Joseph LEVY

1908-2002 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Joseph Lévy (1908-2002)

Joseph et Suzanne Lévy ont été arrêtés et déportés ensemble. Le couple est séparé à l’arrivée du convoi 77, mais chacun est sélectionné pour entrer dans le camp. Ils ne se reverront pas jusqu’à leur retour en France, au printemps 1945. Leurs biographies présenteront donc des points communs, mais bien entendu leur vie et parcours différents sont mis en avant dans leur biographie personnelle. Il convient donc de lire les deux.

Joseph Lévy naît le 9 septembre 1908 à Tlemcen, alors dans le département d’Oran, en Algérie.

Il est le fils de Chemaoun (Simon) Lévy, tailleur, né le 20 juillet 1871 à Tlemcen, et de Berthe Ben Youssef Ben Ghozi, née en 1871, mariés à Tlemcen le 19 août 1895.

Son origine familiale, sa naissance en Algérie et la profession paternelle de tailleur éclairent d’emblée son propre parcours social et professionnel : adulte, Joseph Lévy travaille lui aussi dans le secteur du vêtement, comme ouvrier tailleur, ce qui signe une continuité familiale dans les métiers de l’artisanat textile.

Le 4 septembre 1935, il épouse à Oran Azibuena Suzanne Lévy, née Dahan en 1910[1]. Nous ne savons rien des conditions de ce mariage. Le couple quitte ensuite l’Algérie pour s’installer à Lyon et fonde une famille composée de trois enfants : Bertile, France, et Daniel[2].

Pourquoi ont-ils choisi Lyon ? Et était-ce leur premier choix alors qu’ils sont arrivés d’Algérie en bateau à Marseille ? Y avaient-ils de la famille ou un réseau amical ? Les sources manquent encore pour le savoir. En revanche, les adresses conservées dans les dossiers administratifs permettent de suivre leur implantation dans l’agglomération lyonnaise : ils résident d’abord au 62 rue de la Villette dans le 3e arrondissement de Lyon, puis pendant l’Occupation au 8 rue Étienne-Richerand dans le même arrondissement.

La guerre

Joseph a-t-il été mobilisé en septembre 1939, voire un peu avant quand l’armée française a rappelé certains soldats dans un contexte international tendu ? Nous n’avons pas trouvé la trace d’une mobilisation en 1939, alors que tous les réservistes étaient mobilisables, quel que soit le nombre d’enfants qu’ils avaient ou quelle qu’ait été leur profession. Le métier de Joseph ne fait pas partie de ceux qui furent ensuite considérés comme indispensable pour faire tourner l’industrie. S’est-il battu ? En tout cas, après la défaite de juin 1940 et la capitulation, il est à Lyon, en zone dite « libre ». Pourtant, la famille Lévy, comme tous les Juifs en France va être immédiatement impactée par l’occupation allemande.

L’Occupation à Lyon et les conditions de l’arrestation

L’occupation nazie et le gouvernement antisémite de Vichy, favorable au maintien d’un empire colonial, entraînent de profonds bouleversements. Le 7 octobre 1940, quatre jours après la promulgation du « premier statut des Juifs », le régime de Vichy abroge le décret Crémieux de 1870, qui avait octroyé aux Juifs d’Algérie la nationalité française et la citoyenneté pleine et entière. Le retrait de la nationalité et de la citoyenneté aux juifs d’Algérie opère un nivellement par le bas avec les musulmans, toujours considérés « indigènes » par Vichy. Joseph et Azibuena sont directement impactés par cette mesure[3].

On ignore si les Lévy se sont déclarés comme Juifs, mais c’est fort probable. En effet, les mesures antijuives touchaient l’ensemble du territoire français, et donc même la zone dite « libre ». Dès 1942, les cartes d’identité et d’alimentation furent marquées du mot « Juif ». En revanche, l’étoile jaune n’y a jamais été imposée, ce qui permettait une plus grande liberté de mouvements, malgré les rafles dans la rue.

Pendant l’Occupation, Joseph travaille comme ouvrier tailleur chez M. Devers, entrepreneur spécialisé dans les vêtements militaires[4]. Cette donnée n’est pas anodine : elle situe Joseph dans un secteur étroitement connecté à l’économie de guerre, ce qui a pu, après coup, nourrir certains récits administratifs ou justificatifs autour de son arrestation.

