Victoria HASSON

1888-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Victoria MISTRIEL, épouse HASSON (1888-1944)

Photo : Victoria Mistriel (date inconnue) – Source : Michel Melki

La jeunesse et l’arrivée de Victoria en France

Victoria Mistriel, naît le 1 janvier 1888 à Constantinople (l’actuelle Istanbul) dans l’Empire ottoman. Fille de Nissim Mistriel et Rebecca Miskina, elle grandit auprès de ses trois frères et sœurs, Léa[1], Joseph[2] et Isaac.

Victoria immigre en France à une date inconnue de nous. Elle vit alors chez son frère Joseph, 64 rue du Commerce dans le 15e arrondissement de Paris. Son frère Isaac et sa sœur Léa ont également émigré en France.

Arbre généalogique familles Hasson et Mistriel (Source : Nathalie Baron)

 

Victoria rencontre son futur mari, Henri Hasson à Paris. Ce dernier, selon son dossier de demande de naturalisation, est arrivé en France en 1912 depuis Constantinople, où il est né le 1er février 1888.

Tout comme Victoria, il était certainement motivé par la recherche d’un travail car les conditions de vie dans l’Empire ottoman à cette période étaient difficiles. Sa fille Rachel, dans un entretien filmé pour le Mémorial de la Shoah dit qu’il trouvait les Turcs trop arriérés. Lorsqu’il arrive à Paris, où vivait également sa sœur Fanny, il est âgé de 24 ans.

Henri s’engage durant la Première Guerre mondiale, le 25 août 1914. Il est versé dans le 1er régiment étranger. Il est démobilisé le 26 janvier 1918, suite à une blessure reçue le 26 avril 1918, à Hangard, dans le département de la Somme. Il avait été touché, à 3 centimètres de la colonne vertébrale, par une balle et fut aussi gazé. Par conséquent, il est libéré de ses obligations militaires le 8 février 1919. Grand invalide de guerre, il fut décoré de plusieurs médailles. Il a participé ensuite à quelques cérémonies militaires, notamment au pied de l’Arc de Triomphe, comme en témoignent des photos conservées dans les archives familiales.

 

Photographies d’Henri Hasson – dates inconnues –© Michel Melki

Victoria et Henri s’adaptent rapidement à leur nouvel environnement parisien, même s’ils ne parlaient peut-être pas bien le français à leur arrivée. Néanmoins, ils avaient pu apprendre le français dans une des écoles de l’Alliance israélite universelle en Turquie. Ils se marient le 3 août 1920, avec pour témoins Jean Djibré, l’époux de la sœur de Henri, et le rabbin Jacob Mizrahi. Henri se déclare « employé » et Victoria sans profession.

Acte de mariage de Victoria Mistriel et Henri Hasson–© Archives de Paris 11M502

Victoria et Henri Hasson (date inconnue) – © Michel Melki

 

Après avoir résidé 48 rue Basfroi, Henri, au moment de son mariage, vivait 18 rue Popincourt dans le 11e arrondissement. Victoria résidait au 64 rue du Commerce, chez son frère Joseph.

À la date de leur mariage, leurs pères respectifs étaient décédés, tandis que leurs mères vivaient toujours à Constantinople.

Après avoir accueilli leur première fille, Rachel, née le 4 juin 1921 dans le 15e arrondissement, Henri et Victoria habitaient toujours 64 rue du commerce, dans un petit studio.

Acte de naissance de Rachel Hasson – © Archives de Paris 15N 262

 

À cette date, Victoria travaillait en tant que couturière et Henri, marchand ambulant, vendait du linge de maison « de solde » sur les marchés. C’est le 8 novembre 1926, dans le 12e arrondissement que naît la petite Renée. Suite aux démarches entamées par Henri en 1926, ils sont tous les quatre naturalisés français l’année suivante. Henri, très francophile, était selon sa fille Rachel, un « vrai titi parisien » et ne « fréquentait que des Français ».

  

Décrets de naturalisation des Hasson – ©Archives nationales. 16947 X 27 / BB/11

Henri, Victoria, Rachel et Renée Hasson – Paris – 1929 (©Michel Melki)

 

En 1924, la famille déménage 43 rue du Petit-Bois, à Saint-Maur-des-Fossés, où ils résident jusqu’en 1931, au 2e étage d’une maison, dont Fanny, la sœur d’Henri, occupait le rez-de-chaussée avec ses quatre enfants après son divorce. Les filles y furent scolarisées.

