André SCHVARTZ

1911-1945 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

André SCHVARTZ (29/05/1911 – 11/03/1945) 

André Schvartz, avec sa fille et sa femme, et son beau-frère Imre Lubek à Niherne (Indre) en février 1942(à gauche) © Mémorial de la Shoah / Coll. Arlette Gelbert et Pierre Lubek. 

Signature d’André Schvartz figurant sur son acte de mariage du 27 juin 1936

Les origines

Né le 29 mai 1911 dans l’ancien comté de Pest-Pilis-Solt-Kiskun à Budapest, Andras Bandi Schwartz grandit dans la capitale hongroise.

Armand Joseph, son père, y travaille comme cheminot. Sa mère, Jeanne, née Markeld, est sans profession. Au début du vingtième siècle, la communauté juive est particulièrement importante à Budapest, où elle représente un quart de la population de la ville. À l’image de la famille Schwartz, les Juifs y sont actifs et parfaitement intégrés. Solidement implantés dans les milieux de l’entreprise, financiers et intellectuels, ils se considèrent avant tout comme des Hongrois de religion juive.

Budapest en 1910

Montée de l’antisémitisme et fuite vers l’Ouest

En 1918, l’effondrement de l’empire austro-hongrois à la suite de la défaite de la Première Guerre mondiale sonne la montée de l’antisémitisme et le début d’une situation économique très instable. Accusés de dominer la finance et le commerce, d’être des étrangers pour la nation, les Juifs sont victimes d’un nationalisme de plus en plus exacerbé.

Le 21 mars 1919, Le Conseil révolutionnaire de gouvernement, un régime communiste auquel appartiennent plusieurs dirigeants d’origine juive, prend le pouvoir à Budapest. À sa tête se trouve Sándor Garbai, assisté en sous-main par le communiste Béla Kun. Emmenées par Miklós Horthy, les forces contre-révolutionnaires font tomber ce régime dès le mois d’août 1919 après la démission du gouvernement et la fuite de Kun, instaurant la « terreur blanche » faite d’arrestations, d’exécutions, de violences antisémites et de pogroms. La moitié des (environ) 3.000 morts sont des Juifs. Dès lors, les Juifs, les communistes et les francs-maçons deviennent les boucs-émissaires d’un pouvoir soutenu par des forces paramilitaires.

En septembre 1920, la Hongrie adopte la première loi antisémite de l’Europe d’après-guerre[1]. Celle-ci limite l’accès des étudiants juifs aux universités via un numerus clausus baptisé « quota national ». Beaucoup de jeunes Juifs hongrois partent s’installer à l’étranger. Les commerçants ne sont pas épargnés par ce climat de haine et désertent par centaines cet environnement politique et social anxiogène pour s’installer à l’Ouest. À partir des années 1930, l’influence de l’Allemagne nazie intensifie encore la répression. Paris fait alors figure de capitale stable, économiquement prometteuse.

Comme nombre de ses compatriotes, Andras Schwartz émigre en France durant l’entre-deux guerres, certainement aux alentours de 1930. Il francise son nom en André Schvartz et se marie à la mairie du XIXe arrondissement le 27 juin 1936 avec Charlotte Lübek, une Budapestoise née le 9 octobre 1900. Charlotte a deux frères, également nés à Budapest et réfugiés à Paris : Imre, né en 1910, et Ernest, né en 1901. L’acte de mariage stipule que Charlotte est divorcée, que les témoins de cette union sont Michel Lang, teinturier, et Emerich (Imre) Lübek, sertisseur, domicilié 18 rue Cadet, dans le IXe arrondissement de Paris. Les deux frères de Charlotte et leur mère Marie, veuve, sont recensés à cette adresse. Les parents d’André, eux, sont restés à Budapest.