Le 14 juin 1944, Joseph et sa femme Suzanne sont arrêtés lors d’un contrôle routier de l’armée allemande à « près de Tenay », vers Artemare, dans l’Ain.

Les sources d’après-guerre relatives à leur arrestation présentent en effet des divergences importantes, qui imposent une lecture critique. Plusieurs attestations rédigées en 1951, dans le cadre de démarches de reconnaissance administrative, avancent l’idée que Joseph aurait été arrêté en tant que réfractaire au STO. Ainsi, Philippe Gendre, dans une attestation datée du 15 décembre 1951[5], affirme-t-il que les époux Lévy auraient quitté précipitamment Villeurbanne pour échapper à un ordre de réquisition de main-d’œuvre pour l’Allemagne, remis à Joseph par son patron, M. Devers, avant d’être arrêtés ensemble à Artemare « par la Wehrmacht le 11 juin 1944 ». De même, Yvonne Raouze, voisine du couple, écrit le 24 novembre 1951[6] qu’Azibuena / Suzanne aurait suivi son mari, touché par un ordre de réquisition du STO, et que tous deux auraient quitté Lyon pour rejoindre le maquis de l’Ain[7]. Enfin, M. Devers lui-même, dans une attestation du 28 novembre 1951[8], confirme que Joseph travaillait bien chez lui au début de juin 1944 et dit lui avoir remis la convocation évoquée.

À première vue, ces documents semblent converger. Pourtant, plusieurs éléments conduisent à remettre en cause l’explication par le STO, ou à tout le moins à la manier avec beaucoup de précaution. Le premier argument tient à l’année de naissance de Joseph Lévy : né en 1908, il n’appartient pas aux classes d’âge habituellement concernées par le Service du travail obligatoire, qui touche prioritairement des hommes plus jeunes (classes 1940, 1941, 1942).

Le deuxième argument, plus décisif encore, est son identification comme Juif dans le contexte de l’Occupation. En pratique, les Juifs ne relèvent pas du STO au sens ordinaire du terme : ils sont soumis à d’autres formes de discrimination, d’exclusion, de travail forcé (dans des GTE, groupement de travailleurs étrangers), d’arrestation et d’internement, qui ressortissent à la politique antijuive de Vichy et de l’occupant, et non au seul régime de la réquisition de main-d’œuvre. Il est donc possible qu’il y ait eu, dans les dossiers de l’après-guerre, une confusion rétrospective entre diverses catégories administratives de persécution, confusion facilitée par le fait que Joseph travaillait dans une entreprise liée à la confection de vêtements militaires et qu’il circulait avec un document professionnel ou une convocation.

Le procès-verbal du 17 janvier 1951, dans lequel Joseph et Suzanne reviennent eux-mêmes sur leur arrestation, est central, mais il ne résout pas totalement ces contradictions. Joseph y déclare avoir été arrêté avec son épouse le 14 juin 1944 à Artemare, « au cours d’un contrôle », alors que « les routes étaient barrées »[9]. Il précise avoir ensuite été interné à Chambéry puis remis à la Gestapo. Il ajoute : « le motif de mon arrestation est le suivant : réfractaire au travail obligatoire. Je devais en effet me présenter […] à Bron […] et j’avais la convocation sur moi ». Cette déclaration doit être prise au sérieux, puisqu’elle émane du principal intéressé. Néanmoins, elle ne peut être acceptée sans examen. D’une part, elle intervient plus de six ans après les faits, dans un contexte où les catégories de reconnaissance administrative — déporté politique, interné résistant, victime de persécution — pèsent sur la formulation du récit. D’autre part, Joseph peut avoir repris la qualification qui lui a été signifiée ou qu’il a comprise au moment de son arrestation, sans que celle-ci corresponde exactement à sa situation juridique réelle. Il n’est donc pas exclu que la référence au STO ait servi de langage administratif commode, ou qu’elle ait masqué, volontairement ou non, la dimension spécifiquement antijuive de l’arrestation.

