Louise GLIOT (1933-1944)
Louise Gliott Mémorial de la Shoah/Coll. Simon Grynberg, MXVII_69
Louise Gliot(t) est née à Metz, le 28 mai 1933. Ses parents, Georges et Sarah, sont des immigrés juifs originaires de l’empire russe. Le père, né en 1894 à Godoniszko, est tailleur d’habits. Sarah Oklin est née le 20 février 1897, à Lupize[1]. Ils résident alors dans le centre de Metz, 17 en Vincentrue, un quartier populaire avec une forte densité de population juive.
Louise a déjà plusieurs frères et sœurs, la famille va s’agrandir encore et sera durement éprouvée par la Shoah : sur les huit enfants de Georges et Sarah, seuls Anna et Henri, alors âgés de 25 et 26 ans, ont survécu. Les parents eux-mêmes sont morts en déportation.
Témoignages familiaux
C’est par la petite-fille d’Anna, Yaëlle, retrouvée au fruit d’un long travail de recherche, que nous tenons la plupart des informations familiales qui nous ont servi pour écrire cette biographie. Les circonstances de la vie ont fait qu’Anna a livré une histoire familiale très partielle et tardive à ses petits-enfants (se reporter à la biographie de Charles Gliot, sur ce site).
Nous tenons également des informations de Pati, arrière-petite-fille de Max, le frère de Georges Gliott (le père de famille), qui s’est installé en Israël, à Migdal au bord du lac de Tibériade, où une ferme fondée en 1910 par des Juifs de Moscou employait des ouvriers agricoles[2]. Pati vit actuellement en Israël.
Il existe encore des sources inexploitées, notamment dans la descendance d’Henri, frère aîné de la fratrie, né en 1924 et survivant des camps, qui a émigré aux États-Unis. Mais nos recherches sont pour l’instant dans une impasse.
La biographie de Louise est, par la force des choses, très similaire[3] à celle du benjamin de la famille, Charles, également déporté par le convoi 77. Et à celles de leur frère Adolphe, âgé de 9 ans, et de leur sœur Alice, qui avait 12 ans au moment de sa déportation.
La famille Gliot ou Gliott ?
L’orthographe du nom de famille est sujette, comme c’est le plus souvent le cas pour les immigrés, à de nombreuses variations. Si certains des actes d’état civil s’écrivent GLIOTT, on retrouve le nom de la famille avant et après-guerre orthographié avec un seul « T », voire sous la forme GLIOTTE. La tradition familiale voudrait que Anna (la sœur aînée) de retour des camps, quand elle épelle son nom, GLIOT, ait omis le second « T ». Or, bien avant la guerre, et même pendant celle-ci, l’orthographe des noms fluctue dans les diverses sources d’archives. Ainsi, de nombreux documents sont-ils orthographiés GLIOT.
Pour plus de détails sur les origines supposées de la famille, se reporter à la biographie de Charles Gliot sur ce site.
La Première Guerre mondiale
1914 : la Première Guerre mondiale éclate. Georges, âgé de 20 ans, est mobilisé dans l’armée du tsar de Russie alors qu’il venait tout juste d’épouser Sarah Oklin. 40 000 soldats russes sont envoyés aux côtés des Français, en France sur le front de Champagne, et à Salonique, sur le Front des Balkans, dans le cadre de l’accord franco-russe. La première brigade est formée en 1916[4]. Les 1re et 3e Brigades Russes Spéciales sont envoyées sur le front français, et combattent notamment au Chemin des dames.
Georges est fait prisonnier des Allemands et le reste pendant presque deux ans. Il est relâché par les Alliés, à l’armistice près d’Ostende en Belgique.
Le corps expéditionnaire russe en France 1916-1918
Après l’insurrection de février 1917 et l’abdication du tsar en mars, des soldats russes refusent de combattre en France et demandent à être rapatriés en Russie. Dès le 23 avril, le Haut Commandement préconise le retrait des troupes russes du front. En mai, le général Pétain prend la décision de les isoler dans les environs de Neufchâteau dans les Vosges. Des mutineries éclatent et des violences entre soldats loyalistes et soldats révolutionnaires. Après la révolution d’octobre, les soldats veulent absolument rentrer. En Russie, le nouveau gouvernement soviétique de Lénine veut se retirer de la guerre.
En décembre 1917, après la signature à Brest-Litovsk de l’armistice, les soldats russes engagés aux côtés des armées françaises et britanniques, se retrouvent dans une situation compliquée. La France assume la prise en charge des soldats, regroupés à la base de la Courtine (Creuse) et la base Courneau (Gironde), mais, le 24 décembre par un décret, Georges Clemenceau leur propose trois options : soit continuer à combattre dans l’armée française (la Légion russe), soit être employés comme travailleurs militaires ou, pour ceux qui refusaient, partir dans un camp en Afrique du Nord[5]. Le 3 mars 1918, la paix séparée est signée par la Russie avec l’Allemagne et ses alliés (Empire d’Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie). Le Traité de Brest-Litovsk prévoit la libération des prisonniers de guerre russes, dont fait partie Georges.
La Base russe, créée en janvier 1918, sous contrôle du gouvernement français, organise et gère les affectations des 14 000 soldats intégrés dans des Compagnies de soldats travailleurs, qui sont réparties dans les différentes régions militaires françaises[6] [7] Elle est installée à Laval, en Mayenne.
C’est à Laval que Georges Gliott est démobilisé en 1920. Il a presque 25 ans.
