Elie DAHAN

1903-1964 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Élie DAHAN (1903-1964)

  • Naissance : 3 septembre 1903 – Taghit – Algérie
  • Décès : 16 mai 1964 – Pierre-Bénite (Rhône) – France
  • Arrestation : 18 juillet 1944 – Lyon (Rhône) – France

Illustration : COVIAUX Marion

La famille DAHAN : une enfance coloniale au cœur de l’Algérie française

Certificat de naissance nᵒ 33 en date du 03/09/1903, à Taghit Ain-El-Arba
©Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM),

Il s’appelait Élie DAHAN. Il avait 40 ans au moment du drame de la Seconde Guerre mondiale. Né le 3 septembre 1903 à Taghit, au cœur de l’Algérie française, il ne pouvait pas prévoir ce qui arriverait des années plus tard, pas plus que sa vie serait bouleversée par l’histoire. Ses deux parents, Moïse DAHAN et Semha AMSELLEM, ne le savaient pas non plus. Semha était ménagère.

Nous n’avons pas trouvé dans les archives ni si Moïse était en France lorsque la guerre a commencé, ni s’il a été la cible de l’une des nombreuses rafles et arrestations qui ont bouleversé le pays entre 1940 et 1944. En revanche, nous avons que Semha était à Lyon, puisque c’est son adresse qu’Élie donne à son retour de déportation, et qui est indiquée sur sa fiche médicale. Semha est morte en 1963 à Lyon, à l’âge de 78 ans, juste après ses fils Simon et Joseph, et juste avant Élie.

Les archives ne mentionnent pas non plus les grands-parents maternels d’Élie, Fredja AMSELLEM et Rahma COHEN. Nous ne savons pas pourquoi la famille a rejoint la rive sud de la Méditerranée et dans quelles conditions elle y vivait.

Élie est l’aîné de sa famille. Simon est né en 1907, Joseph en 1909, Marie en 1913, et Isaac serait né en 1922. Simon et Joseph sont morts en 1962. Marie, quant à elle, est morte en octobre 1928. C’est Élie qui a déclaré son décès à la mairie du 3e arrondissement de Lyon. Quelle fut la vie des frères d’Élie durant la guerre ? Étaient-ils en France ? Ou de l’autre côté de la mer Méditerranée ? Nous savons qu’Élie fut le témoin du mariage de son frère Simon le 30 octobre 1937 et que celui-ci est le père de plusieurs fils.

Dans les dossiers qu’il remplit, Élie ne fait jamais référence à son arrivée en France métropolitaine dans ses témoignages, et ne précise pas davantage s’il est parti seul ou accompagné par les membres de sa famille. Après les recherches complémentaires que nous avons menées, il semble plausible qu’il soit arrivé en France entre 1920 et 1921, années durant lesquelles plus de 35.000 migrants sont recensés sur le territoire (sachant que la France est le premier pays d’immigration dans le monde dans les années 1920, devant les États-Unis d’Amérique). Élie, qui est français comme tous les Juifs d’Algérie depuis le décret Crémieux de 1870, s’installe dans la ville de Lyon. Il est domicilié 25 rue Voltaire. Il y demeurera jusqu’à la fin de sa vie.

Photographie de la rue Voltaire (« arrêt rue Voltaire ») par J. Cadoux et Jean-Luc Hirt, issue du site des déporté.e.s de Lyon et sa région (www.deportesdelyon.fr)

Une intégration à la vie en France métropolitaine

Dès les premiers mois qui suivent son arrivée sur le territoire métropolitain, Élie rencontre des problèmes de santé importants. En 1922, lors d’un séjour à l’Hôtel-Dieu, on lui diagnostique une pleurésie, une maladie entraînant une inflammation de la plèvre et de la membrane pulmonaire. Il intègre malgré tout l’armée de terre en 1923, où il s’illustre par une conduite exemplaire. Plus tard, lors de l’obtention du certificat de la Légion d’honneur, les documents d’archive précisent qu’Élie DAHAN était un « soldat exemplaire » ayant fait preuve de « bonne conduite ». Cependant, les informations trouvées sur sa carrière militaire sont floues. Par la suite, il deviendra marchand forain sur les marchés autour de Lyon.

