Où sont le plus localisés les actes antisémites en France? Répondent-ils à une logique géographique? Ce sont les questions que s’est posé un chercheur pour un article récent, publié dans un dossier que la revue scientifique Hérodote vient de consacrer à la géopolitique de l’antisémitisme.
Sur ce seul mois de septembre 2026, la presse a rapporté la découverte de tags antisémites en Essonne, en Franche-Comté, dans l’Eure et dans la Sarthe. Des actes malheureusement trop courants en France, et qui ne sont que l’une des multiples formes d’expression de l’antisémitisme. Les graffitis et autres dégradations à caractère antisémite visent régulièrement des lieux de mémoires de la Shoah (plaques, stèles, mémoriaux…), mais pas seulement.
Le chercheur David Amsellem, docteur en géopolitique, a voulu savoir si les actes antisémites répondaient à des logiques géographiques.
Des actes concentrés dans les grandes villes
Alors que les Juifs représentent à peine plus de 0,6 % de la population française, les actes antisémites constituent plus de la moitié des actes racistes en 2023 en France.
Entre 2000 et 2022, la France a enregistré 593 actes antisémites par an, soit plus d’un et demi par jour. Chaque année, 95 des 101 départements français sont concernés, mais ces actes se concentrent dans 600 villes. Les territoires très urbanisés sont concernés, en particulier les plus grandes métropoles. La région parisienne concentre à elle seule près de la moitié des actes.

Les actes antisémites sont plus élevés là où vivent des communautés juives. Ils prennent alors la forme d’attaques contre les personnes, contre les résidences ou commerces, ou contre les établissements communautaires. Pour autant, des actes antisémites sont également commis dans des territoires où aucune personne juive n’habite. Ces actes prennent alors la forme de graffitis ou de dégradations de lieux de mémoire.
Mais encore, c’est sur un territoire d’une toute autre nature que se multiplient les injures antisémites: internet. La recrudescence de ces insultes profite de la faible réaction des modérateurs sur les réseaux sociaux. Ainsi, sur Facebook, 84 % des publications antisémites n’ont pas fait l’objet de mesures de modération malgré leur signalement.
Un antisémitisme ravivé par les événements nationaux et internationaux
L’actualité internationale entraine souvent une hausse des actes antisémites: « presque toutes les grandes vagues d’antisémitisme en France ces dernières années correspondent à une intensification du conflit au Proche-Orient » explique David Amsellem. Ainsi, dans les trois mois qui ont suivi les attentats du Hamas le 7 octobre 2023, a-t-on dénombré 1242 actes antisémites en seulement trois mois, un chiffre record pour la France. Ainsi que David Amsellem l’explique, chaque attentat visant des personnes juives ravive l’antisémitisme en France, et semble inciter d’autres personnes à agresser et injurier davantage les Juifs.
Par exemple, la ville de Sarcelle (Val-d’Oise) compte l’une des plus importantes communautés juives de France: un habitant sur cinq, soit 12 000 personnes. Or cette commune a enregistré un nombre record d’actes antisémites après les événements du 7 octobre 2023 (26 contre 5 par an en moyenne).
Des actes liées à différentes idéologies
En étudiant les propos, injures et crimes antisémites, David Amsellem identifie quatre idéologies à l’œuvre: le nazisme en premier lieu, puis l’antisionisme, l’islamisme et le complotisme. « Les discours islamistes, antisionistes et complotistes sont beaucoup plus régulièrement évoqués lors d’actes violents (homicide, agression physique). Ils sont un puissant moteur de passage à l’acte contre des Juifs » analyse David Amsellem.
On peut ajouter que les attaques visant des lieux de mémoire juifs cherchent à minimiser, effacer ou nier la Shoah, et sont donc à rapprocher du révisionnisme et du négationnisme.
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