Ida FISCHER

1931-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Ida Juliette FISCHER (1931-1944)

©Collection Germaine Hejblum.

Ida Juliette Fischer naît le 25 novembre 1931 à Nancy, dans une famille juive[1]. Elle est la fille d’Israel Jacob Fischer, tailleur d’habits, et de Fajga, dite Fanny, Lewkowicz, « tailleuse », puis couturière.

Fanny est née le 17 août 1906 à Tomaszow Mazowiecki, en Pologne. Elle a un frères et une sœur : Abraham, né en 1899, et Bajla, née en 1908.

Israel Jacob Fischer est né le 15 septembre 1902, à Grabow, en Pologne.

Les deux familles sont juives et vivent dans un contexte de forte discrimination et de difficultés économiques, qui touchent particulièrement la communauté juive polonaise dans les années 1920.

Plusieurs facteurs poussent les Juifs polonais à quitter la Pologne à cette époque. Les pogroms et l’antisémitisme ambiant, les violences, les discriminations à l’emploi ainsi qu’une économie dévastée par la guerre et l’hyperinflation de 1923 entraînent une grande précarité. La France, en reconstruction après la Première Guerre mondiale, apparaît alors comme une terre d’opportunités, manquant de main-d’œuvre et offrant des perspectives meilleures.

Abraham Lewkowicz quitte la Pologne pour Paris en 1922, puis s’installe à Nancy en 1925, et il est probable que ses sœurs le rejoignent dans cette ville.

C’est à Nancy que Fajga Fanny Lewkowicz et Israel Jacob Fischer se marient le 22 août 1927.

Israel Jacob Fischer exerce le métier de tailleur d’habits, tandis que Fanny est « tailleuse », puis couturière. Ils sont installés initialement au 98, rue Saint-Nicolas, à Nancy.

Son frère aîné, Schlama[2] Fischer, dit Simon ou Willy, est né le 26 janvier 1928, également à Nancy[3].

Acte de mariage des parents Fischer
©ville de Nancy.

Au début des années 1930, les Fischer s’installent 29 rue Notre-Dame, dans le quartier juif de la ville, puis déménagent en 1936 au 16 rue Raugraff[4]. Ida grandit dans ce quartier et fréquente probablement l’école du quartier (Raugraff[5]). Son enfance, ordinaire et paisible au départ, est progressivement marquée par la montée de l’antisémitisme, la guerre et les mesures antijuives imposées par l’Occupation.

LA GUERRE ET L’OCCUPATION

Le 16 juin 1940, Nancy est envahie par l’armée allemande, sans combats. La ville, occupée, se trouve dans la « zone réservée ». La Feldkommandantur s’y installe. Les presque 3.800 Juifs nancéens, dont environ 400 étrangers ou apatrides, sont dans le viseur de la politique antisémite.

Dès octobre, ils doivent se faire recenser. Si Ida et son frère Willy, qui ont été déclarés français par leur père devant un juge de paix de Nancy, sont de nationalité française, ce n’est pas le cas de leurs parents. Et les préfets de France ont le pouvoir, voire le « devoir », d’envoyer en camp de concentration ou de travail en France tous les Juifs étrangers et apatrides. Israël qui avait ouvert une boutique avec son beau-frère Abraham Lewkowicz a sans doute vu ses biens aryanisés[6].

Depuis février 1942, les Juifs sont soumis à un couvre-feu particulier, ils n’ont évidemment pas le droit de déménager sans autorisation, et ne peuvent pas voyager.

En 1942[7], le port de l’étoile jaune devient obligatoire et isole et stigmatise les familles juives. Ida doit se plier à cette obligation. Le 19 juillet 1942 une rafle est organisée à Nancy, mais des policiers du service des étrangers de la préfecture, à l’instigation du chef du service Edouard Vigneron, de son adjoint Pierre Marie et de leurs hommes[8] préviennent autant de familles juives qu’ils le peuvent et leur disent de se cacher. Il est probable que cette rafle accélère le départ de la famille Fischer vers la zone libre.

