Wolf GOLDSTEIN

1901 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Wolf GOLDSTEIN (1908 – 1969)

Wolf Goldstein © Mémorial de la Shoah/Coll. Viola Liberman

Wolf Goldstein est né le 19 décembre 1908, dans la ville de Lodz située en Pologne, à 130 kilomètres de Varsovie1. Il possède la double nationalité, française et polonaise. Il est de confession juive et issu d’une famille nombreuse.

Le dernier domicile connu de la famille est le 11, rue de Nancy, à Paris Xe, vers la Porte Saint-Martin.

Contexte familial

Wolf est le fils de Samuel Goldstein, tailleur, et de Jochwet Leibovitz4, tous deux polonais. Les parents de Wolf Goldstein se sont mariés en 19065. En Pologne, ils ont deux autres enfants, Isaac et Gita.

La famille Goldstein décide de quitter la Pologne en 1910 : ils fuient un pays sous souveraineté russe où persécutions, violences et pogroms sont de plus en plus fréquents6. Ils partent alors vers le nord-ouest, en direction de Copenhague. Une fois arrivée au Danemark, la famille s’installe et s’agrandit. Naissent alors, entre 1914 et 1920, cinq autres enfants : Taubias, Kopel, Elieser, Léa et Tauba. La famille décide alors de poursuivre son exil vers l’Allemagne et s’installe à Berlin brièvement. Dans cette ville, en 1922, naît une nouvelle fille, Feiga.

Enfin, en février 1923, la famille composée alors de onze membres rejoint la France. À Paris, Samuel et Jochwet ont quatre autres enfants entre 1923 et 1929 : Anna, Georges, Joseph et Louise. Cette dernière meurt en bas âge, de la coqueluche, une maladie infantile qui, comme la rougeole, faisait d’importants dégâts chez les enfants.

Après ce long exil, la famille Goldstein décide de déposer en 1927 un dossier de demande de naturalisation auprès du ministère de la Justice. En effet, la famille aspire à s’installer de manière définitive en France7.

En juin 1928, les membres de la famille Goldstein sont naturalisés français8.

Le mariage de Wolf

Un mois après l’accord de la demande de naturalisation, Wolf Goldstein, alors âgé de 20 ans et donc mineur, épouse à Paris Sossia, dite Sonia Smilianski, née à Ekaterinoslav (Dnipro aujourd’hui), en Ukraine, et âgée de 18 ans. Wolf vivait avec ses parents 10-12 rue des Deux-Ponts, dans un groupe d’immeubles du IVe arrondissement, dans l’île Saint-Louis, construits par les philanthropes Alphen et destinés à accueillir des familles nombreuses juives. Sonia était sa voisine, vivant à la même adresse.

De cette union naissent trois enfants : Marie, dite Marianne, est née le 14 octobre 1929 ; Bernard, naît le 14 janvier 1931, et Daniel Marcel, le 26 décembre 1938.

Soucieux de faire bénéficier ses enfants de la culture française, Wolf, comme l’avait fait son père avant lui, leur achète des livres chez les bouquinistes du quartier latin et fait donner à Bernard des cours de violon, tandis que Marie (Marianne) étudie le chant[1].

Wolf Goldstein exerce le même métier que son père : il est commerçant et tailleur de vêtements9. Le 15 janvier 1938, la famille s’installe 11 rue de Nancy dans le Xe arrondissement de Paris. Wolf a un commerce non loin, 102 rue d’Aboukir, dans le Sentier, quartier où des nombreux Juifs ont des ateliers textiles et des magasins de gros.

Les persécutions et l’arrestation

La guerre, la défaite et l’occupation allemande bouleversent la vie de la famille Goldstein comme celle de tous les Français. Or bien que français, les Goldstein sont juifs, et ils vont vite perdre leurs droits et être soumis à une persécution intensive, de la part des Allemands et de la police française du régime de Vichy. À peine les accords de collaboration entre Philippe Pétain et les dirigeants signés que des mesures antisémites sont prises, non seulement en zone occupée, mais également en zone « libre ».

Au moment de la proclamation du premier « statut des Juifs », en octobre 1940, Wolf Goldstein, conscient du danger, n’est pas à Paris. A-t-il pris le chemin de l’exode face à l’avancée de l’armée allemande, comme la plupart des habitants de la région Nord et parisienne, et a-t-il décidé de ne pas rentrer après l’arrivée des Allemands à Paris ? Ou a-t-il fuit en zone « libre » dès qu’il a compris que l’Allemagne d’Hitler allait prendre en France des mesures antijuives similaires à celles prises par l’armée d’occupation dans tous les pays où elle s’est installée ? A-t-il également compris que, français ou pas, il n’y échapperait pas en se conformant aux nouveaux décrets ? En effet, Wolf Goldstein ne s’est pas présenté au commissariat de police lors d’une convocation, et est décrété « en fuite depuis 1940 »11.