Selon le dossier de demande de naturalisation d’Henri, les conditions de vie de la famille étaient modestes. En effet, Henri déclare gagner 25 francs par jour et dépenser 225 francs de loyer par mois pour leur meublé. Il a été exempté des frais de naturalisation.

Recensement de Saint-Maur-des-Fossés 1931.
©Archives départementales du Val de Marne D2M8 532

Victoria aimait beaucoup recevoir, jouer aux cartes, passer des moments en famille. D’après la lettre que Renée Hasson a écrite à son fils Michel dans les années 1980, lorsqu’ils habitaient à Saint-Maur, les cousins, cousines, oncles et tantes se réunissaient pour de joyeux repas dans le jardin de la maison.

Pour Victoria, cuisiner pour ses convives était une tradition, en particulier lors de fêtes juives où les plats traditionnels judéo-espagnols étaient mis à l’honneur.

Selon les témoignages de Rachel et Renée, si Henri n’était pas du tout croyant, Victoria pratiquait le judaïsme lors des grandes fêtes traditionnelles, dont Kippour ou Pessah, à l’occasion de laquelle la vaisselle spéciale était utilisée.

Cependant, alors que Saint-Maur-des-Fossés est à une quinzaine de kilomètres de Paris, Henri, souffrant des séquelles de ses blessures, était de plus en plus fatigué de prendre le train tous les jours depuis Saint-Maur pour faire les marchés à Paris. Ils sont donc retournés à la capitale, où ils ont vécu pendant quatre ans dans deux chambres d’hôtels situées 26 rue de Popincourt. En 1936, ils ont loué un appartement de trois pièces 44 rue Sedaine, dans le quartier judéo-turc du 11e arrondissement, où Albert, le fils de Fanny, était commerçant. Ce quartier accueille alors une importante communauté judéo-turque, ce qui a motivé la famille Hasson à s’y installer, car l’entraide y était importante.

Recensement 26 rue Popincourt en 1931
©Archives de Paris D2M8 594

Alors que les filles sont scolarisées dans le quartier, pour des raisons que nous ignorons, la cadette, Renée est envoyée de fin 1938 à 1941 à Dol-de-Bretagne chez son oncle maternel Jacques Mistriel et sa compagne Marie Rault. Jacques, très bien insérée dans cette petite ville, y exerçait la profession de marchand ambulant. La biographie de Renée Hasson donne des précisions sur son histoire personnelle.

La vie durant la guerre entre angoisses et bouleversements

La guerre à peine terminée par la défaite française, Henri Hasson meurt le 20 juillet 1940, chez lui rue Sedaine, après trois ans de maladie suite à ses blessures subies lors de la Première Guerre mondiale.

Selon une lettre de Renée à son fils, avant de mourir, Henri aurait fermé les yeux en disant « Que Dieu te bénisse ma femme pour tout le mal que je te donne ». Cependant, Renée était absente quand son père est mort. Elle n’est revenue de Bretagne qu’en 1941. C’est sa sœur Rachel qui se charge de déclarer le décès d’Henri. Après le décès de son mari, le 7 novembre 1940, Victoria perd sa sœur Léa, qui meurt d’une crise cardiaque ; elle vivait non loin de chez elle, rue de La Roquette.

Acte de décès d’Henri Hasson – ©Archives de Paris 11D 336

 

Avant sa mort, Henri peut assister au mariage de Rachel, qui s’est mariée avec un jeune homme de 20 ans, Jacques LEVY, le 3 février 1940, à la mairie du 11e.

Après la capitulation française et l’occupation d’une partie de la France par l’armée allemande, le sort des Juifs devient très rapidement menacé. Dès octobre 1940, des mesures antijuives sont prises par l’État français collaborationniste de Philippe Pétain, à la demande ou non des occupants nazis.

Suite à l’obligation faite aux Juifs de plus de 16 ans, par le gouvernement de Vichy, d’aller se faire recenser dans les mairies ou commissariat de toute la France, Victoria et ses filles se déclarent comme « juives ». Plus tard, voulant être en règle, elles font également tamponner leurs cartes d’identité du mot « Juive », à l’encre rouge. Elles portèrent l’étoile jaune à partir de 1942.

Au fil des mois, la persécution des Juifs s’amplifie dans Paris, et fait régner la peur dans la famille ; Pour vivre, Victoria poursuivit son métier de couturière, malgré l’angoisse et la crainte constante des menaces que fait peser l’occupation nazie.