La situation devient de plus en plus dangereuse pour la famille Fischer qui décide de quitter Nancy pour rejoindre la zone « libre »[9].

ORPHELINE EN 1942

En août 1942, toute la famille est arrêtée lors d’une tentative de franchissement de la ligne de démarcation. Les enfants sont séparés de leurs parents. Fanny et Israël Fischer sont internés à Dijon, puis envoyés à Drancy où ils arrivent le 26 octobre 1942. Ils sont déportés le 6 novembre 1942 vers Auschwitz dans le convoi 42, qui transporte environ 1.000 personnes, dont 217 enfants. Parmi ces déportés se trouvent également Bajla Lewkowicz, la sœur de Fanny, et son mari Meyer Koenigsberg, marchand forain[10]. Dès leur arrivée à Auschwitz, 773 personnes, y compris Fanny et Israël Fischer (déporté sous le prénom de Jacob), sont assassinées dans les chambres à gaz. Le décès des parents et de leurs proches sera officiellement fixé au 11 novembre 1942.

Ida et son frère sont envoyés à Paris, dans un centre de l’Union Générale des Israélites de France (UGIF), situé rue Lamarck, dans le 18e arrondissement, sur la Butte Montmartre[11].

Ida y arrive le 7 août 1942, en même temps que cinq autres enfants, dont probablement son cousin Chaïm David Koenigsberg, ainsi que Suzanne et Lina Lakcinski (ou Lokcinski).

Il est probable que les familles Fischer, Koenigsberg et Lakcinski, toutes originaires de Nancy, aient été arrêtées lors de la même opération. Le témoignage de Suzanne Lakcinski confirme ce contexte : arrêtées avec leurs parents le 4 août 1942 à Auxonne, en Côte-d’Or, non loin de Dijon Suzanne et Lina sont conduites à Dijon, puis à Drancy, avant qu’une infirmière ne les prenne en charge et les conduise, avec d’autres enfants, au foyer de l’UGIF de la rue Lamarck.

UGIF

Créée en novembre 1941 par le régime de Vichy à la demande des autorités allemandes, l’UGIF regroupe obligatoirement les Juifs de France. En apparence une organisation d’aide, elle est en réalité étroitement contrôlée par l’occupant. Les maisons d’enfants et d’adolescents ont été mises en place, parfois sur des structures préexistantes, après les grandes rafles de l’été 1942 à travers toute la France. Elles dépendent du Service Social de l’UGIF, le service 5, dirigé par Juliette Stern, présidente de la WIZO française. Les Allemands ont consenti à laisser sortir les enfants des camps sans pour autant les perdre de vue. Ceux dont les parents ont été déportés sont pour la plupart connus des nazis. On les désigne sous le terme « enfants bloqués » : l’UGIF doit pouvoir justifier de l’endroit où ils se trouvent, ce qui limitera les évasions, sans pour autant les stopper complètement. Le 30 juillet 1943, Aloïs Brunner, le SS qui dirige le camp de Drancy opère une rafle au siège du service d’assistance sociale de l’UGIF situé rue de la Bienfaisance à Paris, et plusieurs membres seront régulièrement déportés.

Avant même la libération de Paris, le 9 août 1944, est promulguée une ordonnance du gouvernement provisoire dont l’article 4 abroge la loi créant l’UGIF. Accusée par des associations de résistance juive, l’UGIF disparaît à la Libération, le 12 septembre 1944. Ses dirigeants survivants seront soumis à un « tribunal d’honneur » et le personnel, maintenu en place, à une « commission d’épuration ». Puis le CRIF met en place une commission d’enquête, qui se transforme en « jury d’honneur ». La responsabilité de l’UGIF dans la déportation des enfants avec les rafles de 20-24 juillet 1944, dont sont également victimes Ida, son frère Willy et leur cousin Haïm, n’est pas vraiment engagé, est-il finalement décidé, à l’exception des bambins de la pouponnière de Neuilly[12].

