Restitution théâtrale d’un projet à Miramas

« Le 77e convoi » est une pièce de théâtre écrite par les 1res L du lycée Jean Cocteau de Miramas (Bouches-du-Rhône) pour présenter au public leur travail sur Francis Reiss, déporté du convoi 77.

Ces lycéens ont joué leur texte lundi 6 mai à deux reprises au théâtre de la Colonne, qui a une convention avec l’établissement scolaire. D’abord devant d’autres élèves puis auprès de leurs parents et de leurs professeurs. 

Toute l’année, sur un horaire d’accompagnement personnalisé hebdomadaire, les élèves ont mené des recherches sur l’histoire personnelle de Francis Reiss en contactant différents centres d’archives, x et ses descendants. Le parcours de résistant de Francis Reiss, dont la famille vivait dans la région bordelaise, l’a mené dans le Gers, puis dans les Bouches-du-Rhône où il a été arrêté le 20 juin 1944 à Marseille. Il a d’abord transité à Drancy avant d’être envoyé à Auschwitz. Il a ensuite été déporté au camp du Stutthof (près de la ville actuelle de Gdansk), à Echterdingen puis à Vaihingen.

L’enseignante de lettres/théâtre des 1res L, Myriam Remigy, a proposé de réaliser un montage de textes littéraires étudiés, et de présentater des résultats de leur enquête pour le spectacle de restitution. Ce procédé permettait de replacer l’histoire singulière de Francis Reiss dans le contexte historique et de montrer les mécanismes à l’œuvre. Un travail précieux et efficace pour transmettre cette histoire aux autres élèves du lycée venus voir le spectacle. Ces adolescents ont manifesté un grand intérêt pour le travail d’enquête de leurs camarades.  

« Se rendre compte »

Sur scène, les élèves de 1re L ont réalisé une pile de vêtements à la façon de l’artiste Christian Boltanski. Ils ont lu la liste des noms des 1 310 déportés du convoi 77. Autant d’éléments concrets qui permettent de « se rendre compte » comme ils l’ont exprimé en échangeant avec les classes de seconde après la représentation. L’histoire de Francis Reiss a d’autant plus résonné chez ces lycéens de 1re que ce déporté avait une vingtaine d’année au moment de la guerre et de sa déportation. 

Durant leur enquête, les adolescents ont vécu des moments forts, comme lorsqu’ils ont pu entrer en contact avec un résistant qui avait partagé la même chambre d’hôpital que Francis Reiss après la libération des camps. Ce survivant a raconté aux élèves son histoire et des détails plus personnels de sa rencontre avec Francis. Les adolescents ont aussi été émus de recevoir des photographies de Francis Reiss que leur a envoyées sa fille, Marie-Hélène Reiss, qui menait aussi un travail d’enquête sur l’histoire de sa famille.

« Tout au long de l’année, les élèves ont mûri. Ils ont pris conscience de l’importance de la mémoire, ils ont fait seuls des liens avec l’actualité récente. Ils ont travaillé la question de la tolérance, du respect de l’autre », explique Myriam Remigy, leur enseignante de lettres/théâtre qui a conduit le projet. Les adolescents se sont emparés des divers textes littéraires et biographies qu’ils ont lus, notamment Dora Bruder de Patrick Modiano, Charlotte de David Foenkinos ainsi que L’Instruction de Peter Weiss, qui est le récit théâtralisé du procès de responsables nazis en 1963, à Francfort. « La littérature a éclairé ce qu’ils ont appris en histoire. Ils m’ont dit qu’elle leur a permis de mettre de l’intériorité et de l’émotion, ce qui a donné encore plus de sens à leur étude ».

Après la représentation de leur spectacle, les 1res L ont expliqué à leurs camarades que ce projet les a marqués. Il leur a permis de prendre conscience du racisme, de l’antisémitisme, de sortir de l’abstraction des chiffres qu’ils ont appris dans les manuels scolaires. Ils étaient fiers de participer à un projet européen ambitieux et de réaliser eux-mêmes une enquête, touchés par leurs découvertes et tous les documents auxquels ils ont eu accès.

Se confronter aux traces tangibles du passé

Durant leur travail de recherche, les élèves ont rencontré Daniel Urbejtel, survivant du convoi 77, un moment d’échange au Mémorial de la Shoah à Paris, qui les a bouleversés. Tout comme leur visite à Auschwitz dans le cadre du dispositif Mémoire et citoyenneté de la région. Le proviseur du lycée a beaucoup soutenu le projet ce qui a permis cette rencontre et cette visite mémorielle. Les parents d’élèves ont adhéré au projet et ont constaté que leurs enfants étaient impliqués et qu’ils ont grandi au fil de leur enquête. Des élèves parfois moins à l’aise avec les matières scolaires ont pu révéler leurs talents au cours du projet. Certains ont impressionné par leur jeu d’acteur lors de la représentation théâtrale.

Myriam Remigy, s’est engagée dans le projet européen Convoi 77 après avoir participé à une université d’été au Mémorial de la Shoah. Elle a démarré le projet dès septembre. Elle note que ses élèves se sont approprié les textes littéraires étudiés au-delà des impératifs du bac et que ce projet leur a permis d’entrer dans l’Histoire à travers l’histoire singulière de Francis Reiss. Cette enquête n’a pas été de tout repos. Parfois, les documents étaient rares. Il a fallu composer avec certaines questions restées sans réponses. L’expérience d’une visite aux archives départementales a fait partie des moments forts du projet : « Ils se sont confrontés aux traces tangibles du passé, c’était important pour eux ». Après leur spectacle de restitution, les 1res ont participé à un temps d’échange avec les élèves de seconde, l’occasion pour eux de répondre à des questions et de constater à quel point ils sont devenus à leur tour des passeurs de la mémoire. Le travail des élèves a d’ailleurs permis de faire le rapprochement avec un autre déporté du convoi 77, Jacques Rebboah, oncle de Muriel Nemoz, membre de l’Association Convoi 77, et dont le numéro matricule à Auschwitz est proche de celui de Francis Reiss. Les deux hommes se sont sans doute connus, d’autant qu’ils ont été soignés dans le même hôpital après la libération.

Marie-Hélène Reiss, fille de Francis Reiss, a beaucoup apprécié le travail des élèves. Elle n’avait pas eu de contact avec le résistant qui avait partagé la chambre d’hôpital de son père après la libération et qui avait surnommé Francis Reiss « le petit Juif de Bordeaux ». Touchée par le travail d’enquête, elle estime que « chaque petit détail sauvé de l’oubli et de ce grand vide est extrêmement précieux ».

 

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