Élie se marie avec Mimah SEBBANE, née le 9 août 1897 à Nédroma, en Algérie, comme lui. Nous ne savons pas s’ils se sont mariés en Algérie ou bien en France métropolitaine après leur arrivée respective sur le territoire. Les documents que nous avons examinés ne précisent ni le lieu ni la date de ce mariage. Avec Mimah, Élie a eu cinq enfants : Marie (1930), Henry (1932), Lucienne, Maurice (1935) et Marcel (1936). Lucienne, née le 29 janvier 1934 à Lyon, est morte le 27 mars 1935 à l’hôpital de Sainte-Foy. Que deviendront ces enfants pendant la Seconde Guerre mondiale ? Ont-ils été cachés ? Leur destin nous reste inconnu à ce jour.

Lorsque la France entre en guerre, Élie n’est pas mobilisé en septembre 1939, car « étant marié et père de quatre enfants », comme il l’indique dans son dossier destiné à demander son statut de Déporté Résistant.

Résistant au début de la guerre

Notre enquête reprend au début de la Seconde Guerre mondiale, date à laquelle Élie certifie s’être engagé en tant que résistant, en raison de ses liens d’amitié avec un résistant, maître Jules Julien, ancien ministre, et Antonin Jutard, « assassiné dans la Résistance ».

Il est plausible qu’il se soit engagé dès 1940, mais les archives officielles de la République française d’après-guerre reconnaissent une période résistante à partir du 1ᵉʳ janvier 1942, période à laquelle il s’engage auprès du mouvement résistant du Coq Enchaîné. Il s’agit d’un mouvement de résistance socialiste et franc-maçon ayant opéré dans la région de Lyon. Fondé le 1ᵉʳ septembre 1941 par le médecin Jean FOUSSERET, il est composé de près de 400 militants, venant pour la plupart des départements du Rhône et de la Loire.

© Benoît Prieur (agamitsudo) – cc-by-sa Droits réservés

Ses actions consistent à l’aide au passage de Juifs voulant se réfugier en Suisse. Durant la période 1941-1943, le mouvement est en contact avec le service anglais du Special Operations Executive (SOE), et reçoit les premières armes parachutées à destination de la Résistance en mai 1942. Il œuvre aussi à la transmission de documents illégaux (tracts, journaux clandestins comme Combat, Le Coq Enchaîné, ou encore Francs-tireurs).

Le mouvement se rallie à partir de 1943 à la France Libre. Dès lors, il s’agit d’un réseau de renseignement travaillant pour le réseau résistant Brutus (devenant ensuite le réseau Andromède, puis Jove). Au sein du Coq Enchaîné, Élie Dahan est un agent de liaison. Il récupère des tracts et journaux clandestins à la brasserie de l’Étoile de Lyon et les redistribue ensuite dans la région de Lyon. Lors de la constitution de son dossier pour obtenir le titre de Déporté Résistant (DR), un document valide ses actes de résistance, en 1952. Georges REYMOND-DUNOIR, chargé de la liquidation officielle du mouvement, confirme que « son métier de forain lui permettait de se déplacer facilement et de camoufler certains papiers dans ses bagages. »

© Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon (CHRD) D.R.

Certaines archives mentionnent également une deuxième phase dans la période résistante d’Élie. En effet, entre le 26/09/1942 et le 20/05/1945, il est défini comme un résistant « isolé », c’est-à-dire indépendant et n’étant identifié comme n’appartenant à aucun groupe ou mouvement de la Résistance. Cette deuxième période n’est identifiée qu’après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque Élie cherche à obtenir le certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française.

