Jacques GEVERTZ

1938 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Jacques GEVERTZ (1938-1944)

Jacques Gevertz vit le jour le 11 septembre 1938 dans une famille juive du 12ᵉ arrondissement de Paris. Il fut déporté avec 1305 autres Juifs par le Convoi 77, dernier grand convoi de déportation qui quitta la France à l’été 1944. Il décéda le 3 août 1944 dans le centre de mise à mort d’Auschwitz Birkenau, en même temps que son frère Paul, sa sœur Madeleine et sa mère Rosa.

Portrait de Jacques Gevertz
Source : ⒸMémorial de la Shoah / Archives nationales de France

Son père, Wolf Gevertz, naquit à Varsovie, en Pologne, en 1902, et décéda en 1965 à Paris. Sa mère, Rosa Henriette Goldeberg, quant à elle, vit le jour à Paris en 1904 et mourut en arrivant à Auschwitz-Birkenau en 1944 à la suite de sa déportation.

Jacques eut quatre frères : Paul (1931-1944), Henri (1936-2026), Gérard (né en 1932, que nous avons retrouvé), Roger (1934-1936), ainsi qu’une sœur, Madeleine (1940-1944).

Portraits de la famille Gevertz
Source : photographies confiées par Alain Gevertz, le petit-fils de Wolf et Rosa, et fils de Gérard
Cependant nous supposons qu’il y a une erreur au niveau de l’attribution des photos et des dates. Il faut inverser les photos d’Henri et de Jacques car c’est le plus petit et il faut également modifier sa date de naissance : d’après nos archives, Jacques est né le 11 septembre 1938 et non pas le 9 septembre 1938.

Il déménagea avec sa famille dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, au 1 rue Fernand Labori. Jacques fut scolarisé à l’école maternelle du même arrondissement, située au 1 rue Gustave Rouanet. La vie de la famille Gevertz fut marquée par le contexte des premières années de guerre et de l’Occupation.

Adresse de l’appartement de la famille Gevertz et plaque commémorative installée sur le mur de son école, rue « Gustave Rouanet »
Source : photographies prises par nos soins

1. Contexte

La déportation de Jacques Gevertz s’inscrivit dans le contexte de la « Solution finale » officialisée à la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942. Le but était d’exterminer 11 millions de Juifs le plus rapidement possible.

Tout au long de la période d’Occupation, au fur et à mesure de l’intensification des persécutions, la population juive parisienne ne cessa pas de diminuer sous l’effet des arrestations et des déportations mais aussi des fuites. A partir de 1942, les déportations devinrent de plus en plus nombreuses, Paris était alors sous le contrôle du régime nazi.

La collaboration en France pendant la Seconde Guerre mondiale désignait l’entente entre le régime de Vichy et l’Allemagne nazie, qui dura de 1940 à 1944. Sous la direction de Philippe Pétain et avec l’appui de Pierre Laval, le gouvernement français choisit de coopérer avec l’occupant allemand, espérant ainsi préserver une certaine autonomie face aux exigences de l’occupant. Cette période fut marquée par des décisions controversées et des politiques qui divisèrent profondément la société française.

Le quotidien des familles juives fut considérablement impacté. Leurs libertés furent restreintes, ils étaient obligés de vivre cachés par peur de se faire arrêter. De plus les Juifs étaient soumis à des mesures discriminatoires : ils devaient porter l’étoile jaune et posséder des papiers d’identités indiquant qu’ils étaient juifs, ce qui permettait aux autorités de les repérer et de les arrêter plus facilement. Wolf et Rosa, les parents durent se faire recenser en 1940 et 1941, comme l’attestent des documents d’archives que nous avons pu voir au Mémorial de la Shoah.

Nous avons réussi à prendre contact avec Gérard Gevertz, le frère aîné de Jacques, à la fin de l’année 2025. Il a accepté de nous livrer ses souvenirs et de nous donner son ressenti quant à leur quotidien. Il garde un souvenir particulièrement douloureux des privations de nourriture. Quand la famille apprenait qu’il y avait un réapprovisionnement dans une épicerie, ils s’y rendaient à 5h du matin pour attendre l’ouverture. Mais malheureusement il leur arrivait de repartir sans rien. Ils ont donc connu les privations, la faim et la peur. Wolf Gevertz, son père, faisait partie d’un groupe de résistants et fut recherché dans Paris dès l’année 1942.