Rachel et Jacques accueillent leur fils, Élie ou Roger, né le 26 juillet 1941, ce qui combla le cœur de sa grand-mère. D’autant plus qu’après la mort d’Henri, Rachel et sa famille se sont installées chez Victoria et Renée, rue Sedaine.

Mais l’angoisse gagne la famille, car peu de temps après Jacques Levy est arrêté lors de la rafle du 11e arrondissement, le 20 août 1941. Il est relâché, part un temps en zone libre, avant d’être à nouveau arrêté et déporté vers Auschwitz le 18 juillet 1943 par le convoi numéro 57.

Entre temps, les voisins des Hasson sont arrêtés durant la Rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942. Apeurées, Victoria et ses filles tentent de se cacher.

Elles se s’installent clandestinement avec le petit Roger chez un cousin de la famille Hasson, dont l’usine textile avait été réquisitionnée par l’occupant nazi.

En 1943, elles se cachent dans la maison des beaux-parents de Rachel, à Cœuilly, un quartier de Champigny-sur-Marne, avant de se réfugier chez la sœur d’Henri Hasson, Fanny Djibré, 49 rue des Martyrs, dans le 9e arrondissement à Paris pour échapper à une rafle probable, annoncée par un policier.

Pour le mettre en sécurité, Rachel a pris la décision de confier son fils Roger à un couple de vieilles personnes, cousins éloignés, résidant à Savigny-sur-Orge. En ces temps de rationnement, elle lui envoyait de la nourriture qu’elle achetait au marché noir, grâce à son salaire d’ouvrière dans une entreprise d’ampoules.

L’arrestation et la déportation

Marchant dans la rue afin d’aller faire de simples courses, le 27 juillet 1944, Renée et Rachel sont arrêtées par la police française. La raison : l’étoile de Renée n’était pas correctement cousue, mais simplement attachée à son vêtement, ce qui n’était pas conforme aux instructions de l’État. Toutefois, les versions des survivantes divergent.

Selon le témoignage de Rachel, elles auraient été emmenées au commissariat pour un contrôle d’identité. Victoria les aurait rejointes avec les médailles militaires de son défunt époux Henri, espérant ne pas être arrêtée, son mari ayant combattu dans le régiment étranger au côté de la France durant la Première Guerre mondiale.

Renée, quant à elle, témoigne qu’après avoir été arrêtées, elle et sa sœur seraient remontées à l’appartement pour chercher des affaires. C’est à ce moment que la police aurait emmené Victoria. Celle-ci, dit Rachel dans une vidéo de 2023, ne voulait pas quitter ses filles.

Elles furent toutes trois arrêtées car elles sont de religion juive et emmenées à la prison de la préfecture de police de Paris, respectivement à 12h30 pour Rachel et 13h30 pour Renée et Victoria.

Cependant, une interrogation demeure, car sur le registre de la préfecture de police ci-dessous, Victoria est enregistrée comme soudeuse, or nous savons qu’elle travaillait en tant que confectionneuse.

Registre des consignations de la préfecture de police de Paris – ©APP – CC2-9

Victoria ainsi que ses deux filles sont « convoyées » vers le camp de transit de Drancy le 28 juillet 1944 par un policier français. Elles sont toutes les trois internées dans un dortoir de l’escalier numéro 5 au premier étage, puis au niveau du 2e escalier, au 3e étage comme l’indique le fichier de Drancy. Nous y voyons aussi que Victoria y a déposé les 203 francs dont elle disposait. Elle reçoit le matricule 26.038, et la fiche comprend la mention « fam », soit « famille », pour indiquer qu’elle n’est pas seule.

Fiche d’entrée au camp de Drancy et fiche « de fouilles » de Victoria Hasson, le 28 juillet 1944. ©Archives nationales / Mémorial de la Shoah

Après trois jours dans le camp de transit, elles sont déportées en train dans des conditions inhumaines, à 60 personnes dans des wagons à bestiaux, par le convoi parti le 31 juillet, jusqu’au camp d’Auschwitz-Birkenau.

Pour Victoria, qui a déjà 56 ans, le transport est encore plus épouvantable que pour ses filles. Sans eau, sans air par la chaleur accablante estivale (les wagons sont entièrement fermés à l’exception d’une fente tout en haut), sans hygiène, avec très peu de nourriture, pas assez de place pour s’asseoir, les pleurs et cris des autres déportés, ainsi que les morts durant le trajet, les déportés sont déjà déshumanisés.

