Lajbus MANOWICZ
Photo ci-contre extraite du récépissé de la demande de carte d’identité d’étranger de Lajbus Manowicz, en 1927.
La vie de Lajbus Manowicz est profondément liée à celles de ses proches et ne peut pas s’écrire sans eux : Sarah sa femme, Henri et Joseph[1], leurs deux fils avec lesquels ils ont été déportés, ainsi qu’Isidore, l’aîné, mort en 1938.
Lajbus, dit Léon[2], Manowicz, écrit parfois à tort Manowiecz ou Manovitch[3] (voir plus loin dans la biographie) est né le 7 juin 1897 à Stryków (région de Łódź, en Pologne) d’Élie Manowicz (1870- ?) et de Ruchla /Rachel Blinbaum (1867 – ?) arrive en France en mars 1920, illégalement et sans papiers. Est-il arrivé en compagnie de Sarah Pytel ou l’a-t-elle rejoint en avril ? Celle-ci est née le 30 août 1897, également à Stryków, de Schemil Pytel et Hannah Esther Koutaz[4].
Selon une attestation de domicile de sa logeuse datée du 22 mars 1920, Lajbus séjourne depuis le 20 du même mois chez Mme Jeandet, 48, rue du Roi-de-Sicile, dans le Marais, point de chute fréquent des nouveaux immigrés originaires de Pologne. Sarah n’est pas nommée dans l’attestation.
Elle l’a forcément retrouvé en avril : le 10 novembre naît leur premier fils, Isidore[5] Isaac, que Lajbus reconnaît. Ils ne sont donc pas mariés, officiellement du moins.
Dossier Ia135 © AN
Le parcours du couple avant 1920, de nationalité russe lorsqu’ils arrivent en France[6], puis polonaise, reste très flou : suite à un malentendu au consulat de Russie le 24 mars 1920 lors d’une demande de pièce d’identité, il est déclaré que Lajbus fut prisonnier en 1916 et durant deux ans à Kehl en Allemagne à titre civil[7]. Cela est faux : « il l’a démenti », dit un rapport rédigé en vue de sa naturalisation dans les années 28-29. En revanche, Lejbus assure qu’il « venait de Kehl », une ville allemande du Bade-Wurtemberg, quand il est arrivé en France.
Malgré l’affluence de migrants et réfugiés juifs d’Europe de l’Est et de Russie, Lajbus est vite repéré par la police des étrangers. À peine un mois après son arrivée à Paris, la préfecture de Paris lui demande quitter le territoire français pour Bruxelles. Son prénom est alors indiqué comme Leibocesh, en raison d’une erreur de transcription.
Est-ce à ce moment qu’il a pris contact avec le Comité de protection des émigrants israélites, ou dès son arrivée ? Ce comité, créé en 1920 pour venir en aide aux immigrés et réfugiés juifs en butte à l’antisémitisme virulent en Europe de l’Est et en Europe centrale, lui a délivré un reçu d’arrivée en France. Il obtient de la préfecture un délai jusqu’au 12 avril avant l’expulsion. Finalement, Lajbus a pris le train Gare du Nord le 9 avril 1920 à 22 heures à destination de Bruxelles, indique un rapport du commissaire de police à la préfecture. Sarah n’est pas mentionnée.
Lajbus disparaît un temps des radars de la police, habitant avec Sarah et Isidore, selon un rapport postérieur des renseignements généraux[8]: 15 rue de Jouy à partir du 16 novembre 1920, juste après la naissance d’Isidore à l’hôpital Rothschild (12e). L’adresse est dans le Marais, où vit une population juive pauvre. Lajbus travaille pour le tailleur Wakermannn (40 rue du Faubourg Saint-Martin, dans le 10e arrondissement).