La Base russe s’occupe également des rapatriements. Or tous les soldats russes ne veulent pas rentrer en Russie. Surtout s’ils sont juifs[8]
Le choix de la France : Verdun et fondation d’une famille
En Russie, les pogroms sont nombreux et les Juifs tremblent à chaque persécution, la révolution russe inquiète aussi, le retour au pays semble impossible. Georges décide alors de s’engager. Il est envoyé dans une compagnie de travailleurs militaire stationnée en Meurthe-et-Moselle, puis dans la Meuse, où il exerce la profession de tailleur. La pénurie de main d’œuvre en France est telle que le gouvernement apprécie ces travailleurs étrangers. Mais la paie est faible. La solde ou salaire des soldats russes travailleurs est de 0,25 francs par jour avec une prime de « cherté de la vie » de 0,50 francs par mois.
La famille se construit dans l’Est de la France
Selon l’histoire familiale, après moult péripéties, cachée dans des charrettes et des trains, Sarah réussit à rejoindre Georges.
Sarah et Georges s’installent ensemble à Verdun, mais leur premier enfant voit le jour rue des Quatre Églises à Nancy, le 5 juin 1923. Une naissance imprévue dans cette ville où sa mère Sarah, juive pratiquante, se serait rendue afin d’acheter de la viande casher. Le bébé est prénommé Anna-Chaje[9], de l’hébreu Haya « la vivante ».
Les naissances se succèdent à un rythme soutenu : Henri-Haïm arrive le 20 juillet 1924, puis Simon le 27 septembre 1925, tous deux nés à Verdun.
À Verdun, les Gliott vivent rue du Général-Lemaire. Mais la famille a du mal à joindre les deux bouts, comme le montre cet article du Bulletin meusien, du 8 mai 1926[10]. L’encart annonce une vente aux enchères, le 14 mai, par « autorité de justice », à la salle des ventes de Verdun, des maigres biens de la famille, parmi lesquels une cuisinière, une machine à coudre Singer (un outil de travail pour un tailleur), une grande table (certainement utilisé pour la couture) et, détail poignant alors que Simon a quelques mois et que ses deux aînés sont encore des bambins : une voiture d’enfant. La vente se fait au profit de Mme Veuve Boulogne, négociante en draperies à Elbeuf, en Normandie, probablement une de ses fournisseurs que Georges n’avait pas réglés. Notons que Georges est désigné comme « ancien marchand tailleur ». Avait-il un commerce avant cette saisie ? Et son nom est écrit avec du « TT ».
Bulletin meusien, 8 mai 1926.
Les Gliott s’installent à Metz et déménagent beaucoup
En novembre 1926, après ces déboires professionnels, la famille quitte Verdun pour Metz, où, malgré de très nombreux déménagements, ils se fixent jusqu’à la déclaration de guerre en 1939.
Les fiches domiciliaires sont de précieuses alliées pour suivre les différents logis de la famille. Ils changeront de domicile, au fur et à mesure que la famille s’agrandit. On note que sur ce document messin le nom de Georges a perdu un « T ».
Fiche domiciliaire de la ville de Metz. Famille Gliot
© Archives de la ville de Metz.
Fiche domiciliaire de la ville de Metz (gros plan)
© Archives de la ville de Metz.
En novembre 1926, la mère et les trois aînés arrivent rue de l’Arsenal, et s’installent chez les Schwarz au 128. Avant de déménager à Esch-sur-Alzette, au Luxembourg tout proche, début 1927, puis de revenir, cette fois avec Georges en septembre, au 14 rue de l’Arsenal. En juin 1928, le père n’habite plus (provisoirement) avec la famille.
À partir de 1929, la famille est installée à Metz dans la caserne rue de l’Arsenal, à Metz.
Le 6 avril 1929, naît Régine, qui meurt à l’âge de 15 mois en 1930. En cette même année 1930, naît Robert, le 23 avril. Le 5 septembre 1931, Alice voit le jour.
Le 1er décembre 1932, la famille, agrandie, s’installe en Vincentrue, au 17, chez Ebstein. C’est à cette adresse que réside la famille quand naissent Louise, le 28 mai 1933, et Adolphe le jour de Noël 1934 (le séjour à la maternité de Sara est indiqué sur la fiche domiciliaire).
En novembre 1935, ils arrivent au 1bis En Nexirue. Six mois après, ils sont 55 place de Chambre (propriétaire Walter). Six mois après encore, nouveau déménagement, cette fois 8 rue Saint-Pierre, dans le quartier ancien des Sablons. C’est à cette adresse que le benjamin de la famille, Charles, fait ses premiers pas.
On note que tous les enfants portent des prénoms français, signe d’une volonté d’intégration de leurs parents. Georges Gliott a fait le choix de la France, et s’y tient. Les enfants sont-ils pour autant déclarés français, comme la loi française le permet pour les enfants nés en France de parents étrangers ? Nous y reviendrons.
Le Journal de Mulhouse, 28 août 1930.
L’année 1930 est marquée par le malheur chez les Gliott : la petite Régine, âgée de 15 mois, meurt en juillet, peu de temps après la naissance de Robert. Et le 28 août, c’est à la rubrique « faits divers » du Journal de Mulhouse que l’on retrouve le couple Georges/Sarah Gliott. Sarah, qui a accouché en avril et allaite certainement son dernier-né, est victimes de graves violences conjugales, qui la mènent à l’hôpital Bonsecours. Georges l’a agressée avec une fourchette dans le cadre d’une « scène de ménage ». La police ouvre une enquête, mais il ne semble pas qu’il y ait eu de suites trop fâcheuses pour le mari violent. En décembre 1930, Sarah est à nouveau enceinte.
