Rosette KRIMOLOWSKI

1930 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Rosette KRIMOLOWSKI, née en 1930

« J’ai survécu, c’est ça le principal… »

Famille KRIMOLOWSKI, 1933
de gauche à droite : Rose (ou Rosette, 3 ans), Tema, Moïse, Tauba Feldman (ou Feldzman, mère de Tema), Florette (2 ans)
© Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

Une photographie de famille comme tant d’autres.
Une photographie de famille unique.
Une photographie en forme de point de départ, car elle présida au choix des destins sur lesquels nous allions travailler durant plusieurs mois.
Deux prénoms, Rosette et Florette. Deux fillettes, joliment vêtues, aussi mignonnes l’une que l’autre. Convoi 77… L’effroi de savoir leur destin, le désir de retracer leur parcours, pour lutter contre l’oubli et l’effacement. Une révolte mise en mots.
La particularité du travail que nous avons effectué sur l’histoire de Rosette tient sans doute aux multiples témoignages que nous avons trouvés au fil de nos recherches. Des témoignages directs : des écrits, des vidéos, des enregistrements vocaux de Rosette existent, produits à différents moments de son parcours, de juillet 1952 à juillet 2026. Ainsi vous aurez le privilège d’entendre la voix de Rosette… Autre chance extraordinaire : les nombreuses photographies nous montrant l’évolution de Rosette au fil des années. Elles sont issues de sa collection privée et se répartissent en deux catégories. Certaines photographies (enfance) furent conservées par la concierge de l’immeuble où vécut la famille Krimolowski et rendues à Rosette à son retour de déportation ; d’autres (âge adulte) témoignent d’une vie après-guerre riche et heureuse en Angleterre.
Les deux sœurs, Rosette et Florette, firent partie du même convoi de déportation, mais elles connurent des destins différents. Voici l’histoire de Rosette.

La famille Krimolowski

Rose Krimolowski est née le 3 septembre 1930 à Paris, dans le 19e arrondissement. C’est le prénom Rosette (et non Rose le prénom de naissance) qui est généralement utilisé dans les documents que nous avons consultés ; nous emploierons donc celui-ci.

Les parents de Rosette sont Moïse (dit Maurice) Krimolowski né le 13 juillet 1900 à Łaskarzew (Pologne), et Tema (dite Thérèse ou Emma) Feldman (ou Feldzman) née le 14 juin 1906 à Varsovie (Pologne). Ce sont des Juifs polonais, venus s’installer en France dans l’entre-deux guerres. Comme beaucoup, ils fuient l’antisémitisme, la France représentant l’espoir d’un avenir meilleur[1]. Ils parlent polonais et yiddish. Ils ne pratiquent pas la religion. Toutefois, Tauba, la maman de Tema, est pieuse : à son arrivée en France, elle porte un sheitel (perruque que portent les femmes mariées hassidiques, car elles doivent couvrir leurs cheveux), mais elle l’enlève rapidement, car elle sent le poids des regards sur elle.

Tema et Moïse Krimolowski.
Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

L’immigration est, comme souvent, familiale. « Mes parents sont venus bien avant-guerre. Le frère de ma mère est arrivé le premier, puis il les a tous faits venir. Il y avait quatre frères et une sœur. Ils ont tous rejoint Paris. C’est ici que ma mère a rencontré mon père[2]. »

Nous ne connaissons pas la date exacte de l’arrivée de Moïse et Tema en France, mais nous savons qu’ils se marient le 18 juillet 1929 dans le 20e arrondissement à Paris[3].

Rose a une sœur, Florette (ou Fleurette) née le 14 octobre 1931 dans le 12e arrondissement. Les deux fillettes sont françaises par déclaration[4]. Rosette a été déclarée le 9 février 1931 devant le juge de paix du 10e arrondissement (document ci-joint).

La famille vit au 5 rue Corbeau, dans le 10e arrondissement.

La vie est difficile dans ce milieu ouvrier. « Mon père était maroquinier dans le quartier de la République. Il n’était pas à son compte. Il travaillait pour quelqu’un. Même le soir, il travaillait pour quelqu’un d’autre. Les dimanches également pour gagner sa vie simplement. Il avait commencé à faire un petit atelier à lui, mais après ça il s’était arrêté, c’était fini[5]. »

Tema, qui était cartonnière au moment de son mariage en 1929, n’exerce plus d’activité professionnelle après la naissance de ses filles.

5-7 rue Corbeau

Le 5-7 rue Corbeau[6] (aujourd’hui rue Louvel-Tessier) désignait un immeuble de rapport construit en 1860 dans le 10e arrondissement. Abraham Chmoulovsky, un Juif de nationalité russe, achète l’immeuble en 1927, qu’il modernise et agrandit[7]. Certains enfants l’appelaient « la maison jaune », car la façade crépie était peinte en beige soutenu, presque jaune.

« Au 5-7, les Juifs en provenance de Pologne constituaient plus de 80% des familles. (…) Se loger au 5-7 rue Corbeau n’était pas le fruit du hasard. C’était un lieu où l’on s’installait en attendant des jours meilleurs, c’est-à-dire des revenus plus élevés, une situation professionnelle plus solide. Mais la plupart des familles ne parvenaient pas à s’arracher à la misère, elles n’avaient pas d’autre choix que d’y rester[8]. » Les chefs de famille exercent les professions suivantes : cordonnier, tailleur, emballeur, maroquinier, chiffonnier et autres activités de récupération[9]

Le 5‐7 rue Corbeau est le 3e immeuble à gauche,
Photo prise au début du 20e siècle.

Le document ci-dessous est un contrat signé par Moïse, le père de Rosette Krimolowski, avec Abraham Chmoulovsky, le 20 septembre 1930, pour la location d’un logement au 2e étage du 5-7 rue Corbeau. Nous apprenons ainsi le montant du loyer (320 francs) et des charges (48 francs ; gaz 10,50 francs et eau 12,50 francs). Le logement sera meublé par le locataire, qui devra aussi réaliser lui-même toutes les réparations et ne pourra prétendre à aucune dans les espaces communs ! Même si le prix du loyer est attractif, les conditions de vie sont difficiles : une pièce-cuisine sans eau ni électricité, des WC immondes, absence d’eau courante à l’intérieur des logements, pas d’entretien de l’immeuble[10].

