Juliette DRUCKER, épouse LOTITO (1904-1956)
Demande d’attribution du titre de déportée politique de Juliette
Durant la réalisation de la biographie de Juliette, nous n’avons malheureusement pas réussi à trouver de photographie. Nous avons donc choisi de lui donner la parole à travers cet extrait du dossier que Juliette a dû remplir pour obtenir son statut de déportée politique. Dans la ligne « motif de la condamnation », Juliette écrit « Raciale ! » Ce point d’exclamation résonne comme un cri face à l’injustice et à l’horreur. De plus, il semble que Juliette se faisait appeler Josette et ait finalement opté pour ce prénom. Nous avons choisi, dans le cadre de la réalisation de cette biographie, de parler des trajectoires des autres membres de la fratrie de Juliette.
La famille Drucker
Les parents de Juliette se nomment Chaïm Drucker et Beila (Berthe) Roman : ils sont originaires de l’empire d’Autriche-Hongrie (Chaïm est né en 1872 à Kamianska, qui est aujourd’hui une ville d’Ukraine, et Beïla / Bestry / Berthe, à Lemberg, aujourd’hui Lviv, en Ukraine) et viennent s’installer en France. On sait qu’ils sont passés par l’Allemagne avant de venir en France puisque leur première fille, Jeannette, naît à Berlin le 9 novembre 1896. Et en 1901, ils sont en France puisque le couple a un fils, Jacques, né le 26 novembre 1901 au 43 rue Simart dans le 18e arrondissement de Paris. Le père le reconnaît à cette occasion.
Le couple déménage ensuite un peu plus loin dans la même rue, au 27. Beila y accouche d’un petit garçon, Marcel, en octobre 1903, qui décède le 8 décembre 1903. C’est également dans cet appartement que, le 28 octobre 1904, naissent Juliette et sa sœur jumelle Céline. Grâce à l’acte de naissance de Juliette, on sait que Chaïm est, à ce moment-là, tailleur et que Beila est sans profession. Chaïm et Beila se marient le 3 décembre 1904, ce qui leur permet de reconnaître et de légitimer leurs enfants.
En avril 1906, alors que Chaïm et Beila attendent un nouvel enfant, Céline, la sœur jumelle de Juliette, décède à 18 mois. Elle est inhumée le 20 avril au cimetière de Pantin, dans le carré juif.
Le 10 août 1906, naît Léonie, dernière de la fratrie.
Extrait de l’Univers israélite du 4 mai 1906 mentionnant le décès de Céline. Actes de naissance et de reconnaissance de Céline et de Juliette Drucker, datés du 29 octobre 1904
© Archives de Paris, 18N 319
Actes de naissance et de reconnaissance de Céline et de Juliette Drucker, datés du 29 octobre 1904 © Archives de Paris, 18N 319
L’enfance de Juliette
La famille Drucker habitant rue Simart, il est très probable que Juliette et Léonie aient fréquenté l’école Ferdinand-Flocon. Nous n’avons toutefois pas trouvé les registres qui permettraient de confirmer cette hypothèse. Nous disposons de très peu d’informations sur l’enfance de Juliette. Néanmoins, une source étonnante nous permet d’en entrevoir quelques aspects.
Carte postale de la rue Simart envoyée en 1905. L’immeuble où vivait la famille Drucker se situe au 27 rue Simart. Il s’agit du deuxième bâtiment sur la droite de la photographie.
