Isidore RUNDBERG

1897-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Isidore RUNDBERG (1897-1944)

Portrait d’Isidore Rundberg, issu de son dossier d’étranger, Archives Nationales de Belgique

Isidore Rundberg, né le 22 octobre 1897 à Varsovie (Pologne), est issu d’une famille juive polonaise. Ses parents sont également nés à Varsovie : son père, Wolf Rundberg, né en 1875, et sa mère, Lending Henna, Laja. Dans cette ville, la famille réside rue Novo Karuelicka. Mais Isidore fait le choix de l’exil.

Quelques temps avant son départ pour l’étranger, il reçoit une pièce d’identité délivrée à Varsovie le 21 mars 1919. Il semblerait qu’Isidore transite temporairement par l’Allemagne en 1919 puisqu’il est mentionné sur le registre des Juifs de la ville de Bruxelles en 1941[1] comme « venant de Berlin en 1919 » quand il s’installe en Belgique.

LA BELGIQUE

En fait, Isidore arrive en Belgique le 26 septembre 1920[2]. Il s’installe d’abord à Etterbeek, commune qui fait aujourd’hui partie de Bruxelles, et où résident déjà de nombreux Juifs originaires de Pologne. Il lui est délivré un permis de séjour le 30 septembre 1920. Un an après son arrivée, Isidore s’installe au n°4 de la rue de Norvège à Saint-Gilles-lez-Bruxelles[3] et est employé comme ouvrier maroquinier, rue du Lavoir à Bruxelles. Un rapport de police précise d’ailleurs « qu’il n’a pas d’autres moyens d’existence »[4]. Le 11 avril 1927, Isidore quitte Saint-Gilles et s’installe à Anderlecht, 85 rue de Liverpool[5].

Le 19 novembre 1927, il épouse à Anderlecht Lise Segal, née le 27 décembre 1904 à Anvers. Issue d’une famille juive immigrée, Lise est la fille d’Israël Segal, originaire de Roumanie, et de Zahra Rose, née à Alger. De ce mariage naît sept ans plus tard, le 27 janvier 1935, une fille, Monique.

En Belgique, Isidore exerce successivement les professions d’ouvrier maroquinier, puis de marchand ambulant, et enfin de représentant de commerce en article de voyage. En 1937, Isidore a plusieurs démêlés avec la justice pour « roulage » et condamné à une amende par jugement du 17 novembre 1937[6]. Le couple finit par s’installer au 52 rue des Minimes à Bruxelles, à compter du 30 mars 1939[7].

LA GUERRE ET L’OCCUPATION

Le destin de la famille Rudnberg bascule après l’Occupation allemande de la Belgique. Le 10 mai 1940, la Wehrmacht envahit la Belgique en violation de sa neutralité, ouvrant l’offensive occidentale par une double manœuvre : l’attaque aéroportée sur le fort d’Eben-Emael au nord et la percée décisive du Groupe d’armées A à travers les Ardennes. Après dix-huit jours de combats, le roi Léopold III capitule sans condition le 28 mai 1940. Bruxelles, occupée dès le 17 mai, devient le siège de l’administration militaire allemande (Militärverwaltung) confiée au général Alexander von Falkenhausen et à l’administrateur civil Eggert Reeder — un régime d’occupation militaire, et non civil comme aux Pays-Bas voisins, qui façonnera durablement le rythme et les formes de la persécution antijuive en Belgique.

Pour la famille installée dans la capitale, cette occupation signifie l’entrée en vigueur, dès l’automne, d’un arsenal réglementaire d’exclusion : l’ordonnance du 28 octobre 1940 impose une définition raciale du « Juif » calquée sur les lois de Nuremberg et oblige chaque personne concernée à se faire enregistrer auprès de sa commune — à Bruxelles, ce sont notamment les administrations de Saint-Josse-ten-Noode, de Schaerbeek et d’Anderlecht, quartiers où se concentre alors une part importante de la population juive de la ville, qui tiennent ces registres spéciaux.

PRISON EN BELGIQUE

Le 21 décembre 1940, Isidore et Lise sont internés dans la section allemande de la prison de Saint-Gilles et sont mis à disposition des autorités allemandes. Ils sont libérés le 20 janvier 1941[8]. On ignore le motif de l’arrestation et les raisons de leur libération. Nous ne savons pas non plus où est leur fille Jacqueline à ce moment-là.

Le 22 janvier 1941, Isidore et Lise se font recenser en application de l’ordonnance allemande sur le registre juif le 22 janvier 1941 à Bruxelles[9].