Le couple, à la date du mariage en juillet 1929, était domicilié 47, rue Bisson, à Belleville. Un immeuble avec une forte densité de locataires étrangers, aux professions ouvrières ou d’artisans. Souvenons-nous que Rosette naît le 3 septembre 1930, donc quelques jours après la signature de ce contrat de location. Peut-être Moïse Krimolowski souhaitait-il offrir à son futur enfant un meilleur cadre de vie. Au regard des souvenirs de Rosette sur l’immeuble Corbeau, nous comprenons dans quel dénuement vivaient Tema et Moïse. « Il n’y avait pas grand-chose. Il y avait un lit pour mes parents, un lit-cage pour moi et ma sœur-cadette, née un an plus tard, une armoire, peut-être quatre chaises et un réchaud à gaz. C’est tout ce qu’il y avait…[11] » 

Collection Rosette Krimolowski Grenbaum

La vie au 5-7 rue Corbeau

Les habitants du 5-7 rue Corbeau menaient une vie dure du fait de leur statut de Juifs étrangers et de leurs conditions sociale et économique précaires. L’immeuble insalubre peut être considéré comme un monde à part et replié sur lui-même, un microcosme à part entière ne favorisant pas l’intégration dans la société française[12]. Mais de nombreux témoignages le montrent au contraire comme « un cocon protecteur et solidaire[13] », rappelant par certains côtés « un shtetl reconstitué[14] ». « On formait une grande famille où pratiquement tout le monde parlait yiddish ! Donc la langue courante de l’immeuble était le yiddish ! On était heureux d’être dans ce ghetto juif en vivant en toute liberté. C’était la Pologne juive dans un immeuble à Paris[15]. » Sans verser dans une idéalisation nostalgique, nous pouvons dire qu’un véritable esprit communautaire d’entraide et de solidarité existait ; la promiscuité devait évidemment créer des tensions et affecter l’intimité de chacun mais les bonnes relations de voisinage régissaient le quotidien des habitants.

Rosette et Florette, vers 1935
© Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

« … les locataires étaient tous très chaleureux. D’ailleurs je pense que toutes les vieilles dames étaient comme ça. Quand je jouais avec les deux sœurs Rosette et Florette, on se retrouvait des fois chez leur grand-mère au même étage de mon logement de l’autre côté du couloir. Elle nous offrait des petits gâteaux. Elle était contente de nous accueillir avec d’autres petites camarades. Elle avait un sourire magnifique[16]. »

Rosette évoque aussi cette atmosphère empreinte de simplicité accueillante : « Tous les enfants se connaissaient. On n’était jamais seuls. Les parents se connaissaient. Je me souviens, quand ma mère faisait rôtir un poulet, elle le préparait et je traversais avec, à la boulangère d’en face pour qu’elle le mette au four. On n’avait pas de four[17]. » 

L’école rue Parmentier

Rosette fréquente très tôt l’école maternelle du 155 avenue Parmentier[18]. Elle y est inscrite dès l’âge de trois ans ; Florette est aussi inscrite et elle a seulement deux ans[19]. La scolarité à l’école maternelle n’est pas obligatoire. Peut-être peut-on comprendre ces inscriptions précoces comme la manifestation de la grande confiance des parents dans l’école de la République, « promesse d’ascension sociale[20] ». Ou une façon d’apporter chaleur et la possibilité de bouger à des enfants plutôt que de les garder confinées dans un petit appartement.

Photo de classe, école maternelle Parmentier,
Au premier rang, à partir de la gauche : 2e Rosette, 3e Florette.
Année scolaire 1936-­‐1937 © Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

Florette et Rosette Krimolowski, 1939-­‐1940
© Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

Puis Rosette sera élève de l’école élémentaire de filles, située au 159 avenue Parmentier. Elle a peu de souvenirs de cette époque, mais deux moments restent vivaces dans son esprit. Le premier, quand elle fait l’amère expérience de l’antisémitisme : « Je me rappelle avoir eu certaines réticences à prononcer mon nom Krimolowski, c’était un peu long et les enfants se moquaient de nous[21]. » Le second, plus heureux, nous renseigne sur l’attention protectrice de Tema, véritable « yiddish mame (mère juive)[22] » qui « envoyait [à Rosette] toutes sortes de choses quand elle était en récréation. Juste en face de leur appartement, l’atelier de maroquinerie de son mari avait une fenêtre qui donnait sur la cour de l’école[23]. »

Durant l’Occupation, Rosette se souvient avoir porté l’étoile jaune[24] (à partir de juin 1942), mais n’associe aucun sentiment à cela, ni ne fait aucun commentaire.

L’ « enfance saccagée[25] »

« Je sais que les gens pleuraient autour de moi. Je comprenais pas trop pourquoi. Les gens couraient au Vel d’Hiv’. Je savais pas pourquoi. Et mon père essayait de pas se faire arrêter. Il avait trouvé un travail (…) qui lui donnait la permission de marcher le soir. Vous savez il fallait rentrer avant huit heures. (…) Et puis on l’a arrêté. On est venu les chercher tous les deux mes parents quand je n’étais pas à Paris. Ils les avaient arrêtés[26]. » Rosette évoque ici la rafle du Vel d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942, à laquelle échappe la famille (Pour quelle raison ?), puis l’arrestation de ses parents le 12 septembre 1942.

Elle explique pourquoi les deux sœurs ne se trouvaient pas à Paris au moment de l’arrestation de ses parents. « L’été mes parents nous envoyaient hors de Paris, à Corbeil ; une dame qui nous prenait en quelque sorte en pension, que l’on payait. On restait tout le temps des vacances pour ne pas être à Paris. Mes parents ont été arrêtés en septembre 1942[27]. Comme cette dame ne se faisait plus payer, elle nous a ramenées à Paris. J’avais une grand-mère, qui habitait également rue Corbeau au numéro 7. C’est elle qui nous a recueillies. Sur l’appartement de mes parents, les scellés étaient apposés. Ma grand-mère réussit à louer une chambre au 5, rue Corbeau, au-dessous de l’appartement dans lequel nous habitions. Là, on nous laisse tranquilles jusqu’au mois de février 1943 : on portait l’étoile, ma sœur et moi allions toujours à l’école Parmentier, je ne me rappelle de rien de marquant[28]. »

Elle donne une autre version de l’installation avec sa grand-mère, quand elle raconte le souvenir traumatisant de leur arrestation et de leur internement au camp de transit de Drancy..