Le choix français

Les jeunes mariés habitent au 7 de la rue Edgar-Poe, sur la butte Bergeyre, un quartier parisien neuf, jalonné d’espaces verts où des programmes immobiliers d’envergure se développent. Cette partie du XIXe arrondissement accueille alors de nombreux réfugiés politiques. Deux mois après le mariage d’André et Charlotte, le 25 septembre, leur fille Eve Marie voit le jour à Charenton, dans le Val-de-Marne, à quelques pas du bois de Vincennes. Le 6 janvier 1937, André fait une déclaration de nationalité devant le juge de paix du XIXe arrondissement pour faire reconnaître sa file comme française.

La guerre

Les activités professionnelles d’André l’amènent à s’éloigner de Paris. Tour à tour représentant de commerce, fabricant de lingerie, chemisier et industriel, il dirige une usine de chemises à Niherne au début des années 1940. Cette petite ville se situe à proximité de Châteauroux, à trois-cents kilomètres au sud de la capitale. La famille Schvartz s’installe rue de la gare, un coin résidentiel et tranquille. Niherne a surtout la chance de se situer en zone libre depuis l’armistice du 22 juin 1940.

La gare de Niherne en 1906 © Wikipedia

Résistance et arrestation

À trente ans, André intègre un réseau de résistance pour lequel il devient agent de liaison entre la zone occupée et la zone libre. Il est placé sous les ordres du docteur Sigismond Hirsch, médecin capitaine de la France Combattante et fondateur du mouvement scout des Éclaireurs Israélites de France (EIF). Ce dernier, survivant de la Shoah après avoir été déporté, expliquera en 1964 qu’André devait accompagner des « réfractaires et des jeunes réfugiés » en zone libre et servir de courrier. Le hasard replacera le docteur Hirsch sur la route d’André en janvier 1945, alors que les deux hommes sont détenus au camp de Melk, en Autriche[2].

Il passe souvent par Moulins. La ville de Moulins possède la particularité d’être coupée par la ligne de démarcation avec, d’un côté, une zone occupée par l’armée allemande permettant de surveiller les passages clandestins et, de l’autre, une zone administrée par le gouvernement de Vichy.

Ligne de démarcation sur le Pont Régemortes, à Moulins-sur-Allier, 1942 © LAPI/MRN-Champigny

Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes et italiennes envahissent la « zone libre ». La ligne de démarcation subsiste cependant officiellement jusqu’au 1er mars 1943.

En septembre 1943, après l’armistice signée par les Italiens avec les Alliés, la France est devenue une zone intégralement occupée par l’armée allemande.

Les activités clandestines d’André se poursuivent cependant jusqu’en mai 1944. Il est alors capturé par la gestapo durant une mission à Moulins-sur-Allier, près de Vichy.

D’abord arrêté puis interné à Vichy, André est transféré à Moulins le 31 mai, dans la tour de l’ancien donjon du château des Ducs de Bourbon surnommée la « Mal Coiffée », devenu le fief de la gestapo depuis janvier 1943, sous la direction du docteur Maas.

De leur côté, Charlotte et Eve ont trouvé refuge à Saint-Just-en-Chevalet, près de Lyon[3]. Elles ignorent évidemment tout du sort réservé à André, censé les rejoindre.

Selon son ex-compagnon de cellule, Fernand Humez, on reproche seulement à André Schvartz d’avoir « franchi la ligne de démarcation » (qui n’existe plus en 1944). « Vous savez qu’au temps des nazis il était interdit au Juif (sic) de franchir la ligne de démarcation », écrit le Nordiste à Charlotte Schvartz après-guerre[4]. Par la voix d’autres prisonniers, le jeune résistant apprend que les Juifs sont déportés au camp de Drancy. Il n’entretient plus d’illusions sur ce qui l’attend et se met en tête de s’évader.