En 1917, sa sœur Léonie, alors âgée de 11 ans, fait partie des personnes entendues au commissariat des Grands-Carrières, dans le cadre d’une affaire d’outrages publics à la pudeur. L’accusé, un homme nommé Sébastien Faure, a été aperçu sur « le glacis des fortifications » par une dénommée Léontine Bonafoux en train d’adresser la parole à Léonie « Druck ». Elle est donc amenée à témoigner devant un commissaire de police le 23 septembre 1917, puis devant le juge d’instruction le 16 novembre 1917. Léonie déclare au commissaire, en présence de son père, qu’elle connaît le monsieur en question « depuis plusieurs mois » et qu’il lui a adressé la parole quelquefois en la croisant. Le 23 septembre 1917, Faure a demandé à Léonie où était sa grande sœur. Elle ne lui a pas répondu et précise que ce monsieur « ne lui a rien fait », ni à elle, ni à sa sœur. Compte tenu de la déclaration de Léonie, Chaïm (qui est nommé Charles dans le compte rendu policier) ne porte pas plainte et s’empresse de repartir sans signer, car il est « particulièrement pressé par son travail ». Le 16 novembre 1917, devant le juge d’instruction, Léonie ajouta quelques précisions : l’échange qu’elle a eu avec Sébastien Faure le 23 septembre a eu lieu sur les fortifications de la porte de Clignancourt où elle était seule car sa sœur était, ce jour, au cinéma avec une amie. De ces éléments, on peut déduire que Chaïm était très pris par son métier de tailleur au quotidien et que les filles jouissaient, malgré leur jeune âge, d’une grande liberté. On peut imaginer également deux sœurs sortant fréquemment dans le quartier pour se promener, tout en ayant des loisirs tels que le cinéma[1].
Nous ne savons pas quand et où Juliette a commencé à travailler, mais elle avait un métier, secrétaire sténodactylo, ce qui implique qu’elle avait au moins eu son certificat d’études.
En 1928, après une demande rejetée en 1913, son père est naturalisé français. Entretemps, Jacques avait brillamment fait son service militaire et était devenu sergent.
En 1931, Juliette, Jacques et Léonie sont encore domiciliés chez leurs parents, 27 rue Simart. Seul le père, qui se présente sous le prénom de Charles, Berthe, la mère de famille et Juliette travaillent. Le couple est tailleur pour un magasin rue Réaumur, dans le 3e, et Juliette, qui a 27 ans, est « tailleur ». Sur le recensement de 1926, elle était dactylo et Jacques, vendeur. Entre les deux dates, la crise économique a peut-être rebattu les cartes professionnelles de la famille.
Peu après la déclaration de guerre, le 28 septembre 1939, Jacques est réformé temporaire pour un reliquat de fracture récente (mai) de Dupuytren à la jambe droite[1]. En avril 1940, la réforme temporaire est réitérée. Il est bien soigné à l’hôpital Lariboisière. Il n’est donc pas mobilisé. La famille s’en réjouit-elle ? En juin 1940, avec la défaite, arrivent les problèmes.
Les recensements de Juifs en 1940 et 1941
Avec la victoire d’Hitler, la collaboration française et l’Occupation allemande, Juliette se trouve comme des centaines de milliers de Juifs en France dans le viseur des lois antisémites. Mais l’enfant libre qui évoluait seule sur les fortifs près de Saint-Ouen n’a pas l’air, à 36 ans, de vouloir courber totalement l’échine.
Ainsi Juliette n’apparaît-elle ni dans les registres du recensement des Juifs de 1940, ni dans ceux de 1941. On peut donc supposer qu’elle ait volontairement fait en sorte de ne pas être recensée et qu’elle soit parvenue à se débrouiller avec de faux papiers. Toutefois, son frère Jacques et sa femme Dobrisch ont été recensés dès 1940 avec leurs deux enfants, Raymond et Maurice.
En effet, Jacques s’est mariée avec Dobrisch Rose Goldfeld, le 27 octobre 1932. Ils ont deux fils : Raymond, né en 1933, et Maurice Raoul, né en 1936. Jacques est alors vendeur chez Alba, et Dobrisch, sténodactylographe, comme Juliette.
Léonie, quant à elle, ne semble pas avoir été recensée en 1940. Elle figure néanmoins sur les registres du recensement de 1941 où il a été indiqué qu’elle était célibataire.
