Henri HIRSCH

1867-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Henri HIRSCH (1867 – 1944)

Portrait d’Henri Hirsch, ca 1900 (©DR, Nadia Bolle)

Naissance et jeunesse

Henri Bernard Hirsch naît le 24 septembre 1867 dans le 11ᵉ arrondissement de Paris, 15 rue Saint-Sébastien[1], non loin du boulevard Beaumarchais.

Acte de naissance d’Henri Hirsch. Actes d’état civil numéro 3917
© Archives de Paris

Son père est marchand de draps (mercier) et se nomme Lazare Hirsch. Il est âgé de 31 ans à la naissance de son fils. Sa mère est couturière et se nomme Hermange Morhange, elle a 25 ans quand elle donne naissance à Henri. Ses grands-parents paternels sont Baruch Hirsch et Florette Baer.

Boulevard Beaumarchais, ca 1900
© DR/ Cartorum.fr

Lazare et Hermange sont tous deux originaires de l’Est de la France[2] et sont venus à Paris avant leur mariage, qui a lieu le 21 juin 1866. Ils font alors partie de la vague d’immigration juive arrivée de la région strasbourgeoise qui, en pleine ascension sociale, décide de rejoindre la capitale.

Ce sont donc des Juifs assimilés, reconnus comme des citoyens français à part entière depuis la Révolution de 1789[3].

En 1867, nous sommes en pleine révolution industrielle et Napoléon III est encore au pouvoir. Paris est transformé grâce aux travaux du baron Haussmann. C’est devenu une ville lumineuse, culturelle. On écoute Offenbach et on lit Zola. Les rues bruissent des actualités venues d’Europe.

L’année de la naissance d’Henri, la construction de la grande synagogue de Paris, rue

de la Victoire, s’achève, marquant une période d’intégration de la population juive à la société française.

Synagogue rue de la Victoire. Photographie publiée dans la Jewish Encyclopédia,
Wikipédia © DR

Le petit Henri est un enfant choyé car unique. Il fréquente vraisemblablement l’école et obtient sans doute son certificat d’études, même si les lois Jules-Ferry sur l’école publique n’ont pas encore été promulguées.

Mariage et âge adulte

Henri épouse Lucie Bloc à l’âge de 28 ans, le 21 mai 1895 à la mairie du IXᵉ arrondissement de Paris.[4]

Un contrat de mariage est établi le 16 mai par maître Garanger.

Acte de mariage d’Henri Hirsch et Lucie Bloc, état civil – mariages Paris IX
© Archives de Paris

Henri et Lucie n’auront jamais d’enfants, et mèneront une vie aisée. Henri possède en effet de nombreuses actions, et investit notamment dans des mines de charbon, comme celles du Nord-Pas-de-Calais de Courrières et d’Ostricourt.

Jusqu’en 1939, Henri occupe la position de représentant de commerce. Un document témoigne de son statut de créancier en Afrique du Sud.

Portrait d’Henri Hirsch, ca 1920
©DR, Nadia Bolle

En 1930, le couple emménage au 122 boulevard Murat, dans le XVIᵉ arrondissement, non loin de la Porte Saint-Cloud.

Boulevard Murat, carte postale
© DR./Cartorum.fr

Cependant, en Allemagne, Adolf Hitler s’est emparé du pouvoir en 1933. On peut imaginer qu’Henri et Lucie, couple éduqué, lisent dans la presse ce qui se passe dans les premiers camps comme celui de Dachau, les récits des exilés qui racontent plus tard la terreur des événements comme la Nuit de Cristal[5].

LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Dès novembre 1935, un dramaturge diplomate a alerté sur l’imminence d’un nouveau conflit avec la pièce La guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux qu’ont peut-être vue Henri et Lucie ; l’auteur montre bien le gouffre à venir d’une nouvelle apocalypse mondiale.