TRANSFÉRÉE D’UN CENTRE À L’AUTRE

Dès le 8 août 1942, le centre de la rue Lamarck demande à la mairie du 18e arrondissement des cartes de ravitaillement pour les enfants venus de Nancy, dont Ida, qui appartient à la catégorie J2. Le 4 septembre 1942, Ida et son frère figurent sur une liste d’enfants ne possédant pas de carte textile, document indispensable pour obtenir des vêtements. À la différence de son frère, Ida a des souliers en bon état (et fait la pointure 35). Le 22 décembre, la mairie du18e a enfin envoyé sa carte de ravitaillement[13].

Fin 1942, Ida quitte le centre de la rue Lamarck. Le 31 janvier 1943, elle y est de nouveau signalée avec une autorisation de sortie chez son correspondant, au 4 bis rue des Rosiers, probablement pour voir son frère Willy, qui était pensionnaire de l’ORT à cette adresse[14].

En 1943, elle est prise en charge par le service 5, un service social chargé de placer les « enfants bloqués », restés seuls après la déportation de leurs parents. Le 9 février 1943, elle entre au centre 30 dit « Guy-Patin » dans le 10e arrondissement, un centre où séjournent les enfants en attendant d’être placés ailleurs. La présence d’Ida y est attestée à plusieurs reprises en février et mars 1943[15].

Le 29 mars, l’état des effectifs des enfants du centre Guy-Patin est de 37 pensionnaires. Seule Ida en sort pour « un placement » énigmatique. On ignore où elle est envoyée.

Le 16 juillet 1943, Ida, considérée comme « une enfant isolée » est sortie du centre 28 (Lamarck) mais y retourne le 24 septembre, en provenance du S5, sans doute la maison d’enfants de La Varenne (près de Vincennes) dont parle Raymonde Nemirosky-Frazier, quand elle y évoque sa balade avec Willy Fischer (voir document ci-joint).

Une photographie prise en 1942 montre les enfants du centre de l’UGIF de la rue Lamarck lors d’une sortie en région parisienne. Ida y apparaît sur le cliché, témoin silencieux d’une enfance brisée.

Légende : Les enfants du centre de l’Union Générale des Israélites de France (UGIF) de la rue Lamarck, posant devant une maison lors d’une sortie. Région parisienne, France, 1942.

Note sur les positions des personnes : Sous le chiffre 1 : Lina Lakcinski. Sous le chiffre 2 : Suzanne Lakcinski. Derrière le chiffre 3 : Ida Fisher.

Pendant la guerre, Suzanne et Lina Lakcinski sont arrêtés le 04/09/1942 avec leurs parents, dans un train, alors qu’ils tentent de rejoindre la zone non-occupée. Ils sont emmenés par camion à la Kommandantur de Dijon (Côte-d’Or). Leurs parents sont déportés par le convoi 42 parti du camp de Drancy le 06/11/1942 à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). (©Mémorial de la Shoah).

Willy devient apprenti tailleur à l’Organisation de Reconstruction par le Travail (ORT), école de formation professionnelle pour adolescents juifs. Il se rapproche de sa sœur en passant du temps avec elle chaque dimanche, conscient qu’il ne reverra probablement jamais ses parents.

Extrait du témoignage de Raymonde Frazier qui a rencontré Willy à Paris (Mémorial de la Shoah). Ils se rendent à la maison UGIF de la Varenne, où Ida est hébergée pendant un temps.

Liste des enfants sortis chez leurs « correspondants », le dimanche 14 février 1943, du centre Guy-Patin ©Yivo /Mémorial de la Shoah.

 

Au cours de l’année 1944, Ida est transférée à la maison d’enfants de Saint-Mandé, centre 64 de l’UGIF, située 5-6 rue Granville, qui a ouvert en juin 1943 et n’accueille que des filles. C’est une petite maison, dans un quartier tranquille tout près du bois de Vincennes. Comme ses camarades de classe, Ida fréquente l’école communale[16].

