Jacques HOLZ

1930-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: , , ,

Jacques Holz

3e Piaf avec Mme Floride Mahieu. Année scolaire 2021-2022.
(Il suffit de cliquer sur les images pour lire les documents dans leur format original)

Introduction : quelles méthodes de recherches ?

Pour rédiger la biographie de Jacques Holz, les 3e Piaf du collège Fernand-Léger de Vierzon se sont d’abord renseignés sur l’association Convoi 77 puis ont lu toutes les archives transmises par l’association. Ils se sont ensuite répartis par groupes des thèmes, qu’ils ont eux-mêmes définis : la jeunesse, la déportation et la mémoire de Jacques Holz. Ils ont aussi choisi de rédiger leur biographie sous un format historique et scientifique, sans romancer ou inventer des moments de sa vie. Un élève de la classe a fait des recherches plus approfondies auprès de la mairie de Nancy. Nous avons également reçu d’autres archives grâce à l’Holocaust Memorial Museum (Washington). Enfin, le 2 mai 2022, Henri Rosenfarb, le cousin de Jacques Holz, est venu au collège pour présenter ses recherches. Voici l’article de presse qui illustre cette rencontre avec M. Rosenfarb (à gauche).

  « Des collégiens face au drame de la Shoah », Le Berry Républicain, 3 mai 2022.

M. Rosenfarb était très ému lors de son intervention devant les élèves. Il a raconté comment il a découvert l’histoire de sa famille, depuis une « photo qui avait toujours été exposée dans le salon » jusqu’à la découverte tardive « d’une boîte avec des photos et des papiers chez ses parents ». Il a alors entamé plus de vingt-cinq années de recherches pour reconstituer son arbre généalogique et comprendre les événements qui ont touché sa famille. Pendant ses recherches, il a ressenti « de l’émotion, de la colère, puis du pardon ». Pour les oraux au DNB (Diplôme national du brevet), les élèves de la classe ont été nombreux à présenter ce sujet, leurs recherches, ce qu’ils ont appris et ressenti. Voici le résultat de leur travail.
Mme Mahieu, professeure d’histoire-géographie, année scolaire 2021-2022

1. Jacques Holz : sa famille et son enfance

Le 31 mars 1930 à Nancy, Moses Chaïn Holz, né en 1897 à Mościska (Pologne) épouse Blima Rosenfeld, née en 1902 à Konskie (Pologne). Moses est alors garçon-brasseur et habite au 20 rue des Dominicains à Nancy. Il est le fils de Jerennasz Holz, commerçant à Mościska, et de Chuma Liebling, déjà décédée en 1930. Blima est sans profession, elle habite au 1 place Lafayette depuis février 1922[1] avec ses parents, Israel Rosenfarb et Lioka Hoffmann, tous deux restaurateurs à Nancy[2]. Ces deux familles sont de religion juive. Israel est un homme très pieux : il est sacrificateur d’animaux et tient un restaurant kasher. L’immigration polonaise est importante en France, et ici dans l’Est. Elle a répondu à l’appel du gouvernement français pour relancer l’industrie, ce qui permet aux étrangers d’avoir un certificat de travail et de résidence. La rue des Dominicains et la place Lafayette, où vivent les deux familles, sont proches du quartier juif de Nancy, qui rayonne autour de la rue Notre-Dame[3].
Suite à leur mariage, Moses et Blima s’installent chez la mariée, au 1 place Lafayette, où ils mettent au monde leur quatre premiers enfants : David (né le 23 février 1931), Joseph (né le 26 août 1932), Jacques (né le 28 décembre 1933), Myriam (née le 25 août 1935). En 1936, la famille est recensée au 47 rue des Ponts, maison où ils donnent naissance à leurs deux derniers enfants : Paul (né le 23 juin 1937) et Emmanuel (né le 6 mars 1940)[4]. Jacques obtient la nationalité française par la déclaration soumise le 16 janvier 1934 devant le juge de paix du canton de Nancy-Nord (avec l’article 3 de la loi du 10 août 1927)[5].