En 1933, quand Louise naît, la famille vit en Vincentrue. Est-ce là qu’elle a commencé à aller au jardin d’enfants, ou bien, plus sûrement, a-t-elle été scolarisée plus tard, quand ils habitaient 8 rue Saint-Pierre ? Nous ne le savons pas. En tout cas, elle ne fera pas sa rentrée scolaire à Metz en 1939. Le 1er septembre, l’Allemagne de Hitler, alliée à l’URSS de Staline, envahit la Pologne. La France, en vertu du traité de défense signé avec les Polonais, déclare la guerre à l’Allemagne, comme le fait le Royaume Uni. C’est la mobilisation générale.
L’entrée de la Vincentrue à Metz dans les années 1900 ©DR
1939, les ombres s’amoncellent : la guerre est déclarée
À la déclaration de guerre, Georges fait une demande d’engagement, doublement rejetée en raison de son âge – il avait 45 ans – et de sa situation de père d’une famille de huit enfants. Il choisit alors de servir dans la défense passive de Metz. Mais la défense passive ne suffit plus : il faut évacuer la ville.
En effet, Metz, qui a été annexée en 1914, craint le pire. En septembre 1939, 302 732 personnes, soit 45 % de la population du département, sont évacuées. « Parmi les 54.000 Lorrains évacués dans la Vienne, se trouvent 850 Juifs, originaires de la région de Metz, installés autour de quatre agglomérations : Poitiers, Châtellerault au nord, Civray au sud, et Chauvigny à l’est », indique l’historien Paul Lévy[11]. En tout, près de 4.000 Juifs font partie des réfugiés d’Alsace-Lorraine fuyant les soldats allemands qui rejoignent par différents moyens les départements de la Vienne, de la Charente et de la Charente-Maritime.
Pour les dix membres de la famille Gliott, il faut donc quitter Metz, et vite.
Ordre d’évacuation du commandement militaire français pour les villes d’Alsace-Lorraine en septembre 1939. ©DR
« Les populations sont d’abord dirigées vers des centres de recueil, à l’arrière. Là, elles embarquent dans des trains spéciaux qui les emmènent, après un long et pénible voyage (souvent dans des trains à bestiaux ou de marchandises bondés), vers des départements de l’intérieur (pour les Mosellans : la Vienne, les deux Charente, la Dordogne) où leur sont attribuées des communes d’accueil[12]. » Les départs s’échelonnent du 1er septembre à octobre. L’offensive allemande de mai 1940 entraîne une nouvelle vague d’évacuation. Nous ne savons pas quand les Gliott sont partis.
À peine trente kilos de bagages, quelques jours de vivres, pas plus. Et seulement quelques heures pour abandonner son foyer. Aux trajets longs et éprouvants (une semaine, la plupart du temps) vers des destinations inconnues, s’ajoutent les craintes liées à la guerre et l’angoisse de ne peut-être jamais revenir. S’y ajoute un ravitaillement pendant le trajet qui laisse à désirer et une certaine désorganisation quant à l’hébergement lorsque les familles arrivent à destination.
Réfugiés en Charente-Inférieure
C’est vers la Charente-Inférieure (aujourd’hui Maritime), en bord de mer, que la famille Gliott est orientée : à Fouras-les-Bains, la presqu’île face à l’île d’Oléron[13].
Essayer de maintenir une vie juive
Le rabbin Élie Bloch, qui a la trentaine et était à Metz chargé de la jeunesse, suit sa communauté, s’installe à Poitiers et est nommé « rabbin des évacués ». L’installation est très difficile, car il n’y a ni communauté ni culture juive dans cette partie de la France. Mais l’histoire juive est faite de départs nombreux et précipités. On sait s’adapter.
Le rabbin Bloch fait tout son possible pour édifier des lieux de prières, trouver des hazzans[14], et permettre l’abattage rituel de la viande. En raison de l’absence de shoheth, il ne parvient qu’au bout de plusieurs mois, à réaliser une cacherout acceptable pour les fidèles. Pendant ce laps de temps, les plus « pieux ont dû se contenter d’une alimentation réduite aux œufs et au poisson », écrit Sabine Renard-Darson dans un article sur le rabbin Bloch[15]. En avril 1940, celui-ci a réussi à mettre en place pour les Juifs évacués les éléments d’une structure communautaire, capables de leur permettre de pratiquer leur religion plus sereinement[16].
Une lettre de Georges Gliott envoyée au rabbin Bloch[17], et datée de décembre 1940 à Fouras-les-Bains, témoigne de cette difficile adaptation : il voudrait du pain azyme. Mais les difficultés pécuniaires des réfugiés, qui sont devenus, depuis les lois anti-juives d’octobre 1940, des « assignés à résidence » et stigmatisés comme Juifs, sont telles que ce pieux homme ignore s’il aura la possibilité de payer sa matza[18].
Le rabbin Élie Bloch devient une figure de référence, qui aide, conseille et tente de débloquer des situations. Après la défaite, l’armistice et la promulgation du statut des Juifs qui les met au ban de la société et les incarcère dans des camps, il organise la collecte et l’acheminement de la nourriture pour les Juifs internés au camp de Poitiers, avec l’aide de son active assistante, Régine Breidick[19].
En décembre 1940, la population qui n’est pas résidente d’origine est expulsée des régions côtières par les Allemands. Près de 600 Juifs se retrouvent dans la Vienne, qui est en partie en zone occupée[20]. Mais la situation des Gliott n’est pas claire. En tant que Russe, Georges est-il considéré comme un allié de l’Allemagne nazie en vertu du pacte germano-soviétique ? De toute manière, avant tout, lui et sa famille sont juifs, et en tant que tels, ils ne sont pas autorisés à rentrer à Metz.