Des fillettes du Centre UGIF de Saint-Mandé photographiées à l’école de Saint-Mandé. Ida n‘y figure pas, mais ces enfants seront pour la plupart arrêtées le 21 juillet et déportées avec elle le 31 juillet 1944.

 

C’est dans ce « paradis » décrit par des survivantes ou rescapées qu’Ida se trouve lors de la grande rafle du 22 juillet 1944[17], qui vise six centres d’enfants juifs de Paris et de la région parisienne. Avec 19 autres filles, Ida est arrêtée à Saint-Mandé, dans la nuit du vendredi 21 juillet[18]. Son frère Schlama est arrêté à l’école de travail, rue des Rosiers.

Du 22 au 30 juillet 1944, Ida est internée au camp de Drancy. Elle reçoit le matricule 25.455.

Cartes d’enregistrement d’Ida Fischer ©Mémorial de la Shoah.

Le 31 juillet 1944, elle est déportée par le convoi n° 77, le dernier grand convoi parti de Drancy, dix-sept jours avant la libération du camp. Ce convoi transporte 1 306 personnes, dont plus de 400 enfants et nourrissons, entassés dans des wagons à bestiaux[19]. À son arrivée à Auschwitz-Birkenau, dans la nuit du 3 août 1944, une sélection est immédiatement pratiquée[20]. Sur l’ensemble du convoi, seuls 251 survivront à la guerre, tandis que 847 personnes sont assassinées dans les chambres à gaz dès leur arrivée.

La maison d’enfants de Saint-Mandé était dirigée par Thérèse Cahen, qui avait promis de ne jamais abandonner les fillettes[21]. Bien qu’elle ait été jugée apte au travail, elle refusa toute séparation et resta avec les enfants. Le sort du groupe fut scellé : elles furent conduites vers les chambres à gaz, hormis Rosette Krimolowski, qui a menti sur son âge et a été sélectionnée pour le travail.

La date officielle retenue pour le décès d’Ida Juliette Fischer est le 5 août 1944. Elle est déclarée décédée ce jour-là à Auschwitz, à l’âge de 12 ans.

LES DÉMARCHES DE LA FAMILLE APRÈS-GUERRE

Après la guerre, sa famille entreprend de longues démarches pour faire reconnaître sa disparition et sa mort. Le 19 janvier 1953, son oncle maternel Abraham Lewkowicz demande la régularisation de son état civil. L’acte de disparition est rédigé le 3 mars 1953 et transmis au ministère des Anciens Combattants le 7 mars 1953.

Le 28 mai 1956, son décès est officiellement transcrit sur les registres de l’état civil. Le 15 novembre 1957, une première demande de la mention « Mort pour la France » est faite. Le 4 mars 1958, Ida obtient à titre posthume le titre de Déportée Politique. Après de nouvelles démarches engagées par son frère Willy, qui a survécu à la déportation, et vit à Paris dans le 11e arrondissement, la mention « Mort pour la France » est reconnue en janvier 1959 et transcrite le 24 janvier 1959. Seuls les Français avaient droit à cette mention « mort pour la France ».

Le parcours d’Ida Juliette Fischer incarne aujourd’hui la mémoire des milliers d’enfants victimes de la Shoah en France, et rappelle l’importance de transmettre cette histoire pour que jamais elle ne soit oubliée.

Le 25 mai 2023, dans l’école Paul-Bert de Saint-Mandé, a été posée une plaque commémorative qui rend hommage aux 41 enfants juifs déportés qui vivaient à Saint-Mandé, dont 39 fréquentaient l’école, parmi lesquels des fillettes de la maison de l’UGIF[22]. Le nom d’Ida Fischer figure également, en compagnie de celui de son frère survivant, sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah de Paris à l’année 1944. Ceux de ses parents sont gravés sur les murs des déportations de l’année 1942.

 

Ancienne plaque commémorative à Saint Mandé sur la maison du 5 de la rue Granville.

 

Cette biographie d’Ida Juliette Fischer a été réalisée dans le cadre d’un travail mené par 44 élèves volontaires de classes de 3 du collège de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) en 2025-2026.