« Et puis on nous a amenées à Paris chez ma grand-mère. Et elle était venue vivre dans l’appartement où on vivait, jusqu’en février 43, où à ce moment on a tapé à la porte au milieu de la nuit. On nous a emmenés tous avec ma grand-mère au commissariat de police[29]. »

« Ma grand-mère avait peut-être 74 ans. Le lendemain, on nous amène à Drancy. À Drancy, on est dans une grande pièce où il n’y avait pas de lits, il y avait seulement du foin, c’est là qu’on a dormi. On n’avait pris aucune nourriture, aucun vêtement. Ce dont je me souviens, c’est qu’il y a eu une sorte d’inspection. Un monsieur est passé nous regardant – il paraît que c’était un docteur – il nous regardait, il nous posait des questions, et je me souviens qu’il nous avait dépassées et que ma sœur qui avait un an de moins que moi a couru derrière lui et lui a dit : “Monsieur, monsieur, ma grand-mère a 74 ans, elle est vieille, elle est malade !” L’homme revint sur ses pas, la regarda et il lui répondit : “D’accord, on l’enverra à l’hôpital.” Une maison de vieillards, je pense que c’est à l’hospice Rothschild qu’ils l’ont envoyée et ils l’ont rayée de la liste. On se retrouve donc à Drancy toutes seules, et de là, on nous fait sortir pour rejoindre le centre Lamarck[30]. »

Rosette a treize ans, Florette a douze ans. Elles sont séparées de leurs parents, elles ne savent pas qu’elles ne les reverront plus, elles ont perdu leur logement et tout ce qui faisait leur quotidien. Leur grand-mère n’est plus avec elles[31]…

Les fillettes de Saint-­‐Mandé en visite au centre UGIF de Montreuil, juin 1943.
Rosette et Florette Krimolowski (1 et 2)
© Collection Henri Tziboulsky. Mémoires Juives – Patrimoine photographique.

Les enfants devaient porter l’étoile sur leur blouse à l’école, sur leur manteau dans la rue et également dans le camp de Drancy. 

Le centre UGIF de Saint-Mandé : une respiration

Les deux petites sortent du camp de transit de Drancy le 31 mars 1943 pour être confiées à l’UGIF.

L’UGIF (Union générale des Israélites de France) est un organisme créé par une loi française du Gouvernement de Vichy du 29 novembre 1941, à la demande des autorités nazies. Il lui incombe de gérer des maisons et foyers qui accueillent des enfants et adolescents, le plus souvent « français », dont les parents ont été déportés sans eux. Quand ils étaient passés par le camp de Drancy, ces enfants étaient dits « bloqués » : ils étaient suivis au jour le jour par l’administration de l’UGIF, qui en référait au Commissariat Général aux Questions Juives. Soi-disant « libres », ces enfants et adolescents étaient en fait dans une nasse.

Les fillettes Krimolowski passent d’abord par le centre 28, dit de la rue Lamarck, sur la butte Montmartre, un centre de « triage », qui propose rarement un accueil durable aux enfants et par lequel passent souvent les jeunes pensionnaires entre deux centres d’accueil. Elles vont ensuite au centre Guy-Patin, puis le 17 avril de nouveau au centre de la rue Lamarck. De là, le 1er juin, Rosette et sa sœur sont envoyées au centre de Saint-Mandé, tout nouvellement créé près du bois de Vincennes et qui n’accueille que des filles.

Précision qui a son intérêt : en plus d’être séparés de leurs parents, les enfants pouvaient aussi être séparés de leur(s) frère(s) et sœur(s). Nous ne pouvons qu’imaginer l’insécurité et le traumatisme liés à ces arrachements.

À Saint-Mandé, Rosette et les autres pensionnaires sont bien traitées, elles retrouvent un rythme de vie « normal », mangent à leur faim, vont à l’école publique Paul-Bert. Les mois passés dans le centre ressemblent à une « pause » dans le saccage de leur enfance. Le document ci-dessous est particulièrement émouvant ; il est signé par Rosette, Fleurette et une jeune Alice, toutes trois pensionnaires à Saint-Mandé. Laquelle a prêté son écriture ? Comment ont-elles choisi ? Peut-être ont-elles désigné celle qui avait la plus jolie graphie ? Ou bien la meilleure orthographe ? (Nous remarquons d’ailleurs que le document comporte seulement trois erreurs.) Qui a eu l’idée d’écrire ? Leurs mots traduisent l’attachement pour ces deux femmes qui s’occupent d’elles avec la bienveillance d’une mère. Dans les deux lettres, une même expression poignante : « vous remplacez notre mère/notre maman ». À Saint-Mandé, ce ne sont pas seulement les besoins vitaux en nourriture, logement, chauffage qui sont assurés ; Rosette, Fleurette et toutes les fillettes trouvent gentillesse, chaleur et attention.

Lettre adressée par trois pensionnaires du centre de Saint-‐Mandé : Rosette et Fleurette (Krimolowski) et Alice (Steinweis) à l’occasion de l’anniversaire de Marguerite Ziboulsky,
le 21 mai 1944.
© Collection Marguerite Ziboulsky (Micheline Baron). Mémoires Juives ­‐ Patrimoine photographique

 

21 mai 1944
A notre surveillante
Ces quelques mots en l’honneur de la fête des mères
Sont fait pour exprimer la reconnaissance
Que nous avons pour vous qui remplacez notre mère ;
Et comme à elle nous vous devons obéissance.
Nous ne pourrons jamais assez vous remercier
De tous ce que vous faîtes dans ce pénible moment
Plus tard nous ne pourrons jamais vous oubliez
Toujours nous parlerons de vous à nos parents
Fleurette Alice Rosette

21 mai 1944
Chère Madame Marguerite
Comme vous remplacez notre maman nous vous offrons pour la fête des mères ces petits cadeaux en espérant qu’ils vous feront plaisir.
L’année prochaine, nous espérons que vous serez réunis avec votre famille et nous avec la nôtre et nous fêterons ensemble cette fête.
Nous vous remercions pour tout ce que vous faites pour nous et nous savons que lorsque vous nous attrapez c’est pour notre bien.
Chère Madame Marguerite, nous vous embrassons toutes trois bien bien fort.
Rosette Fleurette Alice

Sur la photographie ci-dessous prise en décembre 1943[32], nous pouvons constater que Rosette se démarque physiquement des autres élèves : elle n’a pas l’apparence d’une petite fille, et c’est ce qui lui sauvera la vie.

