Henri SAMBERG

1926-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Henri SAMBERG (1926-1944)

La photographie reproduite ici provient de la feuille de témoignage de Yad Vashem rédigée par Esther Dahan (petite-nièce d’Henri Samberg) en 2013.

Henoch Henri Samberg, est né le 3 mars 19261 à Paris, à la maternité de l’hôpital Rothschild, dans le 12e arrondissement en France[1]. Il porte en premier prénom celui de son grand-père maternel, Hénoch, mais c’est son second prénom qui est celui d’usage.

Sa mère est entrée en France en 1924[2]. Nous ignorons la date de la rencontre avec Fizsel Samberg et ses circonstances.

Le couple vit 68 rue de Pelleport, dans le 20e arrondissement à la naissance de leur fils, un quartier où vit une population juive pauvre, émigrée pour beaucoup de Pologne. Les parents d’Henri Samberg ne sont pas officiellement mariés en France (peut-être le sont-ils religieusement) et son père le reconnaît à sa naissance.

Extrait des minutes de l’acte de naissance de Henoch Henri SAMBERG
© SHD Caen 21 P 669 632

 

Henri est juif de nationalité française depuis le 4 mars 1927 par une déclaration souscrite par son père devant le juge de paix de Paris 20e.

Certificat de nationalité de Henri Samberg
© SHD Caen dossier 21 P 669 632

 

Henri est d’origine polonaise par ses deux parents. Il est le premier enfant de Fiszel Samberg, francisé en Felix dans certains documents, (Lodz, 14 mars 1904 – Auschwitz, 16 avril 1943)[3] et de Hena Pojas, francisé en Hélène, notamment sur une feuille de témoignage des archives de Yad Vashem (Varsovie, 15 janvier 1898 – 21 février 1997)[4].

Il a une sœur cadette prénommée Suzanne (10 juillet 19305 – 27 mai 2013)[5].

Nous ignorons où Henri a été scolarisé, probablement dans plusieurs établissements différents en raison de nombreux déménagements de la famille dans les années qui ont suivi la naissance des enfants. Leur premier domicile connu est celui habité à la naissance de Henri : 68 rue Pelleport à Paris dans le 20e. Par la suite la famille Samberg est domiciliée en 1931 au 9 passage Ronce, dans le même arrondissement, près du domicile d’Esther Senot[6]. Nous pouvons supposer que la cause de ce déménagement est la naissance de Suzanne en 1930.

Nous savons qu’en 1936, Fiszel vit seul au 7 rue de la Douane, près de la Porte Saint-Martin, dans le 10e arrondissement. Il est alors tailleur chez Kablonovitch, selon le recensement parisien. Mais est domicilié au 23 rue Greneta à Paris dans le 2e arrondissement au moment de son arrestation en 1943[7].

Hena, à la même date, vit seule également, 31 rue Basfroi, dans le quartier de la Roquette, dans le 11e. Elle est mécanicienne (certainement en couture), selon le recensement parisien.

Les enfants sont encore très jeunes, Henri à 10 ans et sa sœur, 6. Sont-ils placés en nourrice, dans une institution ? pris en charge par des membres de la famille ?

Quand la guerre éclate, en septembre 1939, Henri a 13 ans, l’âge de sa bar-mitsvah, un moment important de la vie d’un jeune Juif. Or nous ignorons si sa famille était pratiquante et si Henri a accompli ce rite de passage vers l’âge adulte.

Pendant la guerre, il vit au 44 rue Volta à Paris dans le 3e arrondissement avec sa sœur[8], sans que l’on sache s’ils sont avec leur mère, seuls, ou dans une famille.

La profession de Henri Samberg au moment de son arrestation est floue. Il est soit fraiseur, soit tailleur comme son père, selon les différents documents consultés[9]. Sa mère indique qu’il était « tourneur » dans le dossier qu’elle remplit après-guerre pour l’obtention posthume du titre de Déporté politique[10]. Cependant, l’acte de décès reporté à l’état civil de la mairie du 3e arrondissement le 7 octobre 1960 indique qu’il était tailleur.

Nous ignorons ce qu’a fait Henri depuis que les Juifs sont devenus « indésirables » ou « en surnombre dans l’économie nationale » en France, à partir des premières lois antisémites prises le gouvernement collaborateur de Phillipe Pétain en octobre 1940 et les ordonnances des armées d’occupation nazies. Âgé de 13 ans au moment de la guerre, était-il encore scolarisé ? Avait-il entrepris une formation professionnelle ? Les différents métiers qui lui sont attribués sont-ils le résultat de la difficulté à trouver un emploi quand on était juif ?

