Dessiner, c’est de cette façon que Camille Delétang a résisté à la déshumanisation. Durant les sept mois qu’a duré sa déportation, il réalise 203 dessins, autant des portraits de prisonniers que des scènes de la vie en camp. Il parvient à faire sortir une trentaine de dessins mais les 160 autres lui sont dérobés à la fin de son incarcération. Depuis 1945 on n’en trouvait plus trace jusqu’à ce qu’ils réapparaissent à l’été 2012 et soient offerts au Mémorial de Mittelbau–Dora.
Biographie
Camille Delétang (1886-1969) a connu l’épreuve du feu en 14–18 et s’est investi après la guerre dans les réseaux d’anciens combattants et de mutilés.
En 1940, il s’engage dans la résistance et lutte contre la propagande de l’occupant. En août 1944, la SIPO-SD l’arrête et le torture, il est ensuite déporté à Buchenwald, puis au Kommando d’Holzen. Il survit à ses conditions d’incarcération et retourne dans son foyer à l’âge de 59 ans. Sa biographie intégrale est disponible sur le site des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Il n’est pas le seul déporté à avoir utilisé la pratique artistique comme moyen de résister à l’horreur nazie. Cependant, à la différence d’autres déporté•e•s comme France Audoul ou Léon Delarbre qui étaient peintres, ou Jeanne Letourneau et Henri Gayot qui enseignaient le dessin en lycée, Camille Delétang n’est artiste ni de formation (il a un doctorat en droit) ni de métier (il exerce comme clerc de notaire). Il avait toutefois développé une passion pour le dessin depuis l’enfance et pratiquait à l’occasion.
Un acte de résistance

Dessiner sur le vif est une tâche compliquée pour les détenus: outre qu’il leur faut se procurer le matériel nécessaire, ils doivent aussi se cacher des gardes et dissimuler leur production. Les faire sortir des camps réclame aussi de l’organisation et un réseau d’entraide.
Alors, qu’est-ce qui pousse des détenus à vouloir à ce point illustrer? Cela peut être par volonté de témoigner de leur expérience, de lutter contre la déshumaniser de leurs camarades détenus en les dessinant, et de résister à l’horreur des camps.
Ces dessins documentent la vie quotidienne: les baraquements surpeuplés, le travail éreintant, l’omniprésence de la violence et de la mort.

Jeannette L’Herminier, dessinatrice autodidacte, représente ses camarades détenues dans les moments de repos, soulignant les solidarités féminines pendant l’épreuve de la détention. D’autres comme Denis Guillon ont choisi l’humour et la caricature pour dépeindre leur expérience.
Les dessins de Camille Delétang sont remarquables par leur style et leur niveau de réalisme, signes d’une recherche esthétique en plus d’un désir de témoigner. Ses portraits contribuent à redonner un visage humain à des hommes alors enserrés dans un système ne cherchant qu’à effacer leur humanité. Les détenus qui ont accepté de se faire portraiturer prenaient eux aussi des risques, manière de défier l’autorité des camps.

Les enseignants peuvent envisager une exploitation pédagogique de ses illustration, en particulier en croisant les enseignements d’arts plastiques, d’histoire et de lettres. Des enseignants de l’académie de Nantes ont réalisé cette fiche de présentation.
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