Joseph Levy dossier 21 P 563 744 © SHD de Caen

La déposition d’Azibuena / Suzanne Lévy nuance d’ailleurs fortement l’hypothèse résistante. Elle déclare en effet : « je n’ai jamais eu aucune activité résistante » et précise que, lors de leur arrestation, le couple se rendait à Champagne-en-Valromey pour voir leurs enfants[10]. Cette phrase est essentielle. Elle invalide, ou du moins fragilise, le récit selon lequel les époux Lévy auraient quitté Lyon pour « rejoindre le maquis de l’Ain ». En l’état des sources, rien ne permet d’affirmer que Joseph Lévy ait appartenu à la Résistance. Le contexte du 6 juin 1944, moment où certains hommes gagnent effectivement le maquis après le Débarquement, a pu favoriser après coup une reconstruction héroïsant leur déplacement. Mais le dossier ne permet pas d’aller jusque-là. En revanche, il établit avec davantage de certitude que les enfants du couple ne vivent pas alors avec eux à Villeurbanne. Cela ouvre une autre hypothèse, plus solide : celle de stratégies familiales de protection, fréquentes chez les familles juives traquées, consistant à éloigner ou dissimuler les enfants pour tenter de les soustraire à la persécution et à la déportation. Azibuena indique d’ailleurs qu’à leur retour, ils ont « retrouvé » ou « repris » leurs enfants à l’institut Bergier de Saint-Genis-Laval[11], ce qui confirme l’existence d’une séparation familiale organisée, même si ses modalités exactes restent à documenter. L’arrestation intervient donc, très vraisemblablement, le 14 juin, dans un contexte mêlant circulation suspecte, contrôles renforcés, traque des Juifs et possible présence sur Joseph d’un document interprété comme une convocation ou une pièce liée à une réquisition.

De la prison à Auschwitz

Après son arrestation, Joseph Lévy connaît un parcours carcéral et concentrationnaire bien documenté. Il est d’abord interné à Aix-les-Bains du 15 au 19 juin 1944, « où nous avons été mis dans les mains de la gestapo », a-t-il déclaré au commissaire de police auquel il raconte son parcours. Puis ils sont transférés, sa femme et lui, à Chambéry jusqu’au 7 juillet 1944[12]. De là, ils sont dirigés vers la sinistre prison de Montluc, à Lyon – pas très loin de là où ils habitaient.

Quand il résume son parcours de prison en prison, quelques années après sa déportation, les dates sont un peu floues dans la mémoire de Joseph, à supposer même qu’il ait su exactement quels étaient les jours où il a été balloté de Chambéry à Lyon. Il reste donc dans l’imprécision : « un mois environ après notre arrestation », indique-t-il. Quoi qu’il en soit, Joseph passe bien avec Suzanne par la prison Montluc, principal lieu d’internement et de transit de la répression allemande dans la région lyonnaise, avant d’être transféré et d’arriver à Drancy le 27 juillet 1944.

Il y reçoit le numéro matricule 24.708. L’enregistrement à Drancy fait apparaître une somme de 13.767 francs, très élevée pour un simple ouvrier tailleur[13]. Cette donnée mérite d’être questionnée. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées : il peut s’agir des économies du ménage emportées au moment de la fuite ou du déplacement vers les enfants, ou bien d’une somme comprenant des biens convertis en numéraire. En l’absence d’autres pièces comptables ou bancaires, il est impossible de trancher. Mais ce chiffre invite à ne pas projeter trop vite sur les époux Lévy l’image d’une stricte misère ouvrière : comme beaucoup de

Le 31 juillet 1944, Joseph Lévy est déporté avec sa femme de Drancy vers le camp d’extermination d’Auschwitz par le convoi n° 77, l’un des derniers grands convois partis de France et le dernier grand qui est parti de Drancy avec des familles et plus de trois cents enfants et adolescents, dont la plupart ont été raflés dans les maisons d’enfants et internats de l’UGIF sur la réquisition du commandant nazi de Drancy, Aloïs Brunner.

Le convoi arrive à Birkenau dans la nuit du 3 août 1944. De nombreux morts sont sortis des wagons pendant que les femmes, les enfants, les hommes et les personnes âgées encore en vie sont forcés de sauter sur le quai. Une première sélection sépare les femmes et les enfants des hommes. Puis, ensuite, s’opère la sélection qui envoie soit à la chambre à gaz, soit dans le camp pour un travail d’esclave. Toutes les personnes tenant des enfants par la main ou leurs vieux parents, celles qui sont âgées de plus de 45 ans (ou le paraissent), toutes les personnes physiquement faibles, tous les enfants de l’UGIF et une partie des adolescents sont dirigés complaisamment par des soldats allemands vers des camions. Leur destination, Joseph l’apprendra un peu plus tard : les chambres à gaz.