L’arrestation

Le 18 juillet 1944 (il apparaît une autre date dans certaines archives, moins fréquente : le 16/07/1944 ; Élie se réfère à la première date), à peine descendu du train en gare de Lyon Perrache, Élie DAHAN est arrêté par la Gestapo. Revenant juste d’une mission à Montrond-les-Bains (Loire), il a en sa possession des journaux clandestins, ainsi qu’une photo du général de Gaulle (alors chef des Français libres à Londres). En 1952, il réaffirme le fait d’avoir « bien été arrêté pour faits de résistance » et insiste sur le fait que son identification à la communauté juive n’a « rien à voir avec [son] arrestation ». Un témoin, ancien résistant, assure qu’il a « été donné, comme agent de liaison », ce qui explique qu’il ait été cueilli à l’arrivée du train.

Fiche de fouilles nᵒ 6857 du camp de Drancy, du 25/07/1944. Élie a le matricule 25.774 – Élie a 2015 francs sur lui qu’il doit laisser à l’administration du camp de Drancy, contre ce reçu.
©Archives nationales, consultables au Mémorial de la Shoah

Élie est alors conduit dans les services de la Gestapo de Lyon, place Bellecour, au sein desquels il reste quatre jours et est torturé tous les jours. Dans son dossier, il ne mentionne pas les détails de ces tortures, mais il est possible qu’elles aient été opérées sous les ordres de Klaus BARBIE, chef de la section IV de la Gestapo de Lyon. Par la suite, aux alentours du 22 juillet, Élie est conduit à la prison du fort Montluc, à Lyon, puis à Drancy le 24 juillet où il est identifié sous le matricule 25.774.

Il y interné avec sa femme, Mimah, arrêtée le lendemain du jour de son arrestation à leur domicile lyonnais (matricule 25.775 à Drancy). Plusieurs fois, Élie témoigne que sa femme « [l’] aidait dans l’accomplissement de [son] travail de résistant », il est alors plausible qu’elle ait été arrêtée pour faits de résistance, mais une autre hypothèse a été soulevée durant l’enquête. Mimah pourrait avoir été arrêté sur dénonciation d’un voisin. L’enquête manque d’archives à ce sujet. (Il était fréquent que les proches d’une personne arrêtée soit contrôlée, à fortiori si les personnes étaient juives).

Qui a été déporté en même temps qu’Élie ?

Lors du travail de recherche sur Élie, nous avons repéré de fortes incohérences dans les archives à propos de la personne qui aurait été déportée à ses côtés en 1944.

En effet, deux personnes sont signalées à ses côtés dans divers documents officiels.

Nous avons complété ces informations par des sources extérieures à notre corpus documentaire. Nous avons ainsi distingué :

Mimah Sebbane : il s’agit de l’épouse d’Élie. Élie ne cite qu’elle dans ses témoignages, en expliquant qu’elle l’assistait dans son activité résistante et qu’elle fut ensuite tuée dans les jours qui suivent l’arrivée au camp d’Auschwitz.

Nous avons découvert l’existence d’une fiche d’internement de Mimah Sebbane dans les archives du camp de Drancy (Mémorial de la Shoah).

Minah Dahan : il s’agirait de la fille d’Élie ; qui serait née le 09/10/1937 à Tlemcen, en Algérie) et aurait été assassinée à Auschwitz le 05/08/1944. Ces informations étaient répertoriées sur de nombreux sites officiels, notamment dans la liste de déportés du convoi 77, ainsi que dans les archives et commémorations de la ville de Lyon, dans les Archives de la défense, ou encore dans une annonce au Journal Officiel.

De plus, ses nom et prénom sont inscrits dans la liste des déportés du Mémorial de la déportation des Juifs de France réalisée par le spécialiste Serge Klarsfeld, et sur les plaques commémoratives nationales.

Or il s’agit d’une erreur : la petite Minah Dahan, fille d’Élie et de Mimah, n’a jamais existé. Non seulement les dossiers de demande de statuts remplis par Élie DAHAN après sa déportation pour lui et son épouse ne mentionnent jamais son existence, mais aucun acte de naissance au nom d’une enfant du couple prénommée Minah n’a été retrouvé. Par ailleurs, cette enfant ne figure pas sur le registre des entrées à Drancy et n’existe pas de fiche nominative à son nom. Elle n’apparaît d’ailleurs pas sur la base du Mémorial de la Shoah.