Avant l’arrestation
Juliette vit toujours, comme Jacques et Léonie, dans le 18e arrondissement. Elle habite au 49 rue Labat dans un meublé, mais n’exerce plus sa profession de sténodactylographe. Léonie loge également dans la rue Labat, au numéro 13, et est couturière. Jacques, quant à lui, vit non loin depuis 1938, avec sa femme et ses deux fils, au 37 rue Boinod. C’est aussi l’adresse de l’entreprise de Jacques, qui travaille en tant que vendeur.
Jacques DRUCKER,
Mémorial de la Shoah/Coll. Yad Vashem
Cette entreprise fait, en 1942, l’objet d’une liquidation. En parcourant le dossier de spoliation au nom de Jacques, nous apprenons plusieurs informations. Tout d’abord, les autorités occupantes approuvent la liquidation le 7 novembre 1942. Un certain monsieur Bourlet est chargé d’effectuer cette liquidation, il est rémunéré 500 francs pour réaliser la besogne. Dans le rapport de liquidation, il est indiqué que l’entreprise ne possède ni locaux, ni matériel, ni personnel. Les marchandises saisies laissent penser que Jacques avait anticipé la tournure des événements : deux faux cols, un chapeau de paille et 125 francs. Ou bien qu’en 1942, avec le rationnement, il n’était vraiment plus possible de se fournir en textile, qui d’ailleurs n’était accessible qu’avec une carte identique à celle des cartes d’alimentation. Les pauvres marchandises de Jacques sont vendues au Secours National, l’entreprise est radiée et la « carte d’acheteur » de Jacques, remise au commissariat de Police[2].
Les arrestations et l’internement à Drancy
Le 22 juin 1944, Léonie est arrêtée et emmenée au poste de police de la rue Bochart-de-Saron, dans le IXe arrondissement. Le rapport réalisé par les inspecteurs précise le motif de l’arrestation : ordonnance n°8[2]. Cela signifie que Léonie a été arrêtée pour non-port de l’étoile jaune. Les inspecteurs ayant géré l’affaire figurent sur le rapport avec les numéros 144 et 110. Léonie est donc la première membre de la famille à être internée à Drancy. Elle y entre le 24 juin avec 714 francs et on lui attribue le numéro de matricule 24.452. Elle est d’abord envoyée au 3e étage de l’escalier 19, puis au 2e étage de l’escalier 6, avant d’aller au 3e étage de l’escalier 3, synonyme de déportation imminente. Léonie part le 30 juin 1944 avec le convoi n°76 à destination d’Auschwitz-Birkenau.
Au moment de son arrestation, Juliette est « sans travail ». Elle est arrêtée chez elle le 1er juillet 1944, au 49 rue Labat, vers 2h du matin. Dans un premier témoignage, elle dit avoir été arrêtée par « deux S.S. de Drancy », ce qui signifie très certainement qu’elle a été arrêtée par la « police de Drancy », une « police » constituée de détenus[3]. Elle arrive au camp de transit de Drancy le jour-même et se voit attribuer le numéro matricule 24.662. Elle dépose 80 francs et 1 dollar américain au moment de la « fouille ». Nous constatons qu’elle est envoyée au 3e étage de l’escalier 19, comme sa sœur à son arrivée à Drancy, puis, peu avant sa déportation, au 3e étage de l’escalier 3.
Jacques et Dobrisch sont aussi arrêtés, quelques semaines plus tard. Jacques, rue Ordner, à proximité du domicile familial. Peu après, la Gestapo toque chez Dobrisch. Arrivés à Drancy le 24 juillet 1944, Jacques et Dobrisch reçoivent respectivement les numéros 25.674 et 25.675. Jacques a d’abord été affecté à l’étage 4 de l’escalier 18, puis au 3e étage de l’escalier 4, et enfin, au 3e étage de l’escalier 3. À noter que Dobrisch a toujours été dans le même escalier que son mari, mais pas au même étage, avant de se retrouver dans l’étage 3 de l’escalier 3. Les familles, la veille de départ, pouvaient se regrouper : hommes, femmes et enfants. On leur certifiait qu’ils partaient travailler et retrouveraient les membres de leurs familles déjà sur place.