Immigré illégal
Le 3 mars 1921, Lajbus est signalé par le service des Garnis, rue de Jouy et les autorités lui demandent une nouvelle fois de quitter la France. Il n’a alors pour tout moyen d’identification qu’un certificat du « Comité des émigrants israélites » et « attend soi-disant son passeport pour l’Amérique », dit le commissaire de police. Il faut noter que l’attente du passeport pour l’Amérique est une excuse avancée souvent par des immigrants illégaux.
Le 12 mars 1921 Lajbus, dont le prénom est cette fois orthographié « Leibousk », et le nom « Manovitch », a reçu, avec sa femme (rien n’est dit sur Isidore), une convocation avec l’ordre de quitter le territoire français avant le 19 mars pour Bruxelles, selon une décision du 8 mars prise par la préfecture de police. Or, comme il ne s’est pas présenté pour partir ; le 22 mars, ordre est donné de « faire recherches d’usage ».
Le 28 mars, la police constate qu’il « a quitté le 15 de la rue de Jouy » le 25 mars, disant au logeur qu’il partait en Belgique. Ensuite, le 2 avril, les récits du commissaire de police divergent. Dans une version manuscrite, il est dit qu’il a été « amené au service ce jour » avec sa femme ; mais dans une version tapuscrite, il a lui-même fait la démarche : « cet étranger s’est présenté ce jour à mon service ». C’est en tout cas ce jour-là que « Leibousk Manovitch » déclare qu’il a été refoulé à la frontière belge, le 19 mars, « parce qu’il n’avait pas de passeport ».
Revenu à Paris, Lajbus indique qu’il s’est installé 4 rue de Laghouat, ce que confirme la police des garnis le 15 avril. Il s’agit d’un hôtel meublé du 18e arrondissement, (un autre quartier, près de la porte de Clignancourt, avec une population juive pauvre originaire de Russie, Lituanie ou encore de Pologne). Il paye un loyer de 100 francs mensuels pour une chambre dans ce meublé tenu par un Auvergnat de l’Aveyron. Le recensement de 1926 montre que les locataires étrangers y sont très peu nombreux. Un délai lui est accordé jusqu’au 12 courant pour « lui permettre de se procurer un passeport afin de quitter la France ».
Régularisation du statut d’étranger
Le 11 avril 1921, Lajbus se présente à la police des étrangers et déclare s’être adressé au consulat de Pologne dans le but d’obtenir des passeports, mais il n’avait pas son acte de naissance, indispensable pour que cette procédure soit gratuite. En absence de ce sésame, il lui était demandé de régler 720 francs. Même aux yeux de la police, la somme semble exorbitante pour un couple aux revenus modestes en charge d’un enfant de 5 mois. Lajbus demande un délai de huit semaines pour obtenir son acte de naissance de Pologne. Le commissaire de police note que Lajbus est « animé de bons sentiments pour la France ».
Ce délai lui a été accordé et a été utile. Le 4 juin, une note précise que Lajbus déclare avoir déposé à la préfecture de police au service des Étrangers, le certificat du consulat de Russie attestant de son identité.
Il est fort probable que ce jeu du chat et de la souris avec la police était une manœuvre dilatoire pour rester avec sa compagne et son fils et ne pas partir seul. Toutefois, Lajbus n’est pas le seul à avoir des problèmes avec l’état-civil russo-polonais.
Par ailleurs, il semble que Lajbus et son cousin Lewek Lajbus Manowicz (né le 1er fev 1890 ou 1886 ? à Stryków, en Pologne) aient été confondus un temps par la police des Étrangers. Leibouck est aussi une déformation du prénom de Lewek.
Dossier d’aryanisation Ia 135,
©Archives de la préfecture de police de Paris.
Le 23 juin 1921, Lajbus peut produire un certificat de nationalité officiel, et celui de Sarah est délivré le 1er juillet. Le 4 juillet 1921, lors de leur convocation au service des Étrangers et de leurs déclarations d’étrangers auprès de la préfecture de police de la Seine, Sarah et Lajbus souscrivent une déclaration de résidence à Paris. Lajbus reçoit un « récépissé ». « Sa maîtresse, la demoiselle Pytel Sarah, dont il a un enfant qu’il a reconnu, bénéficie de la même faveur », dit une note manuscrite du « 3e bureau ».
