Achille HESS (1869-1944)
31 juillet 1944, 8 heures du matin.
Des autobus en provenance du camp d’internement de Drancy arrivent à la gare de Bobigny. 1306 personnes sont contraintes à embarquer à toute allure dans des wagons à bestiaux. Parmi elles, près de 300 enfants et adolescents et un vieux monsieur de 75 ans : Achille Hess, arrêté quelques jours plus tôt.
Tentons de retracer son parcours de vie.
Une enfance et une jeunesse qui nous échappent
C’est à Paris que ses parents, Philippe Poutmann[1] et Léontine, née Moïse ou Moyse, se sont mariés le 23 avril 1868 dans le XVIIIe arrondissement. D’abord domiciliés dans le XIIe arrondissement, chez le père et le frère de Léontine, au 45 rue du Rendez-Vous, quand Achille naît le 24 mars de l’année suivante, ils déménagent après 1870 au 8 boulevard du Temple, dans le IIIe. Est-ce là que grandit Achille ?
Sa famille paternelle originaire de Bischheim (Alsace), est installée à Paris depuis au minimum les années 1830. En 1872, son grand-père est naturalisé français.
De son enfance nous ne savons rien, hormis qu’il a une sœur, Rachel, née le 5 décembre 1872[2], qui porte le prénom de sa défunte grand-mère maternelle.
Les Hess sont marchands de nouveautés, activité assez répandue dans la communauté juive en France, mais que n’exerçait pas Isaac, le père de Philippe, qui avait été marchand d’engrais avant de devenir voyageur de commerce, puis rentier, selon les mentions sur différents actes d’état civil.
On peut supposer qu’Achille a été un brillant élève et que le commerce familial marche bien, car le jeune homme fait des études assez poussées. En effet, sa fiche matricule militaire du recrutement de la Seine indique des études de droit et un autre document, rempli par sa veuve après 1945, fait état d’une Licence. En outre, Achille parle l’allemand[3]. Peut-être était-ce la langue parlée à la maison ? Cette hypothèse est confortée par son patronyme d’origine germanique. Par ailleurs, la famille de son père était originaire d’Alsace.
Le service militaire
En 1889, Achille a 20 ans et vient le moment de la conscription. Il habite alors 66, rue de Bondy, dans le Xe arrondissement, avec sa mère et sa sœur.
Sa fiche matricule nous indique que son père est décédé, ce qui le dispense de service militaire. Toutefois, il est intégré dans l’armée. Il part pour le 2e escadron du train le 11 novembre 1890, et il est promu brigadier le 23 septembre 1891, puis maréchal des logis le 22 octobre 1892. Il passe ensuite dans la réserve active, le 1er novembre 1893, avec un certificat de bonne conduite. Selon sa veuve, il était chasseur à cheval, dans la cavalerie, en garnison à Amiens, mais ce n‘est pas indiqué dans sa fiche matricule.
La description physique assez succincte nous apprend qu’il mesure 1m 66, a les cheveux et les sourcils châtains, les yeux marrons et une tête ovale. Son nez est « moyen ». Son niveau d’instruction militaire est « exercé ».
En 1893, à la sortie de l’armée, Achille s’installe au 19, rue de la Roquette, dans le XIe arrondissement. Et il n’y vit pas seul.
À l’âge de 26 ans, en 1895, Achille est condamné à un an de prison et 100 francs d’amende pour escroquerie. Cela lui vaut d’être privé de son grade de brigadier et d’être affecté au bat’ d’Af’, majoritairement composé de militaires libérés ou sanctionnés durant leur service. Il est envoyé à Ladhouat et au Kreider.
En 1899[4], il est considéré comme insoumis par l’armée, car il n’a pas répondu à la convocation pour faire sa période militaire. Ce dont il est finalement relevé le 25 mars 1901, en vertu d’une amnistie générale. En novembre 1902, il donne pour adresse le 14 rue de Sèvres, dans le VIe arrondissement. En 1903 et 1904, il accomplit ses périodes militaires.