 

L’Association Convoi 77 remercie chaleureusement les élèves d’avoir repéré cette erreur et permis de la corriger sur le site de l’association. Les rectifications sont en cours sur d’autres bases de données.

Liste du CONVOI 77 issu du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) et disponible au Mémorial de la Shoah.

        Capture d’écran issu du Journal Officiel de la République Français n°212 en date du 13 septembre 2015, disponible sur le site Légifrance.gouv.fr et présentant l’Arrêté du 4 juin 2015 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès (p.194/230)

          Capture d’écran issu du site alsyete.com présentant les juifs algériens déportés durant la Seconde Guerre mondiale (triés par listes selon la ville de naissance en Algérie) et leur numéro de convoi.

Capture d’écran issue du site de l’Académie de Lyon (ac-lyon.fr) et présentant un projet de plaques commémoratives en hommage aux enfants juifs déportés de Lyon (dans le cadre d’un travail de mémoire mené par l’association du Centre de documentation sur la Déportation des enfants juifs de Lyon (CDDEJ)).

La déportation à Auschwitz

Le 31 juillet 1944, Élie quitte le camp de Drancy avec les déportés du convoi 77 comptant 1306 personnes (986 hommes et femmes, 324 enfants de moins de seize ans sur lesquels 125 ont moins de 10 ans). Il est déporté et arrive à Auschwitz trois jours plus tard, le 3 août 1944.

836 déportés du convoi sont gazés et brûlés à l’arrivée. Élie, lui, est sélectionné pour le travail aux côtés de 290 hommes et de 183 femmes. Celles-ci portent des matricules compris entre les numéros A-16652 et A-16834. Les hommes, quant à eux, ont des matricules compris entre les numéros B3673 et B-3963. Élie a le matricule B-3726 tatoué sur son bras gauche. Elie est placé au block 20, « stube » 8 (signifie chambre 8 en allemand). AU camp, Élie est malade et est envoyé en novembre au « Revier », une des infirmeries du camp. Son nom apparait dans des archives médicales d’Auschwitz conservées à l’ITS à Bad Arolsen. Il souffre de « tuberculose ».

Dans une lettre incluse dans son dossier aux archives militaires de Vincennes, Élie raconte les sévices qu’il a endurés en raison de la violence des SS et qui lui ont laissé des séquelles.

Attestation sur l’honneur de DAHAN Élie racontant son arrestation, son incarcération et sa déportation dans le cadre d’une enquête pour le secrétaire d’État à la Guerre en date du 26/05/1953 – Dossier d’Élie Dahan, ©SHD Vincennes.

C’EST CETTE SÉQUENCE QUE LES ÉLÈVES ONT CHOISIE DE RESTITUER PAR LA RÉDACTION D’UN SCÉNARIO ET PAR LA RÉALISATION D’UNE COURTE SÉQUENCE VIDÉO. ÉLIE EST JOUÉ PAR CLARA. LES VOIX OFF SONT ASSURÉES PAR MARC-ENZO ET MIHAIL.

Au moment de sa création les élèves n’avaient pas encore identifié l’erreur au sujet de l’enfant d’Elie.

Scénario :

Élie DAHAN joué par Clara de dos

Autres voix jouées par Marc-Enzo (Élie Dahan) et Mihaïl (Z).

Élie assis sur une chaise fond uni. Image noir et blanc style vieux et abimé.

Z – Identifiez-vous par nom prénom et matricule.

Élie – Dahan Élie. Matricule B-3726.

Z – Numéro de convoi. Date de son départ et date de votre arrivée.

Élie – Convoi 77. Nous sommes partis de la gare de Bobigny le 31 juillet et sommes arrivés le 3 août.

Z – Par quelles villes êtes-vous passés ?

Élie – Nous étions à Metz le 31 juillet dans la nuit, le lendemain matin nous étions à Francfort-sur-le-Main et le 2 août nous sommes arrivés à Görlitz à la nuit tombée.