En juin 1941, Georges est arrêté par un peloton militaire motorisé de la Feldgendarmerie allemande ; cette période marque aussi le déclenchement de l’opération Barbarossa, l’attaque allemande contre l’URSS, le 22 juin.
Interné à Rochefort-sur-Mer avec d’autres réfugiés russes et gardés par des soldats allemands et français, Georges, dit « le Russe », est soumis à des interrogatoires et à des menaces de mort.
FRAD17_15W9 Archives départementales de Charentes maritimes
Dès juillet 1941, la population juive, qu’elle soit française ou étrangère, doit aller au commissariat se déclarer comme Juif. À partir du 29 mai 1942, en vertu d’une ordonnance allemande, le port de l’étoile jaune est devenu obligatoire pour les Juifs en zone occupée[21]. Une lettre du maire de Fouras du 8 juin 1942 (référence FRAD17_15W9) présente la liste des Juifs ayant reçu un « insigne » (étoile jaune) : la famille Gliott y est recensée. Pour acquérir leurs étoiles (trois par personne, à partir de l’âge de six ans), les Juifs doivent donner un point textile – une denrée rare. L’étoile doit être cousue solidement sur le côté gauche du vêtement (de la blouse pour les écoliers) et bien visible[22].
En juillet 1942, la famille est expulsée vers le sud de la Charente, dans le village de Saint-Cybard-de-Montmoreau, où vivent environ 730 habitants. Les Gliott se font recenser parmi les cent quatorze autres Juifs réfugiés alsaciens et mosellans inscrits comme réfugiés de l’Est. Ils sont en résidence surveillé.
Église Saint Denis à Saint-Cybard ©DR
Les arrestations
Trois mois après la rafle du Vel’ d’Hiv’ à Paris, le 8 octobre 1942, à l’aube, débute à Angoulême une vaste opération policière. Voulue par les autorités allemandes, elle est appuyée par les forces de police et de gendarmerie du département[23]. 422 Juifs sont arrêtés en Charente, dont Sarah, avec ses quatre plus jeunes enfants : Alice née en 1931, Louise née en 1933, Adolphe né en 1935 et Charles né en 1937, tandis que Georges et leur quatre enfants plus âgés y échappent.
Pourquoi le chef de brigade de Montmoreau emmène-t-il seulement les quatre enfants les plus jeunes, tous nés en France, tous sans doute déclarés français[24] à leur naissance devant le juge de paix, ce qui les classaient alors dans la catégorie (hypothétique) « non déportables » ? Ainsi, Sarah et ses plus jeunes enfants furent conduits sans ménagement dans la salle philharmonique d’Angoulême, transformée en centre de détention provisoire, et y sont détenus plusieurs jours, dans des conditions épouvantables.
Diverses sources et témoignages racontent que 35 enfants « considérés comme français » ont été évacués en larmes de la salle philarmonique : Louise, ses frères et sa sœur en font partie[25]. Sarah, leur mère, qui est « réfugiée russe », reste dans la salle d’Angoulême.
Huit jours plus tard, le 15 octobre 1942, 387 raflés, dont 85 enfants et 11 nourrissons sont embarqués dans le train vers Drancy, d’où ils sont déportés pour Auschwitz, le 6 novembre 1942 par le convoi 42.
Le nom de Sarah Oklin, épouse Gliotte (sic), est inscrit sur les tables de successions et absences de Montmoreau-Saint-Cybard, conservées aux archives de la Charente. Elle y figure en tant que « réfugiée », la date de son décès à Auschwitz est note : « nov 42 ». Il n’y a pas « d’actifs ».
Georges Gliot est arrêté à son nouveau domicile en novembre 1942. Trois mois après son arrestation, il prend le chemin de l’enfer, déporté à Auschwitz par le convoi n°46 du 9 février 1943, parti de la gare du Bourget-Drancy. Selon les directives de Heinz Röthke, les wagons emportèrent 1.000 Juifs dont 122 enfants de moins de 18 ans. Georges ne fit pas partie des rescapés : il avait quarante-neuf ans, un âge où l’on est jugé inapte au travail par les dirigeants et médecins nazis du camp d’extermination.
En France, la législation antijuive se renforce : à partir du 11 décembre 1942, le tampon « juif » rouge, imposé en zone occupée en octobre 1940, doit être visible sur les cartes d’identité des étrangers, comme des Français, partout en France. Ce tampon qui se transformera ensuite en perforation, car certains l’effaçaient.
Des enfants livrés à eux-mêmes
Que deviennent les enfant Gliot privés de leurs parents, et orphelins sans le savoir ? Selon les informations de l’historien Paul Levy[26], les enfants sont ensuite recueillis par le prêtre catholique, le père Le Bideau[27] pour quelques mois avant d’être placés par Régine Breidick, qui travaille avec le rabbin Bloch pour mettre les enfants juifs à l’abri. En tout cas, les enfants retournent à Saint-Cybard et, a priori, les plus grands prennent le relais pour s’en occuper. comme le montre cette lettre écrite par le maire de la commune en 1961, à la demande de Henri, le plus âgé des enfants de la famille.
Lettre du maire de Saint-Cybard, 18 novembre 1961
©SHD Caen DAVCC
Henri se voit confier, « après enquête auprès des voisins et de l’institutrice », la responsabilité des plus jeunes. Dans son courrier/attestation post-guerre en faveur d’Henri, le maire indique que le jeune homme s’est livré « aux durs travaux agricoles chez diverses personnes des environs afin de subvenir aux besoins de toute la famille dont il avait la charge ».