Henri a-t-il été déclaré comme juif par son père ? A-t-il porté l’étoile jaune à partir de juin 1942 ? Comment a-t-il survécu ? Autant de questions pour l’instant restées sans réponse.

Nous pouvons imaginer en revanche qu’il a été informé de l’arrestation de son père, et peut-être de sa déportation.

Fiszel Samberg est arrêté le10 janvier 1943 à son domicile au 23 rue Greneta à Paris, dans le 2e arrondissement. En 1940, il fait l’objet d’une fiche au service des étrangers (retrouvée dans le « fonds de Moscou »). Il est déporté le 11 février, via le convoi 47, au camp d’extermination d’Auschwitz, où il meurt à 39 ans le 16 avril 1943.

Sur la photo qui illustre sa biographie sur le site du Mémorial de la Shoah, et qui a été sans doute donnée par sa sœur ou sa mère alors qu’elles le recherchaient après la fin de la guerre, Henri est un jeune homme très élégant, qui porte des lunettes. Un détail qui lui a peut-être été fatal à son arrivée à Auschwitz.

L’arrestation et la déportation

Henri Samberg est âgé de 18 ans lorsqu’il est arrêté, en juillet 1944 lors d’une rafle ou à son domicile selon sa mère, qui change de version selon les documents, indiquant ainsi que ni elle ni Suzanne n’ont été témoin de l’arrestation ou n’en ont eu de témoignage direct. On ne trouve pas trace de son passage par le dépôt de la préfecture de police, et nous ne savons donc pas par quel service de la police française, de la police antijuive ou de la Gestapo il a été arrêté.

Le 21 juillet, il est interné au camp de Drancy[11]. D’abord dans l’escalier 18, au 4e étage dans une chambrée d’hommes ou d’adolescents, puis dans l’escalier 3, au 1er étage[12].jusqu’au 31 juillet 1944, date de sa déportation vers le camp d’Auschwitz via le convoi 77[13].

Henri reçoit comme numéro de matricule le 25.343. Il dépose 2009 francs à la fouille du camp, ce qui est à peu près l’équivalent d’un salaire mensuel d’un ouvrier. Cela ne permet pas de renforcer l’hypothèse qu’il est pu être arrêté dans le cadre des rafles commanditées par le directeur SS du camp de Drancy, Aloïs Brunner, qui a fait arrêter tous les enfants et adolescents des maisons d’enfants de l’UGIF[14].

Déporté sans aucun membre de sa famille, Henri a été certainement « convoyé » dans un wagon dit de « célibataires ». Nous savons que dans au moins deux de ses wagons a eu lieu une tentative d’évasion. L’une d’entre elles a été découverte. Les 60 hommes du wagon ont été mis à nu, enchaînés et enfermés dans un wagon prison, sans eau ni nourriture. Arrivés à Auschwitz, ils ont tous été envoyés directement à la chambre à gaz. Henri était-il dans ce wagon ? Ou bien, jeune myope, il aurait subi le sort de bien des porteurs de lunettes à leur arrivée, lors de la sélection : mis dans la file des hommes pas assez costauds et qui n’entraient pas dans le camp pour le travail forcé.

Il meurt sans doute le 3 août 1944 à Auschwitz, comme son père quelques mois plus tôt (16 avril 1943). Il est probable que Henri ait été emmené dès son arrivée vers les chambres à gaz. Sa date de décès est officiellement fixée au 5 août, compte tenu de la loi de 1985 déclarant décédée cinq jours après son arrivée toute personne passée par les camps d’extermination non revenue et sur laquelle on est sans information[15].

Les démarches administratives de sa mère après-guerre

Suzanne, la sœur d’Henri, et sa mère ont survécu à la guerre. On ignore comment.

C’est à sa sœur qu’est remis le certificat de passage d’Henri par le camp de transit de Drancy, le 3 mai 1945.

En 1948, sur un document « demande de recherches de personnes étrangères » du ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, la nationalité indiquée pour Henry (sic) est « juive ».

En 1949, dans un des deux dossiers sur Henri conservés au Service Historique de la Défense, à Caen, une lettre du service des étrangers de la préfecture de police de Paris confirme aux services du ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre qu’il n’y a pas de dossier d’étranger sur Henry (sic) Samberg.

Hena s’est mariée, et c’est sous le nom de Hena Moskowitz[16] qu’elle fait les demandes de réparation au nom de son fils. En 1959, elle vit 25 rue de Lancry, dans le 10e et cherche à faire reconnaître le décès de Fizel et d’Henri. Elle communique la carte d’identité de Fiszel, ce qui laisserait penser qu’elle était en contact avec lui avant sa déportation, et un extrait de naissance pour Henri.