Voici un arbre généalogique pour lier les personnes mentionnées dans notre biographie et qui sont les plus proches de Jacques :

La généalogie de la famille proche de Jacques Holz[6]

Tous les enfants Holz ont pu être scolarisés dans l’école la plus proche de leur domicile : l’école Didion. Nous n’avons cependant pas plus d’information sur cette école et les dates de scolarisation.

2. La déportation progressive de la famille Holz

Cependant, au début de la Seconde Guerre mondiale, le préfet de Meurthe-et-Moselle décide d’éloigner tous les étrangers jugés « dangereux pour le pays » et cette décision entraîne l’expulsion de 1 095 juifs d’origine polonaise. Un premier train du 19 novembre 1939 convoie ces personnes depuis la gare de marchandises de Nancy à Libourne, en autorisant seulement 30 kilos de bagages par personne. La famille Holz part de son côté, en mars 1940, avec une Citroën à traction-avant[7]. Lorsqu’en novembre 1940 la famille doit se présenter au recensement, il est déjà imposé par l’État français d’ajouter sa religion juive à son identité (décret-loi du 3 octobre 1940)[8].
En décembre 1940, la famille est assignée à résidence dans la Vienne : la branche Rosenfarb dans un camp près de Poitiers, les Holz dans le Poitou. Des grands-parents sont déplacés dans le camp de Mérignac (Gironde). Le camp de Poitiers, où arrive Jacques, était initialement réservé aux tsiganes. Mais le 15 juillet 1941, ces derniers sont déplacés près d’Orléans et de Chinon pour que le camp puisse servir à l’accueil des populations juives. Les conditions de vie y sont très difficiles, à cause de la promiscuité, du dénouement, des maladies de peau et digestives. Des photos ont été prises par les assistantes sociales, où l’on voit les enfants, les femmes et les hommes ensemble, notamment à la corvée de pommes de terre. Des chefs de famille protestent contre les manques alimentaires, demandent la libération des femmes et des enfants. Une fiche d’hospitalisation de Jacques et de son plus petit frère Emmanuel est gardée à l’Hôtel-Dieu de Poitiers, pour des soins dermatologiques. Des aides sont apportées sur place par le rabbin Elie Bloch, qui apporte de la nourriture et des vêtements ; il héberge un temps Jacques et sa petite sœur Myriam[9].
Lors de cet internement à Poitiers, Blima sollicite la libération de ses enfants, âgés de moins de quatorze ans et « tous Français » et qui demandent donc à être protégés. Le camp de concentration transmet la requête de « la juive Blima Holz » au préfet, en octobre 1941. L’âge de quatorze ans est très important. En effet, les nazis cherchaient à tuer systématiquement tout juif de plus de seize ans, quand le gouvernement de Philippe Pétain a proposé de descendre à quatorze ans l’âge de déportation vers la mort des enfants français. Mais l’Allemagne nazie refuse de baisser l’âge. Ainsi, des enfants d’origine française peuvent être « libérés » parce qu’ils n’avaient pas encore l’âge « réglementé » pour la déportation. Cependant, le directeur du camp de concentration de Poitiers refuse : le médecin français du camp pense que les enfants doivent rester avec leur mère. Une autre lettre précise que les enfants n’étaient initialement pas prévus dans le camp, ils ne l’ont été finalement que parce qu’il n’y avait pas d’autre solution de garde. La demande de Blima est cependant entendue et les enfants parviennent à quitter Poitiers pour retrouver leurs grands-parents, qui ont réussi à quitter le camp de Mérignac pour la ville de Berthegon, à 70 km au sud-ouest de Tours. Parmi ses grands-parents, Israel reste cependant à l’Hôtel-Dieu de Poitiers, où il refuse de s’alimenter et meurt finalement de « paralysie » ou « mélancolie ». En tant que juif, son corps est enterré dans la fosse commune mais M. Rosenfarb a appris qu’il avait ensuite été exhumé et enterré en suivant cette fois-ci des rites religieux au cimetière israélite de Nancy[10].
Henri Rosenfarb a pu nous donner des informations sur la vie des enfants à Berthegon. La famille est hébergée dans l’annexe du château du village. Dans la journée, ils ne sont pas accueillis dans l’école mais dans la cour du bistrot. On retrouve leur trace dans les recensements.
En 1942, les mesures antisémites nazies se renforcent avec la mise en place de la « Solution finale », qui a pour but d’éliminer toutes les personnes juives d’Europe. En mars 1942, Moses, le père de Jacques, doit travailler pour l’organisation Todt au chantier de Saintes, probablement pour le mur de l’Atlantique. Déclaré inapte au travail le 10 juin 1942, il est déporté avec le convoi 8 qui part de Poitiers, passe par Angers le 20 juillet, à destination d’Auschwitz. Simon Rosenfeld, l’oncle maternel de Jacques, est déporté avec le convoi 13 depuis Pithiviers à la fin du mois de juillet 1942 ; son épouse Nacha par le convoi 14 depuis Pithiviers également au début d’août 1942. Jeti (ou Yétti ou Renée), sa cousine, fille de Simon et de Nacha, est déportée à son tour par le convoi 21, depuis Drancy à la mi-août 1942. Elle est donc seule pendant un mois, entre son arrivée à Drancy le 21 juillet et son départ à Auschwitz le 19 août 1942[11]. Le 23 septembre 1942, Blima, la mère de Jacques, est déportée de Poitiers pour Drancy puis Auschwitz par le convoi 36[12].