Séparé de sa femme, Joseph est sélectionné pour le travail et admis dans le camp. Il n’aura aucune nouvelle de son épouse, ignorant même qu’elle a été elle-même désignée pour entrer au camp des femmes d’Auschwitz-Birkenau.

Après une marche de plusieurs kilomètres, les hommes sélectionnés rejoignent le camp d’Auschwitz. Une odeur étrange flotte dans l’air. Joseph ne sait pas encore que c’est celle des corps calcinés des Tziganes qui ont été brûlés dans les fours crématoires après que des familles entières ont été assassinées dans les chambres à gaz juste avant l’arrivée de son convoi. Il ne sait pas non plus que les deux-tiers des déportés du convoi 77 subiront le même sort dans les heures qui suivent. Mais très vite, un déporté plus ancien le mettra au courant de ce que signifient l’odeur et la fumée noire. Et à Auschwitz, on apprend vite. On doit aussi apprendre son numéro matricule. Celui qui est tatoué sur le bras de Joseph Lévy est le B-3841. Il lui faut le connaître en allemand, pouvoir le prononcer, pouvoir le reconnaître. À Auschwitz, Joseph Lévy n’existe plus. Il n’est plus qu’un numéro.

Les marches de la mort, Buchenwald, Allach et la libération

©Archives de Bad Arolsen / ITS

Si Joseph n’a pas donné de détail sur la période qu’il a passée à Auschwitz (travail, block, maladies éventuelles), il a été plus précis dans la description de son itinéraire ultérieur. Celui-ci s’inscrit dans la chronologie de ceux qui ont eu la chance de résister à la faim, au typhus, à la dysenterie, aux travaux forcés, aux coups incessants et d’échapper aux sélections pour la chambre à gaz qui ont ponctué la vie des déportés d’Auschwitz durant les derniers mois du système concentrationnaire nazi.

Joseph fait-il les marches de la mort ? Il n’en parle pas. Aurait-il fait partie des déportés envoyés en octobre novembre 1944 vers d’autres camps[14] ? En effet, seulement deux jours après l’évacuation d’Auschwitz, soit le 20 janvier 1945, Joseph arrive au camp de Gross-Rosen, où il reçoit le matricule 125 000[15]. Dans ce même camp est enregistré un autre Joseph Lévy, né en 1901 et originaire de Varsovie, passé lui aussi par Auschwitz. Du convoi 77, on retrouve Roger Moha (né en 1925, matricule B-3875). D’autres francophones sont aussi envoyés de Gross-Rosen à Buchenwald.

Le 9 février 1945, Joseph est au « KL Gross-Rosen ».

©Archives de Bad Arolsen / ITS

©Archives de Bad Arolsen / ITS

Le 21 février 1945, Joseph est transféré à Buchenwald, où il est enregistré le 23 février. Il part « en transport » le 5 mars et le 9 mars, un tampon Natzweiler figure sur sa fiche de « déporté juif français ». Est également indiqué qu’il est « schneider », soit « tailleur », une activité utile dans les camps nazis.

Le 23 mars 1945, il est dirigé vers le camp d’Allach, kommando dépendant de Dachau, où il arrive le 25 mars[16].

Ce passage par Allach est confirmé par une attestation sur l’honneur d’un autre déporté lyonnais, Jean Roux, qui déclare avoir fait la connaissance de Joseph Lévy dans ce camp au mois d’avril 1945[17]. Ce témoignage concorde avec la chronologie des transferts de la fin de guerre.

Joseph Levy dossier 21 P 563 744 © SHD de Caen

À mesure que l’armée allemande bat en retraite, elle ne cesse de bouger des centaines de milliers de déportés, refusant de les laisser derrière elle, quitte à les faire mourir sur les chemins. Les camps se remplissent, les maladies se propagent et les rations alimentaires, déjà faibles à l’été 44 sont réduites à néant.

Joseph Lévy est finalement libéré le 29 avril 1945 par les troupes américaines.

Il est rapatrié en France tardivement, le 17 juin 1945, à destination de Lyon[18].