À une date inconnue, la famille Rundberg décide de quitter clandestinement la Belgique pour se rendre en France. Les archives disponibles ne permettent ni d’appréhender leur parcours, ni s’ils se sont soumis aux différentes ordonnances afférentes aux populations juives en France. Néanmoins, tout laisse à présager que Lise et Isidore, conscients des risques d’être identifiés comme juifs ont fait en sorte de se dissimuler dans la capitale parisienne.

ARRESTATION À PARIS

Le tournant tragique intervient en juillet 1944. Le couple est arrêté à son domicile au 76 bis boulevard Barbès, le 21 juillet 1944. Aucun indice ne permet de savoir où se trouve leur fille Jacqueline lors de l’arrestation de ses parents. Après leur arrestation, le couple est transféré au camp de transit de Drancy. Isidore y est enregistré sous le matricule 25.340. Le 31 juillet 1944, il est déporté par le convoi n°77 de Drancy vers Auschwitz. Ce convoi, l’un des derniers partis de France, transporte 1 306 personnes, de tous âges.

Le convoi arrive à Auschwitz le 3 août 1944. À la descente des wagons, au bout de la rampe, les déportés sont immédiatement soumis aux sélections opérées par les SS. Parmi eux, 291 hommes sont tatoués avec des numéros allant de B-3673 à B-3963, et 183 femmes reçoivent des numéros de A-16652 à A-16834. Si Lise, l’épouse d’Isidore, est sélectionnée pour le travail, aucune archive ne permet en revanche de déterminer si Isidore a été retenu ou non lors de cette sélection. Une chose est certaine : il n’est pas revenu de déportation, il est toutefois très probable que, s’il a été gazé dès son arrivée, sa mort remonte en réalité au 3 août 1944.

Après-guerre, Lise entreprend des démarches auprès du ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en France pour obtenir une attestation de déportation de son mari. Dans une lettre datée du 26 mars 1946, elle rappelle les circonstances de leur arrestation et de leur déportation, ainsi que la disparition de son époux[10]. Suite à cette demande, le 16 mai 1946, le ministère émet un certificat de déportation pour son mari Isidore[11].

Survivante, Lise Segal reprend une vie à Bruxelles, mais elle est marquée à jamais par la perte d’Isidore et par l’expérience des camps.

 

Cette biographie a été réalisée par les élèves de terminale ST2S du lycée Jean-Bouin, à Saint-Quentin (Aisne), sous la direction de leur professeur d’histoire, Damien Bressolles, en 2025-2026.

 

SOURCES

  • Dossier Isidor Rundberg, SHD Caen / DAVCC ; 27 P 7540 (ancien classeur)
  • Fichier National, Archives Nationales
  • Dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives Nationales de Belgique

Notes & références

[1] Enregistrement de la déclaration d’Isidore Rundberg sur le registre des Juifs de Belgique, vol.223 P 52 (22 janvier 1941), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[2] Fiche d’étranger d’Isidore Rundberg, réalisée par le commissaire de police de la ville d’Etterbeek (30 septembre 1920), Dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[3] Courrier du bourgmestre de la commune de Saint-Gilles-les-Bruxelles à monsieur le Directeur général (13 janvier 1921), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[4] Commissaire de la commune de Saint-Gilles-les-Bruxelles au ministre de la Justice (21 février 1921).

[5] Courrier du bourgmestre d’Anderlecht notifiant l’arrivée d’Isidore Rundberg dans sa commune (11 avril 1927), Dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[6] Bulletin de poursuite et condamnation d’Isidore Rundberg (9 décembre 1937), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[7] Avis d’arrivée de la famille étrangère Rundberg dans la commune de Bruxelles (30 mars 1939), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[8] Note de la 3e direction générale, police des étrangers au sujet de l’internement puis de la libération d’Isidore Rundberg (s.d), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[9] Enregistrement de la déclaration de Lise Rudnberg sur le registre des Juifs de Belgique, vol.223 P 52 (22 janvier 1941), dossier d’étranger de la famille Rundberg, Archives nationales de Belgique.

[10] Lettre manuscrite de Lise Rundberg au sujet de sa déportation et celle de son mari, adressé au 4e bureau de la sous-direction de l’état civil et des recherches (26 mars 1946), dossier de Lise et Isidore Rundberg, 27 P 7540, SHD Caen.

[11] Certificat de déporté non rentré d’Isidore Rundberg émis par le chef du 4e bureau de la sous-direction de l’état civil et des recherches (16 mai 1946), dossier de Lise et Isidore Rundberg, 27 P 7540, SHD Caen

Contributeur(s)

Cette biographie a été réalisée par les élèves de terminale ST2S du lycée Jean-Bouin, à Saint-Quentin (Aisne), sous la direction de leur professeur d’histoire, Damien Bressolles, en 2025-2026.

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