3. Sans parents, l’accueil des enfants Holz dans les foyers de l’UGIF

Après la déportation des parents de Jacques, la Feldkommandantur demande la liste des enfants dont les parents sont internés et qui doivent être répartis dans différents foyers juifs, tenus par l’UGIF (l’Union Générale des Israélites de France). Accompagnés par des infirmières de la Croix-Rouge et escortés par des gendarmes, Jacques, ses frères et sa sœur sont déplacés dans des wagons rattachés au train régulier entre Bordeaux et Paris. Ils sont accueillis dans le Centre Lamarck le 20 avril 1944, lieu reconstruit après un bombardement en un centre d’accueil pour les orphelins, puis à l’école de Lucien-de-Hirsh. Les enfants sont répartis dans trois foyers différents de l’UGIF : Myriam et Paul à Louveciennes (au 18 rue de la Paix)[13], David, Jacques et Joseph au centre Secrétan (70 avenue Secrétan, 19e arrondissement de Paris)[14] et Emmanuel à La Varenne (aujourd’hui Saint-Maur-des-Fossés)[15]. Une lettre écrite sur une feuille de cahier décrit leur quotidien, un anniversaire où David reçoit un crayon, Emmanuel des gourmandises. Le foyer donne des cours de théâtre, organise des récitations entre enfants. Jacques est classé onzième de sa classe[16].

4. La rafle et la déportation de Jacques Holz

Mais, dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, ces trois foyers de l’UGIF sont raflés. Jacques Holz, un enfant tout à fait ordinaire mais juif, est dont emporté avec les autres personnes. Il est interné à 10 ans dans la prison de Drancy. Il est emprisonné avec beaucoup de personnes et ensemble, ils attendent d’être déportés. Ils savent qu’ils peuvent être conduits dans un camp de concentration ou un centre de mise à mort. Les conditions de vie dans cette prison sont misérables, les personnes sont peu nourries et ont une hygiène de vie déplorable. Le 20 septembre 1944, une lettre de l’UGIF dit qu’elle n’a pas de nouvelles des raflés et que tout le monde est parti vers une « destination inconnue »[17].
Le 31 juillet 1944, Jacques Holz est déporté dans le convoi 77, en direction d’Auschwitz. Ce départ est décidé par Aloïs Brunner, commandant du camp de Drancy, en représailles à des actions résistantes. C’est le dernier convoi qui quitte Drancy pour le camp d’Auschwitz-Birkenau. Il est encadré par des gendarmes français et allemands. Le groupe a été déporté depuis le train de la gare de Bobigny et le voyage dure quatre jours. Jacques ne fait pas ce voyage seul mais est toujours avec ses frères et sœurs. Il arrive à Auschwitz le 3 août 1944, sûrement de nuit. À son arrivée, toutes les personnes de ce convoi, enfants et adultes, sont déshabillées puis placées dans des baraquements[18]. Après deux jours horribles et interminables, Jacques est finalement tué dans une chambre à gaz[19]. Il a alors 10 ans. Jacques Holz a donc été assassiné d’une manière atroce comme la plupart des juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Frise chronologique de la déportation de Jacques Holz (année 1944)