Tentative d’évasion et déportation

Le projet d’évasion se met en place dès le 3 juin avec la complicité de Fernand Humez. Les deux hommes ont prévu de desceller les barreaux de leur cellule à l’aide d’une pointe, avant de nouer des couvertures pour descendre le long de la tour. Le 5 juin 1944, André rédige une lettre destinée à Pierrette Berthon, la « bonne à tout faire » de la résidence familiale de Niherne, qu’il jette à un passant depuis la fenêtre de sa cellule du troisième étage, à qui il a fait signe. André y écrit : « Prière prévenir Mme Pierrette Berthon à Niherne (Indre) que le patron est en prison allemande à Moulins. Qu’elle fasse tout ce qui est utile. Merci infiniment. » Un « Français compatissant », comme il se définira lui-même dans une lettre du 5 juin 1944 qu’il ne signe pas, car « on ne peut jamais savoir ce qu’il arrivera », fait parvenir le courrier à la famille Schvartz. Une seconde lettre, destinée à sa femme a, en revanche été « trouvée par les nazis ». Et les conséquences sont dramatiques. Le 6 juin, les « boches sont venus dans la piaule », précise Fernand Humez[5].

Dernière lettre d’André Schvartz, jetée le 5 juin 1944 depuis la fenêtre de sa cellule à la « Mal-Coiffée », la prison de Moulins (Schvartz, André © SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339 54267)

Le projet d’évasion, prévu pour le jour-même, tourne court. Dénoncés par « un salop de Français »[6], lui-même « prisonnier comme nous », un « indic », « pour se faire libérer », André et Fernand sont enfermés, affamés et torturés dans les cachots du sous-sol du donjon durant une semaine. Ironie du sort, le débarquement allié s’est déroulé quelques jours plus tôt sur les plages normandes. Le 1er juillet, les deux complices sont définitivement séparés. Fernand Humez précise que les « boches » ont envoyé « tous les Juifs » de la prison de Moulins-sur-Allier, « là-bas », à Drancy, dans la nuit du » 4 au 5 août ». Il ne sait donc pas vraiment quel a été le parcours d’André après leur séparation[7].

En fait, deux semaines plus tard, André Schvartz est conduit au camp de Drancy. Arrêté comme résistant, il se voit déporté parce que juif.

C’est sous le matricule 25.160 que la police du camp de Drancy recense André Schvartz à son arrivée au camp de transit, le 15 juillet 1944, précisant, avec l’inscription de la lettre « B » sur sa fiche d’internement qu’il est « déportable » immédiatement. La somme de 101.428 francs, la totalité de l’argent que possède la famille qu’on lui a confisquée à Moulins, le suit à Drancy, comme consigné sur sa fiche de « fouille ».. Il est assigné dans une chambre du quatrième étage située au niveau de l’escalier 18. Le 31 juillet, il est enfermé dans un wagon du dernier grand convoi français parti de Drancy / Bobigny à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau, dit « convoi 77 ». Il déporte 1 306 personnes, dont près de 350 enfants. Les déportés arrivent en Pologne occupée dans la nuit du 3 août 1944.

Auschwitz, Melk et Mauthausen

Âgé de trente-trois ans, André échappe à la première sélection et à la chambre à gaz. Durant cinq mois, il reste prisonnier à Auschwitz-Birkenau, mais l’arrivée imminente des troupes de l’Armée rouge en Pologne oblige les nazis à évacuer le camp. Leur but est d’effacer toutes traces de leurs crimes et d’empêcher la libération des déportés. Le 17 janvier 1945, 60.000 juifs sont envoyés sur les routes, lancés dans les « marches de la mort » afin d’alimenter la main d’œuvre des camps toujours en activité en Autriche et en Allemagne.

Survivant au froid, à la faim et à l’épuisement après soixante-dix kilomètres de marche, André Schvartz est transféré par train au camp de Mauthausen-Gusen, en Autriche, le 25 janvier 1945. Ce premier convoi d’évacuation contient 75.714 détenus. André Schvartz reçoit le matricule 118.360.

Les déportés aptes au travail sont envoyés dans des camps annexes. Quatre jours plus tard, le 29 janvier, André Schwartz est conduit au Kommando de Melk, en Basse-Autriche, à 80 km de Vienne.