Toutefois, il s’est déclaré comme « juif »[2], ainsi que sa femme et ses enfants, et a porté l’étoile juive à partir de juin 1942, quand elle devient obligatoire. Sa fille Marie se serait rebellée contre cette mesure et aurait régulièrement décousu son étoile pour aller au cinéma avec des amis[3]. Or, les cinémas étaient interdits aux Juifs et ne pas porter son étoile était passible d’envoi en camp. Cela préoccupait beaucoup sa mère, Sonia.

Comme celle de beaucoup d’étrangers, la naturalisation du père de Wolf est réexaminée, mais finalement, il n’est pas dénaturalisé. Et Wolf non plus.

En son absence cependant, il est visé par des « mesures d’aryanisation » (confiscation) de son commerce. Le 8 mai 1943 est actée « la liquidation du commerce de Wolf Goldstein situé 102 rue d’Aboukir à Paris » après la vente du matériel10.

Recherché pour un motif qui ne nous est pas connu, il revient pourtant à son adresse parisienne. Et, le comble, il travaille comme tailleur dans un commissariat, ce qui lui permet d’être averti des rafles et coups de filet antisémites. Son frère Elieser, artiste chanteur et musicien dit Jimmy, en revanche, n’échappe pas à l’arrestation et est déporté vers Auschwitz-Birkenau le 28 octobre 1943, à l’âge de 27 ans. Il jouera du violon dans l’orchestre d’Auschwitz.

Le 1er juillet 1944, Wolf Goldstein, Sonia, son épouse, et Daniel, leur fils, sont arrêtés par la Gestapo (ou la Gestapo française, soit la milice) lors d’une rafle organisée dans le 10e arrondissement de Paris, quartier où réside la famille. Cette fois, il n’a pas été prévenu ; peut-être ne travaille-t-il plus au commissariat ou la police française n’a-t-elle pas été avertie de la rafle.

Envoyé par la police allemande, Wolf arrive avec sa femme et Daniel le 2 juillet au Dépôt de la préfecture de police de Paris, d’où ils sont extraits le lendemain à 15 h pour être « convoyés » par un policier français vers le camp de transit de Drancy.

Liste des consignés du 2 juillet 1944 de la préfecture de police de Paris. ©APP, CC2-8.

Le motif de l’arrestation est le suivant : « infraction au règlement »12. Après-guerre, Camille Laboureur, domicilié au Faubourg-Saint-Martin atteste le 28 février 1948 de l’arrestation de Wolf sur « dénonciation pour propagande antiallemande », ce que le passage par la « police allemande » après l’arrestation pourrait confirmer. Sa fille Marie estime que ce sont des voisins qui auraient dénoncé la famille pour s’approprier leur appartement, plus grand. Ce serait un « Italien », qui aurait, selon la nièce de Wolf, Michelle Goldstein, « passé de très mauvais moments à la libération »[4].

Son autre fils, Bernard Goldstein[5] était dans la maison d’enfants de l’Union générale des israélites de France (UGIF) rue Secrétan, où travaillait sa tante Thérèse (Tauba) comme infirmière à la garderie.

Ils sont, quant à eux, arrêtés le 22 juillet 1944 lors de la rafle générale des maisons d’enfants de l’UGIF. Ils se trouvaient avenue Secrétan.

Cette rafle se déroule dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944 au numéro 70 de l’avenue Secrétan dans le XIXe arrondissement de Paris. Alors que les armées alliées progressent vers Paris, le SS Aloïs Brunner, commandant du camp de transit de Drancy, décide de faire rafler tous les enfants juifs et le personnel des maisons de l’UGIF, où ils avaient été envoyés depuis Drancy ou d’autres camps.

Marie, qui porte l’étoile jaune, était aux bains-douches municipaux au moment de l’arrestation de sa famille. Laissée seule après l’internement de sa famille, elle avait cependant refusé de se rendre au centre UGIF et s’était réfugiée chez des amis. Elle est restée cachée jusqu’à la libération de Paris13. Elle a survécu et émigré aux Etats-Unis.

La déportation

Wolf Goldstein est déporté de Drancy vers Auschwitz le 31 juillet 1944 : c’est le convoi 77, qui emporte 1306 personnes, dont environ 300 enfants et adolescents. Après trois jours et quatre nuits de trajet dans des conditions inhumaines, le convoi 77 atteint le camp d’Auschwitz-Birkenau le 3 août à l’aube. Les membres de la famille Goldstein subissent alors la sélection. Wolf Goldstein est considéré comme « apte au travail ». Il est dirigé vers le camp et se voit attribuer le numéro de matricule B-3774, tatoué sur son bras gauche.

Les autres membres de la famille Goldstein connaissent un sort bien plus tragique : Sonia, âgée alors de 33 ans, Bernard, âgé de 13 ans, et Daniel, âgé de 5 ans, considérés inaptes au travail, sont conduits directement à la chambre à gaz. Ils sont assassinés à Auschwitz et leurs corps sont brûlés dans les fours crématoires.

Après plusieurs mois à Auschwitz, où il est affecté au Kommando de démineurs, un des plus dangereux, Wolf Goldstein est ensuite déporté en direction de l’Allemagne, vers le camp de Dachau : il y arrive le 28 janvier 194514. À partir de là, il est affecté à divers camps annexes, et se trouve à celui d’Octzal quand les Américains libèrent Dachau 29 avril 1945. Le 17 mai 1945, Wolf Goldstein est rapatrié en France par le centre de Sarrebourg, où il est arrivé le 20 mai.