À cette date, Lajbus déclare travailler depuis deux mois chez un tailleur en chambre, originaire d’Odessa, Alexandre Triger, 62 rue de la Rochefoucauld, dans le 9e arrondissement, pour la somme de 150 francs par semaine. « Sa femme s’occupe de son enfant et du ménage », précise le rapport de police. Chez Wakermann, où il a travaillé pendant huit mois, il était payé 25 francs par jour comme ouvrier tailleur (la même somme, si l’on considère que Lajbus ne travaillait pas le samedi, jour du shabbat).
Le 9 juillet 1921, la carte d’identité d’étranger leur est accordée à chacun et leur est remise le 18. Ils résident rue de Laghouat, « dans leurs meubles », selon leur demande de carte.
On constate que les réseaux de solidarité existent parmi les immigrés de fraîche date et ceux déjà mieux insérés dans le Paris des années 1920. Nous savons que Lajbus avait de la famille en France : ce fameux cousin Lewek avec lequel on le confond, et un autre, Moszek Bocian, qui se fera connaître après-guerre. Toutefois, le cousin Lewek semble être arrivé un peu plus tard (son fils Mordko étant né en janvier 1921 à Stryków). Quant à Moszek, né en 1907 à Strikow et fils de la tante paternelle de Lajbus, nous ne savons pas quand sa famille est arrivée de Pologne.
Mariage civil
Le mariage fait partie du processus de régularisation. Le couple se marie le 13 juillet 1925 à la mairie du 18e arrondissement de Paris[5] et certifie vivre depuis plus de deux ans impasse Letort, dans ce même arrondissement. Toutefois, une note manuscrite du dossier de police qui récapitule les faits et gestes de Lajbus depuis 1920 indique qu’il « est marié en Pologne à la dénommée Pittel Sarah, 22 ans », ce qui laisse penser qu’ils s’étaient unis religieusement avant de venir en France.
Acte de mariage de Lajbus Manowicz et Sarah Pytel, 13 juillet 1925, Paris 18e
© Archives de Paris.
Le 23 décembre 1925, Lajbus et Sarah reçoivent un récépissé de demande de carte d’identité d’étranger, sur lequel figurent leurs photos. Cela tient lieu de permis de séjour provisoire. Ils ont payé une taxe de 10 francs pour chaque récépissé, qui ne vaut pas acceptation de la demande, mais signifie juste qu’elle a été déposée. Le couple vit 4, impasse Letort, avec leur fils. La précieuse carte leur est finalement remise le 15 mars 1926. Il leur a fallu déclarer « formellement n’être pas salarié ».
Le 19 janvier 1926, à l’hôpital Rothchild dans le 12e arrondissement, naît Henri, suivi, huit ans plus tard, le 29 novembre 1934, de Joseph, né dans le 10e arrondissement.
Dossier d’aryanisation Ia 135
©Archives Nationales.
Devenir français
Après la loi du 10 août 1927 qui élargit et facilite l’accès à la nationalité française, Lajbus dépose une demande de naturalisation pour lui et Sarah. Ses fils, Isidore et Henri, sont nés en France et il a déjà fait pour eux une déclaration de nationalité française. Isidore a été déclaré français après une démarche de son père auprès « du greffe de la Justice de Paix » le 18 novembre 1925. Henri est déclaré français le 1er mars 1930.
Dans son dossier de demande de naturalisation, il est indiqué que Lajbus est « marchand forain » et « gagne 15.000 francs par an ». Il est également précisé qu’il n’a « rendu aucun service à la cause des Alliés, mais il est apte au service armé », un certificat médical en témoigne. Le fait d’être père de deux garçons (soldats potentiels) est toujours un plus dans une demande de naturalisation.