Déportation et arrivée à Auschwitz-Birkenau
Le 31 juillet 1944, des bus amènent les 1306 personnes qui vont être déportées à la gare de Bobigny. Elles montent dans des wagons destinés au bétail. Le transport se déroule dans des conditions abominables, inhumaines. La tinette et l’odeur nauséabonde sont régulièrement évoquées dans les témoignages de survivants. Nous pouvons aussi ajouter que le trajet se déroule sous une très forte chaleur et que les déportés manquent cruellement d’eau dans les wagons. Dans le témoignage qu’elle livre à son retour, Juliette évoque le nombre de 60 personnes par wagon, donné également par d’autres survivantes comme Denise Holstein[3], Régine Jacubert ou Yvette Lévy. Les trois Drucker ont certainement été transportés dans le même wagon.
Le convoi arrive dans la nuit du 2 au 3 août 1944 directement à Birkenau, une partie de l’immense camp, sur laquelle sont implantés les fours crématoires. La sélection a lieu sur la nouvelle rampe. Juliette, Dobrisch et Jacques sont tous les trois sélectionnés pour le travail, ce qui peut sembler surprenant pour le couple, en raison de leurs âges respectifs. Deux hypothèses sont possibles : soit ils sont parvenus à cacher leur âge véritable, soit ils avaient l’air tous les trois plus jeunes et en bonne santé.
Juliette et Dobrisch marchent un peu avant d’arriver à des « blocks ».
Après avoir subi les diverses humiliations, dont une longue exposition nue, le rasage des cheveux et des parties intimes, elles sont soumises à des douches (glacées), sans serviettes pour s’essuyer. On leur distribue des hardes piochées dans les vêtements d’autres déportées par de précédents convois. Aux grandes, on attribue des petites tailles, aux petites, des vêtements trop longs ou trop larges. Les chaussures ne sont pas forcément à la même pointure, et parfois dépareillées.
Le lendemain, les déportées sont tatouées à la plume, sur le bras, d’un numéro matricule. Celui de Juliette est le A 16.692. Désormais, elle n’a plus de nom. Elle doit apprendre par cœur, en allemand ces chiffres et répondre au doigt et à l’œil quand ils sont prononcés, notamment lors des appels quotidiens.
Nous savons, grâce aux témoignages de Régine Jacubert[4] et d’Yvette Lévy[5], qu’un certain nombre de femmes du convoi 77 ont été mises en quarantaine dans le « camp des familles tsiganes » (Zigeunerlager), le secteur B IIe. En effet, dans la nuit du 2 au 3 août, 4.300 Rom et Sinti ont été exterminés et le camp, vidé[6].
À son retour en France, Juliette indique à un employé d’un ministère qui l’interroge sur son parcours qu’elle est restée trois mois à Auschwitz, puis deux mois à Birkenau. Ce serait une trajectoire différente par rapport aux survivantes évoquées précédemment, mais les parcours dans l’univers concentrationnaires sont divers. Le 27 octobre 1944 a lieu une sélection durant laquelle des détenues sont choisies pour aller au camp de F 5584.
Questionnaire de Juliette Drucker, le 27 juin 1945 à son retour de déportation
© AN F9 5584
Kratzau
Kratzau, Chrastava en tchèque, se situe aujourd’hui en République tchèque. Il y a là-bas une usine de textile que les Allemands transforment en usine d’armement après l’annexion des Sudètes en 1938. Ils y installent un commando du camp de concentration de Gross-Rosen. C’est ici qu’arrive le convoi transportant Juliette et Dobrisch. Dans son récit de retour des camps, Juliette indique que lors de l’arrivée à Kratzau, il y a environ 1200 déportées, parmi lesquelles 130 à 150 Françaises. D’après Yvette Lévy, un groupe rentre dans l’usine et un autre groupe travaille en extérieur pour ranger des caisses de munitions. Juliette précise dans son témoignage de juin 1945 qu’elle travaille à l’usine de munition et qu’elle chargeait des caisses de 80 kilos. Les conditions sont difficiles, il faut marcher plusieurs kilomètres matin et soir pour se rendre à l’usine, la nourriture est insuffisante, mais l’absence des sélections récurrentes comme à Auschwitz allège le quotidien. Les Russes arrivent à Kratzau le 9 mai 1945, synonyme de libération pour les détenues. Or rien n’est prévu pour les prendre en charge, et les femmes, souvent très jeunes, sont laissées à elles-mêmes, et parfois soumises à la violence sexuelle de leurs « libérateurs », raconteront bien plus tard des survivantes.