À leur arrivée, dans la nuit du 3 août 1944, les pieds dans la boue au milieu des cris angoissants ainsi que des aboiements des chiens que les SS tiennent en laisse sur le quai, mère et filles sont séparées. Rachel et Renée sont conduites jusqu’à la sélection effectuée par le docteur Mengele. Tandis que Victoria, sans doute jugée trop faible et trop âgée, est envoyée vers des camions qui emmènent vers les chambres à gaz. Elle est assassinée le 3 août 1944. Son corps est ensuite incinéré dans les fours crématoires du camp de Birkenau.

Quand une déportée, qui est arrivée avant le convoi 77, explique à Rachel qu’elle ne reverra jamais sa mère en montrant la fumée noire qui sort des cheminées à proximité du camp des femmes, la jeune femme refuse de la croire.

Ses filles – dont les biographies figurent sur ce site –, après neuf mois d’enfer, sont rentrées vivantes de la déportation, mais ont gardé des séquelles à vie de cette expérience traumatisante.

Ce n’est que le 28 juin 1947 que son acte de disparition est établi et elle est reconnue comme « Déportée Politique » le 27 mai 1957, suite aux démarches effectuées par ses filles le 19 novembre 1956.

En octobre 1957, un pécule de 10 .800 francs est remis aux deux filles de Victoria, en « dédommagement » de la déportation de leur mère.

Acte de décès de Victoria Ministriel Hasson – © SHD / Caen 21P 461 777

 

La biographie de Victoria Mistriel a été rédigée pendant l’année 2025-2026 par Ava Dahan et Éloïse Harry, élèves de la classe de 3e F du collège La Cerisaie à Charenton-le-Pont, encadrées par leurs enseignantes d’histoire-géographie, Nathalie Baron, et de français, Aude Morel. Elles ont appuyé leurs recherches sur les documents fournis par l’association Convoi 77, ceux trouvés au cours de leurs recherches et ceux que nous ont confiés Michel Melki et Chantal Setrouk, les petits-enfants de Victoria Hasson, que nous remercions chaleureusement.

 

Références archives Victoria Mistriel

  • Dossier Archives de Caen : 21P 461 777
  • Dossier Archives nationales : 20499-HASSON_Victoria_BB11_10063_16947x27_Archives_Nationales_copyright_2
  • Fichier Drancy – Mémorial de la Shoah – Paris : FRAN107_F_9_5699_154513_L
  • Acte de mariage – Source Archives de Paris 11M 502
  • Acte de naissance de Rachel – Source : Archives de Paris 15N 262
  • Décret de naturalisation 1927 : Archives nationales 16947 X 27
  • Recensement Saint Maur 1931 – Source : Archives départementales Val de Marne D2M8 532
  • Recensement 26 rue Popincourt en 1931 – Source : Archives de Paris D2M8 594
  • Acte de décès Henri Hasson : Archives Paris 11D 336
  • Registre préfecture police : Archives préfecture CC2-9
  • Fiches de dépôt de Drancy-juillet 1944 – Source : Mémorial de la Shoah
  • Photographies de Renée et de sa famille : Chantal Setrouk et Michel Melki
  • Acte de décès de Victoria – Source : 21P 461 777

Notes & références

[1] Née en 1878 à Constantinople, Léa Mistriel est morte le 7 novembre 1940, à l’hôpital Saint-Antoine, le 7 novembre 1940. Elle était alors veuve de Salomon Behar et résidait 93, rue de La Roquette, dans le 12e arrondissement de Paris. Elle avait 62 ans. Elle est inhumée le 10 novembre au cimetière de Pantin, dans le carré juif.

[2] Joseph était ferblantier et marié avec Rébecca Rozanes. Il est naturalisé en 1929. Joseph meurt avant la Seconde Guerre mondiale. Leur fils Albert, né en 1922 et dessinateur, a été arrêté sur la ligne de démarcation. Après un internement à Pithiviers, il est envoyé au camp de transit de Drancy, puis déporté sans retour, au Auschwitz par le convoi 36, le 23 septembre 1942. Il avait deux sœurs. Sa biographie se trouve sur le site du Mémorial de la Shoah ressources.memorialdelashoah.org

Contributeur(s)

Biographie rédigée pendant l’année 2025-2026 par Ava Dahan et Éloïse Harry, élèves de la classe de 3e F du collège La Cerisaie à Charenton-le-Pont, encadrées par leurs enseignantes d'histoire-géographie, Nathalie Baron, et de français, Aude Morel.

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