Le 16 mars 1929, le service des Étrangers des Renseignements Généraux rédige une note, qui figure aux Archives de la préfecture de police, sur l’enquête dont Lajbus a fait l’objet. Il y est notamment indiqué qu’il habite 4, impasse Letort « au loyer annuel de 1.100 francs » et « n’est pas en désaccord avec le propriétaire ». Marchand forain, il vend de vieux habits sur les marchés de la région parisienne, a une remise à Saint-Ouen, rue Jules-Vallès (« le marché aux puces ») d’un loyer annuel de 600 francs. Il est inscrit au Registre du Commerce 2831 et « paie une patente de 102, 75 fr. » Il « gagnerait une quinzaine de mille francs par an ». Le rapport du policier précise que « sa femme le seconde dans son travail ».
Isidore est scolarisé « à l’école communale ».
Le fonctionnaire note que Lajbus n’a pas « d’infirmités apparentes ». Toutefois, il « s’exprime difficilement en français » et, insiste le rédacteur de la note, il « semble peu assimilé », sans donner de détails. En revanche, la réputation de la famille est bonne à tous égards : « conduite, moralité, politique et national ».
Le dossier est complet le 15 avril 1929.
Dans un rapport du 11 décembre 1929, la Préfecture estime enfin qu’au vu des « renseignements recueillis et de sa situation de famille », Lajbus et son épouse peuvent être naturalisés[9], ce qui arrive le 2 mai 1930 (décret 36348 x 29).
En raison de son âge, Lajbus est dispensé de service militaire.
Après la rue de Laghouat, les Manowicz ont vécu 135 rue Marcadet. Vers 1934, la famille a emménagé 102 rue Doudeauville, toujours dans le 18e arrondissement. Leur loyer annuel est de 1680 francs et est « régulièrement payé », précisera un rapport de police en 1943. C’est à cette adresse qu’ils sont domiciliés jusqu’à la fin de leur vie.
LA GUERRE, L’ARYANISATION DES BIENS, LA DÉPORTATION
Le 17 décembre 1938, Isidore, qui a 18 ans, meurt au domicile de ses parents, 102 rue Doudeauville[10]. C’est un tailleur, Abram Goldstein (5 rue Feutrier), qui déclare le décès du jeune coiffeur de 18 ans. Il est inhumé au cimetière de Bagneux le 20 décembre, dans un caveau, sans doute celui d’une fraternité ou mutuelle juive.
À la déclaration de guerre, Lajbus est mobilisé le 14 septembre 1939 dans le 29e Régiment d’Infanterie[11], mais est renvoyé dans ses foyers le 23 septembre, « en exécution des prescriptions d’une note datant de ce jour ».
L’aryanisation du commerce de Laybus
Dès l’automne 1940, les Allemands appliquent à la France les mesures qu’ils ont déjà imposées aux Juifs en Allemagne et dans les pays conquis : ils doivent se déclarer au commissariat de leur quartier et faire une déclaration de leurs biens personnels et professionnels. Avec en ligne de mire, la spoliation de leurs biens et la confiscation de leurs entreprises au profit de personnes décrétées « pures aryennes » – l’aryanisation.
Le gouvernement de Vichy rend ces mesures applicables par la loi du 22 juillet 1941, qui « prévoit le placement sous administration provisoire de tous les biens appartenant aux personnes considérées comme juives, à l’exception de leur résidence principale, et leur mise en vente au profit de l’État » mais déjà le 14 mai 1941, le Commissariat Général aux Questions Juives (CGQJ), dans un rapport sur l’« entreprise israélite » avait décrété la « liquidation immédiate, sans délais »[12] du commerce de Lajbus, jugé « sans intérêt économique »[13] : un stand de marché au 134 avenue Michelet à Saint-Ouen, où il vendait des vêtements pour hommes. Cette aryanisation est menée par un administrateur provisoire, M. Schuttler, qui revendra l’emplacement et les marchandises restantes à Nestor Grolleau, « aryen » français, certifié « sans parenté avec l’israélite »[14] le 12 août 1941.
