah

D’après les fiches d’enregistrement réalisées par l’administration du camp de Drancy, les membres de la famille se sont retrouvés ayant le même numéro d’escalier et même numéro de chambre (3.4) puis ensuite déplacés et séparés. Sarah et Cypora semblent être restées ensemble au bâtiment 4.2 tandis que Maurice et son père semblent être séparés respectivement aux bâtiments 6.4 et 4.3. Dix jours plus tard, ils sont tous les quatre déportés vers Auschwitz dans le dernier convoi qui quitte Drancy le 31 juillet 1944 dit le convoi n°77.

La vie au camp et la Libération

Le dernier convoi composé de 1310 personnes dont Sarah et trois membres de sa famille quittent Drancy pour rejoindre la gare de Bobigny le 31 juillet 1944. Tels des animaux, ils vont être transportés dans des wagons à bestiaux pendant trois jours et trois nuits vers Auschwitz.

Sarah et Maurice vont survivre dans ce camp de la mort de manière séparée. Nous ne savons pas si les enfants ont pu avoir des contacts dans cet enfer.

Le retour

Sarah avec son frère sont des survivants du convoi 77.

A ce jour, nos recherches ne nous ont pas permis de connaître le parcours de Sarah après son retour de déportation. Malgré les contacts avec la mairie des Lilas, commune où elle est revenue vivre ; nous n’avons pas pu retrouver de descendant(s). Sarah s’est mariée avec Georges Leprince, décédée le 22 novembre 2006.

Carole, nièce de Sarah, n’a pas pu nous donner plus d’information la concernant.

Source : journal mensuel Infos Lilas

Contributeur(s)

Ce travail a été réalisé par les élèves de 3ème Badinter du collège Marais de Villiers à Montreuil-sous-Bois encadrés par leur enseignante d’histoire-géographie Claire Bertrand.
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