Une attestation de déportation d’Henri est émise le 8 juillet 1959[17]

Le 7 octobre 1960, le tribunal de Grande Instance de la Seine émet un jugement déclaratif de décès pour Henoch Henri Samberg. Il est transcrit sur le registre des décès de la ville de Drancy et celui de Paris 12e.

Le 2 janvier 1964, Héna/Hélène reçoit, en tant qu’ascendante, le pécule destiné à compenser le décès d’un déporté. La somme est de 120 francs. Elle reçoit également la carte bleue qui indique que le statut de Déporté Politique, soit « déporté racial » (mention qui figure abondamment dans ses dossiers), a été attribué à Henri à titre posthume (en janvier 1962).

Hélène meurt à l’âge de 99 ans le 21 février 1997 à Angicourt, dans l’Oise (60). Elle est enterrée au cimetière parisien de Bagneux, un des plus grands cimetières parisiens, dans un caveau appartenant à l’association de la Compagnie Praga[18]. Cette sépulture collective regroupe uniquement des femmes[19].

Suzanne, la sœur d’Henri, s’est mariée après la guerre avec Jacques Cymerman et a eu trois enfants. De cette union naissent les enfants de Suzanne : une fille et un fils, et ’un dernier enfant dont nous ignorons l’identité. Par la suite Suzanne devient grand-mère, Sa fille met au monde cinq enfants dont le nom nous est inconnu. Albert, avec sa compagne, a deux enfants[20].

C’est à Paris dans le 13e arrondissement, le 27 mai 2013, que Suzanne Samberg meurt, à 82 ans.

Notes & références

[1] Acte de naissance de Henri Henoch Samberg, Sa mère, comme en témoigne un document de la mairie du 12e arrondissement daté du 24 octobre 1961, le reconnaît le 19 octobre 1961.

[2] SHD, DAVCC, dossier 21 P 669 632.

[3] Fiche de recensement.

[4] Feuille de témoignage de Yad Vashem (2013).

[5] Acte de décès de Suzanne Samberg.

[6] La Petite Fille du passage Ronce, Esther Senot et Isabelle Ernst, Grasset, 2021. Recensement parisien de 1931.

[7] Fiche d’internement à Drancy de Fiszel Samberg.

[8] Attestation de disparition par Hena Pojas (1959).

[9] Feuille de témoignage Yad Vashem, Fiche d’internement à Drancy, attestation de disparition. Et, également une table des successions et absences de Noisy-le-Sec, en Seine Saint-Denis, son décès ayant d’abord été déclaré à Drancy.

[10] Dossier SHD / DAVCC, 21 P 669 632, dossier de demande de statut non daté. Le titre est accordé et notifié à la mère d’Henri le 25 janvier 1962.

[11] Fiche d’internement à Drancy (archives du Mémorial de la Shoah)

[12] Cahier de mutation de Drancy (archives du Mémorial de la Shoah)

[13] Cahier de mutation du camp de Drancy (archives du Mémorial de la Shoah)

[14] L’Union générale des israélites de France a été créée le 25 novembre 1941 par le gouvernement de Vichy. Elle prend la place de toutes les associations et œuvres juives préexistantes et a notamment la charge des enfants orphelins (de nationalité française, essentiellement) ou en déshérence après la déportation de leurs parents.

[15] L’article L. 512-3 prévoit que le décès d’une personne qui a fait partie d’un convoi de déportation sans qu’aucune nouvelle n’ait été reçue d’elle postérieurement à la date du départ de ce convoi, est présumé survenu le cinquième jour suivant cette date, au lieu de destination du convoi.

[16] Nom sur la sépulture commune du cimetière de Bagneux. La police indique qu’il existe un dossier sur Mozkowicz« dite Moschkowitz » au service des Étrangers de la préfecture de police de Paris et précise qu’elle est entrée en 1924.

[17] Dossier SHD Caen 21 P 271 107.

[18] Photographie ci-dessus prise au cimetière de Bagneux (octobre 2025). L’autre photographie provient du site internet Geni, source Cymermann -Losowski -Barichnikoff.

[19] Conférence en ligne d’Inès Baude et Louise Bur-Palmeri « Les sépultures collectives du cimetière parisien de Bagneux. Histoire des liens entre les migrants juifs d’Europe de l’Est en France et leurs morts au 20e siècle (les rendez-vous de l’Histoire, Blois).

[20] Site internet généalogie Geni.

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