Le 1ᵉʳ septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et le 3 septembre la France et l’Angleterre entrent en guerre.

Malgré les accords de Munich du 30 septembre 1938, le président du Conseil de la République française Édouard Daladier et le premier ministre britannique Neville Chamberlain, ont échoué dans leurs tentatives de négociation.

C’est la blitzkrieg (guerre éclair) et les Français, éberlués, comprennent que la guerre n’est « drôle » que dans la bouche des bonimenteurs. La Bataille de France, du 10 mai au 25 juin 1940, s’est soldée par la défaite des Français et des Britanniques.

Le 23 juin 1940, Hitler parade au Trocadéro, les bottes nazies résonnent sur les Champs-Élysées et l’ancien vainqueur de Verdun, qui s’est fait confier les « pleins pouvoirs », Philippe Pétain, d’une voix chevrotante, trahit sa patrie en la bradant à l’occupant.

Dès lors, pour les Juifs, français ou étrangers, la vie n’est plus la même

Henri Hirsch est une des victimes des lois antijuives d’octobre 1940 : il n’est plus un Français parmi les autres, mais un « juif », défini par un décret-loi pris par le gouvernement de Vichy, directement inspiré des lois raciales nazies.

Il est ensuite visé par la loi du 22 juillet 1941 qui place sous administration provisoire les biens appartenant aux Juifs, après les ordonnances allemandes des 18 octobre 1940 et du 26 avril 1941[6]. En effet, l’État français sous domination nazie et en pleine collaboration, après le vote de lois et décrets spoliant les Juifs de leurs biens, a mis en place des transactions d’apparence légale, lui permettant de voler des biens de valeur (culturels, financiers, immobiliers…) aux Juifs. Ces vols de biens avaient pour but « d’éliminer toute influence juive dans l’économie nationale » (loi du 22 juillet 1941)[7].

Hirsch Henri. Dossier d’aryanisation AJ 38 2766
©Archives nationales

Henri Hirsch est spolié des actions qui étaient sur son compte bancaire Crédit Lyonnais.

Toutefois, jusqu’à la date de son arrestation, le couple Hirsch réussit à passer entre les mailles du filet.

Le 6 juin 1944 ou dans les jours qui suivent, Henri entend sûrement la nouvelle du débarquement allié en Normandie. Comme la plupart des Français, il pense et espère sans doute que la libération approche.

Or, c’est la stupeur lorsqu’il est arrêté à son domicile en compagnie de son épouse Lucie dans la nuit du 11 au 12 juillet 1944.

En fait, l’histoire est à peine croyable : la sœur de Lucie, Camille, est morte en mars 1944 et Lucie s’est rendue dans son appartement s’occuper de la succession. La concierge zélée appelle alors la Gestapo qui va sceller le sort de Lucie et Henri.

Après la Libération, la concierge de leur immeuble, qui est un HBM appartenant à la Ville de Paris, atteste qu’ils ont emménagé en 1930 dans l’immeuble mais n’y ont pas reparu depuis les 13 juillet 1944 « date à laquelle ils sont déportés par les Allemands ».

À peine arrêté, Henri est conduit à Drancy, sinistre camp de transit des Juifs de France vers les camps d’extermination nazis, où il va tenter de survivre pendant 19 jours, seul, puisque Lucie, malade, est à l’infirmerie. Pour un homme de 77 ans, l’épreuve est sûrement terrifiante et cruelle.

À l’entrée, il doit laisser les maigres possessions du couple. Sa « fiche de fouille » indique qu’ils ont sur eux 338 francs, une montre en or de dame, une bague en or avec perle et une bague en or avec pierres blanches et pierres bleues. Il reçoit le matricule 25.026.

Fiche de fouille de Hirsch, Henri
© Mémorial de la Shoah / Archives Nationales

Le 31 juillet, c’est le départ dans le bruit et la fureur. Henri retrouve-t-il Lucie dans un wagon ? Vit-il seul ce terrible voyage qui les mène jusqu’à Auschwitz ?