Les vingt fillettes du centre de Saint-­Mandé photographiées à l’école primaire du 17, rue Mongenot à Saint-­Mandé, le 18 décembre 1943.
Rang du milieu, de gauche à droite : Rosette 1re, Florette 5e
Collection Clémence Madjar.
Mémoires Juives ‐ Patrimoine photographique.

Le dimanche, les pensionnaires du centre sont autorisées à sortir avec un membre de leur famille ou de la communauté juive qui devient leur correspondant[33]. Rosette et sa sœur sont prises en charge par leur cousine Fleurette Feldman[34], à peine plus âgée qu’elles. En effet, Fleurette Feldman, née en 1927, a donc 17 ans en 1944. Elle est livrée entièrement à elle-même depuis un an et demi : son père fait partie des victimes de la rafle du « Billet vert [35]» du 14 mai 1941 et sa mère a été arrêtée lors la rafle du Vel d’Hiv’ et déportée par le convoi n°11. Elle ira très régulièrement chercher ses deux cousines le dimanche au centre Lamarck puis au centre de Saint-Mandé[36].

« Je venais les chercher tous les dimanches. Je les amenais chez moi à déjeuner, à Paris 166 rue de Charonne, où il y avait énormément d’immigrés juifs. Je me suis également occupé de notre grand-mère, Tauba Feldman, qui une fois sortie de Drancy et placée à l’hospice de Rothschild a pu venir habiter chez moi. Elle y est restée jusqu’à la Libération. Dans les dernières semaines, la résistance juive m’a procuré un logement où je me suis réfugiée avec ma grand-mère[37] », raconte Fleurette Feldman-Havranek.

Nous avons eu la chance de rencontrer Fleurette, qui fêtera très bientôt ses 101 ans ; nous lui avons demandé de nous parler de ses deux cousines.

« Je vais dimanche matin, comme d’habitude ! Et je trouve la maison close… »

« Mais alors le choc… le choc… »

« Rosette, déjà à 14 ans elle faisait déjà petite jeune fille, avec des cheveux longs bouclés, mignonne comme tout. (…) Et Florette, onze mois de moins, une enfant[38]… »

La nuit du 21 au 22 juillet 1944

« Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, à 2 heures du matin, un Allemand en uniforme accompagné de quelques civils est venu chercher tout le monde et les a conduits au camp d’internement de Drancy[39]. » Cet Allemand en uniforme, c’est Aloïs Brunner, le commandant du camp de Drancy. Les 20 fillettes pensionnaires du centre ainsi que le personnel d’encadrement sont amenés à Drancy. La rafle concerne les six centres de l’UGIF situés à Paris et en région parisienne. Elle intervient soi-disant en représailles à un attentat commis contre des officiers allemands ; pour Aloïs Brunner, rien n’est au-dessus du sang d’un soldat allemand et les enfants juifs ne sont à ses yeux que de « futurs terroristes[40] »…

Certes, le centre de Saint-Mandé représenta une protection pour les fillettes, mais une protection temporaire et finalement illusoire.

Rosette et les autres enfants restent une semaine à Drancy. Le 31 juillet, le dernier convoi de masse part de la gare de Paris-Bobigny.

1306 déportés parmi lesquels 334 enfants en dessous de 18 ans. Le train arrive dans la nuit du 3 août 1944 à Auschwitz.

Rosette raconte : « Je me trouvais dans le même wagon que ma sœur Florette. Nous étions très serrés. Il y avait des enfants et des adultes. J’avais de la nourriture. Trois jours de transport durant lesquels on n’ouvre pas le wagon. Nous étions une bonne soixantaine. Il n’y avait pas où s’asseoir. Il y avait des gens malades, je m’en souviens. Les grandes personnes regardaient par les interstices du wagon lors des arrêts du train et elles faisaient des commentaires. On avait tous très soif, il n’y avait plus d’eau.

On arrive à Birkenau. On nous fait sortir. Tout ce qu’on avait, je me souviens qu’il fallait le laisser. On laisse tout dans le wagon. On crie les ordres. On nous dit de nous mettre en rag par cinq. On était avec des enfants de Saint-Mandé parce que je me souviens de l’une d’elles avec qui j’étais amie. On s’était dit, que ma sœur reste avec moi, moi j’étais au bord – je me vois encore – ma sœur au milieu, et cette fille qui était amie avec moi aussi. On se sépare des hommes. Il ne reste que les femmes et les enfants. Il y avait quelqu’un qui était là à nous regarder et en s’approchant, il me dit, en allemand :

  • Quel âge as-tu ?

Et je me souviens avoir répondu,

  • 16 ans.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai dit 16 ans. Je me souviens, j’étais assez formée, j’avais les cheveux qui me cachaient la figure et alors il m’a fait signe de partir d’un côté et les quatre autres d’un autre. On croyait qu’on allait dans d’autres classes. Je n’ai même pas eu le temps de me retourner. Quand je l’ai fait effectivement, je ne sais pas s’ils étaient montés en camion, mais il n’y avait plus personne. Il fallait que je rejoigne les femmes. J’étais la plus jeune.[41] »

Rosette entre avec ses copines d’infortune dans le sinistre camp de Birkenau-Auschwitz. Dès lors, le processus de déshumanisation est en marche.

Les femmes sont contraintes de se dénuder dans une grande salle, où elles sont entièrement tondues, cheveux, aisselles et pubis. Après la douche, on leur jette des hardes qui ne leur vont pas, des galoches désassorties en guise de chaussures.

Le lendemain, Rosette devient un numéro :il est gravé à la plume avec une encre bleue sur son avant-bras gauche. A-16.748. Elle devra le savoir par cœur, en allemand.