Fin 1943, « sous la menace d’une réquisition » (serait-ce le STO ou l’envoi dans un camp de travail, GTE, destiné aux étrangers sans emploi et considérés comme « inutiles » ?), Henri aurait réussi à « placer ses quatre plus jeunes frères dans différentes familles de la région en vue de les soustraire aux yeux des Allemands ». L’édile ajoute : « malgré cette sage précaution, ceux-ci ont été retrouvés, arrêtés et déportés le 5 août 1944 et sont décédés ».
Selon d’autres sources, les quatre enfants Gliott sont arrivés, en compagnie d’autres enfants réfugiés de Moselle, en juin 1943 à Paris. Et ils sont répertoriés comme vivant à Saint-Cybard-de-Montmoreau sur la liste de l’UGIF[28].
Les quatre « grands » seront déportés en février 1944 par le convoi 68. Seuls Anna et Henri reviendront des camps de la mort.
En maison d’enfants de l’UGIF
Louise, Adolphe, Alice et Charles, les quatre plus jeunes enfants Gliott, amenés à Paris par une assistante sociale, sont inscrits au centre UGIF Lamarck en date du 9 juin 1943. Il est donc indiqué qu’ils viennent de Saint-Cybard-Montmoreau.
Louise et Alice Gliott, pensionnaires du foyer de l’U.G.I.F. situé rue Lamarck à Paris le 10/11/1943
© Mémorial de la Shoah/Coll. Henriette Izak.
L’UGIF
L’Union Générale des Israélites de France est créée en novembre 1941 par le gouvernement de Vichy à la demande des Allemands. Elle assure la représentation des Juifs et est chargée de l’action sociale ; elle verse des allocations aux foyers privés de revenus, finance les cantines populaires et les hospices. Après les rafles de l’été 1942, elle ouvre des centres pour enfants à Paris et en banlieue. Ces centres regroupent des enfants dits « libres », placés par leurs parents, ou « abandonnés » pour diverses raisons et des enfants dits « bloqués » ou isolés, qui avaient été internés puis libérés des camps par les allemands et placés sous la responsabilité de l’UGIF (leurs parents ayant été déportés). Ces enfants étrangers ou nés de parents étrangers sont fichés et « déportables » à tout moment. Ces maisons sont sous le contrôle du Commissariat Général aux Questions Juives et de la Gestapo. Des organisations juives et non-juives ont pu soustraire de ces maisons un certain nombre d’enfants et les mettre en lieu sûr.
Plusieurs centres, à Paris et en banlieue parisienne, accueillent aussi bien que possible ces orphelins ou enfants laissés à l’abandon, depuis des nourrissons confiés à la pouponnière de Neuilly jusqu’aux centres pour grands adolescents et adolescents, comme l’école de travail ORT, rue des Rosiers, ou l’internat de la rue Vauquelin.
Le centre de la rue Lamarck et la maison de Louveciennes
À leur arrivée à l’UGIF, les enfants passent tous par le centre de la rue Lamarck, sur la butte Montmartre. Là, on évalue leurs besoins (carte de rationnement, vêtements, chaussures, etc.) et un bilan médical (avec vaccination) est fait. Puis, en fonction de leur âge, des fratries, de l’état de santé et du genre (à Saint-Mandé, on n’accueillera que des filles, idem rue Vauquelin, et que des garçons à l’ORT, rue des Rosiers), les enfants sont envoyés dans un autre centre. Parfois, ils font beaucoup d’allers-et-retours perturbants, car il faut toujours repasser par Lamarck, et, raconteront des rescapées, il fallait à chaque fois laisser ses vêtements et objets personnels, souvent chèrement acquis par troc ou cadeau.
Louise, blonde avec des lunettes, est la deuxième fillette assise au deuxième rang, en partant de la gauche. Alice, quant à elle, est l’avant-dernière sur la même rangée. Maison UGIF de Louveciennes. Septembre 1943. © Mémorial de la Shoah/Coll. Serge Klarsfeld, MCXII_C4_025
On retrouve la trace d’Alice et Louise dans le registre de la maison de l’UGIF à Louveciennes en date du 3 septembre 1943. Leurs frères sont arrivés la veille.
Sur les photos prises à cette époque, les enfants semblent heureux. En effet, ils participent à de nombreuses activités pour les aider à oublier la séparation d’avec leur famille et la guerre. Et, dans cette « campagne », ils souffrent sans doute moins des « difficultés de ravitaillement en légumes frais et fruits » qu’évoque le directeur du centre Lamarck (centre 28)[29].
La vie au centre Lamarck
En octobre, la fratrie revient à Lamarck. Ce qu’un rapport du directeur en date du 15 octobre décrit comme « relève des enfants Louveciennes ». Sans doute pour permettre la rentrée à l’école publique (la rentrée des classes a lieu le 15 octobre, à cette époque). Il nous reste à découvrir quelles écoles ont fréquentées les quatre enfants. Louise avait l’âge de préparer le certificat d’études.
Selon le dernier directeur du centre Lamarck, qui fait un compte rendu à ses supérieurs (conservé dans les archives du YIVO), les élèves du centre suivaient bien à l’école et certains, dont une jeune fille, étaient particulièrement brillants. En novembre, le directeur se réjouit que la rentrée des classes se soit bien passée. 75 enfants suivent les cours au centre Secrétan et les 29 autres à l’« école publique ».
Toujours selon les rapports du directeur à l’automne1943, les enfants et adolescents ont besoin d’enrichir la petite bibliothèque du centre, et il réclame des jeux de société, de dames, d’échecs et un ping-pong. Les pantalons et vestons manquent pour les garçons de 8 à 15 ans, en pleine croissance malgré les restrictions. En novembre, un garçon n’a pas pu aller à l’école « faute de pantalon ». Son cas ne devrait pas rester isolé, souligne le directeur qui ne cesse de réclamer des moyens supplémentaires. Heureusement, en décembre, cela va un peu mieux, mais ce sont les pyjamas, les chaussettes et les gants qui manquent.