Avant cette date, ils ne portaient pas encore d’étoile juive, se cachaient quand les Allemands passaient vers chez eux par peur. Gérard nous raconta qu’il se cachait parfois dans les rues. Lorsque la 8e ordonnance allemande le port de l’étoile juive, en 1942, Gérard indiqua qu’il vit un changement immédiat dans sa vie. En effet, leurs vies scolaires devinrent bien plus violentes, car les enfants se battaient. Gérard témoigna du fait que tous les enfants juifs se faisaient insulter et frapper. Nous pouvons nous demander si Jacques, âgé de 4 ans, comprenait pourquoi il y avait toute cette violence. Qu’a-t-il pu ressentir ?

La même année, Gérard et son frère Henri furent envoyés par leur père Wolf en Touraine, et furent logés au Château de Ricordières, et ils furent cachés jusqu’à la fin de la guerre. Gérard expliqua que sa mère, Rosa, ne voulut pas se séparer des deux plus petits Jacques et Madeleine. Gérard se demanda d’ailleurs si ces derniers auraient été acceptés dans l’organisme, « la caisse de compensation du Livre », à cause de leur jeune âge. Quant à Paul, il menait des activités de résistance aux côtés de son père, il ne fut donc pas question pour lui de quitter la capitale

2. L’arrestation

Le 20 juillet 1944, âgé de seulement 5 ans, Jacques Gevertz fut arrêté à son domicile. Il fut raflé avec son frère Paul (12 ans), sa sœur Madeleine (4 ans) et leur mère Rosa Gevertz (39 ans) par la Gestapo. La Gestapo était chargée de lutter contre les opposants internes ou externes et contre les adversaires du régime nazi ou les résistants dans les pays occupés. Elle était synonyme de terreur et comprenait donc les autorités allemandes mais s’appuyait aussi sur la police française qui collaborait.

La famille fut donc arrêtée pour « motif racial » comme nous pouvons le lire dans les archives. Tous étaient de confession juive. Il existe également un témoin au moment de l’arrestation, Mme Quiguri qui était alors leur voisine.

Acte d’arrestation de Jacques Gevertz, Dossier de demande du statut de Déporté Politique de Jacques Gevertz, rempli par son père.
Source : GEVERTZ Jacques, ©SHD de Caen, DAVCC-21-P-455-195-8

Gérard raconte que sa famille aurait été dénoncée par une femme engagée dans la Résistance et chargée de missions de liaison. Arrêtée par les Allemands, elle aurait été menacée de voir son mari exécuté si elle ne révélait pas les noms des personnes qu’elle connaissait au sein du réseau. Elle aurait alors livré plusieurs résistants, parmi lesquels Wolf. Gérard nous a expliqué que cette femme détenait de nombreuses informations, car, à l’approche de la Libération de Paris en juillet 1944, les réseaux de résistance intensifiaient leurs préparatifs. Selon ses mots : « Si elle avait été arrêtée deux semaines plus tôt, elle n’aurait rien eu à divulguer. »

Wolf échappa toutefois à l’arrestation. Le matin de la rafle, alors qu’il quittait son domicile pour se rendre à ses activités, il aperçut les Allemands arriver devant son immeuble. D’après Gérard, Wolf fut alors confronté à un choix déchirant :

– revenir dans son appartement afin de rester aux côtés de son épouse et de ses enfants, au risque d’être arrêté avec eux ;

– ou prendre la fuite pour se sauver et poursuivre son engagement dans la Résistance, tout en sachant qu’il ne reverrait probablement jamais sa femme ni ses enfants.

Son choix fut de fuir malgré le fait qu’il savait pertinemment qu’il serait séparé de sa famille pour toujours. Et surtout, il savait que s’il revenait sur ses pas, il serait arrêté et tué lui aussi.

Wolf appris le décès de sa femme et de ses trois enfants au moment où il rejoignit la Touraine pour récupérer Gérard et Henri.

Gérard parla très peu de sa mère, de ses frères et de sa sœur décédés en Pologne. Il ne connaît pas non plus l’existence de son petit frère Roger qui est décédé lorsque Gérard n’avait que trois ans.