La libération et le retour à la vie
Nous ignorons comment Juliette a réussi à rejoindre un point de rapatriement, mais elle est rapatriée le 31 mai 1945 à Paris après avoir transité par le centre de Saint-Avold, en Moselle. À Paris, comme il a déjà été mentionné, elle est entendue le 27 juin 1945 par la personne chargée de questionner les « rentrés » pour avoir des informations sur les conditions de déportation et éventuellement des nouvelles de personnes disparues. Elle reçoit son certificat de déportation.
Demande d’attribution du titre de déportée politique de Juliette Drucker
©SHD
En 1948, elle se marie dans le 17e arrondissement de Paris avec Christophe Lotito, avec lequel elle vivait à la même adresse, et prend son nom de famille. Christophe est né en Italie, à Corato, près de Bari, le 19 janvier 1913 et exerce la profession de commerçant. Il est naturalisé français en 1933. Juliette et Christophe vivent ensemble au 14 rue Troyon. L’acte de mariage nous permet de savoir que Juliette exerce de nouveau un métier : elle est redevenue secrétaire. De plus, nous apprenons que Chaïm et Beila sont tous les deux décédés. En effet, Beïla/Berthe est inhumée dans un caveau le 17 décembre 1943 au cimetière de Bagneux. Elle est morte dans le 18e, et est veuve au moment de son décès. Nous ne savons pas, en revanche, quand est mort Chaïm.
Acte de mariage de Juliette Drucker et Christophe Lotito, 17 juin 1948
© Archives de Paris, 17M 503
En 1950, Juliette fait une demande de reconnaissance du statut de déportée politique (soit déportée comme « juive »). On y apprend notamment que Juliette et Christophe vivent désormais dans le 5e arrondissement de Paris, au 110 rue Monge. La demande de Juliette est acceptée et elle reçoit, à ce titre, une carte de « déportée politique » en 1953, ainsi que, en 1954, le pécule des déportés d’un montant de 13.200 (anciens) francs. Juliette meurt le 7 septembre 1956 à son domicile dans le 5e arrondissement, à l’âge de 51 ans. Nous ignorons les circonstances de sa mort. Elle est inhumée au cimetière de Bagneux dans une tombe collective[4].
Sépulture de Juliette au cimetière de Bagneux, dans une tombe collective féminine
Acte de décès de Juliette Drucker, épouse Lotito
© Archives de Paris, 5D 292
Le destin des autres membres de la famille Drucker
Jeannette : Nous n’avons trouvé aucune information sur sa vie.
Léonie : Déportée par le convoi 76. Sélectionnée pour le travail à son arrivée à Birkenau, elle décède le 15 mars 1945 à Bergen-Belsen[7]. Nous n’avons pas trouvé d’autres informations sur son parcours en déportation.
Jacques : Sélectionné pour le travail, Jacques est, par la suite, transféré au camp de concentration du Stutthof, que l’administration française a confondu avec le camp de concentration du Struthof. Jacques décède au Stutthof le 25 novembre 1944. Sa biographie a été rédigée par des élèves du collège Christine de Pisan d’Aulnay-sous-Bois, tout comme celle de sa femme, Dobrisch.
Dobrisch : Elle suit la même trajectoire que Juliette dans sa déportation. Elle survit aux camps, est rapatriée en France et entame des démarches pour savoir ce qu’il est advenu de son mari. Nous perdons sa trace à la suite de ces démarches. Ses deux enfants, Raymond et Maurice, ont très certainement été cachés et ont survécu à la guerre. Maurice s’est marié deux fois et a immigré en Israël où il décède en 2008. Raymond vit toujours.