Ce dernier jour de juillet est celui du dernier convoi qui quitte Drancy pour Auschwitz, le Convoi 77.

Itinéraire du convoi 77 (convoi77.org, en ligne)

D’abord conduit par des cheminots français jusqu’à la frontière du Reich, le périple part de la gare de Bobigny, passe par Châlons-sur-Marne, Metz, Sarrebruck, Francfort, Erfurt, Leipzig, Dresde, Görlitz qui est la dernière étape en Allemagne. Le train parcourt alors les derniers kilomètres vers la Pologne. C’est d’abord Katowice et Auschwitz enfin, dans la nuit du 3 août.

Comment décrire cette arrivée dans la nuit et le brouillard, les cris des chiens, les bousculades, le tri ? Des survivants l’ont fait, qui témoignent tous du même affolement.

S’ils ont survécu au transport, sans eau, sans air et dans des conditions d’hygiène épouvantables, Henri et Lucie sont conduits à la mort dès leur arrivée. En effet, car, passé l’âge 40/45 ans, sauf exception, le tri était immédiat et les personnes âgées conduites aux chambres à gaz.

Les démarches des familles pour faire reconnaître la mort en déportation

Le décès d’Henri est officiellement déclaré le 28 novembre 1946 par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre.

La date de son décès est fixée au 5 août 1944, jour choisi pour les déportés non revenus du convoi 77 dont le sort n’a pas pu être connu.

Hirsch, Henri Dossier n°21 P 463 474
© SHD de Caen / DAVCC

Le mari d’une nièce de Lucie, Louise Alkan[8], s’estt manifesté auprès de la préfecture de Paris en février 1946, demandant l’ouverture d’un dossier en vue d’un établissement d’acte de décès et de l’attribution de la mention « Mort pour la France »[9].

En 1947, un liquidateur judiciaire est nommé et les neveux d’Henri, Louise Alkan et Paul Revel, sont exonérés des droits de mutation[10].

Le nom d’Henri Hirsch est gravé sur le mur des noms du Mémorial de la Shoah de Paris, dalle 18, colonne 6, rangée 3.

 

Ce travail a été réalisé par Agathe Auvrard, Marie-Charlotte Bellière, Hélène-Marie Darras-Madej, Jade Inglin, Romane Inglin, Jeanne Lemarchand, Naomi Obi, Lucas Penven, Mélissa Perrin, Axelle Zwaenepoel, élèves de spécialité Humanités Littérature Philosophie Classe de Terminale (année scolaire 2025-2026), sous la direction de Madame Bénédicte Poutrain, professeur de lettres, lycée La Providence-Nicolas-Barré, Le Mesnil-Esnard, en Seine-Maritime.

Notes & références

[1] C’est aussi le domicile d’un des témoins de la naissance, Jacob Lion Morhange, âgé de 66 ans, grand-père maternel d’Henri (il était né à Metz en 1801). Il était marié avec Rachel Coblence/Coblentz. Maurice Morhange, oncle du nouveau-né, est également témoin de la naissance.

[2] Elle est née à Metz, en Moselle (Lorraine), le 20 avril 1842 ; il est né à Bouxwiller, dans le Bas-Rhin en Alsace, le 5 novembre 1836.

[3] 27 septembre 1791, Assemblée nationale constituante.

[4] Lucie Bloc est désignée comme artiste peintre sur son acte de mariage. Elle vit chez ses parents, 42 rue de Trévise, dans le IXe arrondissement. Son père, Alfred, est négociant et sa mère, Clémence née Becker, est « sans profession ». Henri Hirsh, présenté comme représentant de commerce vit chez ses parents, 64 rue (Marguerite de) Rochechouart, également dans le IXe arrondissement. Le grand-rabbin Abraham Cohen, aïeul de Lucie, est l’un des témoins du mariage. Il demeure 9 rue Vauquelin, dans le Ve arrondissement. Cette adresse prendra un sens particulièrement douloureux en juillet 1944, quand des adolescentes confiées à l’UGIF y seront raflées, puis déportées avec Lucie et Henri Hirsch par le convoi 77.