Rosette décrit le quotidien des déportées à Auschwitz, arrivées en cet été 1944.

« On nous fait déshabiller, doucher, on nous rase la tête. On nous donne une sorte de vêtement. On va vers une baraque. On essaie de dormir, moi je pleure, je demande – Où est ma sœur ? Où est ma sœur ?

Personne ne peut me répondre, et le lendemain on fait l’appel, puis on nous emmène nous faire tatouer sur le bras. Après on nous inscrit sur un registre : notre nom et notre numéro, je porte le numéro 16.748 A.

On n’a jamais travaillé à Birkenau. On nous a fait transporter un tas de briques qu’on emmenait le matin puis qu’on ramenait le soir. Ils nous disaient quelquefois qu’ils allaient nous envoyer nous faire gazer. Je ne sais pas combien de temps on est resté. Il faisait très froid la nuit et le matin. Très chaud dans la journée. On était avec beaucoup de Hongroises, beaucoup d’Italiennes, de Hollandaises, des Françaises, il y avait très peu de nourriture, on mangeait du pain, une sorte de soupe, ce qu’on pouvait trouver, on ne pouvait pas se laver[42]. »

En janvier 1945, selon le dossier qu’elle remplit en 1955 pour faire reconnaître son statut de déportée, Rosette arrive en compagnie, notamment, d’autres femmes déportées par le convoi 77 au camp de Kratzau, dans les Sudètes, en Tchécoslovaquie. Dans ce petit camp, en dur, il n’y a que des femmes. Elles vont, pour la plupart travailler dans une usine d’armement à quelques kilomètres.

La vie est moins rude qu’à Auschwitz, les sélections n’existent pas, les conditions d’hygiène sont meilleures, bien que pas excellentes, et la nourriture un peu plus abondante que dans les autres camps. Mais les longues marches aller et retour pour l’usine et le travail avec des matières dangereuses fragilisent la santé des jeunes femmes qui sont déportées

« C’était une sorte d’usine. Ils faisaient des pièces d’avions, il me semble. Je me souviens avoir travaillé la nuit pendant un temps. Ensuite j’ai travaillé sur les rails. Je me souviens qu’il faisait très froid. Cela dura jusqu’à la fin[43]. »

Elisa Marcu, jeune femme déportée par le convoi 77 et rescapée, a bien connu Rosette à Kratzau. 129 femmes du convoi 77 ont été envoyées travailler dans ce camp. Élisa dit qu’elle et Rosette travaillaient dans une usine de munitions et que Rosette était souvent battue par la contremaîtresse polonaise[44].

Le 9 mai, les Russes libèrent Kratzau. Les femmes sont laissées à elles-mêmes, partent en petits groupes sur les routes. Enfin, Rosette est rapatriée en France le 24 mai, « par les Américains », écrit-elle. Elle passe par le poste de contrôle de Mézières, où elle subit un sommaire examen médical.

Le retour

À Paris, Rosette se retrouve à l’hôtel Lutétia. Elle donne pour adresse où elle peut se rendre le 16 plateau d’Avron à Neuilly-Plaisance, en Seine-et-Oise, chez Feldman. L’adresse est finalement 2 avenue des Ramiers, dans cette même ville.

Sur sa fiche médicale, son état est considéré comme « moyen », ce qui veut dire qu’elle n’allait pas vraiment bien.

Munie d’un colis, d’un peu d’argent, elle va, en métro, à la rencontre de sa cousine qui se trouvait avec leur grand-mère.

Par la suite, Rosette qui ne peut se rétablir que très difficilement, est envoyée dans plusieurs maisons de convalescence.

Lors de son retour, la municipalité de Saint-Mandé s’inquiète du devenir de la jeune Rosette Krimolowski. Le 29 juillet 1945, Salomon Dubowsky [régisseur et assistant scolaire de la maison de Saint-Mandé], à qui Rosette avait été auparavant rendre visite, dans un courrier adressé au maire, apaise ses légitimes inquiétudes : « Je vous remercie infiniment de l’intérêt que vous prenez au cas de la jeune Krimolowski Rosette. Elle a retrouvé un oncle et une tante : M. et Mme Feldman à Neuilly-Plaisance. Elle a touché vestiaire et prime de rapatriement et d’ailleurs elle est en rapport avec une société juive qui vient de l’envoyer en vacances au château de La Borie à Limoges (Haute-Vienne)[45] »

Aujourd’hui, en 2026, quels souvenirs Rosette garde-t-elle de ce retour ? Le tamis du temps a fait son œuvre : certes Rosette reçut des vêtements, un peu d’argent, des tickets de métro, le minimum indispensable et vital. Mais une des douleurs de Rosette n’appartient pas à ce monde matériel : « Je n’avais personne… »

Des survivants d’Auschwitz lui apprennent le destin de ses parents.

Elle n’est encore qu’une enfant et doit se débrouiller.

« Le retour a été très difficile très dur pour moi. Je suis retourné au 5-7. J’ai vécu avec ma grand-mère, mais elle est tombée malade. À son décès, je n’avais que 16 ans, j’y suis resté seule, car je ne savais pas où aller. Il me restait un oncle du côté de ma mère, qui m’a donné du travail dans le cartonnage[46], où j’étais mal payée. Il n’a pas voulu me prendre en charge. Ensuite, il est parti avec sa famille aux États-Unis. J’étais alors livrée à moi-même. Un oncle d’Israël m’a proposé de le rejoindre mais j’ai refusé. Je voulais être indépendante. On m’a peut-être proposé d’aller dans une maison d’enfants, mais j’ai aussi refusé. La discipline, j’en ai eu suffisamment ![47] »

Après plusieurs années difficiles faites de petits boulots, en 1951, Rosette répond à l’invitation d’une cousine d’aller à Londres. Plus rien ne la retient à Paris, elle part.

« J’ai été très heureuse… »

À Londres, lors d’une soirée dansante, Rosette rencontre un beau jeune homme, Walter Greenbaum. Elle ne parle pas anglais, il ne parle pas français. Peu importe, ils sont amoureux et se marient très rapidement après leur rencontre. Walter est chauffeur de taxi. Il connaît l’histoire de Rosette et se montre très protecteur avec elle.