Tout au long d’une année scolaire, les élèves se sont engagés dans un travail de recherche historique approfondi et rigoureux afin de reconstituer le parcours et l’histoire d’Ida Juliette.

Pour mener à bien ce travail, ils se sont appuyés sur des archives fournies par l’association Convoi 77. Ces documents ont été complétés par des recherches menées auprès de plusieurs institutions de référence : le Mémorial de la Shoah, les archives municipales et le service d’état civil de la ville de Nancy.

Des archives plus personnelles (Carnet de souvenirs de Suzanne Pick au Mémorial de la Shoah) et des archives familiales de Mme Delaveau (petite-cousine des enfants Fischer et petite-fille d’Abraham Lewkowicz°) ont également été consultées, permettant d’apporter un éclairage plus humain et familial à ce travail de mémoire et d’enrichir la compréhension du destin d’Ida Juliette.

Ce projet de recherche s’inscrit dans une démarche de transmission de la mémoire. Il a constitué une étape importante dans la préparation du projet « Mémoire et Citoyenneté » mené dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD).

À travers cette biographie, les élèves ont développé des compétences de recherche, d’analyse et d’écriture, tout en participant à un travail essentiel de mémoire et de citoyenneté.

20 fillettes et adolescentes de la maison de Saint-Mandé ont été déportées avec Ida Fischer. Vous pouvez consulter leur biographie en faisant une recherche sur le site convoi77.org en tapant : Saint-Mandé. 

Sources

  • Service de Défense Historique (SHD) / Caen – DAVCC, dossiers 21 P 646 069 et 21 P 254 185.
  • Archives Yivo, RG 210, UGIF, Mémorial de la Shoah.
  • Archives de la ville de Nancy, état civil et recensements.
  • Fiche Drancy et cahier de mutations / entrées, Mémorial de la Shoah / Archives nationales
  • Témoignage de Raymonde Frazier, née Nowodworski, interviewée par Catherine Bernstein, s.d., INA et Mémorial de la Shoah.
  • Laloum Jean, « Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé », Revue du monde juif, 1995 et La maison d’enfants de Saint-Mandé : centre UGIF n° 64 : 1943-1944 : des enfants juifs sous l’Occupation, Centre communautaire de Vincennes-Saint-Mandé, Les Éditions polyglottes, 1994, 62 pages.

Notes & références

[1] Ses grands-parents maternels se nomment Zelmann Lewkowicz et Golda Goldberg. Zelman est boucher et ils vivent à Tomaszow Mazowiecki, en Pologne, Ses grands-parents paternels, Schlama Wolf Fischer et Leija Itta Glanc, étaient déjà décédés quand Fanny et Israël se sont mariés, indique l’acte de mariage.

[2] Schlama porte le prénom de son grand-père paternel, mais est couramment appelé Simon ou Willy.

[3] Sa famille, partie un temps en Allemagne, est revenue s’installer à Nancy l’année de sa naissance, fuyant la montée du nazisme. Des membres de la famille Lewkowicz sont également installés à Nancy. Israël s’est associé à son beau-frère Abraham Lewkowicz, cordonnier, pour ouvrir un magazine de chaussures. Une sœur de Fanny, Bella, vit également à Nancy, avec son mari, Meyer (ou Mayer) Koenigsberg. Ils demeurent 11 place Henri-Mangin, avec leur fils ChaÏm David, né en 1938, et ensuite place du Marché (selon la liste de déportation de Drancy du convoi 42 du 6 novembre 1942). Meyer Koenigsberg est enregistré comme « marchand forain ».

[4] Recensements 1936, ville de Nancy.

[5] Sur cette école, voir les souvenirs de Félicia Barbanel-Combaud, https://entretiens.ina.fr/entretien/119/felicia-barbanel-combaud/print Une plaque en mémoire des enfants juifs qui ont fréquenté cette école est apposée sur le mur.