[5] «  La Nuit de Cristal (Kristallnacht) est un vaste pogrom antisémite perpétré dans la nuit du 9 au 10 nvembre 1938 à travers l’Allemagne nazie, l’Autriche et les Sudètes. Le pogrom fut ordonné par le chancelier du Reich, Adolf Hitler, organisé par Joseph Goebbels et commis par des membres de la Sturmabteilung (SA), de la Schutzstaffel (SS) et de la Jeunesse hitlérienne, soutenus par le Sicherheitsdienst (SD), la Gestapo et d’autres forces de police. 267 synagogues et lieux de culte furent détruits, 7.500 commerces et entreprises gérés par des Juifs saccagés ; une centaine de Juifs furent assassinés, des centaines d’autres se suicidèrent ou moururent des suites de leurs blessures et près de 70.000 furent déportés en camp de concentration : au total, le pogrom et les déportations qui le suivirent causèrent la mort de 2.000 à 2.500 personnes ». Source : Wikipedia et Corinne Chaponnière (préf. Annette Wieviorka), Les Quatre Coups de la Nuit de Cristal : Paris, 7 novembre 1938, Paris, Albin Michel, 2015.

[6] Ses biens sont placés sous l’administration provisoire des Domaines, par décision du Commissaire général aux Questions juives, le 18 avril 1942. La liste est certifiée le 7 octobre 1943. Aucune évaluation financière n’est associée à l’énumération des titres.

[7] Dès le 10 septembre 1940, une loi permet de nommer des administrateurs provisoires pour gérer ou liquider les entreprises dirigées par des absents ou des personnes jugées « défaillants », frappant lourdement les propriétaires juifs ; cf. David Douvette, « La Spoliation des Juifs de France », Le Monde juif, 1991, n° 141. shs.cairn.info

[8] Louise Alkan, née Revel en 1890, est la fille de la sœur aînée de Lucie Bloc-Hirsch. Son mari se prénomme Georges Maurice. Elle a un frère, Paul Revel. Elle a eu deux filles et est morte le 15 février 1967.

[9] Mlle Madeleine Hirsch a remis à la mairie du IVe arrondissement de Paris le certificat de décès « pour l’allocation » qui lui avait été remis. Elle en atteste le 6 mars 1946. Le 8 janvier 1947, l’acte de décès est envoyé à la mairie du Xe arrondissement, car une erreur a été commise, remarque le neveu Georges Alkan : l’adresse indiquée comme dernier domicile connu des Hirsch était le 132 boulevard Magenta au lieu du 122 boulevard Murat, in dossier SHD 21 P 463 474.

[10] En 1948, le trésorier-payeur de l’agence comptable de l’Office des Changes envoie un courrier au ministère des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre pour signaler qu’il a « un ordre de paiement en faveur de M. Hirsch » pour des créances françaises en Afrique du Sud. Or il a été informé de sa déportation et cherche à connaître son adresse actuelle ou celle de ses ayants-droits.

Contributeur(s)

Ce travail a été réalisé par Agathe Auvrard, Marie-Charlotte Bellière, Hélène-Marie Darras-Madej, Jade Inglin, Romane Inglin, Jeanne Lemarchand, Naomi Obi, Lucas Penven, Mélissa Perrin, Axelle Zwaenepoel, élèves de spécialité Humanités Littérature Philosophie Classe de Terminale (année scolaire 2025-2026), sous la direction de Madame Bénédicte Poutrain, professeur de lettres, lycée La Providence-Nicolas-Barré, Le Mesnil-Esnard, en Seine-Maritime.

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