– Peut-être qu’on peut parler de choses plus joyeuses ?
(…) Quand vous avez rencontré votre mari…
– Moi je suis venue en Angleterre, je l’ai rencontré ici.
– C’était pas pendant une soirée, ou un bal ?
– C’était dans un club de danse. (…) Il est tombé amoureux de moi, il n’a pas voulu que je rentre en France. Mais je ne pouvais pas rester ici moi. Alors il est venu après à Paris. Il m’a demandé de me marier, de revenir. Je suis revenue et je crois qu’on s’est mariés six semaines plus tard. (…)
– Et vous parliez l’anglais ?
– Non.
– Et lui parlait français ?
– Non ! On parlait avec les bras !

– Votre mari s’appelait comment ?
– Il s’appelait Walter.
– Et il était comment ? (…)
– Il était très beau ! (…) Demande à Tema ! Très beau mon mari !
– Et qu’est-ce qu’il faisait comme métier ?
– Il était chauffeur de taxi. (…) Entre temps on s’est trouvé un petit magasin et on a pu travailler ensemble.
Vendre un tas de choses. Des souvenirs, des verres, des tasses, etc. (…)
– Vous avez eu combien d’enfants ?
– J’ai adopté ma fille parce que je n’avais pas d’enfant et j’en ai une autre que j’ai adoptée aussi. Et maintenant elles ont des enfants elles-mêmes. Ça fait que maintenant j’ai six petits-enfants…

Rosette et Walter Greenbaum
© Collection Rosette Krimolowski Grenbaum

Walter et Rosette Greenbaum; lune de miel, 1952, Bornemouth
© Collection Rosette Krimolowski Grenbaum

Rosette prend des cours du soir, apprend l’anglais. Avec Walter, elle tient un magasin de souvenirs. Le couple adopte deux filles ; Rosette appelle sa première fille Tema (comme sa maman) et sa deuxième, Fleurette (comme sa sœur). Walter est très engagé dans l’association Taxi Drivers Fund For Unprivileged Children, qui vient en aide aux enfants défavorisés depuis 1928[48]. En 1974, cet engagement vaudra au couple une rencontre inoubliable avec une personnalité prestigieuse… La reine Elisabeth II !

Détail amusant : sur la photo, c’est la reine qui regarde Rosette et non Rosette qui regarde la reine ! Quel pied de nez au destin : la petite fille de la rue Corbeau photographiée avec la reine d’Angleterre ! Mais Elisabeth II pouvait-elle imaginer les origines de Rosette ?!

Pour connaître les circonstances de cette rencontre, lisez cet article paru dans la revue LTDA (Licensed Taxi Drivers’ Association)[49].

Rosette et Walter Greenbaum
© Collection Rosette Krimolowski Greenbaum

Le travail de mémoire

Il peut prendre une dimension personnelle avec des démarches pour faire reconnaître une situation, des droits et aussi une dimension testimoniale.

En 1946, Rosette adhère à la Fédération Nationale de déportés et internés patriotes puis, au milieu des années 50, elle entame des démarches pour obtenir le titre de Déporté politique (D.P.) ; titre qu’elle obtiendra en janvier 1955.

Carte de Déporté Politique de Rosette Greenbaum Krimolowoski

Elle sollicite aussi le Fonds social juif unifié (FSJU) pour être accompagnée dans une demande d’indemnisation pour la spoliation des biens de sa famille[50]. Même si nous pouvons aisément comprendre les difficultés financières auxquelles la jeune Rosette a été confrontée dans les années qui ont suivi son retour, on peut légitimement penser que ce n’est pas tant l’indemnisation des faibles biens que possédaient ses parents que Rosette (et les autres survivants) recherchait que la reconnaissance effective du préjudice subi.

En 1954, pour son dossier de demande d’attribution du titre de déporté, Rosette rédige un témoignage : celui-ci relate l’arrestation de ses parents, la vie avec sa sœur et sa grand-mère, les maisons d’enfants, la déportation et le retour. Elle ne s’attarde pas sur ses sentiments, le témoignage étant destiné à appuyer sa demande devait sans doute rester factuel, et contenir des éléments précis et vérifiables comme des lieux et des dates[51].

En septembre 1993, Jean Laloum, historien et chercheur au CNRS, prépare un article pour la revue Le Monde juif sur le thème des maisons d’enfants de l’UGIF. Le point de départ de son travail est une photographie emblématique des vingt fillettes du centre de Saint-Mandé prise en décembre 1943. Il souhaite rendre à chacune une identité, une histoire. Il rencontre Rosette à Paris et recueille son témoignage. Les souvenirs de Rosette sont clairs et précis et permettent de se représenter le parcours des deux sœurs pendant la guerre[52].

En août 2006, le réalisateur Thomas Pendzel va à Londres rencontrer Rosette car il prépare un documentaire sur l’immeuble du 5-7 rue Corbeau. Son projet : raconter l’histoire de cet immeuble, devenu un taudis et démoli en 1999. Son questionnement se limite à ce prisme et replonge Rosette dans ses souvenirs de petite fille. Contrairement au témoignage recueilli par Jean Laloum, Rosette se montre moins précise[53].

En mai 2001, Rosette dévoile une plaque commémorative devant l’école du 159 avenue Parmentier[54]. Sur la photographie de droite, nous pouvons reconnaître Annette Zaidman (elle tient le micro du mégaphone.) : secrétaire générale de l’Association des Fils et Filles des déportés juifs de France, depuis sa fondation en 1979 et fervente militante de la mémoire. Née en 1938, elle a vécu son enfance au 5-7 rue Corbeau et fut donc voisine de la famille Krimolowski. Elle mentionne à plusieurs reprises Rosette et Florette dans son ouvrage Mémoire d’une enfance volée. Grâce à Jean Laloum, elle retrouve Rosette en septembre 1993 ; elle raconte ce moment particulièrement émouvant dans un chapitre de son livre[55].

En janvier 2025, à l’occasion des commémorations du 80e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Rosette enregistre une vidéo particulièrement poignante.

