Enoch GRYNFAS
INTRODUCTION
Enquêter pour transmettre, des élèves du lycée du Gué à Tresmes sur les traces des déportés du convoi 77 Norbert Tughendat et Enoch Grynfas
Dans le cadre d’un projet pédagogique mené au lycée du Gué à Tresmes à Congis-sur-Thérouanne, des élèves ont participé au programme proposé par l’association Convoi 77. Ce dispositif invite les élèves à mener une enquête historique afin de reconstituer le parcours de personnes déportées par le convoi n°77, parti de Drancy le 31 juillet 1944 vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.
Le projet a été mené au sein d’un établissement qui regroupe à la fois un lycée technologique (arts et design, hôtellerie-restauration) et un lycée professionnel (métiers des arts, hôtellerie-restauration et métiers du bâtiment). Les recherches ont été réalisées par un groupe d’élèves issus de ces différentes filières, réunis autour d’un travail commun de recherche historique et de mémoire.
Ce travail s’inscrit également dans un projet européen mené dans le cadre du programme Erasmus+ en partenariat avec le lycée professionnel SBBZ de Weimar (Allemagne). Les élèves français et allemands ont travaillé à partir des archives mises à disposition par l’association Convoi 77 et par le Mémorial de la Shoah.
Les recherches ont été enrichies par la visite de plusieurs lieux de mémoire, notamment le site de Drancy et le Mémorial de la Shoah à Paris. Le projet s’est conclu par une cérémonie organisée à la stèle des déportés de Meaux, au cours de laquelle les biographies rédigées par les élèves ont été lues en français et en allemand.
À travers ce travail d’enquête historique, les élèves ont découvert que derrière les chiffres de l’histoire se trouvent des parcours de vie singuliers, des familles et des destins bouleversés par la persécution et la déportation.
Travail de recherche des élèves du lycée du Gué à Tresmes de Congis sur Thérouanne et du lycée allemand SBBZ de Weimar autour des archives et des documents historiques dans le cadre du projet pédagogique mené avec l’association Convoi 77.
Les élèves et enseignants du lycée du Gué à Tresmes de Congis sur Thérouanne et du lycée SBBZ de Weimar lors de la cérémonie organisée à la stèle des déportés de Meaux, au cours de laquelle les biographies ont été lues en français et en allemand.
FAMILLE
Enoch Grynfas est né le 11 août 1897 à Kolbiel, dans le centre-est de la Pologne. Il était menuisier de profession. Ses parents étaient Mowsza Lejb Grynfas et Ryfka Branlda Goldberg.
Il a épousé Ruchla Sznejderman le 3 juillet 1930 à Paris dans le Xe arrondissement.
Ruchla est née le 6 juillet 1894 à Varsovie. Elle n’avait pas de profession. Ses parents étaient Manassé Sznejderman, également menuisier, et Chawa Laia Zuberman. Elle avait une sœur qui s’appelait Suzanne Czeresznia.
D’autres membres de la famille Grynfas vivent à Paris, dont Esther, épouse Siedlecki, née le 31 mai 1894 à Kolbiel. Etait-elle une sœur d’Enoch ?
Un document dans le dossier de spoliation[1] nous apprend qu’Enoch Grynfas avait recueilli une petite fille espagnole et entamé des démarches pour adopter un enfant français, Louis Gordon.
Extrait des actes d’état civil des archives de Paris
LA GUERRE ET LES MESURES ANTIJUIVES
Nous ne savons pas ce qu’a fait le couple Grynfas pendant la guerre, mais après la défaite française et la mise en place d’un régime de collaboration entre l’État français et l’Allemagne nazie, ils sont soumis, comme tous les Juifs qui vivent en France à des mesures antisémites.
Ils se sont conformés à l’obligation de se déclarer comme Juifs au commissariat de leur quartier, le 3e arrondissement, puisqu’ils vivaient 155, rue du Temple, dans le Marais, le plus important quartier juif de Paris.
Puis les problèmes se sont enchaînés.
Enoch Grynfas possédait un restaurant qui servait de la nourriture cacher. Mais la loi du 22 juillet 1941, « relative aux entreprises, biens et valeurs appartenant aux Juifs » l’en dépossède. Le restaurant est placé sous contrôle administratif. Commence un imbroglio.
Plusieurs administrateurs provisoires se sont succédé : Monsieur Pierre, de Saint Malo a été nommé le 17 mai 1941, mais il a demandé à être relevé de ses fonctions le 8 août 1941 car il ne pouvait pas assumer ses fonctions depuis Saint Malo. Ses frais n’étaient pas remboursés et l’entreprise était déficitaire. Monsieur Nivart a été nommé pour le remplacer le 10 août 1941 mais il a été relevé de ses fonctions en 1943, car il était franc-maçon. M. Seron a été nommé le 18 février 1943, mais a demandé à ne plus exercer pour « incompétence ». Il a été remplacé par M. Husson.