Un premier mariage et un enfant
Le 7 mars 1903, Achille a 34 ans et épouse Eugénie Meyer[5], qui en a 39. Le couple vit alors au 82, rue Rochechouart dans le IXe arrondissement, après avoir habité rue de Lancry. Eugénie est professeure de piano et Achille, voyageur de commerce. C’est donc un couple de la petite bourgeoisie. Ils passent un contrat de mariage devant notaire. L’oncle d’Achille, Edouard Moïse[6], rentier âgé de 67 ans, est témoin, de même qu’Albert Marx, 38 ans et négociant, qui est son beau-frère. Pour la mariée, les témoins sont Fernand Meyer, 32 ans, voyageur de commerce, et sa sœur, Léonie Meyer, institutrice âgée de 45 ans.
Leur acte de mariage nous apprend qu’ils sont parents d’une fille prénommée Yvonne, née au 19, rue de la Roquette. Achille l’a reconnue à sa naissance, le 29 août 1893, et Eugénie a fait de même en 1902. Leur mariage est l’occasion pour le couple de la légitimer.
Nous ne savons rien de la vie de leur fille Yvonne, mais nous avons retrouvé la trace de son mariage le 18 avril 1940, à l’âge de 47 ans, avec un agent immobilier juif né en 1896 à Galatz, en Roumanie, Nataniel Charles Rosenthal[7]. Pour Yvonne, l’acte de mariage mentionne « père disparu », en revanche sa mère, Eugénie, est présente à la cérémonie en tant que témoin et on note qu’elle vit à la même adresse que les mariés. Il est probable qu’Yvonne ait perdu tout contact avec Achille, peut-être après la séparation de ses parents. Étant donné l’âge des époux, on suppose qu’aucun enfant n’est né de cette union. Yvonne est décédée en Suisse en 1989, à l’âge de 96 ans.
Le 13 janvier 1904, Achille signale aux autorités militaires qu’il réside 2 rue de Malte, à nouveau dans le dans le XIe. Il semble être resté à cette adresse jusqu’à la guerre.
En 1907, le 15 juillet, Achille perd sa mère, Léontine[8]. Elle est inhumée au cimetière Montmartre.
La Première Guerre mondiale
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Achille a 45 ans. Il est rappelé sous les drapeaux le 1er août et arrive au corps le 5 septembre. Il est mobilisé dans la territoriale (il y est affecté depuis novembre 1903), où servaient les « pépères » considérés comme trop âgés pour combattre. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 9 octobre 1914, puis rappelé le 12 mai 1915.
Enfin, selon sa fiche militaire, Achille est réformé pour « affection cardiaque » le 5 février 1916 (sa veuve dira : « blessure de guerre »). Il aurait été blessé en 1915 à Nemontre ( ?)-au-Pont, tou.jours selon sa veuve, mais sa fiche matricule ne l’indique pas.
En février 1916, Achille s’installe 9 avenue Rachel, dans le XVIIIe arrondissement, uen rue qui mène cimetière de Montmartre.
Achille et Eugénie divorcent le 15 janvier 1917.
Remariage
En 1917, Achille a 48 ans, il est toujours voyageur de commerce. Quelques mois après son divorce, le 4 août, il se remarie avec Marie-Louise Châtelain[9], qui en a 36, sans profession. Leur union est célébrée à la mairie du XIXe, arrondissement où ils vivent ensemble, 5, passage Lauzin, en compagnie de la mère de Marie-Louise.
Au cours de son existence, Achille change assez fréquemment d’adresse, passant par divers arrondissements, presque toujours sur la rive droite. Il quitte Paris avant 1931 sans qu’on puisse déterminer la date exacte, pour s’installer au Mesnil-le-Roi puis vers 1935 à Maisons-Laffitte.
À partir de là, nous n’avons pas de renseignements sur Achille Hess jusqu’en 1938, où il réapparaît à la faveur d’un rapport de police.
Des liens troublants avec un parti d’extrême droite
Le 25 février 1938, un rapport du commissariat de police de Laval, destiné au préfet de la Mayenne, révèle une surveillance discrète, probablement centrée sur Achille puisqu’elle débute dès sa descente du train, à moins que le véritable objet n’en ait été le Parti Social Français, résurgence de la Ligue des Croix de Feu après sa dissolution en 1936. Un mois plus tôt, « un individu élégant, âgé de 60 à 70 ans » et « ressemblant à l’ancien président Alexandre Millerand », a été suivi toute la journée.
