Ginette BRANDWEIN

1919-2003 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Jeanine SCHWARTZ née BRANDWEIN (1919-2003)

 

Ginette Brandwein, photo déposée par sa famille dans le cadre de la recherche des déportés après la Libération in dossier Brandwein ©SHD

1. Une enfance heureuse…

Jeanine Brandwein, dite Ginette, est née le 14 juillet 1919 à Saint-Denis (Seine, aujourd’hui Seine-Saint-Denis). Elle grandit au sein d’une famille aimante et soudée, composée de ses parents, Abram Brandwein, et Rivcka Primack, mère au foyer, ainsi que ses deux frères et sa sœur.

Son père, né le 20 avril 1888 à « Souleyoff », est naturalisé français le 13 février 1926[1], alors qu’il réside à Saint-Denis.

En février 1929, Abram, fabricant et commerçant de chaussures 25 rue Stéphenson fait faillite. Il ouvre une nouvelle entreprise à la même adresse et fait à nouveau faillite en octobre 1937[2].

Ils passaient leurs vacances généralement pas loin de Paris ou encore à Berck-plage[3] La famille était profondément croyante et pratiquante[4], ce qui façonnait leur quotidien. Son enfance, marquée par la joie et la simplicité, s’est déroulée principalement à Paris, où elle a fréquenté plusieurs écoles.

Extrait de l’acte de naissance de Jeanine Brandwein (DAVCC, SHD de Caen)

2. …brutalement interrompue par la guerre

La Seconde Guerre mondiale bouleversa son existence. Ses frères combattaient pour la France : l’un participa aux campagnes en Norvège, et l’autre à celles de l’est de l’Europe au début de la guerre. Lors de l’exode, en 1940, sa famille dut fuir vers le sud-ouest de la France, à Agen[5]. Cependant, Jeanine retourna à Paris, ne voulant pas laisser son père seul. Ils résident 44 rue de Dunkerque, dans le IXe arrondissement.

Les biens de la famille furent confisqués[6], ajoutant à leurs difficultés. Jeanine et son père tentaient de survivre dans des conditions précaires grâce à des petits travaux clandestins

3. L’arrestation et l’expérience de la prison

Jeanine tenta de rejoindre sa famille réfugiée à Lyon en compagnie de son père et d’un passeur pour franchir clandestinement la ligne de démarcation. Malheureusement, elle fut arrêtée par la Feldgendarmerie allemande à la gare du Creusot, le 11 novembre, tandis que son père échappa à cette arrestation. Motif de l’arrestation : « passages répétés de la ligne de démarcation ».

Les policiers, intrigués par sa beauté (« il n’avait pas l’habitude de voir une jolie fille au Creusot »[7] et son nom de famille modifié en « Ginette Brandwin », enquêtèrent et découvrirent sa véritable identité (ainsi que sa religion juive) à cause d’un ancien voisin qui vivait à Saint-Denis[8]. Elle est condamnée à deux mois de prison par le tribunal de Dijon. Elle fut ensuite transférée de prison en prison : Chalon, Autun, Troyes, Laon, et enfin, le 30 juin, au camp de Drancy[9]. Malgré les conditions horribles, Jeanine parvint à maintenir son moral et sa dignité, notamment grâce à des rencontres marquantes et des nouvelles sporadiques de son frère, qui la suivait à distance[10].

Avis de recherche par sa famille, DAVCC, SHD de Caen

4. Auschwitz et Kratzau

Le 31 juillet 1944, Jeanine fut déportée du camp de Drancy vers Auschwitz en Pologne occupée. Elle y est tatouée du matricule A 16.671. Puis elle est transférée à Kratzau, en Tchécoslovaquie, à la fin d’octobre 1944 pour y fabriquer des munitions et des grenades. Elle vécut l’horreur des camps : les abus, la mort d’une femme sous les yeux de sa propre sœur[11] et les menaces constantes. La faim et le manque de sommeil marquèrent également cette période atroce.

Une anecdote qu’elle relate nous explique aussi comment, en prétendant avoir des dons de voyance, elle trompa la directrice du camp de Kratzau, qui déclarait qu’elle ferait exploser le camp en cas de libération imminente[12]

Le camp de Kratzau fut libéré le 9 mai 1945, par l’armée soviétique.

5. Le retour en France

Jeanine passa ensuite de ville en ville et par différents « camps de rapatriement » dans un camion de soldats avant d’être rapatriée le 2 juin 1945[13]. Elle fut marquée par le contraste entre la joie collective de la fin de la guerre et les traumatismes individuels vécus.

Elle se marie le 6 octobre 1949 avec Salomon Schwartz à Paris IXe. Elle vit ensuite à Saint-Denis

En juin 1954, Marcelle Azziza Abou Benchetrit[14], Suzanne Bouanich, et Adèle Gladleider, déportées à Auschwitz et Kratzau, ont témoigné de sa déportation.

Jeanine épousa Salomon Schwartz le 6 octobre 1949. Les séquelles de la guerre restèrent présentes, mais elle poursuivit sa vie avec résilience.

Jeanine Schwartz, née Brandwein, incarne une vie marquée par la lutte, la perte, mais aussi par la ténacité et l’espoir. Ses expériences témoignent de l’inhumanité de la guerre et de la capacité humaine à résister et reconstruire.

Capture d’écran de l’interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France)
(USC Shoah Fondation)

 

Cette biographie a été rédigée par les élèves de première du Lycée Gustave-Monod d’Enghien-les-Bains, sous la direction d’Harouna Cissé en 2024-25.

 

Notes & références

[1] Journal Officiel du 23 février 1926.

[2] Le Matin, 13 février 1929 et L’Echo de Paris, 2 octobre 1937.

[3] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[4] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[5] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[6] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[7] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[8] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[9] Dossier du SHD de Caen BRANDWIN Ginette EP SCHWARTZ Jeanine 21 P 673 260

[10] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[11] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[12] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[13] Interview donnée le 30 avril 1996 à Colombes (France) (USC Shoah Fondation) vha.usc.edu

[14] Marcelle Aziza Abou, née à Oran le 20 octobre 1926, fille de Moïse et de Saïda Benhamou, vivait 12 rue Anatole-France, à St Fons, depuis 1930. Elle avait 6 frères et sœurs. Elle est ouvrière quand elle est arrêtée au le 21 juillet 1944 avec sa mère et détenue à la prison Montluc à Lyon. Elle est déportée, à l’âge de 17 ans, à Auschwitz le 11 août 1944 par le convoi n°78, parti de Lyon avec 650 personnes, dont 222 hommes non juifs (envoyés au camp de Natzweiler en Alsace, via Compiègne) et 64 femmes non juives (envoyées à Ravensbruck). Libérée le 09 mai 1945, elle est rapatriée en France le 14 juin 1945. Épouse Benchetrit. Elle est morte le 24 janvier 1991. deportesdelyon.fr

Contributeur(s)

Cette biographie a été rédigée par les élèves de première du Lycée Gustave-Monod d’Enghien-les-Bains, sous la direction d’Harouna Cissé en 2024-25.

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