Z – Vous avez été sélectionné pour le travail. Numéro du block et de la chambre qui vous ont été attribués.

Élie – Block 20, chambre 8.

Z – Situation de votre femme

Élie – … Ma femme a été … gazée dès notre arrivée au camp … ou bien quelques jours après je ne sais pas trop…

Z – Et votre fille ?

Élie – Exécutée le 5 août 1944.

Z – Des blessures à déclarer ?

Élie – Fracture du pied causée par un coup du manche de la hache d’un SS le 15 septembre 1944. Et j’ai été hospitalisé le 15 décembre 1944 pour hémoptysie…

Z- Qu’est-ce que c’est ?

Élie – Les médecins m’ont dit que les coups avaient provoqué un rejet de sang par les voies aériennes.

Voix off :

Élie Dahan est arrivé au camp d’Auschwitz avec le convoi 77 le 31 juillet 1944. Sa femme et une de ses filles étaient aussi présentes sans qu’il ne le sache et elles décèdent au camp pendant sa période de déportation. Il va souffrir de plusieurs blessures causées par la brutalité des SS envers lui. Alors qu’il avait déjà des antécédents médicaux datant de 192.

Photographie d’un dossier allemand portant sur le block (bloc) 20 stube (chambre) 8 du camp d’Auschwitz © ITS-BadArolsen

Photographie de la liste des déportés du block (bloc) 20 stube (chambre) 8 (éléments présents : n° de matricule, noms et prénoms), DAHAN Élie figurant à la quatrième ligne en date du 09/01/1945 © ITS-BadArolsen

La libération et le retour en France

Fiche médicale de DAHAN Élie à son retour de déportation,
dossier DAHAN Élie ©SHD-Caen

Examen médical de DAHAN Élie à son retour de déportation.

En janvier 1945, les Russes continuent leur avancée dans les terres polonaises. Les nazis font évacuer le camp d’Auschwitz pour partir vers l’Ouest. Seuls restent des malades et quelques déportés qui ont réussi à se cacher et échappent ainsi aux « marches de la mort ».

Élie Dahan, malade, fait partie de ceux qui restent au camp. Il est libéré d’Auschwitz le 27 janvier 1945 avec les autres déportés survivants.

Il n’est rapatrié, comme ses camarades qui se trouvent dans la zone soviétique, qu’après la capitulation allemande, par voie maritime à partir du port d’Odessa. Il arrive à Marseille mi-mai après un long périple. Il est identifié sur sa carte de rapatrié nᵒ I.353.701 comme déporté politique (ce qui veut dire comme « juif », selon la dénomination en vigueur).

Sur sa fiche médicale, rédigée quand il arrive sur le sol français, Élie précise qu’il est attendu chez Mme Dahan, 81 rue Rabelais à Lyon. On peut supposer qu’il s’agit de sa mère. Il rejoint Lyon le 13 mai.

Sa situation médicale est qualifiée de « bonne ». Pourtant, Élie est amaigri (il a perdu 20 kg et ne pèse plus que 60 kg pour 1,70 m) et souffre d’une pleurésie, que les services médicaux ne semblent pas relier à sa déportation dans la mesure où ils la qualifient d’« ancienne ».

Certains documents plus tardifs contredisent cette affirmation et indiquent le poids de 40 kg à la date de sa libération en janvier 1945 par l’avancée de l’Armée rouge. L’état de santé d’Élie est alors préoccupant. Sans doute a-t-il pu reprendre du poids de manière progressive entre janvier et mai 1945, date de son retour à Lyon.

Un lourd handicap après la guerre

Élie Dahan se réadapte peu à peu à sa nouvelle vie. Veuf et père de quatre enfants, il se remarie avec la femme qui est venue l’aider à s’occuper de sa famille.

Il souffre d’un lourd handicap physique (il est réformé à 40 %) et ne peut plus travailler. Les archives ne font pas mention de traumatisme psychologique, mais on peut aisément imaginer ce qu’il endure. Il consacre beaucoup d’énergie à la constitution de son dossier administratif pour faire valoir ses droits de déporté et de résistant et obtenir une pension.