L’après-guerre et la reconnaissance du statut de « Déporté politique »

L’après-guerre est marqué par les procédures de reconnaissance administrative.

Joseph remplit un dossier pour obtenir le statut de Déporté politique (c’est-à-dire déporté en tant que Juif ). Le 21 février 1948, la commission de contrôle accepte de classer Joseph dans la catégorie « déporté politique[19] ». Joseph Lévy obtient le titre de Déporté politique le 28 juin 1952, puis sa carte de bleue déporté politique lui est remise le 12 août 1952[20]. Il reçoit un « pécule », une somme donnée.

Joseph Levy dossier 21 P 563 744 © SHD de Caen

Joseph Lévy survit donc à l’ensemble de la séquence répressive qui l’a conduit d’Artemare à Allach, en passant par les prisons françaises d’Aix-les-Bains et Chambéry et la prison sous contrôle allemand de Montluc, le camp de transit pour Juifs à Drancy, Auschwitz, Gross-Rosen et Buchenwald.

Son parcours témoigne à la fois de la pluralité des mécanismes de persécution qui frappent les Juifs à la fin de l’Occupation et de la difficulté, pour l’historien, de démêler après coup les motifs exacts d’une arrestation lorsque les témoignages sont tardifs.

En l’état du dossier, il paraît prudent de conclure que Joseph Lévy ne peut être tenu de façon certaine pour un réfractaire au STO au sens juridique strict. L’hypothèse la plus solide est celle d’un couple juif en déplacement clandestin ou semi-clandestin, probablement dans le cadre d’une stratégie familiale de protection des enfants, intercepté au cours d’un contrôle dans une zone étroitement surveillée au printemps 1944, puis progressivement absorbé par la chaîne répressive allemande qui conduit à la déportation.

Nous n’avons pas de renseignements sur la vie de Joseph après son retour de déportation. Le fait qu’il soit rentré en juin 45, donc tardivement laisse penser qu’il n’était pas en « bon état », selon la terminologie des fiches médicales de retour (la sienne ne figure étonnamment pas dans son dossier). Il a sans doute repris ses activités de tailleur, peut-être chez son ancien patron. Des recherches restent donc à mener qui permettraient de mieux cerner ce qu’ont vécu les survivants. Mais si Joseph a souffert de sa déportation, il n’en a pas moins mené une longue vie. Il est mort à Villeurbanne, le 1er avril 2022.

Sa longue survie après la guerre donne à son itinéraire une profondeur particulière : né dans l’Algérie coloniale, artisan issu d’une famille juive de Tlemcen, migrant vers Lyon avant-guerre, déporté du convoi 77 et survivant de plusieurs camps, il traverse plus d’un siècle d’histoire, depuis le monde juif nord-africain sous souveraineté française jusqu’à la mémoire contemporaine de la Shoah. Son dossier rappelle surtout combien la biographie d’un déporté ne peut être écrite qu’au prix d’un travail critique sur les sources, attentif aux silences, aux reconstructions et aux catégories administratives qui ont parfois brouillé, plus qu’elles n’ont éclairé, l’expérience vécue de la persécution.

Ses descendants pourront peut-être compléter ce portrait par des anecdotes et des photos qui témoigneront d’autres parties de sa vie en dehors de la déportation.

 

Cette biographie a été réalisée durant l’année 2025-2026 par la classe de Terminale du lycée Jean-Bouin de Saint-Quentin (Aisne), sous la direction de leur professeur d’histoire, Damien Bressolles.

Nous espérons que des descendants se feront connaître et pourront apporter de nouveaux éléments pour compléter cette biographie. Ainsi qu’une photographie de Joseph Lévy.

SOURCES

  • SHD de Caen, dossier 21 P 563 744 et 21 P 477 824
  • Carnet de fouille du camp de Drancy, Mémorial de la Shoah / Archives nationales.
  • ITS / Bad Arolsen
  • ©Archives de Bad Arolsen / ITS

 

Notes & références

[1] Copie de l’extrait de naissance d’Azibuena Dahan, extraits du registre d’actes de naissances de la ville d’Oran (6 février 1951), Dossier individuel de déportée politique de Levy née Dahan Azibuena, Suzanne, 21 P 563 596, SHD Caen

[2] Bertile Levy est née le 28 décembre 1936 à Lyon, dans le 3e arrondissement. Elle est morte le 26 mai 2017 à Villeurbanne.