[6] Des documents relatifs à la spoliation des biens juifs de Nancy de la direction régionale de l’ex-commissariat général aux Questions juives (CGQJ), récupérés par l’UJRE en novembre 1944, sont détenus par l’ACJ, Association Culturelle Juive. Ils ont été trouvés en partie chez des brocanteurs… cf.https://shs.cairn.info/revue-archives-juives1-2009-2-page-129?lang=fr « De l’intérêt des archives communautaires. L’exemple de l’Association culturelle juive à Nancy », par Romain Dupré, Archives Juives 2009 / vol. 42, p. 129-132.

[7] La 8e ordonnance du 29 mai 1942 prise par le commandement militaire allemand impose le port de l’étoile jaune à tous les Juifs âgés de plus de 6 ans habitant en zone occupée, dont fait partie Nancy. « Dans les premiers jours du mois de juin 1942, les Juifs doivent retirer, dans le commissariat de police dont dépend leur domicile et contre la remise d’un point textile (sur la carte de rationnement), cet insigne en trois exemplaires », indique une publication du Mémorial de la Shoah. L’étoile « à six pointes ayant la dimension de la paume d’une main et les contours noirs. Elle est en tissu jaune et porte, en caractères noirs, l’inscription Juif. »

L’étoile doit être « solidement cousue » sur le vêtement et portée de manière visible sur le côté gauche de la poitrine. La mesure entre en vigueur le 7 juin 1942.

[8] Charles Bouy, Henri Lespinasse, François Pinot, Charles Thouron, Émile Thiébault. Ces sept policiers vont réussir à prévenir et cacher les juifs étrangers, faisant ainsi échouer l’opération. Il s’agit du seul acte collectif de résistance de la police française à un ordre d’arrestation. Plusieurs d’entre eux ont reçu la Médaille de Juste parmi les Nations de Yad Vashem. Une fiction sur ce sujet a été réalisé en 2005 par Patrick Volson, Le Temps de la Désobéissance, diffusé sur France 2 en 2006. Avec Daniel Russo, Martin Lamotte et Pascal Elso. Il est disponible en DVD.

[9] La zone libre, où le port de l’étoile juive n’a jamais été ordonné par Vichy, n’en est pas pour autant un endroit où les Juifs sont protégés, mais ils sont moins « visibles ».

[10] Comme indiqué sur sa fiche de déportation de Drancy, cf. Mémorial de la Shoah.

[11] « Mais à la Lamarck, il n’y avait pas seulement des enfants qui sortaient des camps, il y avait des enfants qui avaient été placés par leurs parents parce qu’ils n’arrivaient pas à les nourrir. Et parce que ça les gênait pour se cacher eux-mêmes. Alors justement nous, qui sortions d’un camp et qui étions répertoriés auprès des autorités allemandes, on nous appelait les enfants bloqués. » » Témoignage de Raymonde Frazier née Nowodworski https://entretiens.ina.fr/entretien/99/raymonde-frazier-nee-nowodworski/print

[12] Voir par exemple la biographie de Jacqueline Chalupowicz ou celle de Joseph Appel sur ce site.

[13] Documents UGIF, YIVO, consultables sur demande au Mémorial de la Shoah.

[14]Willy apprenait le métier de tailleur, à l’ORT. Le Dr Benjamin Weill-Hallé, de l’UGIF, avait précisé le 12 décembre 1942 devant ses collègues : « Nous ne pouvons éviter malheureusement, la séparation des frères et des sœurs lorsque les écarts d’âge sont marqués, mais il faut qu’ils puissent se voir souvent Archives privées, citées par Jean Laloum, « Les maisons d’enfants de I’UGIF : le centre de Saint-Mandé », in La Revue du monde juif, 1995. https://shs.cairn.info/revue-le-monde-juif-1995-3-page-58?lang=fr

[15]

[16] Sarah Gluba a confié ses souvenirs du centre de Saint-Mandé à Jean Laloum. « Je me souviens très bien de la maison à Saint-Mandé, il y avait une lingerie au dernier étage, je me souviens du bureau du directeur, il était aveugle, on ne le voyait jamais, il ne sortait jamais de son bureau, il y avait aussi sa femme, je me souviens de la salle-à-manger, la cuisine était située derrière, il y avait aussi l’escalier qui montait un peu en colimaçon. » Rosette Krimolowski se souvient quant à elle d’un piano, dont la surveillante mademoiselle Thérèse Cahen « jouait si bien ». Les quelques fillettes qui ont survécu diront ensuite qu’il s’agissait d’un « véritable paradis », où la nourriture est bonne et « l’encadrement spécialement gentil ».