Le rapport détaille les activités d’Achille. Arrivé en taxi à la gare de Laval, il s’est rendu à son hôtel avant de rencontrer une douzaine de personnes, toutes membres ou sympathisantes du PSF. Parmi elles, le président de la Fédération départementale, chez qui il a séjourné 45 minutes. On remarque qu’Achille s’est inscrit à l’hôtel sous son vrai patronyme, mais qu’il a utilisé le prénom André. Était-ce celui qu’il utilisait au quotidien ? Aucune autre source ne le mentionne.
Ce rapport est transmis à la Direction de la Sûreté nationale, chargée de la répression des crimes, de la surveillance politique et de toute activité jugée menaçante pour l’ordre public. Une lettre accompagnant le document précise que l’enquête porte sur les activités du PSF à Laval.
Enfin, le 14 mars 1938, la Sûreté nationale demande des renseignements au préfet de Seine-et-Oise sur Achille. La réponse décrit un homme sans histoires, dont « la conduite et la moralité n’ont jamais suscité de remarques particulières ».
Voyageur de commerce domicilié 24 rue Masson à Maisons-Laffitte depuis trois ans, « auparavant domicilié au Mesnil-le-Roi », il « semble défavorable au gouvernement actuel » (le second gouvernement Blum). Cette affirmation est confirmée par le fait qu’il entretient des relations avec un parti opposé au gouvernement de Front populaire. Toutefois il n’a « aucune activité politique ou militante ». Une enquête de voisinage a été effectuée et certains renseignements sont inexacts et malveillants. Ainsi par exemple, le rapport mentionne-t-il que « bien que se disant marié sans enfant, il vivrait en réalité en concubinage ». Or le recensement de 1931 montre qu’il réside à cette adresse en compagnie de Marie-Louise, qu’il a épousée en 1917. On découvre qu’il « s’occupe de paris aux courses et fréquente les hippodromes de la région parisienne ». Joueur invétéré ou simple turfiste ? Il vit dans une ville où un hippodrome existe depuis le XIXe siècle.
Une existence menacée sous Vichy
Lorsque la guerre éclate et que les premières mesures anti-juives sont prises par l’État français collaborateur, on ne sait pas quelle attitude a adoptée Achille. S’est-il fait recenser ? A-t-il porté l’étoile jaune lorsqu’elle a été imposée en 1942 ?
En novembre 1942, Achille est interné sur ordre des autorités allemandes au camp de Drancy, où sont désormais parqués les Juifs arrêtés, sans qu’on sache pour quel motif il a été arrêté[10]. Il change une fois de lieu d’affectation dans le camp, avant de rejoindre l’infirmerie, puis l’hospice. Enfin, il est libéré et remis « aux bons soins de sa femme » le 30 janvier 1943, probablement en raison de son âge et du fait, comme le mentionne sa fiche, qu’il est « marié à une aryenne »[11]. Rappelons qu’il est alors âgé de 73 ans. Le fait que son union avec une non-juive soit mentionnée nous donne à penser qu’Achille a été recensé et que le tampon « juif » a été apposé sur sa carte d’identité ou en tous cas qu’il a été arrêté en tant que juif.
Des recherches menées par l’Arehsval (Association de recherche et d’études historiques sur la Shoah en Val de Loire) ont établi qu’Achille a été arrêté à Vouvray 26 juillet 1944 à l’hôtel du Grand Vatel à Vouvray (12 km de Tours, en Indre et Loire, une adresse très réputée par les amateurs de bonne gastronomie)
Le Grand-Vatel, alors encore Hôtel de la Gare, à Vouvray, dans les années 1900.
par le SIPO SD (qui regroupe la Gestapo, la police criminelle et le SD, qui est le service de renseignement de la SS). Les chercheurs ont établi qu’Achille avait été le dernier déporté du département.
Nous n’avons pas pu consulter ces documents. En revanche, les cahiers de mutation du camp de Drancy et sa fiche d’internement attestent qu’Achille y est arrivé le 28 juillet.
Un résistant ?
En 1949, Marie-Louise entame une première procédure pour faire reconnaître l’appartenance d’Achille aux Forces Françaises Combattantes (réseau Jade Fitzroy).