Ouvert le 11 janvier 1944, ce camp est un dédale de tunnels souterrains, de sable et de quartz, destiné à protéger des bombardements alliés des futures usines de roulements à billes (pour l’armement) de l’entreprise Steyr-Daimler-Puch AG, dans le cadre du projet Quartz[8]. Un premier détachement d’environ 500 prisonniers, composé de plus de 400 Français, d’Espagnols et de quelques Allemands était arrivé de Mauthausen le 11 avril 1944 pour préparer les installations destinées à recevoir jusqu’à 10.000 détenus (mais c’était en fait 7.000 détenus qui sont passés par ce camp terrible au taux de mortalité très élevé). Le camp est entré officiellement en service les 20 et 21 avril 1944 et chaque semaine a apporté ses convois de travailleurs forcés de toute l’Europe.

Le dernier transport qui arrive à Melk est celui dans lequel se trouvait sans doute André Schvartz. Il s’agit, indique le site du Mémorial de Mauthausen / Melk, d’une « fraction d’un convoi parti d’Auschwitz, évacué le 27 janvier 1945 – qui comprenait, avec leurs gardes, des Juifs « aptes au travail » et une centaine d’enfants de moins de quinze ans survivants des camps de Pologne[9] ».

Le Kommando mêle des prisonniers-esclaves de différentes nationalités, mais une majorité vient de Hongrie et de Pologne. Ce sont pour la plupart des prisonniers politiques ou « raciaux »

« La soupe dans les galeries » à Melk camp annexe 1945, dessin réalisé par le survivant Daniel Piquée-Audrain. ©DR

Attestation du Dr Sigismond Hirsh en 1964 sur la présence d’André Sxhwartz (sic) au camp de Melk en Autriche en janvier 1945

C’est à Melk qu’André retrouve le docteur Sigismond Hirsch, responsable du réseau de résistance auquel il appartenait avant son arrestation par la gestapo.

Dans une attestation officielle destinée à aider la famille d’André Schvartz dans ses démarches administratives en 1964, le médecin donne des précisions sur les derniers mois d’André.

Le témoignage du médecin indique qu’à Melk, André Schvartz a voulu protéger un « camarade de déportation des brutalités d’un Stubendienst » et qu’il « a été matraqué par le chef du block 12 jusqu’à ce qu’il perde connaissance[10] ». Le lendemain matin, toujours inconscient, il est évacué. À partir de là, Hirsch perd la trace de son ancien compagnon, de nouveau transféré à Mauthausen en février 1945.

André Schvartz est admis au Revier de Mauthausen, le quartier des malades, le 16 février, où il décède le 11 mars 1945. Il aura passé un peu plus de sept mois en déportation.

La progression des armées alliées contraindra les Allemands à évacuer dans l’urgence le camp de Melk en avril 1945, les usines n’ayant jamais été construites.

Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule officiellement et les combats s’arrêtent en Europe. Ce jour-là, en France, à Dunkerque, certaines des cinq poches de l’Atlantique encore occupées par les Allemands et bloquées par les forces françaises de l’Ouest (FFI) rendent les armes. Le 11 mai, c’est la reddition officielle de la poche de Saint-Nazaire, à Beuvron. Le territoire métropolitain est entièrement libéré.

Les survivants des camps de la mort sont petit à petit regroupés et, pour les Français ou déportés de France, rapatriés.

L’absence de reconnaissance

Mais Charlotte Schvartz n’a pas attendu la libération totale de la France pour se mettre en quête de son mari. Dès l’été 1944, alors que le camp de Drancy a été abandonné par les nazis le 17 août et est passé sous le contrôle du consul de Suède Raoul Nordling et de membres de la Croix-Rouge, dont l’assistante sociale Annette Monod-Leiris[11], elle cherche à savoir.

En décembre, le témoignage de Fernand Humez[12], emprisonné à Moulins avec André, lui parvient à Niherne. Ce dernier a pu rentrer chez lui, 74 rue Delaroche, à Calais, après la libération de la prison de Moulins, début septembre 1944.