À chaque fois qu’elle a été sollicitée, Rosette a témoigné. Les témoignages que nous avons présentés sont publics, initiés par des « spécialistes » ou au moins des personnes intéressées par la mémoire. Mais qu’en fut-il des autres ? Les simples connaissances, les amis, qui voyaient le tatouage sur le bras gauche de Rosette ; ceux-là posaient-ils des questions ? Écoutaient-ils la réponse ? Ou bien refusaient-ils de voir, d’écouter ? 

6 juillet 2026

Neuf élèves de 3e investis dans le projet « Convoi 77 » rencontrent Rosette, chez elle. Comment sont-ils arrivés jusqu’à elle ? Au hasard d’une recherche sur Internet, en janvier 2026, ils découvrent une vidéo enregistrée par Rosette pour le site de la Claims Conference à l’occasion des commémorations pour les 80 ans de la libération d’Auschwitz[56]. Ils ont écrit au site en expliquant leur travail, en laissant leurs coordonnées. Tema, la fille de Rosette, les a contactés au mois de mars. Les élèves ont pu écrire à Rosette, poser des questions à sa fille Tema en visio. Ces échanges furent aussi émouvants pour eux que pour Tema, car elle a découvert des documents qu’elle ne connaissait pas au sujet de sa maman. Et puis, au fil des semaines, l’idée d’aller rencontrer Rosette à Londres a fait son chemin. Idée un peu folle, car il fallait trouver dans un laps de temps très réduit le financement et réaliser toutes les démarches administratives. Grâce au soutien du principal du collège Victor-Duruy, M. Didier, de son adjoint M. Calvez, du rectorat de l’académie de Reims, ainsi que du Souvenir français, les élèves se sont rendus à Londres du lundi 6 juillet au mercredi 8 juillet.

Au programme, des rencontres. Une rencontre avec Rosette : celle-ci a été filmée et vous avez pu entendre des extraits de son témoignage au fil de cette notice biographique. Et une rencontre avec des lycéennes de South-on-the-Sea : les collégiens français ont présenté aux élèves anglaises le travail qu’ils effectuent sur la mémoire des victimes de la Shoah. Certains collégiens, en section CHAD (Classe à Horaires Aménagés Danse), ont proposé deux chorégraphies sur le thème de la mémoire.

Danses « Barbarians » et « Yerushalayim Shel Zahav », « Merci »

Notice rédigée par : Lilou Pilon et Linoa Lasota du collège Victor-Duruy de Châlons-en-Champagne, encadrées par Mme Christèle Lomer, professeure de lettres.

Merci Rosette de nous avoir accueillis chez vous. Nous avons été profondément émus par votre histoire ; quelle force vous a-t-il fallu pour continuer à vivre !

Merci Tema d’avoir répondu à notre mel, d’avoir accepté de nous laisser entrer dans votre vie. Sans vous, rien n’aurait été possible.

Nous garderons longtemps le souvenir de ce moment suspendu entre passé et présent ; les ombres des disparus nous entouraient…

Août 2026

 

P.S. de l’association Convoi 77 : grâce à la découverte des élèves et de leur professeure de l’adresse de Rosette, Alexandre Doulut, historien qui travaille de longue date avec l’association, s’est rendu en Grande-Bretagne pour l’interviewer.

SOURCES PRINCIPALES

  • Dossier de Rosette Krimolowski épouse Greenbaum, Service Historique de la Défense, Caen, 21 P 619 136.
  • Archives de Paris : état civil et recensements.
  • Archives de la Paris / Seine : archives scolaires.
  • Article de Jean LALOUM, « Les maisons d’enfants de l’UGIF : le centre de Saint-Mandé », 1993.
  • Lien pour accéder à l’article : Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info
  • Mémoire d’une enfance volée, Annette ZAIDMAN, 2004.
  • 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, 2026.
  • Documentaire 5-7 rue Corbeau, Thomas Pendzel, 2007 ;
  • Lien pour accéder au film : 5-7 rue corbeau | Vidéos & films sur Vimeo
  • Entretien avec Rosette Krimolowski Greenbaum du 6 juillet 2026.
  • Conseil National pour la mémoire des Enfants juifs déportés (COMEJD) : carte interactive qui recense tous les lieux de mémoire où figurent les noms des enfants et jeunes déportés : COMEJD Carte

Notes & références

[1] « Même si chaque parcours humain est par nature unique, le point commun entre ces nouveaux immigrés est la volonté d’accéder à un meilleur niveau de vie et d’avoir la possibilité de vivre en sécurité sans renoncer à leur judéité. Or la France, terre d’asile, incarne à leurs yeux le pays des droits de l’Homme, celui des Lumières ; un pays où les Juifs français ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que leurs autres concitoyens. Ce statut, tant envié par les Juifs de l’Est, n’est pas sans lien avec l’expression populaire yiddish : Gliklekh vi Got in Frankraykh (« Heureux comme Dieu en France »). », 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN (p. 58).

[2] Témoignage de Rosette Krimolowski, épouse Greenbaum, pour l’historien Jean Laloum, Paris, le 3 septembre 1993.

[3] Consulter les tables décennales

[4] Service Historique de Défense, Caen, 21 P 619 136.

[5] Témoignage de Rosette Krimolowski épouse Greenbaum pour Jean Laloum, Paris, le 3 septembre 1993.

[6] 664-paris-paris-rue-corbeau-avenue-parmentier.jpg (1600×1027)

[7] « Les étages initiaux disposent dès lors du gaz et de l’électricité. La partie des deux bâtiments donnant sur la rue est rehaussée et totalise dorénavant sept étages. (…) Les étages supplémentaires bénéficient de l’eau courante et de toilettes en plus grand nombre que sur les paliers des étages inférieurs, soit deux WC pour huit appartements. Le 5-7 compte désormais 168 logements d’une pièce. », 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, p. 49.

[8] 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, p. 62.

[9] 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, p. 95.

[10] Pour le détail des conditions de vie, voir 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, p. 101 à p. 112.

[11] Témoignage de Rosette Krimolowski recueilli par Thomas Pendzel, 2006 – Voir le documentaire 5-7 rue Corbeau, 4 mn 04 sec – 4 mn 28 sec

[12] « Pour Maurice Pendzel, l’immeuble n’était pas différent du reste de la rue en termes de misère mais l’était par sa population du fait de sa forte concentration juive. », in 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN, p. 135-136.