Le réseau de résistance Jade Fitzroy est lié au MI6 et fournissait des renseignements militaires aux Alliés. Le chef de ce réseau est Claude Lamirault qui, comme Achille, résidait à Maisons-Laffitte. Étaient-ils proches avant la guerre ? Fréquentaient-ils les mêmes lieux ? Nous ne le savons pas…
On apprend qu’Achille avait le statut de P1, c’est-à-dire qu’il exerçait son activité sous couvert de ses occupations personnelles ou professionnelles depuis juin 1943, ce qui est une entrée en résistance assez précoce. Étant donné, et son âge, et la nature de sa profession qui implique de se déplacer, Achille ne devait plus exercer son métier. D’autant que le statut des Juifs avait proscrit tout contact professionnel entre « Juifs » et « aryens ».
Le 26 juillet 1943, Achille serait passé au grade de P2 au sein de son organisation de résistance.
Achille est homologué au grade de « sous-lieutenant à titre posthume » par décret du 5 avril 1949, publié au Journal Officiel du 23 avril 1949. La prise de rang est indiquée au 1er juin 1944. Ce qui ne cadre pas avec les informations déjà communiquées.
L’affaire se complique davantage. Dans un des dossiers qu’elle remplit, Marie-Louise indique que son mari a été arrêté une première fois le 4 novembre 1942, relâché le 29 janvier 1943, puis arrêté une seconde fois le 26 juillet 1943. Or, cette date pose problème, car elle n’est confirmée par aucune autre source.
Cette « erreur de date » sur l’année revient à plusieurs reprises dans différents documents du dossier. Marie-Louise donne une description physique d’Achille : « cheveux blancs », « front haut », « yeux bleus », « nez droit » et « teint basané ». Marie-Louise précise qu’Achille a été blessé pendant la Première Guerre mondiale, ce que sa fiche matricule militaire ne mentionne pas. Elle signale également qu’il mesure 1,68, soit qu’il est plus grand de deux centimètres à 73 ans qu’à 20. Quant à ses yeux, pour les militaires, ils étaient « marron » et non « bleus ».
À la lecture des documents, on comprend que l’administration est perplexe.
La fiche d’identification du dossier comporte, au verso, l’annotation suivante :
« Le dossier ACVG possède un certificat de relation de cause à effet délivré par le liquidateur de Jade Fitzroy mais sur la feuille d’examen des ACVG il est porté à la ligne Décision proposée » la mention : À soumettre à la Cssion Nle. Voir dossier état civil. Israélite ne portait pas l’étoile. Aucun autre document ou enquête ne prouve qu’il est arrêté comme racial. »
Toutefois, grâce à cette procédure, au demeurant assez rapide, puisqu’elle aboutit en quelques mois, Marie-Louise réussit à faire reconnaître le statut de résistant d’Achille, qui est nommé sous-lieutenant à titre posthume. Dans la foulée, la mention « mort pour la France », lui est attribuée.
Déporté pour faits de Résistance ou parce que Juif ?
Un an plus tard, Marie-Louise entame une nouvelle procédure pour faire établir qu’Achille a été déporté pour son action en tant que résistant et non parce qu’il était juif. Cette démarche lui aurait permis de recevoir un pécule et une pension un peu plus élevés, versés par l’État aux déportés, qui était un peu plus important pour les déportés résistants que pour les déportés « politiques » (le terme en usage pour dire « déporté racial »).
Pour Marie-Louise cette aide supplémentaire aurait été très utile, car sa situation financière est décrite comme « très modeste » dans une fiche de renseignements établie par la préfecture de Seine et Oise. Un document de 1948 indique qu’elle reçoit une allocation provisoire de pension de veuve d’un montant de 23.100 francs annuels (1925 francs mensuels), ce qui est une somme dérisoire puisque le SMIG (né en 1948) se monte à environ 9000 francs mensuels.
Il y a en plus un enjeu mémoriel : il est plus prestigieux d’avoir été déporté pour des faits de Résistance que comme déporté racial.
La veuve fournit des attestations du chef du réseau Fitzroy, complète des fiches de renseignements… Mais la chronologie présente quelques incohérences. En effet, on sait qu’Achille a été arrêté puis interné à Drancy le 28 juillet 1944, grâce à sa fiche d’entrée et aux cahiers de mutation du camp. Or, selon les dires de Marie-Louise, il a été interpellé en 1943 à Maisons-Laffitte. Elle donne même des détails sur l’arrestation à leur domicile à 6 heures du soir, par un feldgendarme accompagné d’un « colaborateur » (sic) qui auraient perquisitionné leur appartement et emmené Achille à la Gestapo sans qu’elle ne l’ait jamais revu ensuite. Au fil du dossier, la date de juillet 43 (le jour varie) revient à plusieurs reprises et il n’est fait aucune allusion à la première arrestation de 1942.