Il adresse un deuxième témoignage à Charlotte le 24 janvier 1945, plus détaillé. Il y écrit être « désolé pour [elle] et [sa] chère petite », et « comprend combien cela est cruel pour [elle] de tout supposer et de rien savoir[13]. ».

La guerre terminée, Charlotte et sa fille reviennent à Paris, dans le quartier Pigalle, 56 rue des martyrs. Cette période est éprouvante. Charlotte est sans le sou, toujours sans nouvelles d’André, et se décrit comme « très malade » en raison des persécutions subies et de la disparition de son mari[14]. Elle trouve un emploi qui lui permet de subsister et de reprendre le dessus, puis déménage rue Miguel-Hidalgo, dans le XIXe arrondissement.

En 1948, Charlotte saisit le ministère de la Santé publique et de la Population afin d’obtenir la naturalisation française et celle de son mari, toujours « présumé disparu » et « non rentré » pour l’administration. Pourtant, la Liste officielle n°1 des décédés des camps de concentration publiée par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en 1946 recense le décès d’André Schvartz, matricule 118 360, né le 29 mai 1911, à la date du 11 mars 1945. Au nom de la « Fédération Nationale des Déportés & Internés résistants & patriotes » (FNDIRP), Sigismond Hirsch indique également que le mois d’avril 1945 est celui du décès d’André Schvartz dans un courrier de 1948. La demande de Charlotte Schvartz n’aboutit pas.

Remariée avec Henri Loterman, devenu Loter, Charlotte émigre aux États-Unis en 1952 avec sa fille Eve. Ils emménagent sur Stanley Avenue, à Los Angeles, en Californie. Un accord franco-allemand signé le 15 juillet 1960 prévoit d’indemniser les ressortissants français victimes de persécutions par le régime nazi. Sont concernés les déportés, les internés et leurs ayants cause.

Le 28 février 1962, Eve dépose une demande de reconnaissance du statut de Déporté Résistant au nom de son père. En juin de la même année, Charlotte Loter adresse un courrier au ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre pour savoir comment obtenir cette indemnisation en compensation des dommages et préjudices subis à la suite du décès de son ex-mari. Elle s’y décrit comme une « french citizen », et André comme un « engagé volontaire dans l’armée française durant la guerre ». Elle précise également que sa fille est née à Paris et qu’elles vivent désormais toutes les deux aux États-Unis.

Lettre de Charlotte Loter au ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (juin 1962)
(Schvartz, André © SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339)

Porté par la fille d’André Schvartz, devenue Eve Lebecki après son mariage, ce dossier est envoyé en avril 1964 (il a bénéficié d’une dérogation à la forclusion, les délais étant dépassés) et est abondamment documenté. Outre le formulaire et de nombreuses pièces administratives, il contient les lettres de Fernand Humez et le témoignage de Sigismond Hirsch. On y apprend que les parents d’André Schvartz sont devenus des résidents canadiens et vivent à Montréal.

Sept ans plus tard, en janvier 1971, une réponse lapidaire est envoyée à Charlotte Loter par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Sa « demande d’indemnisation […] n’a pu être accueillie favorablement », car André Schvartz était « de nationalité hongroise lors de sa déportation et de son décès » et que « la condition tenant au dépôt d’une demande de naturalisation par le déporté n’est pas remplie ».

En ce qui concerne Charlotte, il lui est reproché de ne pas « justifier de sa nationalité française à la date du 15 juillet 1960, également exigée des ayants cause de déportés et internés de nationalité étrangère » et, dans la mesure où elle a « contracté un nouveau mariage en 1952 avec monsieur Loter, [elle] ne satisfait également pas la condition tenant au non-remariage du conjoint survivant exigée par l’article 3 du décret du 29 août 1961 »[15].

Le nom d’André Schvartz figure sur le Mur des noms du Mémorial de la Shoah à Paris, dalle n°36, colonne n°12, rangée n°3.