« Nous avions un uniforme ou tout au moins une tenue particulière, “habillée” disons, réservée pour le dimanche, quand nous sortions en groupe, toutes ensemble, nous nous promenions dans Saint-Mandé, sous la surveillance d’une dame. Il devait y avoir des blouses claires et des blouses noires », se souvient une autre rescapée, témoignages cités dans Jean Laloum, op. cit.

[17] Selon une lettre de la Fédération nationale des centres d’entr’aide des internés et déportés politiques (centre d’entr’aide de Saint-Mandé) en date du 4 juillet 1945, citant l’extrait d’une lettre de Salomon Dubowsky rédigée le 28 juin 1945, seul Aloïs Brunner accompagné de quelques internés juifs du camp de Drancy prit part à l’arrestation des fillettes et du personnel du centre de Saint-Mandé : “Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, à 2 heures du matin, un Allemand en uniforme accompagné de quelques civils, est venu chercher tout le monde et les a conduits au camp de Drancy.” Archives communales de Saint-Mandé, cité dans Jean Laloum, op. cit.

[18] « C’est le commandant du camp en personne, le SS-Hauptsturmführer Aloïs Brunner, en uniforme, accompagné de détenus juifs de Drancy, appartenant à la “police sémite”, qui dirige l’opération d’arrestation. L’autobus se rend d’abord à Saint-Mandé. Tous sont embarqués : les vingt fillettes, la directrice mademoiselle Thérèse Cahen, l’assistant scolaire Salomon Dubowsky et son épouse qui se trouvait là. L’autobus se dirige ensuite vers le centre de Montreuil puis, gagne le camp de Drancy », relate Jean Laloum d’après un témoignage publié dans Droit et Liberté, en juin 1948.

[19] « Je me trouvais dans le même wagon que ma sœur Florette. Nous étions très serrés. Il y avait des enfants et des adultes. J’avais de la nourriture. Trois jours de transport durant lesquels on n’ouvre pas le wagon. Nous étions une bonne soixantaine. Il n’y avait pas où s’asseoir. Il y avait des gens malades, je m’en souviens. Les grandes personnes regardaient par les interstices du wagons lors des arrêts du train et elles faisaient des commentaires. On avait tous très soif, il n’y avait plus d’eau. » Entretien de Rosette Krimolowski avec Jean Laloum, op. cit. Elle est la seule survivante des filles déportées de la maison de Saint-Mandé.

[20] « On arrive à Birkenau. On nous fait sortir. Tout ce qu’on avait, je me souviens qu’il fallait le laisser. On laisse tout dans le wagon. On crie les ordres. On nous dit de nous mettre en rang par cinq. On était avec des enfants de Saint-Mandé parce que je me souviens de l’une d’elles avec qui j’étais amie. On s’était dit, que ma sœur reste avec moi, moi j’étais au bord – je me vois encore –, ma sœur au milieu, et cette fille qui était amie avec moi, aussi. On se sépare des hommes. Il ne reste que les femmes et les enfants », Entretien de Rosette Krimolowski avec Jean Laloum, op. cit.

[21] cit. https://shs.cairn.info/revue-le-monde-juif-1995-3-page-58?lang=fr

[22] « Hommage aux enfants saint-mandéens déportés », Ville de Saint-Mandé.

Contributeur(s)

Cette biographie d’Ida Juliette Fischer a été réalisée dans le cadre d’un travail mené par 44 élèves volontaires de classes de 3ᵉ du collège de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) en 2025-2026.

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