Raphaël BAROUCH

1904-? | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Raphaël BAROUCH (1904 – ?)

Survivant

Dans le cadre du projet Convoi 77, voici une transcription écrite de la biographie du film réalisé par les élèves du lycée Philippe-Lamour de Nîmes de la vie de Raphaël Barouch, un déporté du convoi n°77 de Drancy vers Auschwitz-Birkenau. En l’absence de toutes les autorisations de droit à la voix et à l’image, nous ne pouvons pas mettre un lien vers le film.

Raphaël Barouch, parfois orthographié Baruch, est né le 20 avril 1904 à Istanbul, en Turquie. De nationalité turque, il était issu d’une famille juive, fils d’Isaac Barouch et d’Estreya Siva (ou Savariego sur son acte de mariage), résidant à « Stamboul » en 1933, alors qu’Isaac est déjà décédé.

Dans les années 1930, Raphaël vit à Paris[1]. Il exerçait la profession de bichonneur-chapelier, un artisan travaillant le cuir pour les chapeaux et les chaussures. En 1936, il était employé dans le 4e arrondissement de Paris (quartier du Marais), par un nommé Lonka ou Lonkcz[2].

Le 3 juin 1933, Raphaël épouse Berthe Gheron, née le 18 juillet 1906 à Varna, en Bulgarie, mais sa mère, Rebecca, vit à « Stamboul ». Son père, Samuel, est déjà décédé en Turquie au moment du mariage.

Ils se marient à la mairie du 15e arrondissement de Paris, le couple résidant au 10 rue de l’Abbé Groult, dans le quartier Javel. Ils résident à la même adresse qu’un de leurs témoins, Jacques Cohen, marchand forain. Berthe était issue d’une famille de marchands forains, peut-être en bonneterie.

En 1936 ; ils vivent toujours dans le 15e arrondissement,

Archives de la Ville. Registre des mariages juin 1933.

Ensemble, ils eurent trois enfants, tous de nationalité française par déclaration.

  • Robert, né Isaac Robert le 27 mars 1935 à Paris 12e
  • Maurice Sylvain, né le 22 août 1937 à Paris 12e.
  • Éliane Rose, née le 4 décembre 1941 à Nîmes

Le 12 janvier 1938, Raphaël sollicite l’échange de sa carte d’identité auprès de la sous-direction des étrangers et passeports de la préfecture de la Seine[3].

La Légion étrangère

En septembre 1939, face à la guerre, la femme et les fils de Raphaël quittent Paris pour s’installer à Nîmes. Des membres de la famille Ghéron (Guéron) et de la famille Barouch résident dans cette ville du sud de la France, ce qui a donné à la famille un point de chute.

Raphaël, qui n’a pas la nationalité française mais turque, s’enrôle parmi les volontaires étrangers. Il s’inscrit au bureau de recrutement central de la Seine 1re Région militaire. Il a le matricule 9895. Soldat dans la Légion étrangère, il est démobilisé après la signature de l’armistice du 22 juin 1940.

Fonds UEVACJEA, Mémorial de la Shoah

En août 1940, il rejoint sa femme et ses enfants à Nîmes. Vivent-ils alors 11 rue Doré, où réside déjà un membre de la famille de Berthe, ou bien déménagent-ils au 17 rue de l’Aspic à l’arrivée de leur troisième enfant, la petite Eliane, née le 4 décembre 1941 à Nimes ? C’est l’adresse qui figure sur la liste de déportation.

Raphaël trouve du travail, mais doit abandonner son métier dans la chapellerie et devient manœuvre sur des chantiers, un emploi que les Juifs sont autorisés à exercer.

L’arrestation et la déportation

Comme la plupart des Juifs, Raphaël et Berthe se font recenser par les autorités françaises sous l’Occupation[4].

Au printemps 1944, un collaborateur du régime de Vichy, Pierre Augustin Izern âgé de 60 ans, dénonce une trentaine de Juifs, dont la famille Barouch. Ils sont arrêtés et internés à Marseille[5].

Le 13 juin 1944, Berthe et ses enfants, âgés de 9 ans, 7 ans et 2 ans et demi, arrivent à Drancy. Elle dépose 30 francs à la fouille du camp. Puis ils sont déportés à Auschwitz le 30 juin par le convoi 76.

Après leur départ du camp de Drancy et de leur embarquement à la gare de Bobigny, il n’existe plus aucune trace de Berthe et des enfants de la famille Barouch. Il est fort probable qu’ils aient été assassinés dès leur arrivée, victimes de la politique d’extermination nazie. Ils font partie des milliers de Juifs vivant en France qui furent arrêtés, déportés et exterminés pendant la Shoah. La date de leur décès est fixée au 5 juillet 1944.