Il nous paraît impossible que Marie-Louise ait commis involontairement cette erreur d’une année. Nous pensons aussi qu’elle choisit délibérément d’omettre la première arrestation de son mari à l’automne 42 afin de ne pas focaliser l’attention de l’administration sur son motif « racial ».
Le dossier d’Achille reçoit d’abord un avis favorable de la commission départementale, puis interdépartementale. Mais la feuille d’examen à laquelle nous avons fait référence plus haut est péremptoire : « Israélite ne portait pas l’étoile ».
Et en janvier 55, après un parcours administratif long et probablement usant pour Marie-Louise, le verdict tombe : défavorable. La demande est rejetée. Achille n’obtient pas le statut de Déporté Interné Résistant (DIR).
Il lui est signifié que [sa] demande « ne remplit pas les conditions du code des pensions ». Marie-Louise envoie alors un courrier pour tenter un recours gracieux. Mais le dossier ne contient pas d’autres pièces. Marie-Louise est décédée en 1964, sans avoir obtenu gain de cause.
Officiellement, Achille, bien que résistant reconnu, a donc été déporté parce que juif[12].
On ne sait pas si Achille a survécu aux conditions effroyables du voyage jusqu’à Auschwitz : pas d’eau, pas d’air, une chaleur étouffante, pas de place dans un wagon à bestiaux où 60 personnes étaient entassées. En revanche, il est certain que, s’il est arrivé vivant au camp, il a été assassiné à son arrivée en raison de son âge avancé. La sélection pour le travail excluait les personnes de plus de 50 ans. A l’arrivée du convoi 77 à Auschwitz, les morts dans les wagons étaient nombreux.
Il ne reste d’Achille Hess qu’un nom gravé sur une plaque de marbre sur le monument à la mémoire des déportés du cimetière de Maisons-Laffitte et son nom sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah, à Paris, à l’année 1944.
Gaël Bedetti Mignot, Maé Borg-Feron, Mathilde Bouyer, James Claudic, Lucie Izzet, Laure Joubert, Marcus Lucas, Tristan Mot Tran Huy, Lléana Perrier, Denis Pisarev, Eryne Popescu, Oliver Smadja Goldsmith, Badr Souabni, Marie Tarrieu, Amalthée Tropeano-Puech, élèves de 3e au collège Lakanal de Sceaux, ont rédigé cette biographie avec leur professeure Nathalie Ménoret, durant l’année scolaire 2025-2026.
Leur travail a été relu par Laurence Klejman (un immense merci à elle !) à qui sont dues toutes les notes.
SOURCES
- SHD Caen – DAVCC, 21 P 463 153
- SHD Vincennes GR 16 P 292 838
- Archives Nationales (Fonds de Moscou) 19940451/1
- Mémorial de la Shoah / Archives nationales, Fiche Drancy et cahier de mutations / entrées,
- Archives de l’état civil de l’Allier
- Archives de Paris (fiche matricule militaire, recensements, état civil)
- Archives des Yvelines (recensement)
- gallica.BnF.fr
- Areshval, blog adirp37-41.over-blog.com
Notes & références
[1] Philippe Poutmann (c’est son premier prénom) est né à Paris « dans le VIIe arrondissement ancien » le 22 septembre 1838, ses parents étaient lui, marchand et elle, Julie (parfois Sophie) Schneberg, ouvrière en casquette. Elle est née près de Saverne, dans le Bas-Rhin, le 14 juin 1811. Isaac est né Bischheim, près de Strasbourg, la même année, le 21 janvier. Julie et Isaac se sont mariés à la mairie de Lyon le 23 mai 1850 et Isaac a reconnu ses cinq enfants.
La sœur de Philippe, Eve (épouse Spitz en 1870 et ouvrière en chapellerie), est née en novembre 1848 à Lyon, comme son frère Sigismond, né en 1846. Un autre frère, Casimir, né en 1842 à Paris, est voyageur de commerce au moment du mariage de leur sœur, dont il est témoin, de même que Philippe. Des témoins signent en caractères hébraïques. Léon Hess, né en 1843 à Paris, se marie en 1871 ; il meurt en 1898. Casimir Hess, en 1910 et Eve en 1916. On note que toute la famille, sauf quand elle est à Lyon, s’installe dans le Marais.