Fiche médicale de Wolf Goldstein, dossier 21 P 617 028 ©SHD Caen

Son état de santé est jugé moyen : les médecins constatent un amaigrissement de 15kg15. Interrogé sur ses projets, Wolf Goldstein prévoit de rentrer à son domicile parisien. Arrivé à Paris, il retrouve sa fille Marie : ils sont les deux seuls survivants de la famille Goldstein, victime de la barbarie des nazis. Cependant, Elieser/Jimmy, le frère de Wolf a également survécu à trois années des « camps de la mort ». Il a été libéré à Buchenwald.

En revanche, Luba Smielanski, née Rissof, la mère de Sonia et belle-mère de Wolf, est morte à Auschwitz le 30 septembre 1942.

Après la déportation

Wolf Goldstein demande le statut de Déporté Politique le 19 mai 1953. Le 28 avril 1955, Pierre Golstein consulte le dossier d’archives relatif à la spoliation16. Après deux années d’attente, le 21 novembre 195517, Wolf Goldstein obtient le statut de Déporté Politique. À la date du 19 septembre 1956, Wolf vit désormais 130 rue Ordener, près de la porte de Clignancourt, et touche un pécule (une somme symbolique) de13.200 anciens francs du ministère comme victime de guerre18. Il perçoit ensuite une indemnisation allemande de 5.130 (nouveaux) francs le 7 février 1963.

Le 15 octobre 1980, Marie Goldstein, devenue Marie Levinas en raison de son mariage et qui vit à New York, se voit refuser le paiement d’une pension (en vertu de l’accord franco-allemand du 15 juillet 1960) pour la déportation de sa mère au prétexte que sa mère était de « nationalité soviétique » lors de sa déportation et n’avait pas « présenté sa demande de naturalisation »19. L’administration explique à Marie qu’elle a pu toucher le pécule « de 120 francs, sur la base de 12 francs par mois de déportation ».

Wolf Goldstein se remarie après la guerre. De ce mariage naît un enfant.

Wolf Goldstein décède le 26 décembre 1969, à l’hôpital Bichat après une opération d’un cancer sans espoir de réussite20.

 

Cette biographie a été réalisée par Nada, Soundous, Mahina, Chaïma, Lamine, Nithulan, Damla, Carla, Imène et Sadia (élèves du collège Christine de Pisan à Aulnay-sous-Bois) encadrés par Mmes Migayriou et Baconnet, durant l’année scolaire 2025-2026.

 

Autres biographies de membres déportés de la famille consultables sur le site convoi 77

  • Tauba Goldstein, sœur de Wolf
  • Bernard Goldstein, fils de Wolf
  • Jean Bender, fils de Gita Goldstein (sœur de Wolf)
  • Jacques Bender, fils de Gita Goldstein (sœur de Wolf)
  • Mina Bender, fille de Gita Goldstein (sœur de Wolf)
  • SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.
  • SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.
  • Dossier de spoliation AJ38-1787, op. cit.
  • SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.
  • SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.
  • SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.
  • Information apportée par Laurence Klejman de l’association Convoi 77.

Notes & références

1 SHD de Caen DAVCC, Dossier Goldstein Wolf, 21 P 256 418.

2 Ibid.

3 Ibid.

4 Ibid.

5 Registre d’état civil de la famille Goldstein à son arrivée au Danemark en 1910.

6 convoi77.org/deporte_bio/bernard-goldstein

7 Dossier de demande de naturalisation établi le 27 juin 1927 par Samuel et Jochwet Goldstein. Archives de la Préfecture de Police de Paris. COTE ?

8 SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.

9 Dossier de spoliation AJ38-1787 Dossier 14424.

10 Ibid., note de monsieur Tournier à la section le 08/05/1943.

11 Ibid. Premier rapport de monsieur Tournier le 23/10/1942.

12 SHD de Caen, Dossier Goldstein Wolf, op. cit.

13 convoi77.org/deporte_bio/bernard-goldstein Elle aurait été prévenue par des voisins que la Gestapo était chez ses parents et se serait cachée chez d’autres voisins.

[1] Souvenirs de Marianne Levinas (Marie Goldstein), recueillis par sa fille Sonia Golin, voir la biographie de son frère, Bernard, sur ce site.

[2] Fichier « juif », Mémorial de la Shoah / Archives nationales et aussi le blog de Michelle Goldstein.

[3] Voir la biographie de Bernard Goldstein sur ce site.

[4] Cf michelle-goldstein.blogspot.com

[5] Voir sa bio sur ce site.

Contributeur(s)

Cette biographie a été réalisée par Nada, Soundous, Mahina, Chaïma, Lamine, Nithulan, Damla, Carla, Imène et Sadia (élèves du collège Christine de Pisan à Aulnay-sous-Bois) encadrés par Mmes Migayriou et Baconnet, durant l’année scolaire 2025-2026.

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