Ce travail a été réalisé par les élèves de Terminale D du lycée La Providence Nicolas-Barré de Mesnil-Esnard, en Seine-Maritime, durant les années 2024-2026, sous la responsabilité de David Desvérité, professeur documentaliste.

SOURCES

  • Pierre Lubek, dont André Schvartz était le beau-frère de son père, a écrit à son propos dans son ouvrage La Shoah : hériter du silence, Les éditions des Rosiers, 2012.
  • Archives du mémorial de la Shoah
  • Archives du SHD de Caen DAVCC Dossier n°21P 537 339 Schvartz, André

Notes & références

[1] Cf. Clara Royer, « 1920 : en Hongrie, la première loi antisémite de l’Europe d’après-guerre, in Histoire des juifs. Un voyage en 80 dates, de l’Antiquité à nos jours, PUF, 2020.

[2] Sigismond Hirsch a été arrêté par la Gestapo le 18 octobre 1943, torturé à la prison de Toulouse, puis transféré à Drancy. Déporté à Auschwitz avec son épouse Berthe Hirsch le 20 novembre 1943 par le convoi 62, il se voit contraint, en qualité de radiologue, d’assister le docteur Joseph Mengele à Auschwitz-Birkenau jusqu’en janvier 1945. Il est ensuite transféré dans les camps de Mauthausen, Melk et Ebensee. Sa femme meurt en déportation.

[3] Lettre d’Eve Schvartz – Lebecki du 20 avril 1964, au ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, in dossier 21 P 537 339, SHD Caen / DAVCC.

[4] Lettre de Fernand Humez à Charlotte Schvartz datée du 24 janvier 1945 : SCHVARTZ, André, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339.

[5] Ibid.

[6] Lettre de Fernand Humez à Charlotte Schvartz datée du 10 décembre 1944 : SCHVARTZ, André, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339 54267. Il donne le nom de ce « bon Français » et sa profession dans une lettre du 21 janvier 1945, ibid.

[7] Le témoignage, pourtant assez détaillé, de Fernand Humez, est incompatible avec les dates de détentions à Drancy d’André et celle de sa déportation. Mais, sous le coup de l’émotion, il a dû confondre les mois de juin et juillet, car il écrit du « 6juin au 31 juillet , un mois sans voir la lumière du jour ». Dans sa lettre, il évoque une cellule de 1,50m sur 2 mètres, avec 200 g de pain et tasse de soupe « pour ne pas dire d’eau ». « On avait toujours faim », écrit-il.

[8] Voir sur le projet Quarz ; mvr.asso.fr

[9]Monument virtuel « dédié à la mémoire de chacun des Français, hommes et femmes, déportés par les nazis au camp de Mauthausen. Ici sont conservés leurs noms et leurs parcours. Que chacun y puise matière à fortifier sa conscience et son savoir » monument-mauthausen.org

[10] Témoignage écrit de Sigismond Hirsch du 6 mai 1964 à destination du ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Le Stubendienst était un adjoint du chef de Block, chargé de l’ordre et de l’hygiène. SCHVARTZ, André, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339.

[11] « Libération du camp de Drancy, L’INA éclaire l’actu », INA, témoignage audio, ina.fr

[12] Il dit avoir été « arrêté le 30 mai par les Boches » et « conduit le 31 en prison à la forteresse de Moulins. L’après-midi même André Shvartz a été amené dans sa cellule.

[13] Lettre de Fernand Humez à Charlotte Schvartz datée du 24 janvier 1945 : SCHVARTZ, André, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339.

[14] Lettre de Charlotte Loter Schvartz au ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, 29 juin 1962 : SCHVARTZ, André, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°21P 537 339.

[15] Depuis 1940, les veuves remariées ne peuvent pas prétendre à des pensions militaires.

Contributeur(s)

Ce travail a été réalisé par les élèves de Terminale D du lycée La Providence Nicolas-Barré de Mesnil-Esnard, en Seine-Maritime, durant les années 2024-2026, sous la responsabilité de David Desvérité, professeur documentaliste.

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