En 1868, au moment de son mariage, Philippe était veuf. Il s’était marié en 1863 et était alors marchand colporteur. Léontine Moyse est également née dans le VIIe arrondissement de Paris, le 1er juillet 1843. Son père, Daniel Moyse, né à Nancy, est employé au gaz, et sa mère, Rachel Bloch, est morte le 11 décembre 1865 et enterrée dans la partie « juive » du cimetière de Montmartre. Un contrat de mariage a été déposé chez le notaire. Edmond Moyse, le frère de Léontine, et Samuel Felsenstein, le mari de Constance Moyse, sœur aînée de la mariée, tailleur, sont ses témoins. Deux des témoins signent en caractères hébraïques. Daniel Moyse meurt le 2 novembre 1868.
[2] Rachel se marie en 1891 avec Albert Marx, qui sera témoin au mariage d’Achille avec Eugénie Meyer. Le grand-père paternel de Rachel et d’Albert, Isaac Hess, rentier (ex marchand d’engrais) de 80 ans et Edmond Moyse, rentier et oncle, sont témoins pour la mariée. Rachel et Albert ont une fille, Suzanne, née le 1er avril 1892. Rachel, morte le 2 août 1932, bd Malesherbes, est inhumée au cimetière de Montparnasse le 4 août. Suzanne, épouse de Lucien Fallek depuis 1919, est morte le 9 juin 1972. Albert Marx est mort en 1945.
[3] C’est ce qu’indique son épouse dans le dossier qu’elle dépose après-guerre pour le faire reconnaître comme résistant, voir 16 P 292 3838, SHD Vincennes.
[4] En 1898, une recension du journal antisémite L’Antijuif, qui traque les Juifs partout et notamment dans la franc-maçonnerie, dénonce un Achille Hess comme membre de la loge L’homme libre, avec la publication de son adresse personnelle 17, rue de Lancry. Nous ignorons s’il s’agit de notre Achille, mais l’adresse correspond, et si oui, s’il a poursuivi ses activités maçonniques.
[5] Eugénie Meyer est née le 29 novembre 1864 à Paris IIe. Son père est Henri Meyer et sa mère Pauline Blum, rentiers demeurant 24 rue de Sévigné, dans le IVe arrondissement. Eugénie est divorcée de Charles-Eugène Moitrier, avec lequel elle a eu un fils en 1888, Ferdinand, mort en 1915, suite à des blessures de guerre.
[6] On note que les Moïse, dont le nom est orthographié avec un « ï » dans l‘acte, signent avec un « y ».
[7] Il a été naturalisé français le 24 novembre 1931. Il est « mobilisé » au moment du mariage et réside avec sa fiancée et sa future belle-mère 67, rue de Tocqueville, dans le XVIIe arrondissement. Il choisit de se faire appeler « Charles ». En 1936, il réside déjà à cette adresse et, au recensement figure comme « frère ».
[8] Léontine Hess, née Moyse, demeurait 2 rue Larribe, à Paris VIIIe, et avait 64 ans, signale L’Univers israélite du 19 juillet 1907. Elle vivait au domicile de sa fille Rachel Marx et de son gendre, qui a déclaré le décès.
[9] Marie-Louise Châtelain est née le 13 juillet 1881, à Montluçon, dans l’Allier.
[10] À partir de septembre 1942, les Juifs arrêtés ne sont plus envoyés devant des tribunaux français, mais sont envoyés directement au camp de Drancy.
[11] Le statut de « conjoint d’aryen » (ou d’aryenne) était un statut particulier qui était censé protéger ceux qui l’avait de la déportation, comme celui de femme de prisonnier de guerre. Dans les faits, la protection s’est révélée peu efficace, Achille en est un des exemples.
[12] Cela a été le cas de nombreux résistants. À quelques exceptions près, les nazis faisaient passer les résistants juifs par Drancy avant de les déporter. Après-guerre, pour des fonctionnaires non-avertis ou peu enclins à croire que des Juifs avaient résisté, le passage à Drancy effaçait tout autre motif : déporté parce que juif. Ce qui était vrai, les résistants juifs étaient envoyés à Auschwitz pour être traités comme des Juifs… Ceux qui en sont revenus ont dû batailler pour
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