Élie Dahan lance la procédure en décembre 1951. La demande d’enquête des services du ministère date du 27 février 1952. La démarche est longue et complexe et demande de nombreuses attestations de la part de ses anciens camarades. Le dossier d’Élie Dahan au Service historique de la Défense contient la copie des multiples documents fournis. La démarche est encore compliquée par son double statut de juif/résistant qui suscite la méfiance des autorités. Nous avons notamment été stupéfaits de l’appréciation formulée par le délégué au ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre le 19 juillet 1950 qui stipule que son arrestation par la Gestapo est liée à son statut d’« Israélite et aussi semble-t-il d’une certaine activité résistante ». Entendu à l’hôpital de Pierre-Bénite, où il est hospitalisé, le 21 mars 1952 par l’inspecteur principal à la 10ᵉ Brigade de police judiciaire Claude BRENAUD, Élie insiste : son arrestation n’est pas liée au fait qu’il soit israélite : « J’ai bien été arrêté pour faits de résistance et je sollicite l’homologation de mes titre », écrit-il. Dans son dossier figurent les témoignages de Mme JUTARD, veuve du tenancier de la brasserie de l’Étoile, assassiné par la Gestapo, et du commandant BOURSIER, commandant en retraite du corps des gardiens de la paix de Lyon, et de Monsieur DUNOIR, le liquidateur national du mouvement, tous deux membres actifs du Coq Enchaîné. FROSSARD (fils de l’ancien ministre) et BLOCH (constructeur d’avion), tous deux témoins de son arrestation, apportent également leur témoignage. Il reçoit finalement le titre de Déporté Résistant le 7 avril 1953 et le 20 mai 1953 son appartenance à la RIF (Résistance française intérieure) est reconnue.

Avis destiné au Bureau des fichiers de la direction de l’État civil et des recherches réalisé par la direction départementale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du Rhône en date du 19/07/1950 ©SHD.

Témoignage d’Élie DAHAN recueilli par BRENAUD Claude (inspecteur principal à la 10ᵉ Brigade de police judiciaire) en date du 21/03/1952 dans le cadre d’une enquête permettant de justifier son statut de Déporté Résistant. ©SHD.

Attestation sur l’honneur signée par REYMOND-DUNOIR Georges et justifiant d’une activité résistante d’Élie DAHAN sous ses ordres en tant que membre du mouvement résistant Le Coq Enchaîné, en date du 26/02/1951 ©SHD.

Couverture du dossier nᵒ23409 au nom de DAHAN Élie ©SHD.

Sa santé est fragile, comme en témoignent les nombreuses attestations de nombreux experts, tel le Dr MOULINIER en 1949, et son séjour de convalescence de trois mois à la campagne prescrit par le médecin expert du centre de Lyon qui le reçoit à son retour de déportation. Ce séjour se déroule dans la Haute-Loire. Dans l’incapacité de travailler, Élie Dahan entame une procédure pour obtenir une pension. Sa santé chancelante pousse les docteurs VILAR et HERIQUE à l’hospitaliser en septembre 1950 au sanatorium de Pierre-Bénite. Cette commune se trouve aujourd’hui dans la métropole lyonnaise.

Il est examiné le 20 juin 1952 par le médecin Eugène PALLASSE dans le cadre de la procédure qui vise à établir le lien entre sa situation médicale et sa déportation. Le constat fait part de toux, de crachats et d’une forte température. Pour l’expert, la pleurésie de 1922 et l’hémoptysie de 1944 ont évolué vers une tuberculose pulmonaire et « sont les étapes du même processus ». « Les conditions de vie du sujet durant la déportation ont bien aggravé la situation initiale », conclut-il. Le certificat de validation dressé le 23 juin 1953 (référence I. 5. 531) reconnaît, en plus de son statut de résistant, et, après l’attestation d’Élie Benayoun, un de ses compagnons de captivité, les deux blessures du 15 septembre et du 15 décembre 1944 comme des blessures de guerre donnant droit à des indemnités. L’arrêté du 15 janvier 1954 valide une pension de 20 % du 13 mai 1945 au 21 septembre 1950 et de 100 % (avec la mention « temporaire ») à partir du 22 septembre 1950. Élie souffre également de séquelles traumatiques des pieds qui gênent considérablement sa marche en raison des violentes douleurs qu’elles génèrent. Ces maladies sont considérées comme des « blessures de guerre ».