Nous pouvons alors faire de nombreuses hypothèses sur le commissariat où Jacques Gevertz et sa famille ont été amenés après leurs arrestations, mais la plus probable est qu’ils aient été amenés à la Caserne, Porte de Clignancourt, car elle était la plus proche de leur domicile.

L’implantation des Allemands à Paris
Source : « Paris 1940-1944, Le quotidien des Parisiens sous l’Occupation »

Les rafles furent toujours très brutales comme l’illustre celle de la famille Gevertz. Toutes eurent lieu dans le but de réprimer les résistances, maintenir l’ordre dans la capitale et, à partir de 1942 mettre en œuvre la « Solution finale de la question juive ».

3. La déportation

Suite à leur arrestation, la famille fut enfermée pendant 11 jours au camp d’internement de Drancy, du 20 au 31 juillet. Ce camp situé à 4 km de Paris, était installé dans les bâtiments de la cité de la Muette, ensemble d’habitations bâties en forme de U, qui n’avait pas été achevée avant la guerre. D’abord un lieu de détention des communistes pendant la « drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940, la cité devint un camp d’internement pour des civils britanniques et canadiens et quelques Français depuis son occupation par les troupes allemandes en juin 1940. Puis, les déportés juifs destinés à l’extermination dans les centres de mise à mort y transitèrent.

Pendant son internement, Jacques occupa avec sa mère, son frère et sa sœur, dans un premier temps la chambrée 3, escalier 19 puis la chambrée 1 de l’escalier 4. Dans ce camp d’internement, il eut pour matricule le numéro 25318.

La famille Gevertz vécut dans des conditions difficiles, tout particulièrement pour les jeunes enfants. L’angoisse était omniprésente, notamment lorsqu’ils assistaient au départ des convois vers l’Est, parfois avec leurs parents à bord.

Fiche administrative de Jacques Gevertz (Recto)
Source : GEVERTZ Jacques, fichier Drancy enfants
ⒸMémorial de la Shoah/ Archives nationale de France,
FRAN107_F_9_5744_262398_

Entre 1942 et 1944, plus de 6000 enfants juifs passèrent à Drancy. A partir de 1943, ce fut Alois Brünner qui pris la direction du camp et organisa la déportation.

Sa biographie donne la nausée. C’est un petit brun aux cheveux crépus. Son malaise de ne pas correspondre au type aryen renforce sa haine. Plus qu’un autre, il doit prouver que son sang est pur. Mais rien à faire, c’est un homme banal. Pourtant, on ne peut pas l’oublier après l’avoir vu. Les témoignages sur sa violence, sa perversité sont édifiants. Brutal, vulgaire, il porte toujours des gants. De peur de rentrer en contact avec un Juif.” d’après David Foenkinos dans Charlotte, que nous avons lu cette année.

Le 31 juillet 1944, ils furent déportés par le convoi 77, dernier grand départ de Drancy, en direction d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

Dans ce dernier convoi, 1306 personnes juives dont 324 enfants furent entassées dans des wagons à bestiaux, fermés de l’extérieur et sans fenêtre, sans nourriture et quasiment pas d’eau pendant 3 jours, alors que la chaleur de l’été associée aux odeurs à l’intérieur du convoi rendaient l’air irrespirable.

Photo prise par nos soins lors d’un voyage en
Pologne, en visitant Auschwitz Birkenau
(mars 2026)

Le trajet, long et chaotique, fut marqué par de nombreux arrêts à cause des bombardements alliés. Arrivés à Auschwitz, une sélection impitoyable eut lieu : femmes et enfants furent envoyés dans les chambres à gaz, les hommes furent sélectionnés pour le travail forcé, certains devant même ramasser les corps de leurs compagnons.

Les quatre membres de la famille Gevertz furent immédiatement conduits dans les chambres à gaz, puis leurs corps incinérés dans les fours crématoires.

A priori les enfants et leur mère ne furent pas séparés mais envoyés ensemble immédiatement dans les chambres à gaz. Jacques, au regard de son jeune âge, ne comprenait probablement pas exactement ce qu’il se passait à Auschwitz, en revanche il ressentit la peur, entendit les cris et sentit les odeurs.