[3] Le décret ne sera rétabli qu’en 1943, soit près de douze mois après le débarquement anglo-américain en Algérie du 8 novembre 1942. Le Comité français de libération nationale créé à Alger le 3 juin 1943, ne rétablira le décret que le 21 octobre 1943. Cela ne concerne évidemment pas les Juifs de Métropole alors pris dans la nasse antisémite collaborationniste et nazie.

[4] Attestation de M. Devers sur les circonstances de l’arrestation d’Azibuena et Joseph Lévy (16 novembre 1951), ibid, Joseph Levy, 21 P 563 744, SHD Caen

[5] Attestation de Philippe Gendre sur le motif et les circonstances de l’arrestation d’Azibuena et de Joseph Levy (15 décembre 1951), ibid.

[6] Attestation d’Yvonne Rouze sur le motif et les circonstances de l’arrestation d’Azibuena et de Joseph Levy (24 novembre 1951), ibid.

[7] Environ 200 000 réfractaires au STO sont entrés dans la clandestinité, dont environ 50.000 ont rejoint les maquis. Ils étaient dans leur vingtaine.

[8] Attestation de M. Devers sur les circonstances de l’arrestation d’Azibuena et Joseph Lévy (16 novembre 1951), ibid.

[9] Procès-verbal de gendarmerie du 17 janvier 1951 dans le cadre de l’attribution du titre de déporté (e) politique de Joseph et Azibuena Levy, déclaration de Joseph Levy, Dossier individuel de déporté politique de Joseph Levy, 21 P 563 744, SHD Caen

[10] Procès-verbal de gendarmerie du 17 janvier 1951 dans le cadre de l’enquête pour l’attribution du titre de déporté (e) politique de Joseph et Azibuena Levy, déclaration d’Azibuena / Suzanne Levy, Dossier individuel de déporté politique de Joseph Levy, 21 P 563 744, SHD Caen

[11] Il existe à Saint-Genis-Laval un « Institut Bergier – asile agricole et école élémentaire de la Société des enfants pauvres de Lyon ». Cet asile Bergier a été créé par des francs-maçons. Après-guerre, l’OSÉ (Organisation de sauvetage des enfants) a créé à Saint-Genis-Laval une maison destinée à accueillir les enfants déportés et orphelins de la Shoah.

[12] Demande d’attribution du titre de déporté politique de Joseph Levy (3 avril 1952), ibid.

[13] Bordereau après la fouille de Joseph Levy (27 juillet 1944), Carnet de fouille du camp de Drancy, Archives du Mémorial de la Shoah familles juives menacées, ils ont pu tenter de partir avec les liquidités dont ils disposaient. Autre hypothèse invérifiable : ils transportent des fonds de la Résistance pour les remettre au maquis.

[14] Demande d’attribution du titre de déporté politique de Joseph Levy (17 janvier 1951 et 3 avril 1952), ibid. Sur les marches de la mort, voir https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/death-marches . L’évacuation du camp se fait le 18 janvier 1945, à l’approche de l’Armée rouge.

[15] Fiche individuelle de Joseph Lévy au camp de Gross-Rosen, Archives de l’ITS, Bad Arolsen.

[16] Demande d’attribution du titre de déporté politique de Joseph Levy (3 avril 1952), dossier 21 P 563 744, SHD Caen

[17] Procès-verbal de l’audition du déporté Jean Roux (7 février 1951), ibid.

[18] Demande d’attribution du titre de déporté politique de Joseph Levy (3 avril 1952), Dossier individuel de déporté politique de Joseph Levy, 21 P 563 744, SHD Caen

[19]Avis destiné au bureau des fiches et de la direction de l’état civil et des recherches, (19 mars 1948), Dossier individuel de déporté politique de Joseph Levy, 21 P 563 744, SHD Caen

[20] Demande d’attribution du titre de déporté politique de Joseph Levy (3 avril 1952), ibid.

Contributeur(s)

Cette biographie a été réalisée durant l’année 2025-2026 par la classe de Terminale du lycée Jean-Bouin de Saint-Quentin (Aisne), sous la direction de leur professeur d’histoire, Damien Bressolles.

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