5. Après la mort de Jacques Holz

Les seuls survivants de sa famille sont deux oncles : Samuel et Maurice, qui est le père d’Henri Rosenfarb. À la suite de la déportation de Jacques Holz, un avis de disparition est lancé par le Ministère des Anciens Combattants et des Victimes de guerre le 22 juin 1955 à Paris, envoyé à son oncle Samuel, encore vivant en 1955[20]. Le nom de Maurice Rosenfarb est lui donné en référence, sur la couverture de son dossier de « Victime civile. Dossier de décès », tenu par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre.
Jacques Holz est reconnu comme victime civile de la Seconde Guerre mondiale. En 1995, il obtient le statut de « mort en déportation ».
En faisant ses recherches, Henri Rosenfarb a déposé une fiche de témoignage à Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah à Jérusalem. Il se déplace dans des collèges et lycées pour transmettre l’histoire de sa famille. Il considère que ce n’est pas un devoir mais un « travail de mémoire », afin d’honorer la mémoire des victimes[21].

Sources

[1] Mairie de Nancy, recensement municipal, 1 F.
[2] SHD, 21 P 258433, Dossier de décès de Jacques Holz, Lettre du Ministre des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 9 novembre 1972 ; Mairie de Nancy, mariage civil de Moïse Chaim Holz et de Blimat Rosenfarb, 3 E 348.
[3] Témoignage d’Henri Rosenfarb, collège Fernand-Léger (Vierzon), 2 mai 2022.
[4] Mairie de Nancy, recensement municipal, 1 F.
[5] SHD, 21 P 258433, couverture du dossier de décès de Jacques Holz.
[6] Photos issues d’une photo de famille transmise par le Mémorial de la Shoah.
[7] Témoignage d’Henri Rosenfarb, collège Fernand-Léger (Vierzon), 2 mai 2022.
[8] Légifrance, « Loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs », Journal officiel de la République française du 18 octobre 1940. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000869361/ (site consulté le 18 juin 2022).
[9] Témoignage d’Henri Rosenfarb, collège Fernand-Léger (Vierzon), 2 mai 2022.
[10] Ibidem.
[11] https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=jacques%20Holz&spec_expand=1&start=0
[12] https://www.yadvashem.org/fr/recherche/convois-de-france.html
[13] « Rafle de Louveciennes », Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_de_Louveciennes (site consulté le 18 juin 1022).
[14] « Rafle de l’avenue Secrétan », Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_de_l%27avenue_Secr%C3%A9tan (site consulté le 18 juin 1022).
[15] « Rafle de La Varenne », Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_de_La_Varenne-Saint-Hilaire (site consulté le 18 juin 2022).
[16] Témoignage d’Henri Rosenfarb, collège Fernand-Léger (Vierzon), 2 mai 2022.
[17] Ibidem.
[18] « Histoire et composition du convoi », Convoi 77. https://convoi77.org/les-deportes/histoire-du-convoi/ (site consulté le 18 juin 2022).
[19] La date de son décès, décidée par « jugement », est le 5 août 1944. SHD, 21 P 258433, « Extrait d’acte de décès », mairie de Berthegon, copie conforme du 23 octobre 1972 d’un acte dressé le 20 août 1955 après l’audience du 27 juillet 1955 du tribunal civil de première instance de Loudun.
[20] SHD, 21 P 463 869, Acte de disparition du Ministre des Anciens Combattants et Victimes de guerre du 22 juin 1955.
[21] Témoignage d’Henri Rosenfarb, collège Fernand-Léger (Vierzon), 2 mai 2022.

Contributeur(s)

Mathéo, Nohan, Manwë, Mattys, Killian, Tristan, Katy, Mathéo, Antoine, Ivanui, Nolwen, Louise, Kassandra, Lylian, Drice, Lisan, Mandy, Sauveur, Coleen, Romanne, Rudy, Lauryne, Clara, Syrian (3e Piaf, Collège Fernand-Léger, Vierzon, 2021-2022).
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