Le directeur se plaint en décembre que les problèmes du système électrique aient abimé les yeux des enfants, qui sont nombreux à devoir porter des lunettes. Louise, quant à elle portait déjà des lunettes à l’été, et sans doute avant. Son frère Henri, après-guerre, en porte également sur des photos figurant sur une base de recherche en ligne.
Le 29 décembre, à Lamarck, se tiendra une « petite fête intime » (le centre compte 103 enfants !) Les pensionnaires diront des récitations, donneront spectacle de danse et un « important goûter » et une séance de cinéma sont au programme. Le cinéma, bien entendu, se tiendra entre les murs du centre ? Depuis mai 1942, les Juifs sont exclus des lieux publics ; ils n’ont plus le droit d’aller au cinéma, au théâtre, au concert, dans les grands magasins et marchés, dans les parcs et jardins publics. Et s’ils peuvent encore prendre le métro, seul l’accès au dernier wagon leur est autorisé. Au centre Lamarck, la fête a été succès avec la présence de 250 personnes et enfants. On ignore comment Louise y a apporté sa contribution.
En janvier 1944, d’autres petits orphelins viennent grossir les rangs des pensionnaires. Ils sont « sans carte d’alimentation ni papiers ». Et cela augmente encore en février (130). La grippe a frappé les enfants (6 sont hospitalisés) et le personnel, et cela a désorganisé la bonne marche de la maison, mais en février, c’est terminé. Les coupures d’électricité, de nuit surtout, sont éprouvantes pour tout le centre ! Et en mars, le charbon va manquer pour la cuisine…
En avril, c’est une épidémie de rougeole qui pose problème : il y a tant d’enfants que l’isolement est impossible. Nous ne savons pas si Louise est atteinte. Et avec ça, en avril, le centre est obligé d’accueillir pendant une semaine 47 adultes en piteux état venant des îles d’Aurigny (un camp de travail très dur ou sont envoyés les demi-juifs ou « conjoint d’aryenne »). Le quotidien est donc assez difficile pour les enfants, mais au moins ne sont-ils pas détenus et entassés au camp de transit de Drancy.
Bombardement et déménagement rue Secrétan
Louise et Alice restent à Lamarck quand un groupe de filles va à Saint-Mandé, dans une nouvelle maison ouverte pour les filles. Sans doute le personnel n’a-t-il pas voulu les séparer de leurs frères. C’est donc tous ensemble qu’ils vivront le terrifiant bombardement du 20 avril 1944 sur Montmartre. Les aviateurs alliés visent les voies de chemin de fer à La Chapelle, non loin, mais plusieurs bombes tombent sur la butte. L’immeuble de l’UGIF subit des dégradations. Aucun enfant n’est blessé, mais ils doivent tous, avec le personnel qui réside sur place, être hébergés dans un autre centre UGIF, rue Secrétan, dans le XIXe arrondissement. Les lits des enfants sont transportés à Secrétan dans la journée, se félicite le directeur.
Ce sera un peu compliqué de caser tout le monde, mais on se débrouille… Début mai, tout est installé. Mais trois mois plus tard, l’horreur survient.
La rafle des maisons d’enfants
Du 21 au 24 juillet 1944 a lieu une grande rafle des maisons d’enfants de l’UGIF de la région parisienne.
Des bruits dans le couloir en pleine nuit. Il est une heure du matin quand des hommes en uniforme surgissent, ce sont des soldats. On ordonne aux enfants de préparer un baluchon. En pyjama et chemises de nuit, ils sont emmenés en bus pour le camp de transit de Drancy, cette cité HBM inachevée en forme de U, devenue camp, fermée par des grilles et gardée par les gendarmes français.
Le SS Aloïs Brunner, qui commande le camp, ne veut pas laisser d’enfants juifs derrière lui, alors qu’il sait que les armées alliées sont aux portes de Paris et qu’il va lui falloir partir. Les enfants raflés seront déportés. Certains avec leurs mères, déjà internées au camp, vers Bergen-Belsen, dont ils reviendront pour la plupart. D’autres, les plus nombreux, par le convoi du 31 juillet 1944.
Le départ pour « Pitchipoï »
La veille du départ pour Auschwitz, les enfants sont conduits dans une chambrée des escaliers 1 et 2. Le lendemain, au petit matin, ils montent dans des bus qui les emmènent jusqu’à la gare de Bobigny. Sous la direction de leurs jeunes monitrices, ils font trajet dans la gaieté et la bonne humeur : les enfants chantent, en route vers « Pitchipoï », ce village imaginaire perdu dans la campagne… Louise a-t-elle cru à cette fable qu’elle retrouverait sans doute ses parents et ses frères et sœurs ? Impossible de le savoir.
Arrivés dans la gare, les enfants, leurs accompagnateurs et quelques « privilégiés » qui ont obtenu d’être placés dans ces wagons, où il y a plus de place et des petits matelas au sol, sont immédiatement enfermés dans des wagons à bestiaux et attendent, sous un soleil de plomb, que les autobus aient amené les 1306 personnes qui composent ce convoi. Le train mettra des heures à partir et trois jours pour arriver, dans la nuit, à Auschwitz-Birkenau. La très grande majorité des enfants du convoi est gazée à l’arrivée du convoi 77, le 3 août. Louise, sa sœur Alice et ses frères Adolphe et Charles ne reviendront pas.