[13] Pages 115 et suivantes, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[14] Page 121, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[15] Page 121, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN. De nombreux Juifs polonais ne parlaient que le yiddish.

[16] Témoignage d’Eva Rappaport, page 118, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN. C’était une pratique courante, aussi bien en ville qu’à la campagne et pas spécifique à la communauté juive.

[17] Témoignage de Rosette Krimolowski recueilli par Thomas Pendzel, 2006 – Voir le documentaire 5-7 rue Corbeau, 16 mn 18 sec – 16 mn 36 sec

[18] Registres d’admission d’élèves des écoles maternelles et élémentaires parisiennes (1848-1973).

[19] On note que l’école est également fréquentée par un Marcel Krymolowski, que nous n’avons pas identifié. En revanche un Joseph, né en 1926, français par déclaration, a été déporté le 9 février 1943 par le convoi 46, avec Estera (sa mère ?) Ils résidaient dans ce même immeuble du 5-7 rue Corbeau, cf. Mémorial de la Shoah, base des déportés.

[20] Page 154, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[21] Page 151-152, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN. Les Juifs polonais étaient néanmoins nombreux dans le quartier.

[22] Page 156, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[23] Page 156, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[24] Le port de l’étoile jaune en zone occupée a été rendue obligatoire pour tous les Juifs français et étrangers âgés de 6 ans et plus, avec l’ordonnance allemande du 29 mai 1942. Les personnes concernées devaient venir retirer trois étoiles par personne, en échange d’un point-textile sur la carte de ravitaillement. La décision prend effet le 7 juin 1942. Un tout petit plus qu’un mois avant la rafle du Vel d’hiv.

[25] Page 10, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN.

[26] Témoignage de Rosette Krimolowski recueilli par Thomas Pendzel, 2006 – Voir le documentaire 5-7 rue Corbeau, 32 mn 51 sec – 33 mn 28 sec

[27] Tema et Moïse Krimolowski sont déportées de Drancy le 16 septembre 1942, par le convoi n°33.

[28] Page 74, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info, Jean LALOUM.

[29] Témoignage de Rosette Krimolowski recueilli par Thomas Pendzel, 2006 – Voir le documentaire 5-7 rue Corbeau, 33 mn 56 sec – 34 mn 17 sec

[30]Page 75, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info, Jean LALOUM.

[31] Dans une note manuscrite de son dossier 21 P 619 136, Rosette explique que sa grand-mère est restée à l’hôpital Rothschild (qui était en fait un sous-camp de Drancy) jusqu’à la Libération, soit même pas un mois après la déportation des deux fillettes.

[32] Cette photographie est devenue un symbole : elle représente l’horreur du crime génocidaire. Toutes les petites filles sur la photographie ont été déportées ; une seule est revenue, Rosette. Pour lire une très intéressante réflexion sur l’utilisation et la signification attribuée à cette photographie, lire l’article de Jean LALOUM, disponible en ligne : Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info.

[33] Seuls les enfants dits « bloqués » sont concernés par ces sorties. Ce sont des enfants qui ont été arrêtés et se retrouvent isolés dans un camp (c’est-à-dire sans famille avec eux dans le camp). Ils sont « libérés » du camp et placés dans un centre de l’UGIF ; ces enfants sont sous le contrôle des Allemands et de Vichy. Ces libérations ne sont pas systématiques et elles sont contingentées. Rosette et Fleurette font partie de cette catégorie d’enfants « bloqués ». Voir pages 70 à 75, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info.

[34] Tema, la maman de Rosette et Florette, est la sœur du père de Fleurette, Avrom/Abraham Feldman.

[35] Voir le livre de Lior Lalieu et Jean-Marc Dreyfus, La Rafle du « Billet vert » 14 mai 1941. Les photos retrouvées, Calmann-Levy, Mémorial de la Shoah, 2026.

[36] Note 1, page 86, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[37] Page 86, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[38] Témoignage de Fleurette Feldman, 17 juillet 2026

[39] Extrait d’une lettre de Salomon Dubowsky (régisseur de la maison de Saint-Mandé) datée du 28 juin 1945 et reproduite dans le bulletin de la Fédération nationale des centres d’entr’aide des internés et déportés politiques du 4 juillet 1945 – Archives communales de Saint-Mandé

[40] Convoi 77 de Drancy, Camp, France à Auschwitz Birkenau, Camp d’Extermination, Pologne le 31/07/1944

[41] Page 102-104, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[42] Page 104, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[43] Page 104, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[44] Note au sujet de la maison d’enfants de la rue Granville, Archives communales de Saint-Mandé.

[45] Page 105, Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[46] Rappelons que la mère de Rosette était cartonneuse avant son mariage, comme indiqué sur son certificat de mariage, voir la biographie de Florette Krimolowski.

[47] Page 381, 5-7 rue Corbeau, hommage à Annette Zaidman, Sabine ZEITOUN

[48] Notre histoire – LTCFC

[49] Merci à Tema, la fille de Rosette, qui nous a transmis cet article.

[50]Le FSJU a joué un rôle crucial dans la restitution des biens juifs spoliés pendant l’Occupation. Il a été chargé d’instruire les requêtes pour la France et a permis d’indemniser près de 30 000 personnes.

[51] Service Historique de la Défense (SHD Caen), Rosette Krimolowski épouse Greenbaum, dossier 21 P 619 136.

[52] Nous avons cité ce témoignage à plusieurs reprises. L’article complet de Jean Laloum est disponible en suivant le lien : Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé | Cairn.info

[53] Nous avons renvoyé à des extraits du documentaire dans cet article. Le documentaire complet est disponible en suivant le lien : 5-7 rue corbeau | Vidéos & films sur Vimeo

[54] Merci à Thomas Pendzel qui nous a confié cette photographie de Rosette. La photographie de la plaque vient du site : COMEJD Carte

[55] « Les traces de Rosette et Florette, mes petites voisines », p. 224 à 228 – Voir la reproduction sur Rosette KRIMOLOWSKI

[56] www.claimscon.org

Contributeur(s)

Notice rédigée par Lilou Pilon et Linoa Lasota du collège Victor-Duruy de Châlons-en-Champagne, encadrées par Mme Christèle Lomer, professeure de lettres.

Reproduction du texte et des images

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