Plan d’Auschwitz-Birkenau, camp de concentration et centre de mise à mort
Source : AFP

Certains documents obtenus après la guerre montrent que Wolf Gevertz s’est battu pour la reconnaissance officielle et légale de Jacques et son statut de victime de la déportation. Ainsi, la mention « mort pour la France » est apposée sur son acte de décès et le titre de « déporté politique » lui fut attribué. Il en fit de même pour sa femme et ses deux autres enfants.

Acte de décès de Jacques avec la mention « Mort
pour la France »
Source : GEVERTZ Jacques, ©SHD de Caen,
DAVCC-21-P-455-195-2

Attribution du titre de « déporté politique »
Source : GEVERTZ Jacques, ©SHD de Caen,
DAVCC-21-P-455-195-4

Ces documents attestaient de la reconnaissance officielle du statut de déporté politique de Jacques. S’ils permirent à Wolf d’obtenir une maigre réparation financière, ils constituèrent surtout une étape importante dans le travail de deuil. Ils contribuèrent également à préserver la mémoire de ce petit garçon et de son destin tragique, mémoire qui demeure encore aujourd’hui.

Fiche individuelle d’Etat civil
Source : GEVERTZ Jacques, ©SHD de Caen, DAVCC-21-P-455-
195-11

4. Entretenir la mémoire

Rosa Gevertz et ses trois enfants Jacques, Paul et Madeleine furent inscrits sur le mur des noms, au mémorial de la Shoah à Paris. Leur nom se trouve à la dalle 14, colonne 2 à 5.

Mur des Noms, Mémorial de la Shoah, Paris
(photographie prise par nos soins)

Une stèle des enfants déportés se trouve au 1 rue Gustave Rouanet, dans le 13e arrondissement de Paris, dans leur école maternelle. Elle a été apposée par les AMEJD[1] et la Ville de Paris.

De nos jours, le devoir de mémoire demeure essentiel pour les générations présentes et futures. Ce projet contribue à faire vivre la mémoire de la famille Gevertz afin qu’elle ne sombre pas dans l’oubli. Il retrace également une part d’une histoire douloureuse, mais essentielle à transmettre. Ce travail nous a permis d’approfondir nos connaissances sur la Shoah à travers le destin d’un enfant et de sa famille.

Nous sommes également très fiers de pouvoir transmettre le fruit de nos recherches aux descendants directs de ces victimes : Gérard Gevertz, fils de Rosa et frère de Jacques, Paul et Madeleine, ainsi qu’à ses enfants, Madeleine et Alain Gevertz. Nous les remercions sincèrement pour la confiance qu’ils nous ont accordée en acceptant de partager leur histoire, et tout particulièrement Gérard, qui nous a livré un témoignage précieux à travers ses souvenirs.

Nous remercions vivement l’association du convoi 77 pour les archives du départ, le Mémorial de la Shoah de Paris et les archives de Bad Arolsen pour les archives supplémentaires. Nous adressons nos remerciements à Mireille Ruaud (la grand-mère d’un des élèves de la classe) qui, grâce à son abonnement à geneanet nous a fournis de précieuses informations pour reconstituer la généalogie de la famille Gevertz.

 

Biographie réalisée par Ait Said Sehan, Bidet Angèle, Charles Benjamin, Coutant- Vambert Lorick, Divert- Girou Loan, Duterne Lilla, Gomes Andreia, Hedges Eszter, Tardif Clarence et Virondeau Gabin ; élèves de la classe de Terminale G2 du Lycée Raoul Dautry, Limoges (France).

Projet encadré par Amélie Burguet, professeure d’histoire-géographie, avec l’aide de Nathalie Chalard, professeure documentaliste.

Année scolaire : 2025-2026

Notes & références

[1] Les Associations pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés.

Contributeur(s)

Biographie réalisée par Ait Said Sehan, Bidet Angèle, Charles Benjamin, Coutant- Vambert Lorick, Divert- Girou Loan, Duterne Lilla, Gomes Andreia, Hedges Eszter, Tardif Clarence et Virondeau Gabin ; élèves de la classe de Terminale G2 du Lycée Raoul Dautry, Limoges (France). Projet encadré par Amélie Burguet, professeure d’histoire-géographie, avec l’aide de Nathalie Chalard, professeure documentaliste.

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