Remerciements
Nous tenons à adresser nos remerciements à mesdames Claire Podetti et Laurence Klejman pour leur accompagnement durant la réalisation de la biographie de Juliette.
Nous exprimons aussi notre gratitude à madame Claire Stanislawski Birencwjag, historienne et médiatrice au service pédagogique Mémorial de la Shoah, ainsi qu’à madame Céleste Espinasse, archiviste du Mémorial de la Shoah.
Nous souhaitons également remercier le personnel de l’état civil de la mairie du 18e arrondissement de Paris pour son aide.
Enfin, nous remercions monsieur Raymond Drucker, qui a aimablement répondu à notre courrier.
Notes & références
[1 ] D.2 U6 dossier 199, archives de Paris Sébastien Faure, qui a failli devenir prêtre, est un conférencier « anarchiste individualiste », dreyfusard, très connu dans les milieux alternatifs français et internationaux, cofondateur du journal Le Libertaire. Il a dirigé l’école libertaire la Ruche, de 1905 à 1917, accueillant 20 à 30 enfants « orphelins, abandonnés, appartenant à des familles nécessiteuses ». Pendant la guerre, donc en 1917, quand Juliette le rencontre, il est un pacifiste convaincu. Il a été condamné à deux ans de prison le 5 décembre 1917 pour attouchement sur des fillettes. Sa peine est raccourcie en appel, mais il est condamné dans une autre affaire en e 1921. Lui et les anarchistes invoquent des coups montés par la police. L’ouverture des archives judiciaires en 2018, mises en ligne sur le site Archives anarchistes, ont montré qu’il était bien un « satyre », c’est-à-dire un pédo-criminel, avec des mises en cause dès 1903. Il était avéré déjà que, sans doute pour cette raison, il renseignait la police sur les activités des mouvements anarchistes et qui leur étaient liés. En 1940, fidèle à ses « convictions pacifistes », il ne prend pas partie. Il meurt le 14 juillet 1942. Deux jours avant la rafle du Vel’ d’hiv’…
[2] Dossier de spoliation de Monsieur Jacques Drucker, Archives Nationales, consultables au Mémorial de la Shoah
[3] Denise Holstein, Je ne vous oublierai jamais mes enfants d’Auschwitz, 1995, EDITION N°1
[6] « J’étais médecin des Tsiganes à Auschwitz », Iancu Vexler, article paru dans la revue d’histoire populaire Gavroche, 1994
[7] Journal officiel, JO1989p03901-03903
SOURCES
SHD / DAVCC Caen, Dossier DRUCKER / LOTITO Juliette 21 P 566 359
Archives de Paris, état civil
Archives nationales, F9 5584, questionnaire de Juliette Drucker, 27 juin 1946, Paris.
[1] Recrutement militaire de la Seine, Archives de Paris.
[2] La 8e ordonnance, du 29 mai 1942. Article 2 : « Quiconque contreviendra aux prescriptions de cette Ordonnance sera puni de prison et d’amende ou de l’une de ses deux peines. Concurremment et au lieu de ses peines, des mesures de police, notamment le transfert dans un camp de juifs, peuvent être ordonnées. » L’article 3 stipule que l’ordonnance entre en vigueur le 7 juin 1942.
[3] Ce système qui consiste à confier une partie de l’organisation de la vie quotidienne et de la répression des Juifs à des Juifs est mis en place dans les ghettos où ont été établis des Judenrats (conseils juifs), notamment en Pologne dans celui de Lodz.
[4] Après la guerre, de très nombreuses tombes collectives, qui avaient été achetées et construites avant 1939 par des associations ou mutuelles, sont restées vides. Les emplacements ont été vendus aux familles en quête de places dans le carré consacré juif ; c’est encore le cas. Est-ce le cas de Juliette ?
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