Des rapports permettent de se faire une idée du restaurant. Le document (faire une référence à l’archive en note avec la cote du dossier de spoliation) le décrit comme un piteux taudis avec du matériel sale, seulement quatre tables et quelques chaises. Seulement quatre ou cinq « israélites » viennent y manger un potage ou des légumes. D’autres rapports (idem) donnent des informations sur le chiffre d’affaires du restaurant qui devient bénéficiaire en 1942-43.
Des demandes répétées ont été faites par les Grynfas et leurs administrateurs pour obtenir l’autorisation pour continuer l’exploitation du restaurant. De nombreuses relances ont également été envoyées. Différents arguments sont donnés : en 1941, on insiste sur le fait que M. Grynfas a recueilli une enfant espagnole et a entamé les démarches pour adopter un enfant français. Ensuite, des informations complémentaires sur les fournisseurs servent à démontrer que le restaurant n’est pas un restaurant « rituel ». Fin 1942, la question de savoir si la clientèle est uniquement juive se pose. Une précision est apportée le 20 novembre 1942 : la clientèle est exclusivement juive et travaille pour les autorités d’occupation pour l’UGIF Il est également envisagé dès novembre 1942 d’utiliser le restaurant comme refuge pour les sinistrés juifs suite aux bombardements, ce qui est un argument pour ne pas le liquider. Les demandes d’autorisation et les relances se multiplient en 1943.
Le 8 février 1944, l’administrateur constate que des scellés ont été posés sur le restaurant et le logement de M. et Mme Grynfas. La concierge et les voisins étaient absents et ne savent donc pas si M et Mme Grynfas ont été arrêtés. Des courriers sont échangés par les autorités pour savoir si le restaurant doit être liquidé ou utilisé par le Secours National pour accueillir des sinistrés juifs. Finalement, le 23 mars 1944, il est décidé que le restaurant sera liquidé parce que M. Grynfas a fui son domicile avant une perquisition qui a lieu dans la nuit du 3 au 4 février (idem). Il est donc sous le coup d’une arrestation. La liquidation aura donc lieu et elle est activée le 1er avril 1944.
Après la guerre, Mme Grynfas a fait quelques démarches pour obtenir la restitution des biens spoliés mais son état de santé était mauvais. Elle indique ne pas avoir obtenu l’argent de la gestion du restaurant et elle n’a aucune nouvelle de son mari. Elle meurt à l’âge de 42 ans en 1948, dans le 20e arrondissement de Paris, et est inhumée, dans un caveau, le 19 décembre au cimetière de Bagneux.
DÉPORTATION
Enoch Grynfas[2], qui se faisait appeler Henri, a été arrêté, sans son épouse, le 21 juin 1944 à Boulay s/ Presly, en Sologne, puis conduit par les Allemands à la prison de Bourges. Nous ignorons ce qu’il faisait dans ce village et les conditions de son arrestation.
Il fut par la suite interné au fort de Romainville puis au camp de Drancy du 2 Juillet 1944 au 31 Juillet 1944.
Il a été déporté le 31 juillet 1944 à Auschwitz, en Pologne.
Il est mort en janvier 1945 à Auschwitz.
RECHERCHES DE LA FAMILLE
La famille a tout fait pour le retrouver, d’abord Mme Grynfas, puis sa sœur. Ils ont complété des actes de disparition car Enoch Grynfas était considéré comme « non rentré ». Ensuite une enquête administrative a été menée par le ministère des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre en 1947. Plusieurs témoignages ont attesté qu’Enoch Grynfas était mort en déportation. Ces témoignages étaient nécessaires pour obtenir la régularisation de l’état civil. L’acte de décès a été établi le 13 novembre 1947 par le Bureau de l’état civil pour les déportés. Il a été transcrit le 10 décembre 1947 sur les registres d’état civil du 3e arrondissement de Paris, où résidait le couple avant l’arrestation.
Louis GORDON
Louis Gordon est un jeune Français né le 24 mai 1938 ; il était orphelin de naissance, il fut adopté le 1er Avril 1942 par Enoch Grynfras[3]. À la suite de la déportation d’Enoch. Grynfras, il aurait été envoyé dans une maison de l’enfance jusqu’à la fin de la guerre. Il est par la suite devenu pupille de la nation.
SOUVENIR
Le nom de M. Grynfas apparaît sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah (dalle n° 16, colonne n° 6, rangée n° 1)
Biographie réalisée par les élèves de SBBZ Weimar et du lycée du Gué à Tresmes de Congis sur Thérouanne durant l’année scolaire 2025-2026.
Notes & références
[1] Voir plus loin, la spoliation des biens du couple après les mesures antijuives de 1940.
[2] Dossier du SHD de Caen à placer en note Source : -Demande formulée en vue d’obtenir la régularisation de l’état civil d’un « non-rentré » (0041), Acte de disparition (0036), Acte de renseignement (0052), Acte de décès (0031)
[3] Dossier du SHD de Caen à placer en note source : Administration générale de l’Assistance publique à Paris (0046), Rapport (10.3.), Direction de l’état civil et des recherches (0045)
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