Après la liquidation de son commerce, Lajbus travaille à son domicile, 102 rue Doudeauville dans le 18e arrondissement, comme tailleur pour la maison Fagenbaum, 26 boulevard de Clichy[15]. Son fils Henri travaille avec lui. Il déclare gagner 4000 francs par mois.
La remise en cause de la naturalisation
En avril 1943, une enquête est ouverte par la Commission de révision des naturalisations pour savoir si les parents Manowicz peuvent garder leur nationalité française, ou s’ils doivent être dénaturalisés : le 5 octobre, un rapport de la Préfecture de Police de Paris décide de maintenir leur naturalisation[16]. Les Manowicz sont donc tous français quand ils seront arrêtés huit mois plus tard.
L’arrestation
Le 23 juillet 1944, ils sont tous les quatre, Lajbus, Sarah, Henri, qui a 18 ans, et Joseph, qui en a 10, arrêtés et internés dans le camp de transit de Drancy. Ils n’ont pas transité par le dépôt de la préfecture de police de Paris et l’on ignore où, quand exactement et par qui ils ont été arrêtés. Des scellés sont apposés sur la porte de leur appartement.
Laybus reçoit le numéro de matricule 25.630 et dépose la somme de 710 francs à la fouille.
Le 31 juillet, ils sont déportés de la gare de Bobigny par le convoi 77. Il semble que Henri n’ait pas été enfermé dans le même wagon que ses parents et son jeune frère.
Une famille assassinée dans la Shoah
Acte de décès de Lajbus Manowicz, état civil du 18e arrondissement
©Archives de Paris.
Lajbus, Sarah et leurs deux fils ont disparu dans la Shoah.
Après mai 1945, c’est un cousin qui se charge de faire établir leur décès et charge un avocat de faire les démarches administratives à cet effet.
En effet, en 1948, Moszek[17] (dit Maurice) Bocian qui se déclare être le cousin germain de Lajbus, et vit 92 rue Championnet, dans le 18e arrondissement, entame une procédure pour que Léon et sa famille soient reconnus comme « non-rentrés » afin de pouvoir établir leurs actes de décès. Il fait également une demande de restitution des biens spoliés pour récupérer les marchandises ainsi que le commerce de Lajbus[18].
Moszek Bocian, grâce à son avocat, Me. Maurice Fischgrund[19], parvient à récupérer les marchandises spoliées à Lajbus. Le local ne lui est pas rendu, mais il touchera 1000 francs par mois pour sa location.
Curieusement, si l’avocat cite correctement, dans un courrier du 11 août 1948, les prénoms de Léon et Sarah, il indique que les enfants se prénomment « Roger et Georges ». Les dossiers de demande de régularisation des deux enfants Manowicz, remplis par le cousin Maurice Bocian, indiquent, quant à eux, que Henri est dit « Roger » et que Joseph est dit « Georges ».
En juillet 1948, un autre avocat, Maître Coremblit, s’informe des actes de décès de « Lejbush Manovitch » au nom d’un cousin Bocian (sans prénom), demeurant cette fois 12 rue Neuve-de-la-Charbonnière, Paris 18e. S’agit-il du même cousin, ou bien deux d’entre eux ont-ils entrepris de faire établir le décès de Lajbus ?
En août 1948, Me Fischgrund revient à la charge pour obtenir les actes de disparition.
Aujourd’hui, on peut retrouver les actes de décès des quatre membres de la famille Manowicz dans le registre du 18e arrondissement de Paris de juillet 1944 au 21 août 1944, aux numéros 3404 bis (Joseph), 3405 bis (Henri), 3406 bis (Lajbus) et 3407 bis (Sarah) : leurs noms ayant été ajoutés en 1949, ils sont manuscrits, dans la marge, et sont des « bis » : comme la plupart des déportés du convoi 77, ils n’ont pas de vraie place dans les registres, et, comme plusieurs déportés, ont été décrétés « décédé[s] à Drancy le 31 juillet 1944 ».