Leur mémoire perdure à travers les archives et témoignages recueillis après la guerre. Étonnamment, leurs noms figurent sur la plaque commémorative des Juifs déportés du Vaucluse, à Avignon. Ceux des trois enfants figurent sur la plaque à la mémoire des enfants juifs de Nîmes et du Gard. Et la famille entière a son nom gravé sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah et la plaque à la mémoire des personnes déportées de Nîmes, posée au cimetière de Nîmes en avril 2001.

Raphaël, quant à lui, est envoyé à Drancy un mois plus tard. Il reçoit le matricule 25.650. Il est déporté à Auschwitz le 31 juillet 1944 par le convoi 77[6]. Ce convoi emmène 1306 déportés, âgés de 15 jours à plus de 80 ans, dont les enfants de maisons de l’UGIF de la région parisienne, raflés quelques jours avant par Aloïs Brunner, le SS directeur du camp de Drancy. Très peu de ces déportés survivront. Raphaël est du nombre.

 

AJOUTS CONVOI 77

LE DUR PARCOURS DE RAPHAËL BARUCH VERS LA LIBERTÉ

Dans la nuit du 3 août, Raphaël Barouch est sélectionné pour entrer dans le camp d’Auschwitz après un voyage épouvantable de 3 jours et 3 nuits entre la gare de Bobigny et le camp d’Auschwitz, en Pologne.

Dans une « déposition » tapée à la machine recueillie le 1er juin 1945 et conservée aux Archives nationales[7], ce survivant des camps de la mort donne des détails, succincts mais effroyables, sur son parcours de déportation et également celui de ses « camarades ».

De sa découverte du camp et de la vraisemblable compréhension de ce qui est arrivé à son épouse et à leurs enfants, Raphaël ne livre rien. Il n’indique pas le numéro matricule qui lui a été tatoué sur le bras. Il passe directement à son séjour au camp de Buna, un des sous-camp d’Auschwitz, désigné en général par les termes Auschwitz III ou Monowitz-Buna (la ville de Monowice où se trouvait l’entreprise Buna Werke, d’IG Farben). Ce camp de travail forcé est également un camp d’extermination par le travail. Les travaux y sont harassants, les déportés maltraités et sous-alimentés. C’est une fabrique de caoutchouc que l’IG Farben fait construire depuis 1942, mais elle ne fonctionnera jamais. En novembre 1943, Buna est devenu un camp séparé d’Auschwitz.

À Monowtiz-Buna, 12.000 déportés environ travaillent à la construction de cette future usine, la plupart sont juifs, mais certains sont des déportés politiques ou de droit commun, dont les tâches sont un peu allégées. À la Buna, le personnel est civil, appartenant à l’entreprise allemande, mais les SS en assurent le contrôle. Le capitaine SS Heinrich Schwarz en est le commandant.

« Je suis resté un an en Silésie, au camp de Bouna », dit Raphaël, se trompant sur la durée de son séjour, puisqu’il est arrivé en été à Auschwitz[8]. « Je travaillais à la terrasse (comme terrassier) ». À Buna, tout le gros œuvre était exécuté par les prisonniers, d’où la fonction de Raphaël dans ce camp. C’est à l’infirmerie du camp de Buna que Primo Levi a été libéré le 27 janvier 1945 par l’armée rouge.

Le camp de Buna a été, et c’est le seul, bombardé volontairement par les Alliés quatre fois en 1944, après l’arrivée de Raphaël début août, mais il n’en parle pas dans son témoignage.

« Après, nous avons fait l’évacuation », indique-il, en faisant référence aux marches de la mort que les nazis ont imposées aux déportés de nombreux camps à l’approche des armées alliées. En effet, les nazis, plutôt que fuir seuls, ont préféré emmener avec eux des milliers de déportés, à travers la neige, à pied ou dans des moyens de locomotion de fortune (wagons ouverts) à travers la Pologne et l’Allemagne. À Auschwitz, ils ont laissé environ 1.000 malades. Ils avaient commencé à brûler les archives du camp et ont fait sauter trois des quatre fours crématoires en novembre 1944.