Attestation sur l’honneur de l’ex-déporté Élie Benayoun confirmant les hospitalisations d’Élie DAHAN durant la période de déportation à Auschwitz, en date du 16/05/1953. ©SHD.

 

Médaille de chevalier de la légion d’honneur attribuée à Élie DAHAN ©SHD.

En 1953, très affaibli, Élie parvient à quitter l’hôpital et à retrouver son logement rue Voltaire. C’est là qu’il reçoit le titre de Déporté Résistant et qu’il est reconnu par la RIF.

Il demande sa retraite militaire en janvier 1954 et l’obtient en 1957.

Élie Dahan reçoit la médaille de la Résistance, ainsi que la médaille militaire.

Des démarches sont entreprises pour qu’il reçoive la Légion d’honneur. Il l’obtient au titre de chevalier en 1959 – décret au Journal officiel du 16 mars 1959. Il demande, dans le dossier qui figure dans la base Léonor, à ce que sa médaille lui soit remise dans un endroit symbolique de Lyon : devant la statue du « Veilleur de Pierre », le premier mémorial lyonnais érigé en mémoire de la résistance intérieure française (RIF). Elle commémore l’épisode tragique du 27 juillet 1944 : l’assassinat par les Allemands, le 27 juillet 1944, de cinq résistants, après un attentat contre un café fréquenté par les soldats allemands et les miliciens. Les résistants furent assassinés où la statue de trois mètres est toujours debout.

Le 26 avril 1959, se tient la cérémonie organisée par l’Association des familles de fusillés disparus et déportés de la Résistance du Rhône.

Élie Dahan meurt le 16 mai 1964 à Saint-Lager, une commune rurale située au nord de Lyon, à proximité de Villefranche-sur-Saône Les archives ne précisent pas dans quelles conditions il s’y était établi.

Photographie d’une vue générale de Saint-Lager –
disponible sur le site de généalogie www.geneanet.org

Photographie de l’hôpital et sanatorium Jules Courmont situé à Saint-Lager – Pierre-Bénite. Hôpital Jules Courmont. – 11Fi2222 – Archives du département du
Rhône et de la métropole de Lyon

Avis de décès entre les 31/12 des années 1963 et 1964 ; Élie DAHAN figure à la quatrième ligne des “D” de la deuxième page © Archives municipales de Lyon.

 

Sources :

  • Archives municipales de Lyon
  • Archives départementales du Rhône
  • Archives du Service historique de la Défense de Vincennes, dossier 16 P 144 146
  • Archives de Caen, Division des archives des victimes des conflits, dossier 21 P
  • ITS Archives Bad Arolsen
  • Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM),
  • Base Eleonor / Légion d’honneur
  • Légifrance.gouv.fr
  • Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) et disponible au Mémorial de la Shoah.
  • Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon (CHRD)

Contributeurs

La classe de terminale 4 du lycée Camille-Claudel de Palaiseau 2024-2025, encadrée par leur professeur d’histoire Valérie Stiegler et par Simon Louvet, auteur d’Isidore et Simone, Juifs en résistance 2023.

Un grand merci à Liam, Mihaïl, Chloé, Clara, Marc, Maud, Solène, Aurélien, Lyes, Pierre, Eve et Nina, Ethan, Matthis, Anis, Dylan, Ruben et aux autres ….

Merci surtout à Marion Coviaux pour son engagement sans faille dans le projet, sa grande curiosité et son talent de narratrice.

Contributeur(s)

La classe de terminale 4 du lycée Camille-Claudel de Palaiseau 2024-2025, encadrée par leur professeur d’histoire Valérie Stiegler et par Simon Louvet, auteur d’Isidore et Simone, Juifs en résistance 2023.

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