D’autres actes ont été établis par la suite. Concernant Lajbus Manowicz, il est indiqué : « après jugement du TI 31 décembre 1957 : Labjus Manowicz sera dit décédé le 30 avril à Buchenwald au lieu d’être dit décédé le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine) : le 22 janvier 1955. »
Les actes de décès d’Henri et de Joseph portent en marge la décision du jugement qui les déclarent « mort en déportation » et rectifie la date du décès au 5 août 1944. La rectification a été portée le 29 juin 2012. Pourtant, c’est une erreur : c’est Henri qui a été sélectionné pour entrer dans le camp d’Auschwitz-Birkenau et est mort à Hailflingen, avec le numéro de matricule 40.777. Le « Français Manowitz » est incinéré au crématoire de Reutlingen[20].
Étonnamment, on trouve également que Chaja Cerka Manowicz, née le 25 juin 1919 à Stryków, épouse d’André Lefebvre, se déclare fille de Lajbus Manowicz, livret de famille en faisant foi. Cela figure dans les dossiers SHD de Lajbus. Mais en fait, elle la fille de Lewek Lajbus et de Golda Szer. L’adresse du domicile des déportés est le 49 rue Pixerécourt à Paris 20e, la confusion est donc claire. Une fois encore, les deux Lajbus, ont été confondus, mais post-mortem.
En effet, Lewek Lajbus Manowicz, le presque homonyme, de Lajbus et sa femme Chana Golda n’ont pas eu plus de chance que leurs cousins. Réfugiés dans le sud-ouest, ils ont été arrêtés à Saint-Priest et déportés sans retour à Auschwitz par le convoi 69. Leurs enfants ont survécu.
Biographie établie par Alice Duchesnes, M1 Archives 2017-2018, sous la direction de madame la Professeure Marie-Anne MATARD-BONUCCI, Université Paris 8, Vincennes-St Denis.
SOURCES
- SHD /Caen, DAVCC, dossier Lajbus (Léon) MANOWICZ 21 P 512.084.
- ARCHIVES NATIONALES, AJ/38/891, Commissariat Général aux Questions Juives, aryanisation.
- ARCHIVES DE LA PRÉFECTURE DE POLICE DE PARIS, Ia135, dossier de dénaturalisation qui regroupe une somme importante de documents sur Lajbus depuis son arrivée à Paris en mars 1920.
- ARCHIVES DE PARIS, État civil du 18e arrondissement : acte de décès d’Isidore Manowicz ; acte de mariage de Lajbus Manowicz ; actes de décès des quatre membres de la famille.
Notes & références
[1] Sarah, Henri et Joseph Manowicz ont chacun une biographie sur ce site.
[2] Comme cela apparaît notamment dans la déclaration de décès du fils aîné de la famille, Joseph, par un collègue tailleur de Lajbus, Abram Goldzenteijn, cf. archives de l’état civil de la mairie du 18e, Archives de Paris. Après-guerre, un document rempli par l’un de ses cousins indique que Léon était son prénom d’usage.
[3] L’orthographe des noms et prénoms de Lajbus Manowicz, retenue sous cette forme pour cette biographie, est le reflet de son rapport à l’administration française, et donc des traces qu’il aura laissées dans les archives.
[4] La traduction de son extrait d’acte de naissance est fautive, de même que les orthographes sur son acte de mariage. Mais on trouve un frère d’Élie Manowicz, Hersz, marié avec une Laya Kutas en 1880. Sont-elles de la même famille ?
[5] Rapport des Renseignements généraux de la section des étrangers, du 10 juin 1943, dossier Ia135 n°16812 de la Préfecture de Police de Paris.