De ce convoi, le dernier grand convoi français parti de Drancy, il n’y aura que 251 survivants, quelques adolescents en font partie. Le 11 août, malgré la grève des cheminots de la région parisienne[30], des sabotages et l’approche de la Libération, Aloïs Brunner partait de France avec un convoi d’otages. Le 18 août, le camp de Drancy était libéré.
Cette plaque commémorative se trouve au 70, avenue Secrétan Paris – sur la façade de l’école « SOUVIENS-TOI ! Ici dans cette école, le 24 juin 1944, un mois avant la libération de Paris 71 enfants et 11 maîtres ont été arrêtés et déportés par la police allemande. ILS SONT MORTS ASSASSINES à AUSCHWITZ-BIRKENAU ». On y retrouve le nom des enfants Gliot.
L’après-guerre
La famille Gliott a été décimée.
En plus des parents et des enfants assassinés déjà évoqués, Simon est mort à Buchenwald, en janvier 1945. Robert, né le 23 avril 1930, a été arrêté le 30 janvier 1944 à Saint-Cybard-de Montmoreau (Charente), en même temps qu’Annette et Henri. Il est assassiné le 15 février 1944, à Auschwitz.
Anna, dite Annette, a survécu, mais est rentrée très malade de camp, et Henri, déporté en janvier 1944, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le maquis selon le maire de Saint-Cybard, est également « rentré ».
Après la guerre, ils sont tous deux dans une « grande nécessité » ayant été « spoliés de tous leurs biens », comme l’indique Henri dans un courrier qui figure dans le dossier de demande du titre de Déporté politique de son frère Charles.
Car c’est Henri, le frère aîné survivant des camps, qui remplit en 1953, puis en février 1962, un dossier pour ses frères et sœurs non rentrés de déportation. En 1946, il vit avec sa sœur à la villa « La Maquette » à Nice, puis, en 1962, à la villa « Mon rêve », à Antibes. Il s’autodésigne comme « tuteur » de la fratrie ».
Or ses démarches tournent court ; selon l’administration, Henri n’est pas habilité à demander le titre de déporté (et le minuscule pécule afférent) pour ses frères et sœurs, n’étant ni ascendant, ni descendant, ni conjoint[31]. Et sa fonction de tuteur, qui n’a pas été faite dans les règles de l’art, lui est contestée.
De plus, la nationalité des enfants Gliott pose un problème : alors qu’ils ont été considérés comme français quand leur mère fait faire sa nouvelle carte d’étranger en janvier 1941, et que le document assure qu’il y a les certificats, une enquête diligentée par la sous-direction des Naturalisations du ministère de la Santé publique et de la Population en janvier 1965 pour « savoir s’ils avaient acquis la nationalité française par déclaration » revient en février 1965 avec la mention « néant ».
Louise et ses frères et sœur sont alors considérés comme étant de « nationalité étrangère », bien qu’ils aient été sortis de la salle philarmonique d’Angoulême précisément parce que de nationalité française. Un tampon sur un courrier indique « n’a pas droit à la mention Mort pour la France ».
L’acte de décès de Louise GLIOTT a été dressé le 5 décembre 1946 et transcrit à l’état civil de la mairie du XVIIIe arrondissement le 6 février 1947, son dernier lieu de résidence, soit la maison UGIF de la rue Lamarck.
Cette plaque commémorative se trouve au 70, avenue Secrétan Paris, sur la façade de l’école Lucien-de-Hirsch.
« SOUVIENS-TOI ! Ici dans cette école, le 24 juillet 1944, un mois avant la libération de Paris 71 enfants et 11 maîtres ont été arrêtés et déportés par la police allemande. ILS SONT MORTS ASSASSINÉS À AUSCHWITZ-BIRKENAU ».
On y retrouve le nom des enfants Gliott.
Le nom de Louise Gliot est inscrit sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah de Paris, à l’année 1944.
Cette biographie a été rédigée par les élèves de Nathalie Baron, en classe de 3e du collège Philippe-de-Vigneulles à Metz, durant l’année 2023-24.
SOURCES
- SHD Caen, DAVCC, dossiers 21 P 456 111 et 21 P 256 055
- Archives YIVO, dossiers UGIF Lamarck et Louveciennes, consultables en ligne et au Mémorial de la Shoah de Paris.
- Lafitte, Michel, « L’UGIF face aux mesures antisémites de 1942 », Les Cahiers de la Shoah, 2007 shs.cairn.info
- Lévy, Paul, Élie Bloch : être Juif sous l’Occupation, La Crèche, coll. « Geste », 1999.
Notes & références
[1] Il ne nous a pas été possible de localiser cette ville qui apparaît sur les papiers de Sarah, notamment sa carte d’identité d’étranger délivrée en janvier 1941 par la préfecture de Charente-Maritime. Est-ce Lepice, en Pologne, un village de la voïvodie de Mazovie, Lipicze en Silésie ? Ou encore ailleurs ? Sarah est « réfugiée russe », selon l’administration française en 1941. Le nom de famille Oklin n’est pas associé à celui de familles judéo-polonaises ou litvaks (judéo-lituaniennes). Ses occurrences renvoient à des familles suédoises et allemandes, mais le site Family Search fait état de deux familles juives originaires de « Russie » qui ont émigré aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Cf. dossier Sarah GLIOTT, SHD 21 P 456 113.
[3] Il n’existe pas d’archives scolaires des écoles messine dans les archives municipales
[4] Les Brigades russes spéciales en France et à Salonique 1916-1918. www.brigadesrusses.fr
[5] Ibid.