Raphaël fait partie de ceux qui ont uniquement marché lors de cette première fuite des nazis : « Nous avons fait plus de quatre-vingt kilomètres à pied, en quelques jours en plein hiver », relate-t-il à la personne qui recueille son témoignage. S’il ne donne pas de date, il est probable qu’il soit parti vers la mi-janvier 1945 alors que les déportés pouvaient entendre, pas très loin, les combats entre l’armée russe et l’armée allemande.

Les déportés, les soldats et les SS qui les accompagnent font une halte de quinze jours à Buchenwald. Ils sont ensuite envoyés dans un camp satellite de Buchenwald, Langenstein-Zwieberge, en Allemagne, créé en avril 1944. Un « camp d’extermination », précise Raphaël. Cette fois le voyage s’est fait en train, mais « nous avons été mitraillés », raconte-t-il en indiquant : « plus de cent morts parmi les camarades ». Son numéro de matricule, donné à Buchenwald, est le 123.208.

Au Kommando de Langenstein-Zwieberge, Raphaël « travaille au tunnel ». Il s’agit de galeries souterraines sur 13 km.

« Douze heures par jour (ce travail était très malsain pour les bronches) » et les conditions sont extrêmement dures. Il n’y a pour tenir, que « un litre d’eau, un bout de pain et vingt grammes de margarine par jour ». Dans cette usine souterraine de la société Junkers 7000 déportés travaillent.

« Nous avions trois heures d’attente (il fait référence aux appels interminables, qui se tenaient dehors avant l’aube avant de partir au travail, et au retour le soir) en plein hiver. « Pas de lit, quatre heures de sommeil ». La mort est omniprésente. « Chaque jour mourraient environ deux cents camarades. C’est nous qui transportions les cercueils ».

Avec l’avance alliée, la route reprend : « Nous fûmes évacués ; nous traversâmes plusieurs villages, laissant sur la route des quantités de morts ». Et il insiste : « Les SS étaient sans pitié pour les faibles, Sur plus de quatre mille que nous étions, nous arrivâmes mille et quelques. » Or il ne précise pas où… ni où il a été finalement libéré.

Dans ce texte daté de juin 1945, Raphaël indique comme adresse 40, rue Balthazar de Montrond à Marseille. Après, sa trace se perd. Il n’a pas déposé de dossier de demande d’indemnisation.

Notes & références

[1] On ne sait pas quand il est arrivé en France.

[2] Archives de Paris, recensement de 1936.

[3] Archives Nationales, Fichier central de la Sûreté nationale dit « fonds de Moscou »,1938 ; 19940434-90-7250.

[4] L’État français adopte le 3 octobre une loi portant « statut des Juifs » et concernant les deux zones, occupée et libre. « Est considéré comme Juif, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands parents de la même race si son conjoint lui-même est juif. » Le 2 juin 1941, l’État français ordonne un recensement sur tout le territoire et promulgue un deuxième statut des Juifs qui élargit les critères d’appartenance à la « race juive ». Les fichiers constitués serviront aux arrestations et aux déportations.

[5] La délégation du Gard de l’association des Amis de la fondation pour la mémoire de la déportation (AFMD) a recensé jusqu’à présent 1111 personnes déportées du Gard. Elle indique que Pierre Izern a été condamné à mort le 6 novembre 1947 pour les dénonciations d’une trentaine de Juifs sous l’inculpation de Crime d’Intelligence avec l’ennemi, avec confiscation de tous les biens personnels, par la Cour de Justice de Nîmes. Il a été fusillé le 21 janvier 1948. Des notices, rédigées par Georges Krebs et Georges Muller sont consacrées aux membres de la famille Barouch. https://afmdgard.org/barouch-maurice/ et Les-Fusillés-de-la-Libération // AD 30.

[6] Dans ce même convoi, cinq autres hommes ont été arrêtés à Nîmes. L’un d’eux, Samuel Guéron, qui avait 20 ans, pourrait avoir un lien familial avec Berthe Ghéron. En effet, même s’il est né à La Havane en septembre 1924, ses parents sont originaires, le père de Bulgarie, comme Berthe, et la mère d’Istanbul, comme Raphaël. Et Samuel et les Barouch ont résidé à la même adresse à Nîmes 11, rue Dorée. Samuel est un survivant de la Shoah et est naturalisé français le 12 avril 1947.

[7] AN. F9-5565 BARUCH Raphaël.

[8] Un seul déporté portant ces nom et prénom est répertorié dans les bases de données de la déportation. Mais il a été déporté en septembre 1942 et avait plus de 50 ans.

Contributeur(s)

Transcription écrite du film réalisé par les élèves du lycée Philippe-Lamour de Nîmes.

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