[6] La Pologne est divisée de 1772 à 1918 entre l’Empire russe, la Prusse et l’Autriche, Stryków se situant dans la partie russe depuis 1795. En 1920, la Pologne vient de retrouver son indépendance (juin 1919, petit traité de Versailles) et demeure dans un rapport conflictuel avec la Russie, puisque la guerre soviéto-polonaise débute peu après (1919-1921). Après les invasions allemandes, slovaques puis russes en 1939, le pays est de nouveau partagé. Ainsi, Lajbus et Sarah sont nés en territoire russe, redevenu polonais, puis russe une nouvelle fois, ce qui explique certaines difficultés administratives à venir.
[7] Certificat du consulat de Russie, 24 mars 1920, dossier Ia135, Ibid, Rapport de police en date du 8 juin 1921, in IA 135.
[8] Dossier APP IA-135. Archives de la préfecture de police.
[9] Rapport de police en date du 8 juin 1921, in IA 135.
[10] Acte n°4903, registre 18D374, état civil du 18e arrondissement, Archives de Paris.
[11] Rapport des Renseignements Généraux de la section des étrangers, du 10 juin 1943, dossier Ia135.
[12] 48e diapositive, rapport du 14 mai 1941, de MIC/AJ/38/891, Archives Nationales.
[13] 21e diapositive, rapport du 18 novembre 1942 du Commissariat Général aux Questions Juives, de MIC/AJ/38/891, Ibid.
[14] 34e diapositive de MIC/AJ/38/891, Ibid.
[15] Rapport des renseignements généraux du 10 juin 1943, « ancien commerçant en confection pour hommes, 136 avenue Michelet à Saint Ouen, l’intéressé travaille chez lui depuis près d’un an, en qualité de tailleur pour la maison Fagenbaum », dossier Ia135, arch.cit.
[16] Dossier Ia135, Ibid.
[17] Moszek Bocian est né à Stryków, le 15 mai 1907. Il meurt, à Paris 18e, le 6 mars 1958. Il réside alors au 102 rue Doudeauville, l’adresse de la famille Manowicz, disparue dans la Shoah.
[18] Actes n°12098, registre 1994W7 et n°8172, registre 47W74, Ordonnance de restitution des biens spoliés, Archives de Paris.
[19] Maître Fischgrund a été particulièrement actif après-guerre dans les affaires de demandes de restitution d’œuvres d’art spoliées. Il a notamment assuré la défense du marchand d’art Paul Tulino devant la Commission nationale interprofessionnelle d’épuration. Il a réussi à le faire reconnaître comme innocent, ce que l’ouverture récente des archives a démenti. agorha.inha.fr
[20] Archives de Bad Arolsen, ITS. Voir aussi Volker Mall, Die Häftlinge des KZ-Außenlagers Hailfingen/Tailfingen [ndt : Les détenus du camp annexe de Hailfingen/Tailfingen], Herrenberg 2014. « Mémorial du camp annexe de Hailfingen-Tailfingen », révisé en 2017.
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Ma grand -mére Jeannette Manowicz était nièce de Lajbus Manowicz et cousine de Henri et Joseph.
Soit son papa Lewek le cousin Lajbus.
Auriez vous des renseignements à partager à leur égard issus de votre biographie ?
Pourriez-vous nous contacter sur le site convoi77.org, contact, s’il vous plait, en indiquant : pour Laurence ?
A très bientôt !
Jeannette est donc la fille de Lewek, qui est parfois confondu avec Lajbus par la police des étrangers ? Elle est née en 1926… avait-elle des contacts avec ses cousins?
Bonjour,
Mon mari est le petit-fils de Moszek Bocian (Maurice), le cousin germain de Lajbus cité dans l’article. C’est lui qui a fait les démarches après-guerre et a récupéré l’appartement du 102 rue Doudeauville (18e), où mon mari a aussi habité. Il était probablement en lien avec Lewek Manowicz quand il habitait dans le 20e.
Bonne journée,