[7] Les Brigades russes spéciales en France et à Salonique 1916-1918. Toutes les informations sur la Base russe viennent de ce site www.brigadesrusses.fr. Pour des recherches complémentaires sur Georges Gliott, il conviendrait de regarder son dossier d’étranger (sous-série 4 M / Police) aux Archives départementales de la Moselle ou de la Meuse, et vérifier si l’on peut trouver le dossier de sa carte d’identité d’étranger.
[8] Aucun témoignage de soldat juif russe ne figure parmi ceux qui sont cités dans le blog sur la Base russe.
[9] Ou Chaja : les voyelles n’étant pas écrites en hébreu, et donc en yiddish, la terminaison des noms est souvent variable, en fonction des accents locaux et de la manière dont les fonctionnaires de l’état civil français les entendaient et les notaient.
[11] Paul Lévy, « La tragique Odyssée des enfants de Poitiers », Le Monde juif, 1996/1 n°156.
[12] Article du Républicain Lorrain, « Il y a 80 ans, l’exode des Mosellans », 18 septembre 2020 par Philippe MARQUE avec Jean-Emmanuel LAGES, www.republicain-lorrain.fr
[13] Au moins une famille juive de Metz suit le même parcours : les Baer, comme l’indique une copie d’un document fourni par Sarah à la préfecture de Charente-Maritime pour le renouvellement de sa carte d’étranger en janvier 1941 (trouvé dans le dossier SHD d’Alice). Jules Baer, à Fouras, est une des deux personnes citées en référence pour certifier de la véracité des informations concernant Sarah.
[14] Le hazzan est le « chantre » à la synagogue. Il dirige la prière chantée à l’office. Le shoheth est le sacrificateur, celui qui saigne les animaux en fonction des règles de la cacherout.
[15] « Ils ont aidé des enfants juifs – II –Le rabbin Elie Bloch », VRID Mémorial, Vienne, Résistance, Internement, Déportation, www.vrid-memorial.com
[16] Le rabbin Bloch est nommé délégué de l’UGIF pour les départements de la Vienne, de la Charente et de l’Indre-et-Loire, et travaille de concert avec le père Fleury. Parallèlement, il a une action dans la Résistance, aidant au passage de la ligne de démarcation et à la fabrication et diffusion de faux papiers. Sa femme d’abord, puis lui-même et leur fillette de 5 ans sont arrêtés, interné au camp de Poitiers dont le rabbin avait réussi à faire sortir des prisonniers, puis envoyés au camp de transit de Drancy, avant d’être déportés le 17 décembre 1943 à Auschwitz, sans retour. Voir sa biographie par Paul Lévy, op. cit.
[18] Le pain azyme, ou matza ou matzoth, remplace le pain lors de la célébration des fêtes de Pessah, la Pâque juive, qui se tient au printemps. Il répond à des normes de fabrication stricte et doit être certifié cacher.
[19] Régine (Rivka) Breidick, juive française d’origine polonaise née en 1921 à Metz, institutrice de formation et assistante sociale du comité de bienfaisance de la rue Amelot à Paris (en réalité un réseau d’exfiltration des enfants juifs), activement recherchée par les Allemands, put se cacher et obtenir de faux papiers grâce à la professeur Hélène Durand, qui assurait également une mission auprès des femmes juives hospitalisées à l’hôpital de Poitiers. Hélène Durand a reçu le titre de Juste parmi les Nations. Régine Breidick a témoigné à plusieurs reprises. Elle est morte le 27 juillet 2018. Cf. Michel Laffitte, « L’UGIF face aux mesures antisémites de 1942 », Les Cahiers de la Shoah, 2007 shs.cairn.info
[20] Le 25 juin 1940, les départements de la Vienne et de la Charente se retrouvent coupés en deux avec l’instauration de la ligne de démarcation. Certaines communes sont coupées en deux, de même que certaines exploitations agricoles. L’« heure allemande » (+ 1 heure) est instaurée en zone occupée.
[21] L’étoile jaune ne sera jamais imposée en « zone libre », et pas davantage quand celle-ci deviendra « zone sud » après l’invasion totale du territoire par l’armée allemande et italienne en novembre 1942. La réaction populaire négative a conduit le gouvernement collaborationniste de Pétain à ne pas étendre la mesure dans la zone sous sa responsabilité.
[22] Le défaut de port, ou le fait d’essayer de la cacher, était passible d’arrestation, et ou de déportation. L’absence ou la dissimulation d’étoile était souvent invoquée comme motif d’arrestation par la milice, quand bien même cela était infirmé par des témoins (courageux !)
[24] Sur la question de la nationalité, voir plus loin.
[26] Paul Lévy, Élie Bloch : être Juif sous l’Occupation, La Crèche, coll. « Geste »,1999.
[27] Le père Jean-Baptiste Le Bideau, né dans le Morbihan en 1890, anime un patronage à Angoulême pour les enfants défavorisés, dite « La petite œuvre ». En 1941, face à l’afflux de réfugiés et d’enfants égarés, abandonnés ou orphelins, il créé une association, La mère des pauvres. Il se démène pour sauver les enfants juifs (85 enfants de moins de 8 ans) lors de la grande rafle du 2 octobre. Il est mort le 19 octobre 1975 et a été reconnu « Gardien de la vie » en 2009.
[28] collections.yadvashem.org
[29] Rapport du 15 octobre 1943, centre 28 / Lamarck, UGIF / YIVO, Mémorial de la Shoah.
[30] À l’instigation de la CGT clandestine, la grève générale débute le 10 août dans les dépôts clés d’Île-de-France (Ivry, Vitry, Villeneuve-Saint-Georges, Les Batignolles, Montrouge.
[31] Dossiers Charles GLIOTT, SHD Caen, DAVCC, 21 P 456 109 et 21 P256 053.
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